DEUXIÈME PARTIE : CORRESPONDANCE. G
formait pas Jésus-Christ n'en est pas connu: et ché par les hérétiques, et au contraire étant il csl de ceux à qui il sera dit au jugement : « Je confirmé par le sang de tant de martyrs, et cnii. • roua connais pas i. ». core par tant de miracles dont cette confession On pourrait ici considérer cette parole de de la lui lut suivie, est une démonstration de la Nbtre-Seigneur: « La vie éternelle est de vous tradition, du moins de toute l'Eglise d'Afrique, *< Connaître, vous qui êtes le seul vrai Dieu, et l'une des plus illustres du monde. On trouvé « Jésus-Christ que vous avez envoyé3. » Cepen- même dans saint Cjpricn une allusion manifeste dant, à parler correctement, il semble qu'on ne à ce passage, qui a passé naturellement dans doit pas dire (pie la connaissance de Dieu soit notre Vulgate, et confirme la tradition de tout nécessaire, necessitate medii, mais plutôt d'une l'Occident. Je suis, etc. nécessité d'un plus haut rang, neeeuUateJlfdi; , BÈ h de M parce que Dieu est la lin unique de la vie humaine, le terme de notre amour, cl l'objet où LETTRE XXXVII. consiste le salut: mais ce serait inutilement que leidnitz a bossuet. nous nous élcndiions ici sur celle expression. „, ,f . , M
, ,, . . , , ' ' Dj Wolfcnbutc), 30 avril 1700.
puisipi elle ne lait aucune sorte de controverse
parmi nous. Monseigneur,
Pour le litre intitulé Secretio, etc., il est très- H Y a plus de deux mois que j'ai écrit deux
bon dans le fond. On en pourrait retrancher lettres très-amples pour répondre distinctement
encore quelques articles : il y en aurait quelques a ''Cl,x des vôtres, que j'avais eu l'honneur de
autres à eclaircir un peu davantage. Pour entrer recevoir, sur ce qui est de foi en général, et sur
dans un plus grand détail, il faudrait traiter l'application des principes généraux à la ques-
tous les articles de controverse; ce «pie je pense lion particulière des livres canoniques de la Bi-
avoir assez fait, et avec toutes les marques Me. J'avais laissé le tout alors à Wolfenlmlcl,
d'approbation de l'Eglise, dans mon livre de l),,ur ^>lre nus au net ct expédié; mais j'ai
Y Exposition. trouvé, en y arrivant présentement, que la per-
Je me suis aussi expliqué sur cette matière sonne qui s'en était chargée ne s'est point ac-
dans ma réponse latine à M. l'abbé de Lokkum. quittée de sa promesse. C'est ce qui me fait
Si néanmoins voire sage et habile prince sou- prendre la plume pour vous écrire ceci par
hailcque je m'explique plus précisément, j'em- avance, et pour m'excuserdece délai, qucj'au-
ltrasserai avec joie toutes les occasions d'obéir à rai soin de réparer.
Son Allessc Sérénisshnc. Je suis lâché cependant de ne pouvoir pas vous
Rien n'est plus digne de lui que de travailler donner cause gagnée, Monseigneur, sans blesser
a guérir la plaie qu'a faite au christianisme le ma conscience: car, après avoir examiné la ma-
schisme du dernier siècle. 0 trouvera en vous un tière avec attention, il me parait incontestable
digne instrument de ses intentions; elecque nous nue le sentiment de saint Jérôme a été celui de
avons tous à faire, dans ce beau travail, est, enfer- toute l'Eglise, jusqu'au! innovations modernes
mant cette plaie, de ne donner pas occasion qui se sont faites dans votre parti, principale-
au temps à venir d'en rouvrir une plus grande, ment à Trente; et que les Papes Innocent et Gé-
J'avoue au reste, Monsieur, ce que vous dites lase, le concile de Carthage et saint Augustin des anciens exemplaires grecs sur le passage: ont pris le terme d'Ecriture canonique et divine Tressunt, etc.; mais vous savez aussi bien que largement, poureeque l'Eglise a autorisé comme moi que l'article contenu dans ce passage ne conforme aux Ecritures inspirées ou immédiatedoit pas être pour cela révoqué en doute, étant ment divines; et qu'on ne saurait les expliquer d'ailleurs établi non-seulement par la tradition autrement, sans les faire aller contre le torrent «les Eglises, mais encore par l'Ecriture très-évi- de toute l'antiquité chrétienne ; outre que saint déminent. Vous savez aussi, sans doute, que ce Augustin favorise lui-même avec d'autres cette 1 assage se trouve reçu dans tout l'Occident; ce interprétation. Ainsi, à moins qu'on ne donne qui parait manifeste, sans même remonter plus encore avec quelques-uns une interprétation de haut, par la production qu'en fait saint Eulgence pareille nature aux paroles du concile de Trente, dans ses écrits, et même dans une excellente que je voudrais bien le pouvoir souffrir, la conconfession de foi présentée unanimement au roi ciliation par voie d'exposition cesse ici; et je ne Hunéric par toute l'Eglise d'Afrique. Ce témoi- vois pas moyen d'excuser ceux qui ont dominé gnage produit par un aussi grand théologien, et dans cette assemblée, du blâme d'avoir osé propar celte savante Eglise, u'ayant point été repro- noncer anathème contre la doctrine de toute
. Maùh^n, s. - > joan., *vn, 3. l'ancienne Eglise. Je suis bien trompé si cela
passe jamais, à moins que par un étrange renversement on ne retombe dans la barbarie, ou qu'un terrible jugement de Dieu ne lasse régner dans l'Eglise quelque chose de pire que l'ignorance ; car la vérité me semble ici trop claire, je l'avoue. Il me paraît fort supportable qu'on se trompe en cela à Trente ou à Rome, pourvu qu'on raie les anathématismes, qui sont la plus étrange chose du monde, dans un cas où il me parait impossible que ceux qui ne sont point prévenus très-fortement se puissent rendre de bonne foi.
C'est avec cette bonne Met ouverture de cœur que je parle ici, Monseigneur, suivant ma conscience. Si l'affaire était d'une autre nature, je ferais gloire de vous rendre les armes; cela me serait honorable et avantageux de toutes les manières. Je continuerai d'entrer dans le détail avec toute la sincérité, application et docilité possibles : mais en cas que, procédant avec soin et ordre, nous ne trouvions pas le moyen de convenir sur cet article, quand même il n'y en aurait point d'autre, quoiqu'il n'y en ait que trop, il faudra ou renoncer aux pensées iréniques làdessus, ou recourir à la voie de l'exemple que je vous ai allégué autrefois, auquel vous n'avez jamais satisfait, et où vous n'avez voulu venir qu'aprèsavoir épuisé les autres moyens; j'entends ceux de douceur : car quant aux voies de fait et guerres, je suppose que, suivant le véritable esprit du christianisme, vous ne les conseillerez pas ; et que l'espérance qu'on peut avoir dans votre parti de réussir un jour par ces voies, laquelle, quelque spécieuse qu'elle soit, peut tromper, ne sera pas ce qui vous empêchera de donner les mains à tout ce qui paraîtra le plus propre à refermer la plaie de l'Eglise.
Monseigneur le duc a pris garde à un endroit de votre lettre, où vous dites que cela ne se doit point faire d'une manière où il y ait danger que cette plaie se pourrait rouvrir davantage, et devenir pire : mais il n'a pas compris en quoi consiste ce danger, et il a souhaité de le pouvoir comprendre; car, non plus que vous, nous ne voulons pas des cures palliatives, qui fassent empirer le mal. Je suis avec zèle, Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,
Leibnitz.