DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE
de part et d'antre, travaillent à aplanir le ehe- moi. Je prie Dieu de vous conserver longtemps.
min, ft commencent d'entrer en matière par pour contribuer an bien des âmes, tant par vos
Panique ouverture que la nature des choses y ouvrages que par l'estime que le plus grand, ou,
semble avoir laissée, pour se rapprocher, sans pour parler avec M. Pellisson, le plus roi entre
que chacun s'éloigne de ses principes. Votre ré- les rois, a conçue de votre mérite. Je ne saurais
putation y peut donner le plus grand poids du mieux marquer que par un tel souhait, le zèle
inonde, et vous vous direz assez à vous-même, avec lequel je suis, Monseigneur, votre très-
sansmoi.quc plus on est capable de faire du humble et obéissant serviteur ,
bien, et que ce bien est grand, plus on est res- q .q Leibnitz
ponsable des omissions. d c n „» ™.,t a. n • i"
rr . . .. ,.. . . . r. b. 11 est peut-être inutile que le dise que
Toute la question se réduit a ce point essentiel ^ ,,iA «^.il • u ^ J . H
j^ , ... ..,.. . l ce qu on vousenvoie, Monseigneur, peut encore
de votre cule : S il serai permis en conscience A.J ' „, , • ,.'„ ■..?. . t
r ,. „ „ cire communique a M. Pc isson, dont on se
prometle même ménagement.
aux Eglises unies avec Rome d'entrer en union ecclésiastique avec des Eglises soumises aux sen
timents de l'Eglise catholique, et prêtes à être LETTRE IX.
même dans la liaison de h hiérarchie romaine . madame de brino.v a bossuet.
mais qui ne demeurent pas d'accord de quel- Ce 6 avril 1692
ques décisions, parce qu'elles sont portées, par Madame la duchesse de Hanovre commençait
des apparences très-grandes et presque insur- à s'impatienter, Monseigneur, de ce que vous ne
montables à leur égard, à ne point croire que disiez mot sur les écrits de M. l'abbé Molanus, et
l'Eglise catholique les ait autorisées, et qui d'ail- cnc en tirait quelque mauvais présage ; mais la
leurs demandent une information effective des \e[[rc que vous écrivez à M. Leibnitz, qucj'ai lue
abus que Rome môme ne peut approuver. Je à madame de Maubuisson, comme votre gran-
ne vois pas quel crime votre parti commettrait deur me pa ordonné, la rassurera. Par malheur
par cette condescendance. Il est sûr qu'on peut p0llr la diligence, elle a attendu ici quatre jours,
entretenir l'union avec de telles gens, qui se parce que la poste d'Allemagne ne part quedeux
trompent sans malice. Les points spéculatifs, fois la semaine. Il me semble, Monseigneur, que
qui resteraient en contestation, ne paraissent Djeu m'a associée au grand ouvrage de la réu-
pas des plus importants; puisque plusieurs siè- mon des protestants d'Allemagne, puisqu'il a
clés se sont passés sans que les fidèles en aient permis qu'on m'ait adressé les premières objec-
eu une connaissance fort distincte. Il me semble tions pour les envoyer à M. Pellisson, et que
qu'il y a des contestations tolérées dans la coin- depuis j'ai eu l'honneur de faire tenir les lettres
inunion romaine, qui sont autant ou peut-être de part et d'autre, et d'en écrire quelquefois
plus importantes que celles-là; et j'oserais moi-même, qui n'ont pas été inutiles pour ré-
croirc que si l'on feignait que les Eglises septen- veiller du côté de l'Allemagne leurs bons
tenlrionales fussent unies effectivement avec les desseins.
vôtres, à ces opinions près, vous seriez fâché de }c me suis sentie, Monseigneur, pressée intévoir rompre celle union, et que vous dissuaderiez rieurement (et Dieu veuille que ce soit son esla rupture de tout votre pouvoir à ceux qui la Yi[ qUj m'ait conduite !) d'écrire à M. Leibnitz, voudraient entreprendre. p0ur l'engager à prendre garde de revenir à l'E- Voilà sur quoi tout roule â présent : car de giise avec un cœur contrit et humilié, sans parler de rétractations, cela n'est pas de saison, lui faire de conditions onéreuses, comme est 11 faut supposer que de l'un et de l'autre côté on celle de la réformation qu'il demande des abus, parle sincèrement : et puisqu'on s'est épuisé en que l'Eglise souhaite plus qu'eux dans ses endisputes, il est bon de voir une fois ce qu'il est fants. Je lui mande, le plus doucement qu'il possible de faire sans y entrer, sauf à les dirai- m'est possible, qu'elle n'a point attendu après la nuer par des éclaircissements, par des réforma- réunion des protestants pour réformer des abus tions effectives des abus reconnus, et par toutes que l'intérêt d'un côté, et la simplicité du peu. les démarches qu'on peut faire en conscience, pie peut avoir établis dans le culte extérieur que et par conséquent qu'on doit faire, s'il est possi- nous rendons aux saints; que tous les pasteurs ble, pour faciliter un si grand bien, en attendant vigilants y travaillent sans relâche, et que,depuis que l'Eglise, par cela même, soit mise en état que j'ai l'usage de ma raison, j'ai toujours ouï de venir à une assemblée , par laquelle Dieu blâmer et reprendre sévèrement dans l'Eglise la mette fin au reste du mal. Mais je m'aperçois de superstition; mais qu'il n'est pas facile de reméla faute que je fais de m'étendre sur des choses dier à plusieurs abus sur lesquels tout le monde que vous voyez d'un clin d'oeil, et mieux que n'entend pas raison; que la foi des particuliers
ne doit point être intimidée là-dessus, puisque peut servir dans l'affaire de la réunion. Vous
les fautes sont personnelles, et que Dieu ne nous avez toutes les raisons du monde de dire qu'on
jugera que surnos devoirs et non pas sur ceux des ne doit point prendre pour facile ce qui, dans le
autres; que c'est à lui à séparer la zizanie d'avec fond, ne l'est point. Je vous avoue que la chose
le bon grain, et que, pour ne donner aucun pré- est difficile par sa nature et par les circonstan-
texte à la désunion des Chrétiens, il avait souf- ces, et je ne me suis jamais figuré de la lacilité
iert dans sa compagnie et dans celle de ses apô- dans une si grande affaire. Mais il s'agit d'établir
1res le plus méchant homme du monde, qui était avant toutes choses ce qui est possible ou loisi-
Judas. Je lui dis que, revenant à l'Eglise dans ble. Or, tout ce qui a été fait, et dont il y a des
l'unique motif de se réunir à son chef, et de ces- exemples approuvés dans l'Eglise, est possible;
scr d'êlre schismatique, il fallait imiter l'enfant et il semble que le parti desprotestants est si con-
prodigue, dire simplement * : « J'ai péché, et je sidérable, qu'on doit faire pour eux tout ce qui
o he suis pas digne d'être appelé votre enfant ; » se peut. Les calixtins de Bohême l'étaient bien
ce qui serait propre à exciter notre mère à moins : ce n'était qu'une partie d'un royaume,
tuer le veau gras en leur faveur, c'est-à-dire à Cependant vous voyez, par la lettre exécutoriale
leur accorder avec charité tout ce qui ne choque- des députés du concile de Bàle, que je joins ici,
rai t pas la religion en chose essentielle. qu'en les recevant on a suspendu à leur égard
J'ai cru qu'étant, comme je suis une personne un décret notoire du concile de Constance;
sans conséquence, je pouvais sans rien risquer savoir, celui qui décide que l'usage des deux es-
écrire bonnement à M. Leibnitz, qui est le plus pèces n'est pas commandé à tous les fidèles. Les
doux du monde et le plus raisonnable, ce qui me calixtins ne reconnaissant point l'autorité du
paraissait de sa proposition de réformer l'Eglise, concile de Constance, et n'étant point d'accord
eux qui n'ont erré que pour l'avoir voulu faire avec ce décret, le Pape Eugène et le concile de
mal à propos. Je me suis déjà aperçue que quel- Bàle passèrent par- dessus cette considération»
ques autres petits avis, que je lui ai donnés à la et n'exigèrent point d'eux de s'y soumettre; mais
traverse, n'ont pas fait de mal dans les suites, et renvoyèrent l'affaire à une nouvelle décision
qu'il est impossible que ma franchise puisse rien future de l'Eglise. Us mirent seulement cette
troubler. Au contraire, il m'en saura gré, ce me condition, que les calixtins réunis devaient croi-
semble, de la manière dont Dieu m'a fait la grâce re ce qu'on appelle la concomitance ou la pré-
de lui tourner tout cela, et puis une personne sence de Jésus-Christ tout enlier sous chacune
comme moi est sans conséquence pour eux. Je des espèces, et admettre par conséquent que la
suis ravie, Monseigneur, que vous soyez content communion sous une espèce est entière et valide,
de M. l'abbé Molanus : c'est un homme en qui pour parler ainsi, sans être obligé de croire
madame laduchesse de Hanovre a une fort grande qu'elle est licite. Ces concordats entre les députés
confiance. Dieu veuille bénir tous vos soins et du concile et ceux des Etats calixtins de la Bohê.
toutes vos prières. Je suis, avec un très-profond nie et de la Moravie, ont été ratifiés par le concile
respect, votre très-humble et très-obéissante de Bàle. Le Pape Eugène en fit connaître sa joie
servante, par une lettre^ écrite aux Bohémiens : encore
Sr. M. DE BlUNON. personne, qu'elle avait un livre à me rendre de la part de
LETTRE XI. madame la duchesse de Hanovre. Ce m'est un grand honneur
qu'une telle princesse veuille bien se souvenir de moi. J'ai
DE LEIBNITZ A BOSSUET. reçu le livre par la voie de M. Pelisson, comme vous avez
A Hanovre ce 18 avril 1692 Pris la Peine dc me le mander- ^ me semble qu'il démontre
parfaitement que les catholiques ont très-bien connu, et devant
MONSEIGNEUR, et après Luther, la justification gratuite et la confiance en Jé-
Je ne veux pas tarder un moment de répondre 6US-ChristL seul \ ct cela étant' je Tne Lsais si on Peut lire sans
. ... « , . , , ., „ , . l . „ quelque honte les mentenes de Luther et de ses disciples et
a votre lettre2 pleine de bonté, d autant qu'elle même celles de la Confession d'Augsbourg et de l'Apologie,
m'est venue justement le lendemain du jour OÙ où l'on parle toujours de cet article comme du grand article
je m'élais avisé d'un exemple important nui de la réforme luihérienne, entièrement oublié dans l'Eglise.
1 ^ ' " J'ai voulu, monsieur, lire tout ce livre avant que de faire
' Luc, xv, 21. — » Nous n'avons pu trouver cette lettre à laquelle mettre au net ma réponse sur le projet d'union, pour voir si
répond Leibnitz. fBdit. de Paris J — Grâce aux laborieuses et in- elle me donnerait lieu d'y ajouter quelque chose. Vous l'aurez
Ulligentes recherches des éditeurs modernes des Œuvres de Bossuel, dans peu, s'il plaît à Dieu, je suis fâché de faire si longtemps
nous sommes en possession de cette lettre. Nous en extrayons le attendre si peu de chose, vous voyez bien les raisons du délai,
passage smvant, relatii à r.os metiéres. el y^^ ^on me ,e pardonnera...
« A Meaux, 30 mars 1G92. Je suis et serai toujours avec une estime et une inclination
a Monsieur, je suis obligé de vous dire que madame la particulière, marquise de Béthune m'a dit k Chantilly, où je fus saluer le Monsieur, votre très-humble serviteur,
Roi lorsqu'il y passa pour plier cc^.rr.andcr ses arrr.ôe6 cq J. Bénigne, Evêquede Meaux.