DEUXIEME PARTIE : CORRESPONDANCE
jupez digne d'être représentée à votre grand et habile prince, je nie donnerai l'honneur de lui en (aire le présent dans les formes, avec lout le respec' qui lui est dû. J'espère que la lecture ne lui en sera pas désagréable, ni à vous aussi; puisque cet écrit comprend la plus pure tradition du christianisme but les promesses de l'Eglise. Continuez-moi l'honneur de Nuire amitié, comme je sois de mon côté, avec toute sorte d'estime, Monsieur, Notre très-humble serviteur.
J. Bénigne, cv. de Meaux.
LETTRE XXXVIX.
II Ili.MTZ ABOSSUF.T.
A Wolfcnbutel. ce U Mal 17 .
Monseigneur,
Vos deux grandes et belles lettres n'étant pas tant pour moi que pour Monseigneur le duc Antoine Ulric, je n'ai point manqué d'en faire rapport à son Altesse Sérénissime, qui même a en la satisfaction de les lire. Dvous en est fort obligé; et comme il honore extrêmement votre mérite éminent, il en attend aussi beaucoup pour le bien de la chrétienté ; jugeant, sur ce qu'il a appris de votre réputation et autorité, que vous y pourriez le plus contribuer. II serait fâché de vous avoir donne de la peine, s'il ne se lelicilait de vous avoir donné en même temps l'occasion d'employer de nouveau vos grands talents à cequ'il croit le plus utile, et même très-conforme «à la volonté du roi, suivant ce que M. le marquis de Torcy avait lait connaître.
I. Comme vous entrez dans le détail, j'avais supplié ce prince de charger un théologien de la discussion des points qui le demandent : mais il a eu ses raisons pourvouloir que je continuasse devons proposer les considérations qui se piésenteraient, et dont une bonne partie a été fournie par son Altesse môme; et pour moi, j'ai tâché d'expliquer et de fortifier ses sentiments par des autorités incontestables.
II. Il trouve fort bon que vous ayez choisi une controverse particulière, agitée entre les tridentins et les protestants : car s'il se trouve un seul point, tel que celui dont il s'agit ici, où il est visible que nous avons contre certains analhéinalisrnes prononcés chez vous, des raisons qui, après un examen fait avec soin et avec sincérité, nous paraissent invincibles; on est obligeriez vous, suivant le droit, elsuivant lesexemplcs pratiqués autrefois, de les suspendre à l'égard de ceux qui ne s'éloignent point pour cela de l'obéissance due à l'Eglise catholique.
III. Mais pour venir au détail de vos lettres, dont la premièredonne les principes qui peuvent
servira distinguer ce qui est de foi de ce qui nl 'est pas et dont la seconde explique les degrés de ce qui est de foi; je m'arrêterai principalement à la première, où vous accordez d'abord, Monseigneur, que Dieu ne révèle point de nouvelles vérités qui appartiennent à la foi catholique; que la règle de la perpétuité est aussi celle de la catholicité; (pie les conciles œcuméniques ne proposent point de nouveaux dogmes; enlin, que la règle infaillible des vérités de la loi est le consentement unanime et perpétuel de toute l'Eglise. J'avais dit que les protestants ne reconnaissent pour un article de la loi chrétienne, que ce que Dieu a révélé d'abord par Jésus-Christ et Ses apôtres; et je suis bien aise d'apprendre, par votre déclaration, que ce sentiment est encore ou doit être celui de votre communion.
IV. J'avoue cependant que l'opinion contraire, ce semble, d'une infinité de vos docteurs, me fait de la peine : car on voit que, selon eux, l'aaalyse de la foi revient à l'assistance du Saint- Esprit, qui autorise les décisions de l'Eglise universelle; ce qui étant posé, l'ancienneté n'est point nécessaire, et encore moins la perpétuité.
Y. Le concile de Trente ne dit pas aussi qu'elles sont nécessaires, quoiqu'il dise, sur quelques dogmes particuliers, que l'Eglise l'a toujours entendu ainsi ; car cela ne lire point à conséquence pour tous les autres dogmes. ,
VI. Encore depuis peu, Georges Bullus, savant prêtre de l'Eglise anglicane, ayant accusé le P. Pétau d'avoir attribué aux Pères de la primitive Eglise des erreurs sur la sainte Trinité, pour autoriser davantage les conciles à pouvoir établir et manifester, constituere et patefacere, de nouveaux dogmes; le curateur de la dernière édition des Dogmes tliéologiques de ce Père, qui est apparemment de la même société, répond dans la préface : Est quidem hoc dogma catholicœ rationis, ab Eccîesia constitui fidei capita; sed propterea minime sequitur Petavium malisartibus,ad id eonfirtnandûm, usutn.
VII. Ainsi le P. Grégoire de Valentia a bien des approbateurs de son Analyse de la foi; et je nesaissile sentiment du cardinal du Perron, que vous lui opposez, prévaudra à celui de tant d'autres docteurs. Le cardinal d'ailleurs n'est pas toujours bien sûr ; et je doute que l'Eglise de France d'aujourd'hui a p prouve la harangue qu'il prononça dans l'assemblée des états, un peu après la mort de Henri IV, et qu'il n'aurait osé prononcer dans un autre temps que celui d'une minorité; car il passe pour un peu politique en matière de foi.
VIII. De plus, suivant votre maxime, il ne serait pas dans le pouvoir du Pape ni de toute
l'Eglise, de décider la question de la conception XIII. Mais si vous voulez que l'Eglise ne man-
immaculée de la sainte Vierge. Cependant leçon- que jamais de prononcer pour l'opinion qui a
cile de Bàle entreprit de le laire ; et il n'y a pas toujours été la plus commune ou la plus accré-
encorelongtempsqu'unroi d'Espagne envoya ex- ditée, vous aurez de la peine à justifier ce senti-
près au Pape, pour le solliciter à donner une déci- ment par les exemples. Car outre qu'il y a opi-
sion là-dessus ; ce qu'on entendait sans doute sous niones communes contra communes, et que sou-
analhème. On croyait donc en Espagne que vent le grand nombre et les personnes les plus
cela n'excède point le pouvoir de l'Eglise. Le re- accréditées ne s'accordent pas; le mal est que
fus aussi, ou le délai du Pape, n'était pas fondé des opinions qui étaient communes et accrédi-
sur son impuissance d'établir de nouveaux ar- tées cessent de l'être avec le temps; et celles
ticles de foi. qui ne l'étaient pas, le deviennent. Ainsi, quoi-
IX. J'en dirai autant de la question de auxiliis qu'il arrive naturellement qu'on prononce pour gratiœ, qu'on dit que le pape Clément VIII avait l'opinion qui est la plus en vogue, lorsqu'on prodessein de décider pour les thomistes contre les nonce; néanmoins il arrive ordinairement que molinistes; mais la mort l'en ayant empêché, ce qui est eudoxe dans un temps était paradoxe ses successeurs trouvèrent plus à propos de lais- auparavant, et vice versa.
ser la chose en suspens. XIV. Comme, par exemple, le règne de mille
X. Il semble que vous-même, Monseigneur, ans était en vogue dans la primitive Eglise, et laissez quelque porte de derrière ouverte, en maintenant il est rebuté. On croit maintenant disant que les conciles œcuméniques, lorsqu'ils que les anges sont sans corps, au lieu que les décident quelque vérité, ne proposent point de anciens Pères leur donnaient des corps animés, nouveaux dogmes; mais ne font que déclarer mais plus parfaits que les nôtres. On ne croyait ceux qui ont toujours été crus, et les expliquer pas que les âmes qui doivent être sauvées parseulement en termes plus clairs et plus précis, viennent si tôt à la parfaite béatitude; sans par- Car si la déclaration contient quelque proposi- 1er de quantité d'autres exemples.
tion qui ne peut pas être tirée, par une consé- XV. D'où il s'ensuit que l'Eglise ne saurait quence légitime et certaine, de ce qui était déjà prononcer en faveur de l'incorporalité des anreçu auparavant, et par conséquent n'y est point ges, ou de quelque autre opinion semblable ; ou, comprise virtuellement; il faudra avouer que la si elle le faisait, cela ne s'accorderait pas avec décision nouvelle établit un article nouveau, la règle de la perpétuité, ni avec celle de Vinquoiqu'on veuille couvrir la chose sous le nom cens de Lérins, du semper et ubique, ni avec vode déclaration. tre règle des vérités de foi, que vous dites être
XI. C'est ainsi que la décision contre lesmo- le consentement unanime et perpétuel de toute nothélites établissait en effet un article nou- l'Eglise, soit assemblée en concile, soit disperveau, comme je crois l'avoir marqué autrefois; sée par toute la terre. En effet, cela est beau et et c'est ainsi que la transsubstantiation a été dé- magnifique à dire, tant qu'on demeure en tercidée bien tard dans l'Eglise d'Occident, quoique mes généraux; mais quand on vient au fait, on cette manière de la présence réelle et du chan- se trouve loin de son compte, comme il paraîtra gement ne fût pas une conséquence nécessaire dans l'exemple de la controverse des livres cade ce que l'Eglise avait toujours cru auparavant, noniques.
XII. Il y encore une autre difficulté, sur ce XVI. Enfin, on peut demander si, pour décique c'est que d'avoir été cru auparavant. Car der qu'une doctrine est de foi, il suffit qu'elle voulez-vous, Monseigneur, qu'il suffise que le ait été simplement crue ou reçue auparavant, et dogme que l'Eglise déclare être véritable et de s'il ne faut pas aussi qu'elle ait été reçue comme bonne foi ait été cru en un temps par quelques- de foi? Car à moins qu'on ne veuille se fonder uns, quels qu'ils puissent être, c'est-à-dire, par sur de nouvelles révélations, il semble que, un petit nombre de personnes, et par des gens pour faire qu'une doctrine soit un article de foi» peu considérés; ou bien faut-il qu'il ait tou- il faut que Dieu l'ait révélée comme telle, et que jours été cru par le plus grand nombre, ou par l'Eglise, dépositaire de ses révélations, l'ait toules plus accrédités? Si vous voulez le premier, jours reçue comme étant partie de la foi, puisiln'y aura guère d'opinion qui n'ait toujours eu qu'on ne pourrait savoir que par révélation si quelques sectateurs, et qui ne puisse ainsi s'at- une doctrine est de foi ou non.
tribuer une manière d'ancienneté et de perpé- XVII. Ainsi il ne semble pas qu'une opinion tuité ; et par conséquent celte marque de la vé- qui a passé pour philosophique auparavant, rite, qu'on fait tant valoir chez vous, sera fort quelque reçue qu'elle ait été, puisse être proaffaiblie, posée légitimement sous anathèmô; comme par