CHAPITRE Vin Mais entrons profondément au sens de l'A
pôtre; el pour entendre les rentables raisons
De la justlflctfM pu i , foi. poil,. lesquelles il attribue la justification à la foi
Après que nous avons expliqué par quel motif dans la divine Epttre aux Humains cl dans le
Dieu nous justifie, et ce que c'est quelajuslifi- reste de ses écrits, proposons quelques autres
cation (lu pécheur, il but considérer mainte- textes de oe grand docteur qui nous ouvriront
nant, selon que nous avons propos»', par quelle l'intelligence infaillible de ceux que nous avons
action de nos Ames cette grâce nous est appli- à traiter.
quée. Toute la controverse en cette matière se Certes, le même Apôtre, qui dit que nous
réduit à mon avisé savoir ce que c'est que la sommes justifiés par la fin, dil aussi que nous
justification par la foi, et de quelle sorte la loi sommes sauvés par la foi. « Si tu confesses, a
justifie. dit-il ', « en la bouche le Seigneur Jésus, et
Nos adversaires enseignent qu'elle justifie, « que tu croies en ton cœur que Dieu l'a
parce que, de toutes les choses qui sont en nous, « ressuscité des morts, lu seras sauvé. Pst-ce
il n'j a <pie la seule foi qui concoure à notre à dire que nous soyons sauvés par la seule loi,
justification. Mais ils ne peuvent disconvenir que sans] comprendre les autres vertus? Si cela
pour être justifié il ne soit nécessaire de joindre était de la sorte, que deviendrait la sentence du
à la l"i. el l'eau salutaire de la penilence, el le Juge qui. appelant les hien-ainies de son l'ère.
feu Céleste de la charité, sans laquelle la loi est témoigne en des paroles si claires «pie c'est leur
morte. El c'est pourquoi le grand cardinal de charité qu'ilcouronne? Venez, » dit-il 3, « parce
Richelieu leur montre par des raisons évidentes, i que j'ai eu faim et vous m'avez donné à
(pie le procès qu'ils nous iiiiciiieni est fondé sur « manger. Nous ne sommes donc pas sauvés
une chicane inutile '. par la seule loi; nous le sommes encore par la
Mais afin qu'ils voienl manifestement que nous charité, établissons par les Mais pi incipes la justification Davantage : le mêmesainl Paul enseigne, écri-
par la foi, représentons-leur la doctrinedu sacré vant aux Ephésiens, que Jésus-Chrisl habite
concile Av Trente, et après expliquons celle de « en nous par la toi ;. Ce n'est pas pour exclure
saint Paul, sous la conduite de saint Augustin, la charité, le bien-aimé disciple disant que
qui a si bien pénétré le sens de l apôtre, parti- « celui qui est en charité est eu Dieu, et Dieu en
culièremenl en ce docte livre De X esprit et de la « lui'. • Mais voici encore un troisième exemple
lettre, où il traite excellemment celte question, qui tranchera la difficulté jusqu'au fond. Saint
Le concile de Trente enseigne que « nous Paul cite*, en divers endroits, ce passage du
sommes dits justifiés par la loi. parce que la t. i prophète Habacuc ' : Le juste \il par la loi. »
est le commencement du salut, le fondement Considérons d'un esprit non préoccupé si le
et la racine de toute justification3. » Il ditqu'elle juste \it tellement par la seule toi, qu'il ne vive
est le commencement, parce que Dieu, voulant point par les autres vertus, spécialement par la
nous sauver, nous propose premièrement celui charité.
qui nous sauve, c'est-à-dire son Fils unique. Klle Notre-Sei-neur Jésus-Christ nous assure netest encore le fondement parce qu'elle soutient temenl le contraire. * Si tu veux. » dit-il "7, par sa fermeté cegrand édifice de la justification «entrera la vie, garde les commandements; » du pécheur qui n'est appuyéequesur elle. Enfin et lorsque ce docteur île la loi lui récita le préelle en est aussi la racine, parce qu'elle répand cepte de la charité : « Pais ceci et tu vivras, » sa vertu partout, et qu'elle est comme le principe lui dit-il 8. Et le bien-aimé disciple prononce et la source de tous les autres dons qui nous que « celui qui n'aime pas demeure en la justifient. Ainsi toute notre créance comprise mort9. » .11 est aisé de justifier par les Ecrien celte seule proposition qui est tirée de saint tures, que la charité est la vie de l'àme, parce Augustin 3, que nous sommes dits justifiés par que c'est par elle que nous mourons au péché la foi, parce que plusieurs choses étant néces- etvivonsà Dieu avec Notre Seigneur Jésus-Christ, saires pour la justification du pécheur , la foi est D'où vient donc que saint Paul détermine posée la première , afin de nous impétrer tout que le juste vit de la loi? C'est à cause que la
foi nous montre la vie en Jésus-Christ, en sa
: Traite pour convertir, etc., liv. ni, c. 4. — ; Pcr fulem justifieari dicimus, quia fides est lunnanœ salutis iiiitium, i'ur.damentum et ' Rom., x, 9. — ! Malth., xxx, 34,35. — 3 Ephes., m, 17. — * I
radis oir.rds justifleationis. (Concil. Trid., sess. 6, cap, 8.) — 3 D» Joan., iv, 1G. — 5 Rom., i, 17, Ikbr., x, 38. — ' Habac, u, 4.—
p,ad. Sonet., cap. 7, n. 12, toin. x, col. 798. ' Mat'h ., xiï, 17., — » Luc, x, 28.— s / Joan., m, 14.
RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
mort, en son Evangile, en ses paroles vivifiantes Ainsi la foi est le principe de vie, elle est elle.nième la vie commencée, et de plus elle est le germe divin par lequel nous croissons à la vie parfaite en Noire Seigneur Jésus-Christ. De là vient que l'apôtre saint Paul attribue la vie a la foi.
Nous disons que c'est pour la même raison qu'il lui attribue aussi le salut, parce qu'elle en est le principe ; et c'est encore pour la même cause qu'il enseigne que la foi justifie, parce qu'elle est le commencement de notre justice, et qu'elle est la source des autres dons par lesquels elle est achevée.
Toutefois il y a quelque chose de plus relevé dans la doctrine du saint Apôtre; et quand nous l'aurons pénétré, nous entendrons les raisons solides pour lesquelles, définissant la justice chrétienne en la savante Epître aux Romains, il l'appelle la justice qui est par la foi.
Il faut savoir qu'en cette Epître admirahle saint Paul distingue deux sortes de justice. L'une est la justice qui est par la loi, qui est celle dont les Juifs se glorifiaient, et que l'Apôtre entreprend de combattre. L'autre, c'est la justice qui est par la foi, qui est la vraie justice chrétienne que l'Apôtre veut établir et qu'il oppose à la fausse justice des Juifs.
Mais d'où vient, direz-vous, que saint Paul la qualifie justice de la foi? En voici la véritable raison. On définit les choses par leurs propres différences : or, il est sans doute que c'est la foi qui met la véritable différence entre cette justice judaïque contre laquelle l'Apôtre dispute, et la justice chrétienne qu'il établit. Faisons voir clairement cette différence par les principes du docteur des gentils.
11 définit doctement la justice qui vient de la loi par ce texte du Lévitique l : « Qui fera ces « choses vivra par elles. Moïse a écrit, » dit l'Apôtre 2, « de la justice qui est par la loi, » que, «qui la fera vivra par elle. » Ces paroles nous font entendre en quoi consiste précisément la justice qui est par la loi. Car elles montrent manifestement que, le propre de la loi étant de commander, celui qui veut être juste selon la loi ne regarde qu'à l'action commandée; il ne songe simplement qu'à faire et à vivre.
Encore que cette justice soit spécieuse, l'Apôtre la combat par plusieurs raisons, par lesquelles il prouve invinciblement que si elle a quelque gloire devant leshommes, elle n'est point reçue devant Dieu.
Premièrement, ce n'est point assez de regarder ce qu'il faut taire, si on ne considère ce qu'il faut purger. Car tous les hommes généralement
1 Levit. xvai, 6. — 3 Rom., x, 6.
sont pécheurs. C'est donc une fausse justice, si nous contemplons seulement les vertus qu'il faut acquérir, et que nous laissions sans remède les péchés qu'il faut nettoyer. Que si pour être juste véritablement, il faut penser avant toutes choses à purger les crimes, l'intervention de la foi y est nécessaire; d'autant que la loi ne les ôte pas, mais plutôt, dit l'Apôtre, elle les condamne. Ainsi, tant qu'on est sous la loi, on est dans la damnation selon sa doctrine. Par conséquent, il faut que la foi nous montre Jésus-Christ le grand propi lia leur qui expie les péchés par son sang.
C'est la première raison de l'Apôtre contre la fausse justice des Juifs qui espéraient seulement aux œuvres; et cet excellent docteur l'explique en ces mots : « Tous ont péché et ont besoin de « la gloire de Dieu, étant justifiés gratuitement « par sa grâce, par la rédemption qui est en « Jésus-Christ que Dieu a ordonné propitiateur « par la foi L »
La seconde raison dont se sert l'Apôtre pour prouver la fausseté de cette justice ne sera pas malaisée à entendre, si nous remarquons que les hommes étant impuissants par eux-mêmes, ceux qui veulent être justifiés doivent premièrement regarder la grâce.
11 ne suffit pas de considérer le précepte qui nous éclaire; il faut encore lever les yeux au Saint-Esprit de Dieu qui nous meut. C'est peu de chose de s'arrêter simplement à l'action qui nous est commandée; il faut aller au principe qui l'opère en nous. Nous ne voyons pas ce principe, mais nous le croyons, parce que ce principe, c'est Jésus-Christ même : de sorte que c'est la foi qui nous y conduit, puisque le propre de la foi c'est de croire, comme le propre de la loi c'est de commander.
Cette vérité étant supposée, il s'ensuit trèsévidemment que celui qui se proposera la loi sans la foi établira une fausse justice ; car il n'aura aucun égard à la grâce, et il croira pouvoir être juste par ses propres forces. C'est pourquoi l'apôtre saint Paul parle ainsi des Israélites charnels qui considéraient la loi de Moïse sans la foi du Sauveur Jésus : « Ignorant la justice de Dieu et « voulant établir leur propre justice, ils n'ont « pas été soumis à la justice de Dieu 2. » Cette justice de Dieudont il parle, n'est point celle par laquelle Dieu est juste, mais celle par laquelle Dieu nous fait justes. L'Apôtre veut donc dire que les Juifscharnels ignorant cette vérilablejustice par laquelle Dieu nous fait justes, ont voulu établir leur propre justice, c'est-à-dire la justice par leurs propres forces.
i Rom., m, 23, 24, 25. — * Ibid., x, 3.
LE SALI ! l'OSSIKLE DANS L'ÉGLISE ROMAINE.
l»i' là vient que saint Augustin expliquant, par !< * principes du saint Apôtre, quelle esi cette justice qui est par la loi : ■ Il but entendre une foi, » ilii-il ', « par laquelle nous croyons fermement que la justice nous est donnée par la grâce, et non point faite en nous par nousmêmes. »
C'est à quoi regarde saint Paul, lorsqu'ayant proposé cette question, pourquoi les ■ Israélites « suivant la loi de justice, ne sont point par- « venus à la loi de justice3, « il en rend cette excellente raison. « parce que ce n'a pas do par « la foi, mais comme par les œuvres: » c'est-àdire comme opérant par eux-mêmes, et ne croyant pas que c'est Dieu qui opère on eux (.'••si l'interprétation de saint Augustin 3.
C'est encore ce qui bit dire au môme saint Paul (pie i notre orgueil est anéanti, non point
par la loi des œuvres, mais par la loi do la foi*; »
parce que la seule loi nous lait voir que rien ne pool subvenir à l'infirmité humaine, si ce n'est
la miséricorde divine.
De celle belle doctrine du grand Apôtre, il résulte que le défaut essentiel de celle orgueilleuse justice, qui no.se proposai i que les œuvres, consiste eu ces deux choses que nous avons dites. C'est qu'il (allait <pie les hommes qui veulent bien faire considérassent premièrement qu'ils étaient pécheurs, et qu'ils chei chassent Celui « j ni réconcilie; secondement, qu'ils étaient impuissants, et qu'ils recourussent à Celui qui aide. (Testée que la busse justice ne pratiquait pas; et c'est pourquoi c'était un orgueil daninahlequi se couvrait du nom de justice. Mais la justice chrétienne le fait par la foi ; caria loi nous propose Jésus-Chrisl sauveur, Jésus-Christ libérateur et réparateur. S'il nous répare, nous étions lombes ; s'il nous délivre, nous étions captifs; s'il nous sauve, nous étions perdus.
C'est donc là cette foi qui nous justifie, si nous croyons, si nous confessons que nous sommes morts en nous-mêmes, et que Jésus-Christ seul nous l'ait vivre. C'est, dis-je, cette loi qui nous justifie, parce qu'elle l'ait naître l'humilité, et par l'humilité la prière, et dans la prière la confiance; et ainsi elle nous impèlre le don de la grâce par laquelle noire langueur est guérie, et noire conscience purifiée.
C'est la doctrine constante de saint Augustin ;
'■ Qnre ex Deo justitia in Me, in flde utique est, qua eredimus justitiam nobis divinitus dari , non a nobis in nobis nostris viribus lieri. (Hpist. 106, nunc 186, n. 8, tom. n.) — 2 Israël, sectando legem justitiae, in legem justitiae non pervenit. Quare» Quia non ex fide, sed quasi ex operibus. (Rom.,ix, 31, 32.) - » Yanujuam eam per semetipsos opérantes, non in se credontes eperari Deum. {De Spir. el ht t., c. 29, n. 50, tom. x.)— * l'bi est gionutio tua? Exclusa est. Per quam legein? faciorum ! non, sed per legem lidei (Rom.,Ill, 27 ; Auy.,Dt Spir. el lilt., cap. 10, n. 17.)
c'est [nul le but de ce docte livre qu'il a composé De l'esprit et de la lettre. « La justification, » \ dit-il ', « esl impétrée par la loi; » et : « La foi nous rend propice Celui qui justifie 2, » et encore : « Par la loi nous impélrons le salut, tant œlui qui se commence en nouseffeclivement, que celui que nous attendons par une lidèle espérance*; » et enfin : « Par la loi la connaissance du péché, par lafoil'lmpétrationdelagrace contre le péché, par la grâce l'Ame est guérie du vice du péché *. » Ce grand homme parle toujours de la même sorte.
Ainsi, dans la penséede saint Augustin, la vertu de la loi consiste en la force qu'elle a d'hnpélrerla grâce; ei ce docte personnage l'a pria de saint Paul ; car l'Apôtre, expliquant la vertu «le la lui: « Si lu confesses, » dit-il s, « de la « bouche le Seigneur Jésus, et que tu croies en « ton cœur que Dieu l'a ressuscite des mûris, tu « Seras Sauvé. i Il entend par ce mol général, tu seras sauvé, tant le salut qui s'accomplira en la vie future, que celui qui se commence en la vie présente: de sorte que la justification du pécheur > doil être nécessairement comprise. C'esl pourquoi il ajoute aussitôt après : «Car on croit de « cœur a .n -i n i , et on confesse de bouche à sa- « lui. » L'Apôtre se pp>|>us(> donc douons expliquer quelle est la vertu de la loi, nie dans
la justification du pécheur : « Si lu crois, » dit-il, « tu scias sauve. El il en rend celle solide raison : -< Car celui qui Croit en lui ne sera point
« confondu. » Ce que voulant prouver au verset suivant, il continue ainsi son discours : Quiconque croit n'es! poinl confondu, nu- il n'y a point de différence du Juif et du Crée; parce que c'est le mime Seigneur de tous, qui est riche sur tous ceux qui l'invoquent ; car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera saucé. Après quoi il vient à la lis, disant: Comment donc invoqueront-ils celui auquel ils n'ont point cru ? » Où il est clair que la raison pour laquelle il dit que celui qui croit n'est point confondu, c'est parce qu'en croyant il invoque, et que celui qui invoque obtient Donc, selon l'apôtre sainl Paul, la force de la foi en Notre-Seigneur, c'esl qu'elle a la vertu d'iuipélrer, et saint Augustin raisonne très-bien se-
• Jtutificatio ex fide impetratur. {De Spir. et litt., c. 29, n. SI.) — 1 Per fi.iem contil ans ju^tificatorem, etc. (De Spir. et litt. c. 26 n. 51.) — «Fide Jesu Christi impetramus nli tem, et quantum nobis lachoatot in re, et quantum perficien.ia exspectatur in spe. (Ibid.) — 4 Per legem copnitio peccati, per ûkm mpetratio glanas contra peceatum, per graiiam «anaiio animas a vitio peccati. (Ibid.. c. 30 D. r>2.) — 'Si conhteans in ore tuo Duminum Jesum, et io corde tuo credider s quod Upus suscuavit illum a mortuis, salvus eris. Corde enm credmir ad juMitiam, ore amena coofessio 6t ad salutem. D;cit c un S>np:ura: Omnis qui crédit i:i i luro non o.nfuidetur. Non enim est disiinctio uud«ei et Greci Nam idem Domi'>us omnium dues in omnes qui invocint lluin Omnis enim quioumque invocaverit noinen Domini, salvus erit. Qaomodo ergo invocabunt in quem non credideruut? (Rom., x, 9 et seq.)
RÉFUTATION DU SIEUR FERRY
Ion ces maximes apostoliques, quand il dit que la foi justifie, parce qu'elle attire les grâces par lesquelles nous sommes justifiés.
Nos adversaires eux-mêmes ne le nieront pas, s'ils considèrent bien quelques vérités desquelles il est impossible qu'ils disconviennent. Car je leur demande si un pécheur comme, par exemple, le roi David après son homicide et son adultère, ne doit pas prier continuellement que Dieu lui pardonne son crime? Or s'il prie, il est en la foi, selon ce que dit l'apôtre saint Paul : « Com- « ment invoqueront-ils s'ils ne croient1. » Que s'il est vrai que la seule foi, sans tous les autres dons de la grâce, opère la rémission des péchés, comment demande-t-elle avec tant de larmes ce qu'elle a déjà obtenu sitôt qu'elle a été formée en nos cœurs?
11 faut donc dire nécessairement que la foi en Jésus-Christ justifie, non qu'elle fasse elle seule toute la justice, mais parce qu'elle en est le principe; et que, nous fondant sur l'humilité, elle nous impetre les autres dons par lesquels la justice s'accomplit en nous.
De là il s'ensuit clairement que nous sommes justifiés par la foi sans exclusion de la charité ; car il parait que saint Paul se sert de la foi pour mettre une différence solide, telle que nous l'avons exposée, entre la fausse justice des Juifs et la vraie justice du christianisme, c'est-à-dire entre la justice qui glorifie l'homme, et la justice qui glorifie Dieu: et ainsi la justification est attribuée singulièrement à la foi, pour éloigner de nous l'arrogance humaine qui veut se glorifier en elle-même, non pour exclure la charité ni les autres vertus divines qui ne se glorifient qu'en la grâce.
C'est la doctrine de la sainte Eglise, de laquelle je lire ces deux conséquences. Premièrement, que nous ne nions pas la justification par la loi ; au contraire, que nous l'établissons par les vrais principes que l'antiquité cbrélienne nous a enseignés par la bouche de saint Augustin. Secondement, je conclus (pie c'est une exti ême injustice de nous opposer que nous renversons la justification gratuite; car il n'est rien de plus gratuit que ce que la foi en Jésus-Christ nous impètre ; parce que quand la foi invoque, c'est le nom de Noire Seigneur Jésus-Christ et le mérite de sa passion qui obtient. N'est-ce pas une calomnie manifeste d'assurer qu'une telle croyance renverse la confiance au Libérateur?
Ici nos adversaires objectent que l'Eglise catholique prêche la justification par les œuvres. Pour résoudre cette difficulté, il est nécessaire que nous cuirions en la seconde des trois ques-
1 Rom,, x, 14
lions proposées touchant l'économie de la grâce; et qu'après avoir vu son commencement, nous considérions son progrès.