DEUXIÈME PARTIE: CORRESPONDANCE
1 1 non par un instinct aveugle, comme on ferait des bêtes brutes.
Dans ce principe, si clair et si simple, lont le monde voit d'abord qu'il laui connaître la personne du Sauveur, qui est Jésus-Christ, Fils de Dieu; qu'il faut aussi connaître son Père, qui l'a envoyé, avec le Saint-Esprit, de qui il a clé couru, et par lequel il nous sanctifie; quel est le salut qu'il nous propose , ce qu'il a fait pour nous l'acquérir, et ce qu'il ?eut que nous lassions pour lui plaire : ce qui ramène naturellement l'un après l'autre les Symboles dont nous avons parlé, l'Oraison dominicale et le Décalogue : et tout cela réduit en peu de paroles, esl ce que nous avons nommé les premiers principes de la religion chrétienne.
La troisième proposition a deux parties : la première, que ces articles non fondamentaux, encore que la connaissance et la foi expresse n'en soit pas absolument nécessaire à tout le monde, ne laissent pas d'être importants. C'est ce qu'on ne peut nier, puisqu'on suppose ces articles révélés de Dieu, qui ne révèle rien que d'important à la piété, et dont aussi il est écrit : Je suis le Seigneur ton Dieu, qui Renseigne des choses utiles '.
Ce fondement supposé, il y a raison et nécessite de noter ceux qui s'opposent à ces dogmes utiles, et qui manquent de docilité à les recevoir, quand l'Eglise les leur propose. La pratique universelle de l'ancienne Eglise confirme cette seconde partie de la proposition. Elle a mis au rang des hérétiques, non-seulement les ariens, les sabelliens, les panlianistes , les macédoniens, les aestoriens, leseutychiens, et ceux en un mot qui rejetaient la Trinité et les autres dogmes également fondamentaux; mais encore les novatiens ou cathares, qui étaient aux ministres de l'Eglise le pouvoir de remettre les péchés; les monlanistes ou cataphrygiens, qui improuvaient les secondes noces; les ariens qui niaient l'utilité des oblations pour les morts, avec la distinction de l'épiscopat et de la prêtrise; Jovinien et ses sectateurs, qui, à l'injure du Fils de Dieu, niaient la virginité perpétuelle de sa sainte Mère, et jusqu'aux quartodécimans» qui, aimant mieux célébrer la pâque avec les Juifs qu'avec les Chrétiens, tâchaient de rétablir le judaïsme et ses observances, contre l'ordonnance des apôtres. Les auteurs opiniâtres de ces dogmes pervers ont été frappés par les Pères, par les conciles, quelques-uns même par le grand concile de Nicée,le premier et le plus vénérable des œcuméniques; parce qu'encore que les articles qu'ils combattaient ne lussent
1 Isa., ZLVUI, 17.
pas de ce premier rang, qu'on appelle fondamentaux, l'Eglise ne devait pas souffrir qu'on méprisât aucune partie de la doctrine célesteque Jésus-Christ et les apôtres avaient enseignée.
Si messieurs de la Confession d'Auffsbourg ne convenaient pas de ce principe, ils n'auraient pas mis au nombre des hérétiques, sous le nom de sacramentaires, Bérenger et ses sectateurs, puisque la présence réelle, qui fait leur erreur, n'est pas comptée parmi les articles fondamentaux.
L'Eglise fait néanmoins une grande différence entre ceux qui ont combattu ces dogmes utiles et nécessaires a leur manière, quoique d'une nécessité inférieure et seconde, avant ou depuis ses définitions. Avant qu'elle eût déclaré la vérité et l'antiquité , ou plutôt la perpétuité de ces dogmes, par un jugement authentique, elle tolérait les errants, et ne craignait point d'en mettre même quelques-uns au rang de ses saints '• mais depuis sa décision, elle ne les a plus soufferts; et, sans hésiter, elle les a rangés au nombre des hérétiques. C'est , Monsieur , comme vous savez , ce qui est arrivé à saint Cyprien et aux donatistes. Ceux-ci convenaient, avec ce saint martyr, dans le dogme pervers qui rejetait le baptême administré par les hérétiques : mais leur sortaétébien différent, puisque sainlCyprien est demeuré parmi les saints, et les autres sont rangés parmi les hérétiques : ce qui fait dire au docte Vincent de Lérins, dans ce livre tout d'or, qu'il a intitulé Commonitorium, ou Mémoire sur l'antiquité de la foi : « 0 changement étonnant! Les auteurs d'une opinion sont Catholiques, les sectateurs sont condamnés comme hérétiques : les maîtres sont absous, les disciples sont réprouvés : ceux qui ont écrit les livres erronés sont les enfants du royaume, pendant que leurs défenseurs sont précipités dans l'enfer. » Voilà des paroles bien terribles pour la damnation de ceux qui avaient opiniâtrement soutenu les dogmes queles saints avaient proposésde bonne foi, dont on voit bien que la différence consiste précisément à avoir erré avant que l'Eglise se fût expliquée, ce qui se pouvait innocemment ; et avoir erré contre ses décrets solennels, ce qui ne peut plus être imputé qu'à orgueil et irrévérence.
C'est aussi ce que saint Augustin ne nous laisse point ignorer, lorsque, comparant saint Cyprien avec les donatistes : « Nous-mêmes, dit-il, nous n'oserions pas enseigner une telle chose » contre un aussi grand docteur que saint Cyprien; c'est-à-dire la sainteté et la validité du baptême administré par les hérétiques, « si nous n'étions appuyés sur l'autorité de l'Eglise universelle, à laquelle il aurait très-certainement
cédé lui-même, si la vérité éclaircie avait été C'est aussi pour cette raison que le môme saint
confirmée dès lors par un concile universel : Augustin, en parlant du baptême des petits en-
Cui et illeprocul dubio cederet, si quœstionis ejus fants, a prononcé ces paroles : « Il faut, » dit-il,
veritas, eliquata et declarata per plenarium con- «souffrir les contredisants dans les questions
cilium, solidaretur l. » qui ne sont pas encore bien examinées, ni plei-
Telle est donc la différence qu'on a toujours nement décidées par l'autorité de l'Eglise : In
mise entre les dogmes non encore entièrement quœstionibus nondum plena Ecclesiœ auctoritate
autorisés par le jugement de l'Eglise, et ceux firmatisK » — « C'est là, continue ce Père, que
qu'elle a déclarés authentiquement véritables: l'erreur se peut tolérer; mais elle ne doit pas
et cela est fondé sur ce que la soumission à l'au- entreprendre d'ébranler le fondement de l'E-
torité de l'Eglise étant la dernière épreuve où glise : Ibi ferendus est error, non usque adeo
Jésus-Christ a voulu mettre la docilité de la foi, progredi débet, ut fundamentum ipsum Ecclesiœ
on n'a plus, quand on méprise cette autorité, à quatere moliatur. »
attendre que cette sentence: S'il n'écoute pas On n'avait encore tenu aucun concile pour y
l'Eglise, qu'il vous soit comme un païen et un pu- traiter expressément la question du baptême des
blicain 2. petits enfants; mais parce que la pratique en
Il ne s'agit pas ici de prouver cette doctrine» était constante et universelle, en sorte qu'il n'y mais seulement d'exposer à votre grand prince avait aucun moyen de la contester, loin de perla méthode de l'Eglise catholique, pour distin- mettre de la révoquer en doute, saint Augustin guer, parmi les articles non fondamentaux, les la prêche hautement comme une vérité toujours erreurs où l'on peut tomber innocemment, d'à- établie, et dit que ce doute seul emporte le renvec les autres. La racine et l'effet de la distinc- versement du fondement de l'Eglise, lion se tirent principalement de la décision de C'est à cause que ceux qui nient cette autorité l'Eglise. Nous n'avançons rien de nouveau en sont proprement ces esprits contentieux que l'Acet endroit, non plus que dans toutes les autres pôtre ne souffre pas dans les Eglises 2. Ce sont parties de notre doctrine. Les plus célèbres doc- ces frères qui marchent désordonnément, et non teurs du IVe siècle parlaient et pensaient comme pas selon la règle qu'il leur a donnée, dont le nous. Il n'est pas permis de mépriser des auto- même Apôtre veut qu'on se retire 'A. On ne se rites si révérées dans tous les siècles suivants : doit retirer d'eux qu'à cause qu'ils se retirent et d'ailleurs, quand saint Augustin assure que les premiers de l'autorité de l'Eglise et de ses saint Cyprien aurait cédé à l'autorité de l'Eglise décrets, et se rangent au nombre de ceux que universelle, si sa foi s'était déclarée de son temps se séparent eux-mêmes 4 : d'où l'on doit conpar un concile de toute la terre, il n'a parlé de dure qu'encore que la matière de leur discette sorte que sur les paroles expresses de ce pute ne soit peut-être pas fondamentale, et du saint martyr, qui, interrogé par Antonien, son rang de celles dont la connaissance est absolucollègue dans l'épiscopat. quelles étaient les er- ment nécessaire à chaque particulier, ils ne reurs de Novatien : « Sachez premièrement, lui laissent pas, par un autre endroit, d'ébranler le disait-il *, que nous ne devons pas même être fondement de la foi, en se soulevant contre l'E. curieux de ce qu'il enseigne, puisqu'il est hors glise, et en attaquant directement un article du de l'Eglise : quel qu'il soit, et quelque autorité Symbole aussi important que celui-ci : Je crois qu'il s'attribue, il n'est pas Chrétien, puisqu'il l'Eglise catholique.
n'est pas dans l'Eglise de Jésus-Christ : Chrîstia- S'il faut maintenant venir à la connaissance nus non est, qui in Christi Ecclesia non est . » nécessaire, necessitate medii, la principale de ce Saint Augustin n'a pas tort de dire qu'un homme genre est celle de Jésus-Christ; puisqu'il est étaqui ne souffre pas qu'on juge digne dYxamen bli de Dieu comme l'unique moyen du salut, une doctrine qu'on enseigne hors de l'Eglise, sans la foi duquel on est déjà jugé &, et la cornais qui veut qu'on la rejette à ce seul titre, 1ère de Dieu demeure sur nous. Il n'est pa:. dit n'aurait eu garde de se soustraire lui-même à qu'elle y tombe, mais qu'elle y demeure; parce une autorité si inviolable *. qu'étant, comme nous le sommes, dans une
Il n'est pas même toujours nécessaire, pour juste damnation par notre naissance, Dieu ne
mériter d'être condamné, d'avoir contre soi une fait point d'injustice à ceux qu'il y laisse. C'est
expresse décision de l'Eglise, pourvu que d'ail- peut-être à cet égard qu'il est écrit : « Qui ignore
leurs sa doctrine soit bien connue et constante. « sera ignoré 6 : » et, quoi qu'il en soit, qui ne
» Au<j., De bapt.Jti. n, e. 4- n. 5. t. :x. — ' Math., xvin. 17. ' Aug., serm. 14, diverb. Aposl., nuneserm. 234, n. 20.— : i Cor.,
- 2 C\r>. »p:s'.&2. — * A"g-, tt ■■cl. m J.an. i, 1. II, c. 2, t. XI, et xi, 16. — 3 II. Thess., III, 6. — * Jud. 19. — 5 Joan., m, 18, 36. —
eUririUiai. • « I Cor., xiv, 8\