MADAME DE BRINON A BOSSUET
Juillet 1692.
Voilà, Monseigneur, une lettre que j'ai reçue de M. Leibnitz depuis deux heures; je l'envoie aussitôt à notre cher ami M. Pellisson, pour vous la faire tenir. Je crois qu'il est bon que vous lisiez la lettre qu'il m'écrit, dont je tire un bon et mauvais augure, selon qu'il est plus ou moins sincère. C'est un homme dont l'esprit naturel combat contre les vérités surnaturelles, et qui attribue à l'éloquence les traces que la vérité lait dans son esprit: mais quand la grâce voudra bien venir au secours de ses doutes, j'espère, Monseigneur, qu'il sera moins vacillant. Je mande à M. Pellisson la route que je voudrais bien que pût prendre votre réponse à M. Molanus. J'espère que Votre Grandeur nous l'aura fait traduire ; et c'est cette traduction qui a fait l'équivoque dont M. Leibnitz se plaint. Je suis persuadé, Monseigneur, que plus celte affaire se rend difficile, et plus votre courage augmente pour la soutenir. C'est une œuvre qui doit être traversée: mais avec tout cela j'espère qu'elle réussira, et que Dieu bénira votre zèle et celui de M. Pellisson, qui est capable de faire un miracle, s'il est joint à la foi qui est nécessaire pour
i M. de Meaux ayant promis de traduire en français ses Réflexions, composées en latin pour les théologiens de Hanovre, comme il fit en effet en faveur de madame la duchesse de Hanovre, cela fit croire que c'était pour les imprimer ; ce qu'il n'avait pas dessein de faire, et ce qu'il ne fit pas non plus. (Edil. de Puris.J