‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 245 sur 313 · BOSSUET A MADAME DE BRINON · texte numérisé non relu

BOSSUET A MADAME DE BRINON

(Extrait).

Ce 3 Juillet 1692.

Je voudrais, dans les matières importantes, un raisonnement tout sec, sans agrément, sans beautés, semblable à celui dont les gens qui tienncnldcs livres de compte, ou les arpenteurs, se servent à l'égard des nombres et des lignes. Tout est admirable dans M. de Meaux et M. Pellisson : la beauté et la force de leurs expressions aussi bien que leurs pensées, me charment jusqu'à me lier l'entendement. Mais quand je me mets à examiner leurs raisons en logicien et en calculateur, elles s'évanouissent de mes mains; et quoiqu'elles paraissent solides, je trouve alors qu'elles ne concluent pas tout à fait tout ce qu'on

en veut tirer. Plût à Dieu qu'ils pussent se dispenser d'épouser tous les sentiments de parti' On a souvent décidé des questions non nécessaires. Si ces décisions se pouvaient sauver par des interprétations modérées, tout irait bien. On ne pourra du moins, ce semble, guérir les défiances des prolestants que par la suspension de certaines décisions. Mais la question est, si l'Eglise en pourra venir là sans faire tort à ses droits. J'ai trouvé un exemple formel, où l'Eglise l'a pratiqué : sur quoi nous attendons le sentiment de M. Meaux et de M. Pellisson, et surtout le reste de l'écrit de M. Molanus.

Nous espérons que tant nos écrits que les censures seront ménagées et tenues secrètes, hors à des personnes nécessaires : publier ces choses sans sujet, c'est en empêcher l'effet. C'est pourquoi madame la duchesse a été surprise de voir par la lettre de madame sa sœur, l'abbesse de Maubuisson, qu'on pensait à les imprimer: peutêtre y a-t-il du malentendu1. En tout cas, je vous supplie, Madame, de faire connaître l'importance du secret, afin que ni M. l'évêque de Neustadt, ni M. Molanus n'aient sujet de se plaindre de moi.

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