‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 238 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE

présent , qui ne m'a été rendu que depuis quel- encore celle question difficile : S'il est dans le

ques jours. Toi il ce qui rient de Notre part pouvoir de l'Eglise moderne ou d'un concile, et

esl précieux, tant en soi qu'à cause de son au- comment, de définircommedefoice qui autrefois

leur; mais le pii\ d'un présent est encore re- ne passait pas encore dans l'opinion générale

haussé par la disproportion de celui qui le pour un point de foi ; et je vous supplie de m'ins-

reçoit, et une faveur dont le plus grand prince Iruire là-dessus. On pourrait dire aussi que

se tiendrait honoré , est une grâce infiniment Dieu a attaché une grâce ou promesse particu-

relevée à l'égard d'un particulier aussi peu dis- iière aux assemblées de l'Eglise; et comme on

tinguéquemoi. dislingue entre le Pape qui parle à l'ordinaire

Je ne doute point que vous n'ayez fait l'effort , et entre le Pape qui prononce ex cathedra, queldans l'Histoire des Variations, de rapporter ques-uns ponrraientaussi considérer les conciles exactement les faits. Cependant , comme votre comme la voix de l'Eglise ex cathedra. ouvrage ne fait voir que quelques imperfections Quant à la seconde question, si un homme qui, qu'on a remarquées dans ceux qui se sont nié- après le concile de Nicéc ou de Chalcédoine, ailles de la réforme , il semble que celui de rail voulu mettre en doule l'autorité œcuméni- M. Seckendorf élait nécessaire pour les montrer que de ces conciles, eût été en sûreté de conaussi de leur bon côté. Il est vrai qu'il ne dissi- science, on pourrait répondre plusieurs choses ; mule pas des choses que vous reprenez, et il me mais je vous représenterai seulement ceci, pour parait sincère et modéré pour l'ordinaire, l'eut- recevoir là-dessus dc^, lumières de votre part. être qu'il y a quelques endroits un peu durs qui Premièrement, il semble qu'il soit difficile de lui sont échappés; mais il est difficile d'être ton- douter de l'autorité oecuménique de telsconciles, jours réservé , quand on a devant ses jeux tant et je ne vois pas ce que l'on pourrait dire à Tende passages des adversaires infiniment plus cho- contre de raisonnable, ni comment on trouvera quanls. Et qui est-ce qui peut être toujours sur des conciles œcuméniques, si ceux-ci ne le sont ses gardes dans un si grand ouvrage? car ce sont pas. Secondement, posons le cas qu'un homme deux volumes in-folio, et le livre s'est grossi par de bonne foi y trouve de grandes apparences à l'insertion des extraits d'une infinité de pièces rencontre; la question sera, si les chosesdétinies dontune bonne partie n'était pas imprimée. Tout par ces conciles étaient déjà aupavant nécessail'ouvrage est écrit en latin : s'il y avait occasion res au salut, ou non. Si elles l'étaient, il faut de l'envoyer en France , je n'y manquerais pas. dire que les apparences contraires à la forme Cependant je m'imagine qu'on l'y recevra bien- légitime du concile ne sauveront pas cet homme; tôt de Hollande. mais si les points définis n'étaient pas nécessai-

Vous avez reçu cependant la suite du discours res avant la définition, je dirais que la conde M. l'abbé Molanus. Mais les questions que science de cet homme est en sûreté, vous me proposez, Monseigneur, à l'occasion de A la troisième question, si une telle excuse cela, me paraissent un peu difficiles à résoudre, n'ouvre point la porte à ceux qui voudront ruiner et je souhaiterais plutôt votre instruction Ià-dcs- l'autorité des conciles, j'oserais répondre que sus. La première de ces questions traite du sujet non, et je dirai que ce serait un scandale plutôt de l'infaillibilité, si elle réside proprement et pris que donné. Il s'agit de la mineure, ou du uniquement dans le concile œcuménique, ou si fait particulier d'un certain concile; savoir, s'il elle appartient encore au corps de l'Eglise, c'est- a toutes les conditions requises à un concile œcuà-dire, comme je l'entends, aux opinions qui y ménique, sans que la majeure de l'autorité des sont reçues le plus généralement. Mais puisque conciles en reçoive de la difficulté. Cela fait scudans l'Eglise romaine on n'est pas encore con- lement voir que les choses humaines ne sont javenu du vrai sujet ou siège radical de l'infailli- mais sansquelque inconvénient, et que les meilbilité, les uns le faisant consister dans le Pape leurs règlements ne sauraient exclure tous les les autres dans le concile, quoique sans le Pape ' abus in fraudent legis. On ne saurait rejeter en et que les auteurs qui ont écrit de l'analyse de général l'exception du juge incompétent ou susla foi sont infiniment différents les uns des au- pect, bien que les chicaneurs en abusent. Piien 1res, je serais bien empêché de dire comment n'est sujet à de plus grands abus, que la torture on doit étendre cette infaillibilité encore au delà, ou la question des criminels; cependant on ausavoir, à un certain sujet vague qu'on appelle le rait bien de la peine à s'en passer entièrement, corps de l'Eglise, hors de l'assemblée actuelle : Un homme peut s'inscrire en faux contre une et il me semble que la même difficulté se ren- écriture qui ressemble à la sienne, et demander contrerait dans un état populaire, prenant le la comparaison des écritures. Cela donne moyen peuple hors de l'assemblée des Etats. Il y entre de chicaner contre le droit le plus liquide ; mais

on ne saurait pourtant retrancher ce remède en ne soit aussi équitable que solide. On a fait ici

général. J'avoue qu'il est dangereux de fournir de très-grands pas pour satisfaire à ce qu'on a

des prétextes pour douter des conciles : mais il jugé dû à la charité et à l'amour de la paix. On

n'est pas moins dangereux d'autoriser des con- s'est approché des bords de la rivière de Bidas-

ciles douteux, et d'établir par là un moyen d'op- soa, pour passer un jour dans l'île de la Confé-

primer la vérité. rence l. On a quitté exprès toutes ces manières

Quant à la quatrième question, si je doute que qui sentent la dispute, et tous ces airs de supé-

les décrets du concile de Trente soient aussi riorité que chacun a coutume de donner à son

bien reçus en France et en Allemagne, qu'en parti; et quidquid abutraque parte dici potest, etsi

Italie ou en Espagne, je pourrais me rapporter ab utraque parte vere dici non possit ; cette fierté

au sentiment de quelques docteurs espagnols ou choquante, ces expressions de l'assurance où

italiens, qui reprochent aux Français de s'éloi- chacun est en effet , mais dont il est inutile et

gner en certains points de la doctrine de ce con- même déplaisant défaire parade auprès de ceux

cile, par exemple à l'égard de ce qui est essen- qui n'en ont pas moins de leur part. Ces façons

tiel à la validité du mariage : ce qui n'est pas servent à attirer de l'applaudissement des lec-

seulement de discipline, mais encore de doctrine, teurs entêtés, et ce sont ces façons qui gâtent

puisqu'il s'agit de l'essence d'un sacrement, ordinairement les colloques , où la vanité de

Mais, sans m'arrêtera cela, je répondrai, comme plaire aux auditeurs, et de paraître vainqueur,

j'ai déjà fait : quand toute la doctrine du concile l'emporte sur l'amour de la paix : mais rien n'est

de Trente serait reçue en France, qu'il ne s'en- plus éloigné du véritable but d'une conférence

suit point qu'on l'ait reçue comme venue du pacifique. Il faut qu'il y ait de la différence entre

concile œcuménique de Trente, puisqu'on a si des avocats qui plaident, et entre des entremet-

souvent mis en doute cette qualité de ce concile, teurs qui négocient. Les uns demeurent dans un

La cinquième question est d'une plus grande éloignement affecté , et dans des réserves artifidiscussion ; savoir, si tout ce qui a été défini à cieuses; et les autres font connaître, par toutes Trente passait déjà généralement pour catholi- leurs démarches, que leur intention est sincère, que et de foi avant cela, lorsque Luther com- et portée à faciliter la paix. Comme vous avez mença d'enseigner sa doctrine. Je crois qu'on fait louer votre modération, Monseigneur, en trouvera quantité de passages de bons auteurs , traitant les controverses publiquement, que ne qui ont écrit avant le concile de Trente , et qui doit-on pas attendre de votre candeur, quand il ont révoqué en doute des choses définies dans s'agit de répondre à celle des personnes qui ce concile. Les livres des protestants en sont marquent tant de bonnes intentions? Aussi peutpleins, et il est très-sûr que depuis on n'a plus on dire que le blâme de la continuation du osé parler si librement. C'est pourquoi les livres schisme doit tomber sur ceux qui ne font pas appelés Indices expurgatorii ont trouvé tant de tout ce qu'ils peuvent pour le lever, surtout dans choses à retrancher dans les auteurs antérieurs, les occasions qui les doivent inviter, et qu'à peine Je crois qu'un passage d'un habile homme, un siècle a coutume d'offrir. Quand il n'y aurait comme Erasme, mérite autant de réflexion que que \a grandeur et les lumières infiniment relequantité d'écrivains du bas ordre, qui ne font vées de votre monarque, si capable défaire réusque se copier les uns les autres. Mais, quand on sjr ce qu>ji approuve , jointes aux dispositions accorderait que toutes ces décisions passaient d'un pape qin semble avoir la pureté du zèle déjà pour véritables, selon la plus commune d'iimc-cent XI, sans en avoir l'austérité, vous opinion, il ne s'ensuit point qu'elles passaient jUgeriez bien qu'il serait inexcusable de n'en toujours pour être de foi, et il semble que les point profiter.

anathèmes du concile de Trente ont bien changé Mais vous vo ,fl a encore Q,autres rai.

1 état des choses. Enfin, quand ces decisionsau- sons ui donnent de reSpérance. Un empereur

raient déjà ete enseignées comme de foi par a des {m ^târés dans les affaires, qui aient ja-

plupart des docteurs, on retomberait dans la maisFétéj et des plus zélés pour la foi, y contri-

premiere question , pour savoir si ces sortes bue un ince pr0\e$\ant des plus propres, par

d opinions communes son infaillibles, et peu- SQn mérite personnel etpar son autorité, défaire

vent passer pour la voix de 1 Eglise. réussir im ande anairGj y rend quel t

En écrivant ceci, je reçois 1 avis que vous me des théologiens séculiers et réguliers , célèbres donnez, Monseigneur, d avoir reçu le reste de

l'écrit de M. l'abbé Molanus. Nous attendrons la . hauteur fait allusion à « qui se fit dans nie des Faisans, forgrâce, que VOUS nOUS faites espérer , de VOir VO- m«e Par la rivière de Bidassoa- Le cardinal Mazarin et D. Mcndea ^ .i^i ¥ j l • i ... de Haro, plénipotentiaires des rois de France et d'Espagne, y contre jugement là-deSSUS. Je ne dOUte point qu il clurent „n traité de paix, le 7 novembre 1659. (Edil. de Paris.J

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