‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 27 sur 313 · acte déjuge, \ùw lequel Dieu déclare qu'il nous · texte numérisé non relu

acte déjuge, \ùw lequel Dieu déclare qu'il nous

lient pour justes; mais que c'est une action véritable par laquelle Dieu nous fait justes. Car, poursuivant toujours son dessein d opposer le second Adam au premier, « de même, » dit-il I,

« que par la désobéissance d'un seul plusieurs

« oui été constitués pécheurs : aussi par l'obéia- « sauce d'un seul plusieurs seront constitués

«justes, i Qu'est-ce à dire constitues pécheurs

el constitués justes, sinon laits pécheurs et faits justes? Où se tourneront ici les ministres avec

leurs raffinements inutiles.'' Certes, c'est de la

justification que l'Apôtre parle; et il dit manifestement qu'elle nous tait justes. Peut-être répondront ils qu'elle nous bit justes, non point par une justice qui soit en nous, mais par la justice de Jésus-Christ qui nous est miséricor> dieusement imputée, Ce u'eal pas ainsi, dit l'Apôtre : « plusieurs sont constitués justes, comme « plusieurs, ont été constitués pécheurs, i Maintenant que nos adversaires nous disent, si nous ne sommes pas pécheurs en Adam, à cause que

naissant de lin, nous contractons un péché véritable par la tache originelle inhérente en nous. Donc c'est s'aveugler volontairement et s'obstiner contre la raison évidente, de ne voir pas que l'apôtre saint Paul veut nous taire entendre

en ce lieu, que nous sommes bits justes en Notre-Seigneur i oon-seulemenl pane que sa

justice nous est imputée, mais parce que, par le Saint-Esprit, qui nous est donné, nous recevons une véritable justice inhérente réellement en nos âmes.

De là vient que saint Augustin, qui a si bien pénètre le sens de l'Apôtre, enseigne constamment la même doctrine que nous avons ici expliquée. « La première nativité, » nous dit-il 2, « tient l'homme dans la damnation, et il n'y aque la seconde qui l'en exempte. » Et ailleurs : « Par la régénération, tous les péchés passés sont remis3. » Si parcelle régénération tous nos péchés passés sont remis, si c'est elle qui nous exempte de la damnation, il est clair que c'est elle qui nous justifie. Ce grand homme parle toujours de la même sorte; el il me serait aisé de produire une infinité de passages. Sans doute il n'a pas été assez clairvoyant pour voir celte distinction raffinée de nos théologiensrélormés, entre la grâce qui nous régénère et celle qui nous justifie de nos crimes.

1 Rom., v,19. — - In daijinatione hominem prima nativitas tenet, unde nisi secunda non libérât. Auq., lib. n, l orlg,.

cap. 40, n. 4ô, tom. x. — J Régénérations spiritus modo fit ut peccaja emniapneterita retantantur. It.d., cap. 39, n. 44.

RÉFUTATION DU SIEUR FERRY

C'est pourquoi, en son Epître 23, il décrit la régénération par ces belles paroles : « L'Esprit, opérant intérieurement le bienfait de la grâce, déliant le lien de la coulpe, réconciliante biende la nature, régénère l'homme en Jésus-Christ *. » Vous voyez que le même bienfait de la régénération comprend tout ensemble la rémission des péchés, l'opération de l'Espritde Dieu, avec l'infusion de la grâce : cet aussi cette infusion de la grâce que saint Augustin appelle justification. Car au livre Ier Des mérites et de la rémission des péchés, après qu'il a enseigné au chapitre 9, que « Dieu donne aux fidèles une grâce très-occulte de son Esprit, qu'il communique même auxpetits enfants par une infusion secrète 2 , » il dit au chapitre suivant, que « ceux qui croient en Jésus- « Christ sont justifiés en lui à cause delacommu- « nicalion et inspiration secrète de la grâce « spirituelle 3. » D'où il s'ensuit non-seulement qu'il se fait en nous une infusion secrète de grâce, mais encore que c'est par elle que la justification s'opère en nos cœurs. C'est ainsi que parlait l'Eglise ancienne; mais la nouveauté des réformateurs a voulu paraître plus éclairée que la sage antiquité chrétienne.

Pour nous, demeurons toujours dans les bornes de la sainte simplicité de nos pères. Disons avec eux, selon l'Ecriture, que la justification du pécheur n'est pas tant un -acte de juge, qu'une action de Créateur tout-puissant qui renouvelle l'intérieur. Disons que la grâco qui nous justifie étant une grâce régénérante, elle remet en même temps les péchés et nous enrichit du don de jus.ice. Disons enfin que celte grâce justifiante ôtc les péchés en les pardonnant, parce qu'elle les nettoie par le Saint-Esprit, qui purge toutes les ordures par sa présence. Col la foi des saints docteurs de l'anliquité,c'estla créance perpétuelle de toute l'Eglise.

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