‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 261 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE

consentir qu'Us les gardent jusqu'à ce qu'un arrêt, sans qu'on puisse alléguer contre celui

COUcile légitime les établisse on les réforme, qui allègue cette nullité, qu'ainsi il pourrait

comme nous prétendons aussi garder les nôtres révoquer en doute tous les autres arrêts : car il

de même, il me semble qu'il y a bien de la dif- ne pourra pas toujours avoir les mêmesmoyens.

Cérence entre suivre un principe, et consentir J»avais dit que le concile de Trente a été un peu

que d'autres ne s'en départent point. Supposons hop facile à venir aux anathèmes, et j'avais al-

que le concile do Trente soit le principe de l'E- légué les décisions sur le baptême de saint

glise romaine, et que la Confesrion <rAwjsbourg Jean-Baptiste, et sur le divorce en cas d'adultère,

soit le principe des protestants (je parle des prin- Ou ne dit rien sur la seconde; et on répond sur

Cipes secondaires] ; des personnes .le mérite des Ja première, que sans cela l'institution divine de

deux côtés avaientjugé que la réunion, àrlaquelte Jésus-Christ serait rejetée; mais il n'est pas aisé

on peut penser raisonnablement, se doit pouvoir d'en voir la conséquence. On nous nie aussi que

faire Bons obliger l'un ou l'autre parti à se dé- l(.s Italiens aient dominé à Trente; c'est pour-

pariir de ses principes et livres symboliques, on tard un lait assez reconnu. On ne saurait dire

de certains sentiments dont il se tient très-assuré, aussi qu'on n'y ait décidé que deseboses établies

Ou a prouvé, par l'exemple du concile de liàle, déjà, puisqu'on demeure d'accord, par exemple,

quecclaesUaisabledanslacoinmunion romaine. <jue la condamnation du divorce, en cas d'adul-

On avoue pourtant que celle communion a un tère, n'avait pas encore paru établie dans le con-

autre principe, dont elle est obligée d'exiger la cile de Florence. On dit aussi que les dévolions

créance : c'est l'infaillibilité de l'Eglise catbo- populaires qui semblent tenir de la superstition

lique, soit qu'elle s'explique légitimement dans ne doivent pas empêcher la réunion, parce que,

un concile œcuménique, ou que son consente- dit-on, tout le monde demeure d'accord qu'elle

ment soit notoire, suivant les règles de Vincent ne peut être empêchée que par des eboses aux-

deLérins, que George Calixte, un des pltis célè- quelles on soit obligé dans une communion.

bres professeurs prolestants, a trouvées très- Mais je ne sais d'où l'on a pris celle maxime :

lionnes. On peut convenir de ces points [de droit au moins nous n'en demeurons nullement d'ac-

ou de loi sur l'article de l'Eglise, quoiqu'on ne cord; et on ne saurait aisément entrer dans une

soit pas d'accord touchant certains faits ; savoir communion où des abus pernicieux sont aulo-

si un tel concile a été légitime, ou si une telle risés, qui font tort à l'essence de la piété. A quoi

communion lait l'Eglise ; et par conséquent, si tient-il qu'on y remédie, puisqu'on le peut, et

une telle opinion sur la doctrine ou sur la disci- qu'on le doit faire ? plineest le sentiment de l'Eglise : pourvu ce-

pendant que la discussion ne soit que sur des L ft

points dont on avoue qu'on pouvait les ignorer leibnitz a madame de bwnon.

sans mettre son salut en compromis, avant que 23oct 1693 le sentiment de l'Eglise là-dessus ait été connu.

Car on suppose que la réunion ne se saurait Madame,

faire qu'en obviant de part et d'autre aux abus Quand je n'aurais jamais rien vu de votre part de doctrine et de pratique que l'un ou l'autre que la dernière lettre, j'aurais eu de quoi me parti tient pour essentiels. Aussi n'offrons-nous convaincre également de votre ebarité et de de faire que ce que nous croyons que la partie votre prudence, qui vous font tourner toutes les adverse est obligée de faire aussi ; c'est-à-dire de eboses du bon cùté, et prendre en bonne pai t ce contribuer à la réunion, aulant que ebacun croit que j'avais dit peut-être avec un peu trop de liqu'il lui est permis dans sa conscience : et ceux berté. Vous imitez Dieu, qui sait tirer le bien du qui s'opiniàlrent à refuser ce qu'ils pourraient mal. Nous le devons faire dans les occ^ions, et accorder, demeurent coupables de la continua- puisqu'il y a un sebisme depuis lant d'années, il tion du schisme. faut le faire servira lever les causes qui l'ont lait Je pourrais faire des remarques sur plusieurs naître. Les abus et les supersti fions en ont été la endroits de la réplique à laquelle je viens de principale. J'avoue que la docU me même de votre répondre ; mais je ne veux encore toucher qu'à Eglise en condamne une bonne partie; mais quelques endroits plus importants, à l'égard de pour venir à la réforme effective d'un mal ence dont il s'agit. On dit que, s'il faut venir un racine, il faut de grands motifs, tel que pourra jour à un autre concile, on pourrait encore dis- être la réunion des peuples entiers. Si on la puler sur les formalités. Mais c'est pour cela prévient pour ne panitre point y avoir été poussé qu'on en pourrait convenir , même avant la par les protestants, nous ne nous en fâcherons réunion. Il peut y avoir de la nullité dans un pas. La France y pourra le plus contribuer, eî.

il y a en cela de quoi couronner la gloire de votre m'assure que les lumières, qui vont de pair avec

grand monarque. la puissance, sont fort tournées du côté de Dieu.

Vous dites, Madame, que toutes les supersti- Il y a chez nous un prince des plus éclairés, qui

iions imaginables ne saurajent excuser la con- a de l'autorité, et surtout de l'inclination pour

inuation du schisme. Cela est vrai de ceux qui ces bons desseins. L'électrice son épouse et

l'entretiennent. Il est très-sûr qu'une Eglise peut madame de Maubuisson contribueront beaucoup

être si corrompue que d'autres Eglises ne sau- à entretenir nos espérances. Ajoutez-y des théo-

raient entretenir communion avec elle ; c'est logiens aussi éclairés que l'est M. l'évêque de

lorsqu'on autorise des «bus pernicieux. J'ap- Meaux, et aussi bien disposés que l'est M. l'abbé

pelle autoriser, ce qu'on introduit publiquement Molanus, dont la doctrine est aussi grande que

dans les Eglises et dans les confréries. Ce n'est la sincérité.

pas assez qu'on n'exige pas de nous de pratiquer II est vrai que M. de Meaux a fait paraître des

ces choses; c'est assez qu'on exige de nous d'entrer scrupules que d'autres excellents hommes n'ont

en communion avec ceux qui en usent ainsi, et point eus. C'est ce qui nous a donné de la peine,

d'exposer nos peuples et notre postérité à un et pourra faire quelque tort ; mais j'espère que

mal aussi contagieux que le sont les abus dont ce n'aura été qu'un malentendu: car si l'on croit

ils ont été à peine affranchis après tant, de tra- obtenir un parfait consentement sur toutes les

vaux. L'union est exigée par la charité : mais décisions de Trente, adieu la réunion. C'est le

ici elle est défendue par la suprême loi, qui est sentiment de M. l'abbé de Lokkum, qu'on ne

celle de l'amour de Dieu, dont la gloire est in- doit pas même penser à une telle soumission,

téressée dans ces connivences. Ce sont des conditions véritablement onéreuses,

Mais quand tous ces abus seraient levés d'une ou plutôt impossibles. C'est assez pour un vérimanière capable de satisfaire les personnes rai- table Catholique de se soumettre à la voix de sonnables, il reste encore le grand empêche- l'Eglise, que nous ne saurions reconnaître dans ment; c'est que vos messieurs exigent de nous ces sortes de décisions. Il est permis à la France la profession de certaines opinions que nous ne de ne pas reconnaître le dernier concile de Latrouvons ni dans la raison, ni dans l'Ecriture tran et d'autres : il est permis aux Italiens de sainte, ni dans la voix de l'Eglise universelle- ne point reconnaître celui de Bàle : il sera donc Les sentiments ne sont pas arbitraires. Quand permis à une grande partie de l'Europe de deje le voudrais, je ne saurais donner une telle mander un concile plus autorisé que celui de déclaration sans mentir. C'est pourquoi quel- Trente, sauf à. d'autres de le reconnaître en atques théologiens graves de votre parti ont re- tendant mieux. Il est vrai que M. de Meaux n'a nouvelé un tempérament pratiqué déjà par leurs pas encore nié formellement la proposition dont ancèlres, et j'avoue que c'est là le véritable il s'agit ; mais il a évité de s'expliquer assez làchemin : et cela joint à une déclaration efficace dessus. Peut-être que cela tient lieu de consentecontre les abus pernicieux, peut redonner la paix ment, sa prudence trop réservée ne lui ayant pas à l'Eglise. En espérer d'autres voies (je parle des permis d'aller à une telle ouverture. Il a même voies aimables), c'est se flatter. Nous avons fait dit un mot qui semble donner dans notre sens, dans cette vue des avances qu'on n'a point faites Je crois qu'une ouverture de cœur est nécessaire depuis les premiers auteurs de la Réforme; mais pour avancer ces bons desseins. On en a fait panous en devons attendre de réciproques. C'est à raître beaucoup de notre côté, et en tout cass cela, Madame, qu'il est juste que vous tourniez nous avons satisfait à notre devoir, ayant mis vos exhortations, et celles des personnes puis- bas toutes les considérations humaines, et notre santés par leur rang et par leur mérite, dont conscience ne nous reproche rien là-dessus. Je vous possédez les bonnes grâces. Madame de joins un grand paquet pour M. l'évêque de Maubuisson a déjà fait des démarches impor- Meaux. Si ce digne prélat veut aller aussi loin iantes : son esprit et sa piété étant élevés autant qu'il peut, il rendra un service à l'Eglise, qu'il que sa naissance, elle a des avantages merveil- est difficile d'attendre d'aucun autre; et c'est leux p . rendre un grand service à l'Eglise de pour cela même qu'on le doit attendre de sa Dieu. Je tiens, Madame, que votre entremise charité, que son mérite éminent en rendra respourrait avoir un grand effet de plusieurs fa- ponsable. Nous attendons l'arrivée de Madame ixms. Nous ne serons jamais excusables, si nous la duchesse douairière, qui nous donnera bien laitons perdre des conjonctures si favorables. Il de la joie. Il y a longtemps que cette princesse, y a chez vous un roi qui est en possession de faire dont la vertu est si éminente, m'a donné quelce qui était impossible à tout autre, dont on que part dans ses bonnes grâces. Peut-être que

DEUXIÈME IWliTIE : CORRESPONDANCE.

son voyage servira encore à nos bons desseins. Je suis avec zèle, Madame, votre très-humble et très-obéissant 8611 Unir.

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