‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 28 sur 313 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Réflexion sur la doctrine précédente; qu'elle relève la gloire de Jésus-Christ, et que nos adver>aires la diminuent.

Cette belle, cette célesledochïncnousestd'autant plus agréable, qu'elle relève merveilleusement la gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ, le prix et L'efficace de sa passion, la force et la vertu de son Esprit-Saint, et la grandeur de sa charité dans la réparation de notre nature. Car

i Spiritus operans intrinsecus beneficium gratiœ, solvens vinculum

cu!pEc. rcconcilians bonum naturte, régénérât homlnem..4«#.,epist. 23,

i n. 2, toin. il. — 2 Datetiam sui Spiritus occuJtissimam fide-

lam latent r it tt parvulis. Lib. i, De pecc.

. tom. x.—''' Legimus in Christo juatificari qui cre-

ter occultam communicationem et inspirationem

grati*spiritualis.(/6id.,cap. 10, n. 11.)

au lieu que nos adversaires enseignent que nos péchés ne noussontpashnputés,c'est-à-dire que Dieu ne les punit pas à cause du mérite de Jésus- Christ; nous disons que nos péchés ne sont plus, à cause du mérite de Jésus-Christ. Ils disent que ce mérite est si grand, qu'il suffit pour couvrir nos crimes ; nous disons qu'il suffit même pour ôter nos crimes. Ils disent que la justice du Fils de Dieu mérite que les fidèles soient tenus pour justes; nous disons qu'elle leur mérite même d'être justes. Si nous errons en cette créance, notre erreur vient de notre amour : notre faute c'est que nous avons une idée plus haute de la sainte passion de notre Sauveur. Mais à Dieu ne plaise que ce soit errer, que de glorifier Jésus- Christ!

Que si nos adversaires estiment que nous voulons avoir la justice en nous, afin de nous glorifier en nous-mêmes, ils se trompent, ils s'abusent, ils nous calomnient. Ce n'est pas nous glorifier en nous-mêmes que de confesser qu'on nous donne : dire que le bienfait est plus grand, ce n'est pas diminuer l'obligation, mais honorer la magnificence. L'Apôtre nous apprend que la charité a été répandue en nos cœurs l : c'est en nous sans doute qu'elle est, puisque c'est en nos cœurs qu'elle est répandue. Toutefois, à Dieu ne plaise que nous prétendions nous glorifier en nous-mêmes d'un don si grand et si précieux ! parce que, dit le même apôtre, elle est répandue en nous par le Saint-Esprit. Il en est de même de celte justice que nous appelons inhérente. Elle esta l'homme qui la reçoit; elle est encore plus à Dieu qui la donne. « Cette justice est nôtre, » dit saint Augustin2, «maiselle est appelée dans les Ecritures, justice de Dieu et deJésus-Christ, parce qu'elle nousest donnée par sa largesse. » Ainsi l'homme qui se glorifie se doit glorifier en Notre-Seigneur; puisque n'ayant rien de lui-même, toute sa gloire consiste en ce qu'il reçoit : et la gloire de celui quireçoit se doit touie rapportera celui qui donne. Est-il rien de plus respectueux ni de plus modeste? Et quelle est la mauvaise foi de nos adversaires ! Ils pervertissent les Ecritures, ils méprisent l'antiquité, ils rabaissent la gloire du Sauveur des âmes. Nous nous joignons à l'ancienne Eglise pour expliquer par les oracles divins une doctrine toute céleste, et infiniment glorieuse au Fils de Dieu notre rédempteur; et ils ne cessent de nous reprocher que nous enseignons à nos peuples à se confier en autre qu'en lui, et que nous nous attribuonsà nous-mêmes ce que nous ne devons qu'à sa seule grâce. Où est

1 Rom., v, 5. — 2 Ideo Dei et Christi dicittir, quod cjus nobis largitatc donatur. (De spir. et UU., cap. 9, n. lo, tom. x.)

l'esprit. l<> lâchante dans ces injustes accusations le resté. C'est ainsi «pie nous enseignons très-

el dans ces calomnies si visibles? solidement la justification par la foi.

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