‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 260 sur 313 · DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE. H · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE. H

qu'à l'exécute* ; puisque premièrement il a don- France, faites par la bouche de ses ambassadeurs

né des principes pour établir le vrai culte sans contre l'autorité de ce concile, qu'on ne recon-

aucun mélange de superstition, cl que, seconde- naissait nullement pour un concile libre. On ne

ment, il ■ donné aux évoques toute l'autorité dit rien à toutes ces choses, sinon que leconcile

nécessaire pour y pourvoir. de Trente a été reçu en France par un consente-

El quant à la réformation de la discipline, il ment subséquent. On ajoute seulement, a l'égard

n'y aurait, pour la rendre parfaite, qu'à bâtir de la profession de Henri le Grand à Saint-De-

sur les fondements du concile de Trente, et nis, que les historiens ne parlent point de cette

ajouter sur ces fondements ce que la conjonc. particularité que j'avais remarquée, et que les

tare des temps n'a peut-être pas permis à cette actes originaux ne se trouvent plus. Passe pour

Itinte assemblée. les historiens; mais quant aux originaux, je ne

LETTRE XXVI. ^is tlou lon Jl,Se (lu'i,s ne subsistent plus. Je

jugerais plutôt le contraire, et je m'imagine que

m iijnitz a bossuet. les aiTilhrs de Fl..1IU>e en ,)0mTaicnt fournir des

Pour le faire court, d'autant qu'il semble que pièces en bonne forme. En tout cas, je crois cela est désiré de ceux qui supposent avoir qu'il y en a des copies assez authentiques pour donné une claire et dernière résolution, je ne prouver au défaut des originaux, d'autant que le veux pas éplucher les six principes, qui ne sont manuscrit que j'ai vu vient de bon lieu, pas sans quelques obscurités cl doutes, peut- le viens au consentement subséquent, auquel être même du côté de ceux qui les avancent, ou on a recours ; mais il semble que ce consentedu moins dans leur parti, quoiqu'ils soient cou- ment subséquent, quand il serait prouvé, ne chés avec beaucoup de savoir et d'adresse. Je saurait lever les difficultés. Caria France d'auviendrai d'abord à ce qu'on dit pour les appli- jourd'hui peut ("lie mieux savoir si leconcile de quer au concile de Trente, et je réduis le tout à Trente a été libre, et si l'on y a procédé légitimedeux questions. ment, que la France du siècle passé, et que les

L'une, si le concile de Trente est reçu de la ambassadeurs présents au concile, qui ont pro-

nalion française ; l'autre, quand il serait reçu de testé contre, par ordre de la cour? J'avoue que

toutes les nations unies de communion avec la France peut toujours déclarer qu'elle reçoit

Rome, il s'ensuit que ce concile ne saurait de- ou a reçu la foi du concile : quand elle déclare-

meurer en suspens à l'égard des prolestants, en rait aujourd'hui qu'elle reçoit l'autorité du con-

cas de quelque réunion. La première question cile, cela ne guérirait de rien, à moins qu'on ne

était proprement agitée entre M. l'abbé Pirot cl trouve qu'elle a plus de lumières aujourd'hui

moi ; mais il semble qu'on en fait maintenant qu'alors SUT le fait du concile, puisque c'est du

un accessoire. J'avais prouvé, par plusieurs rai- fait dont il s'agiL Les députés du tiers-état, qui

sons, que le concile de Trente n'avait pas été jugé disaient, l'an 1614, que les Français d'alors n'é-

autrefois reçu dans ce royaume, pas même en taient pas plus sages que leurs ancêtres, avaient

matière de foi; entre autres preuves, parce que raison, dans celte rencontre, de se servir d'une

la reine Catherine de Médicis, en refusant de le maxime qui, d'ailleurs, est assez sujette aux

faire publier, allégua que cela rendrait la réunion abus.

des protestants trop difficile: item, parce que Mais voyons comment ce consentement subséplusieurs des principaux prélats de France, as- quent se prouve. On ajoute qu'il n'y a aucun acte semblés pour l'instruction de Henri IV, se servi- authentique de la nation qui déclare un tel courent en effet du formulaire de la profession de sentement. On est donc contraint de recourir foi de Pie IV, pour le proposer au roi ; mais au sentiment des particuliers, et à la profession après en avoir rayé exprès deux endroits qui de foi de Pie IV qui se fait, en France comme, font mention de l'autorité du concile de Trente ailleurs, par ceux qui ont charge d'âmes et comme je l'ai trouvé dans un livre manuscrit quelques autres. Quant aux sentiments des partiré des archives, où le procès-verbal tout entier ticuliers, je veux croire qu'il n'y en a aucun en est mis assez au long : item, parce que ceux qui France qui ose dire que le concile de Trente pressaient la réception du concile témoignaient n'est point œcuménique, en parlant de sa propre assez qu'il ne s'agissait pas de la discipline, puis- opinion, excepté peut-être ces nouveaux con • que les ordonnances avaient déjà autorisé les vertis qui n'ont pas été obligés à la profession points de discipline recevables en France, et de Pie IV. Je le veux croire, dis-je, bien qu'en qu'on demeurait d'accord que les autres ne se- effet je ne sache pas si la chose serait tout à fait raient point introduits par la réception ; pour ne sûre# S'n fa,iait 0|)iner dans les cours souve. pas répéter les déclarations solennelles de la raineS5 peut-être qu'il y aurait des gens qui ne

le nieraient et ne l'affirmeraient pas, remettant matière de fait dont les nations ont droit de ju-

la chose à une plus ample discussion et à une ger, si un concile a été tenu comme il faut, ce

décision authentique de la nation, et il semble n'est pas seulement au clergé qu'il appartient de

que le tiers-état n'a pas encore renoncé au droit prononcer : et tout ce qu'il peut introduire ià-

de dire ce qu'il dit l'année 4614. Il semble aussi dessus ne saurait faire préjudice à la nation, non

que tous les Français du parti de Rome, soit plus que l'entreprise du même clergé, qui, après

anciens ou nouvellement convertis, qui n'ont pas le refus du tiers-élat, s'avança jusqu'à déclarer

encore fait ladite profession de foi, ont droitd'en de son chef que le concile était reçu ; ce qu'on a

dire autant, sans que messieurs du clergé, qui eu l'ingénuité de ne pas approuver. On voit par

ne sont que le tiers de la nation en ceci, leur là combien on doit être sur ses gardes contre

puissent donner de loi là-dessus. Et même, parmi ces sortes d'introductions tacites, indirectes et

les théologiens, je me souviens que quelque au- artificieuses, qui peuvent être extrêmement

tcur a reproché à feu M. de Launoi qu'il n'avait préjudiciables aubien du peuple de Dieu, en em-

pas eu égard à la décision du concile de Trente, péchant sans nécessité la paix de l'Eglise, et en

sur le sujet du divorce par adultère, qui est établissant une prévention qu'on défend après

pourtant accompagné d'anathème. Je me rap- avec opiniâtreté, parce qu'on s'en fait un point

porte à ce qui en est. d'honneur, et même un point de religion.

Mais accordons qu'aucun Français n'oserait II reste maintenant la seconde question : Posé disconvenir que le concile de Trente est œcumé- qu'un concile soit reçu, ou que la foi d'un connique : il ne sera pas obligé de dire pour cela cile soit reçue dans toute la communion romaine, que le concile de Trente est suffisamment re- s'il s'ensuit que l'autorité ou les sentiments de ce connu en France pour œcuménique. Car il y concile ne sauraient demeurer en suspens à entre une question de droit qui paraît recevoir l'égard des protestants, qui pourtant croient de la difficulté ; savoir, si cela fait autant qu'une avoir de grandes raisons de n'en point convenir, déclaration de la nation. En effet, s'il s'agissait J'avais répondu que cela ne s'ensuit point, et, de la foi, j'accorderais plus volontiers que l'opi- entre autres raisons, j'avais allégué l'exemple nion de tous les particuliers vaut autant qu'une formel du concile de Bàle, encore uni avec le déclaration du corps; mais il s'agit ici d'un fait: Pape Eugène, qui déclara recevoir les calixtins savoir, si l'on a procédé légitimement à Trente, de Bohême à sa communion, nonobstant le refus et si le concile qu'on y a tenu a toutes les condi- qu'ils firent de se soumettre à l'autorité du contions d'un concile œcuménique. On m'avouera cile de Constance, qui avait décidé qu'il est licite que l'opinion de tous les juges interrogés en par- de prendre la communion sous une seule espèce, ticulier, quand elle serait déclarée par leurs Je ne vois pas qu'on y réponde; maison croit écrits particuliers, ne serait nullement un arrêt, avoir trouvé un autre tour pour l'éviter. Voici jusqu'à ce qu'ils se joignent pour en former un. comment on raisonne : Le consentement géné- Ainsi tout ce qu'on allègue du consentement de rai de l'Eglise catholique est infaillible, soit l'Eglise, qui fait proprement qu'une doctrine est qu'elle s'explique dans un concile œcuménique, tenue pour catholique, quand il n'y aurait point ou que d'ailleurs sa doctrine soit notoire : donc, de concile, et qui peut même adopter la doc- les protestants qui ne veulent pas se soumettre trine des conciles particuliers, ne convient point aux sentiments de l'Eglise romaine, qui est seule à la question, si la nation française a reçu le catholique, sont par cela même irréconciliables, concile de Trente pour œcuménique et légitime- C'est parler rondement ; mais la supposition est ment tenu. Je ne veux pas répéter ce que j'ai dit un peu forte, et on le reconnaît en se faisant dans ma première réponse, pour montrer qu'on cette objection : Mais vous supposez, direz-vous, doit être fort sur ses gardes à l'égard de ces con- que vous êtes seuls l'Eglise catholique. Il est vrai senlements des particuliers, recueillis par des que nous le supposons; nous l'avons prouvé ailvoies indirectes et moins authentiques. leurs : mais il suffit de le supposer, parce que

Du sentiment des particuliers, venons à la nous avons affaire à des personnes qui en veu-

profession de foi de Pie IV, introduite en France lent venir avec nous à une réunion, sans nous

par l'adresse du clergé, sans l'intervention de obliger à nous départir de nos principes,

l'autorité suprême, ou plutôt contre son autorité J'avoue que cette manière de raisonner m'a

puisqu'on savait que les rois et les états gêné- surpris, comme si toutes les suppositions ou con-

raux du rovaume n'étaient pas résolus de décla- clusions prétendues, qu'on suppose avoir prou-

rcr ce qui s'y dit du concile. La question est, si vées ailleurs, étaient des principes ; ou comme

cela peut passer pour une réception du concile, si nous avions déclaré vouloir consentir à tous

J'oserais dire que non : car comme c'est une leurs principes, par cela seul que nous voulons

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