‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 25 sur 313 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que les pécbéi iont détruit! dani les justes, hirn qu'il n'y ait point de justes qui ne soient pécheun.

Je sais (pie nos adversaires seront étonnés de ccque l'Eglise catholique enseigne que Dieu ôte nos pèches quand il justifie, puisqu'elle confesse d'ailleurs qu'il n'j a aucun homme vivant qui ne soit pécheur. Ils trouvent de la contrariété dans celle doctrine : mais c'est ici qu'il faut I ir faire paraître l'admirable économie de la

grâce par laquelle nous sommes justifiés.

H y a dans les saintes Lettres une distinction de péchés très-considérable, qu'il est nécessaire

(pie nous reinarqui >iis.

Le disciple bien-aimé prêche: « Si quelqu'un « dit qu'il ne pèche pas. il se trompe, ci la vérité « n'esl pas en lui '. » Par conséquent il y a des pèches dans lesquels peuvent tomber les plus justes, et qui ne nous séparent pas d'avec Dieu.

Mais, d'autre part, l'apô re saint Paul parle de certains péchés capitaux dont il prononce la condamnation en ces termes: « Ceux qui les « feront, » nous dit-il i, « ne posséderont pas le « royaume de Dieu. » 11 y a donc de certains péchés qui rompent notre union avec Dieu, et nous ferment l'entrée du ciel.

Que les pèches de ce dernier genre soient entièrement effacés dans lame des justes, l'Apôtre le décide sans aucun doute. Car après avoir lait le dénombrement de ceux qui n'ont point de part avec Dieu, des voleurs, des injustes, des impudiques, des ivrognes, des médisants et des autres, il ajoute incontinent ces paroles qu'il adresse aux fidèles Corinthiens: « Quelques-uns « de vous, » dit-il 3, « ont eié ces choses; mais « vous avez été lavés, mais vous avez été sanc- « tifiés, mais vous avez été justifiés au nom du « Seigneur Jésus-Christ, et par l'Esprit de notre « Dieu. » Certes, lorsque saint Paul parle de la sorte, c'est de même que s'il disait : Vous avez été ces choses, mais maintenant vous n'êtes plus tels. Ou je demande à nos adversaires, est-ce que Dieu ne les répute pas tels, ou bien qu'effectivement ils ne sont pas tels? Mais l'Apôtre en disant : « Vous l'avez éié, » fait entendre assez

1 1 Joan., 1, 8.— = / Cor., vi, 9. — ' / Cor., vi, 11.

RÉFUTATION DU SIEUR FERRY

clairement qu'ils ne le sont plus? « Vous avez été « lavés, poursuit il, vous avez été sanctifiés, vous vv uuv. été justifiés.» Donc, laver, sanctifier et justifier, ce n'est pas déclarer seulement que Dieu ne nous impute plus ce que nous étions ; c'est faire que nous ne sommes plus ce que nous étions. Ce n'est pas prononcer seulement que nous ne serons pas condamnés pour les crimes dont notre conscience est souillée ; c'est taire que notre conscience n'en soit plus souillée. Ce n'est pas seulement nous répéter nets, nous réputer saints, nous réputer justes ; c'est nous l'aire nets, nous taire saints et no us faire justes.

Il est donc vrai, ce que dit l'Apôtre, que les injustes, les homicides et les adultères n'entrent pas au royaume de Dieu. Ce n'est pas que nous ne sachions que plusieurs y entrent qui avaient été homicides; mais ils n'y entrent pas homicides. Us ont été lavés, dit l'Apôtre, ils ont été sanctifiés et justifiés. Leur injustice ne se trouve plus, parce qu'elle a été effacée par un Esprit infiniment saint, et par un sang infiniment pur.

Vcilà ce que nous croyons de ces grands péchés qui ne peuvent être commis par les justes, sans leur faire perdre cette qualité. Pour les autres péchés, dont il est écrit » : « Si quelqu'un « dit qu'il ne pèche pas, il se trompe, » qui sont ceux que nous appelons véniels ; il est vrai que l'homme juste en fait tous les jours, mais il n'est pas moins véritable qu'il peut en être purgé tous les jours. Il y a de ces péchés, je ne le nie pas; mais il y a aussi le sang du Sauveur , il y a les sacrements de l'Eglise, et le Saint-Esprit qui les lave. Il y a les gémissements de la pénitence, et le sacrifice d'un cœur contrit, et le remède des aumônes, et la foi vivante, par laquelle Dieu purifie les cœurs, comme dit l'apôtre saint Paul2. C'est ce qu'enseigne admirablement le grand saint Augustin, dans cette savante épîlre à Hilaire: « Celui, » dit-il , « qui, étant aidé par la divine miséricorde, s'abstiendra de ces péchés qu'on appelle crimes, et qui ne négligera pas de purger les autres, sans lesquels on ne vit pas en ce inonde, par des œuvres de miséricorde et par de saintes prières, encore qu'il ne vive pas ici sans péché, il méritera d'en sortir sans aucun péché, parce que, ajoute ce grand docteur, comme sa vie n'est pas sans péché, aussi les remëdes pour les nettoyer ne lui manquent pas.3» Doctrine .vraiment sainte , vraiment salutaire,

• I Joan., 1. fi. — ' Art., xv, 9. — * Q'ii, misericorih De! arfjutns

■ - ab eii pi - tioaerit, lise etiam cnrnina veantur, a'que illa peccata, fine qnb'i« non hic vivitur, mnnn.re operibuB

■ e et pii orationi u» non nue eaetil, metehitnr hinc ex ire «me peccato, quamiis cum hioc rtverei, babnerit nonnulia peccata : t\ na aient n1 non défileront > a e :am remédia, quibus purgarentur,

riunc 1J7, n. 3, tom. il.)

qui honore la grâce et confesse l'infirmité. Quiconque croit ainsi avoue ses péchés et ne laisse pas de connaître que Dieu les efface lui» même; touché de son Saint-Esprit, il les lave par un baptême de larmes pieuses ; il ne présume point de ses propres forces ; mais il remercie humblement Celui dont la vertu ôle de nos âmes les taches que nous y faisons par nos volontés déréglées.

De là il s'ensuit manifestement que la grâce qui nous justifie lave nos péchés , qu'elle les efface et qu'elle les ôte. Or ce n'est pas la fonction d'un juge de laver etd'ôter les péchés, mais seulement d'absoudre le criminel ; de sorte que c'est une pure imagination de croire que la justification du pécheur soit plutôt un acte de juge qui exempte du mal de la peine, qu'une action d'un Créateur infiniment saint, qui eflacele mal de la coulpe.

C'est pourquoi le second point de notre créance, selon que nous l'avons rapporté *, c'est que Dieu nous justifie, non en prononçant, mais en répandant sur nous son Esprit : ce qui montre clairement qu'il nous justifie d'une manière infiniment différente de celle dont on use dans les tribunaux. Aussi les ministres ont été contraints de nier que la justification des pécheurs soit attribuée au Saint-Esprit dans les Ecritures. Erreur grossière et extravagante, que Dumoulin enseigne en plusieurs endroits de son Bouclier de la foi 2. Mais l'apôtre saint Paul s'y oppose, écrivant ainsi aux Corinthiens: « Vous « avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous «avez été justifiés au nom de Notre Seigneur « Jésus-Christ, et en l'Esprit de notre Dieu 3 » Pouvait-il parler en termes plus clairs? Et encore, instruisant son disciple Tite : « Quand,» dit-il , 4 « la bénignité de Dieu notre Sauveur « nous est apparue, elle nous a sauvés, non par « les œuvres de justice que nous avons faites, « mais selon sa miséricorde, par le lavement « de régénération et renouvellement du Saint- « Esprit, qu'il a répandu sur nousabondamment « par Jésus-Christ notre Sauveur. » Je demande à nos adversaires, de quoi nous sauve, selon l'Apôtre, le Saint-Esprit répandu sur nous? N'est-ce pas des péchés qui nous opprimaient? Par conséquent, il nous justifie, puisqu'il nous sauve de nos péchés. Et de là vient que l'Apôtre poursuit en cesmois: « afin que, justifiés par « sa grâce, nous soyons héritiers selon la pro- « messe de la vie éternelle. « Saint Paul distin guail-il, comme les ministres, la grâce qui nous régénère d'avec celle qui nous justifie? Mais

« Ci-dessus, cli. 4. — ^Sect. 33, 61 et ailleurs.— ' I Cor., vi. 11. — * TU., m, 4, 6.

pouvait-il dire plus expressément que noua sommes justifiés par leSainl Esprit, et ainsi que la justification du pécheur n'est pas une sentence au dehors, mais mie action au dedans! Où sont les yeui de nos adversaires, s'ils ne voient pas encore cette vérité ?

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