‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 304 sur 313 · SICUT CAPUT MEMBRIS PRIERAS · texte numérisé non relu

SICUT CAPUT MEMBRIS PRIERAS

11 ne faut point dire, ni que ces choses sont peu importantes, puisqu'elles sont si essentielles; ni qu'elles sont trop communes, puisqu'on en rapporte de moins rares; ni qu'elles sont trop longues à déduire, puisqu'il n'y fallait que peu de lignes. Certainement supprimer dans l'histoire de deux conciles si célèbres, dont nous avons les actes tout entiers, et dont on nous promettait un récit mieux circonstancié que celui de tous les autres historiens; supprimer, dis-je, tant de choses sur l'autorité du Pape, qui y devait éclater partout, comme elle fait dans la vérité à toutes les pages, et déguiser tant d'autres faits par de faibles ou de fausses traductions, c'est induire les fidèles à erreur, et faire perdre à l'Eglise ses avantages.

SIXIÈME REMARQUE

Après ce qu'on vient de voir, il ne faut pas s'étonner si notre auteur fait tant d'efforts pour déposséder le Pape de sa présidence dans le concile d'Ephèse, par les dissimulations et les altérations que nous allons voir. Voici par où il cornmence 1 : ce Saint Cyrille prend dans la suscrip- « tion de la première, de la seconde et de la « troisième action, la qualité de tenant la place a de Célestin. » Vous diriez qu'il ne l'aurait pas dans les autres; mais le nouvel historien se trompe en tout. Saint Cyrille n'a jamais pris cette qualité dans les suscri plions; elle lui est donnée dans le registre du concile, à l'endroit où sont rapportés l'ordre, la séance et la qualité des évoques; et elle lui est donnée non-seulement dans la première, dans la seconde et dans la troisième action, qui sont celles où M. Dupin s'est res treint; mais encore très-expressément, et en mêmes termes, dans la quatrième et dans la sixième ; et s'il n'en est point parlé dans la cinquième et dans la septième, c'est que la séance n'y est point marquée ; mais on sait que c'est toujours en supposant que tout s'y était passé à l'ordinaire. Voilà d'abord un mauvais commencement pour un homme dont on vante tant l'exactitude. Voyons la suite.

SEPTIÈME REMARQUE

« Je croirais plutôt, » continue-t-il, « que c saint Cjrille ayant eu celte qualité avant le « concile, l'a conservée dans le concile même

1 Pag. 768.

« quoiqu'il ne l'eût plus. » Que veulent aire ces mots : « a conservé une qualité qu'il n'avait « plus? » Etait-ce erreur? était-ce mensonge? élait-ce entreprise et allental? Mais le contraire paraît en ce qu'il a conservé celte qualité avec l'approbation de tout le concile même qui la lui donne, comme on vient de voir; en ce qu'il l'a conservée en présence d'Arcadius, de Projectus et de Philippe, légats spécialement députés au concile; en ce que les légats, loin d'y trouver à redire, approuvent expressément les actes où on la lui donne ; en ce que le pape Célestin ne l'a pas non plus trouvé mauvais ; en ce qu'il est demeuré notoire dans tout l'univers, qu'il avait cette qualité dans le concile, et que tous les historiens en sont d'accord, comme l'auteur en convient. Il est donc iaux que ce patriarche « ait pris une « qualité qu'il n'avait pas *•. »

Que sert maintenant de demander « où l'on « voit que le Pape l'ait commis pour assister en « son nom au concile avec ses légats, ou qu'il <c lui ait prorogé, pour cet effet, le pouvoir qu'il « lui avait donné? » Tout cela, c'est disputer contre un fait constant, et opposer les conjectures de Dominis, ennemi de la papauté, à des actes de treize cents ans qu'on n'a jamais révoqués en doute. Nous demandons à notre tour, pourquoi affecter dans un concile une qualité qu'on n'a pas, et qui ne donne aucun avantage ; puisque saint Cyrille, à ce que l'on prétend, aurait toujours présidé sans cela? Qu'on nous rende raison de cette conduite.

HUITIÈME REMARQUE

Après tout, il est bien aisé de comprendre que c'est ici une suite de l'erreur de 31. Dupin que nous avons vue. Il a voulu compter pour rien ces paroles de la sentence du concile : « Nous, contraints par les saints canons, et par la lettre de notre Saint-Père Célestin ; » il les a supprimées et n'a pas voulu se souvenir que le concile procédait en exécution et en confirmation de la sentence du Pape. Quelle merveille que saint Cyrille, qui était commis pour l'exécuter, ait continué jusqu'à la fin d'agir en vertu de sa commission? Sans cela le concile aurait manqué d'une chose absolument nécessaire, qui était l'autorité du Saint-Siège, et n'aurait pas eu le Pape dans son unité ; ce qu'on ne niera point qui n'ait toujours été de la règle, et réputé fondamental en ces occasions. Mais laissons ces raisonnements quoique indubitables et démonstratifs, puisque nous pouvons agir par actes.

NEUVIÈME REMARQUE

Cet auteur a bien rapporté que la lettre de

i Pag. 767.

D'fiPHESE ET DE CHAECEDOINE.

saint Célestin el celle de sainl Cyrille, qui procédait en exécution, avaient été lues dans le concile; mais il n'a pas voulu ?Qir la suite de cette

lecture, ("est que Pierre, prêtre d'Alexandrie, qui faisait la fonction de promoteur, demanda qu'on informai le concile si ces deux lettres, ou, pour mieux parler, ces deux sentences, l'une primitive, l'autre exécutoire., avaient été tignifiéeià Nestorius '. Ce lui en conséquence de cette, réquisition, que les deux évoques que saint Cyrille avait chargés de les rendre à Nestorius, certifièrent le concile qu'ils les lui avaient rendues « en main propre, en présence de tout le dei et de plusieurs autres personnes illustres. ■ Qui ne \tiii donc qu'on posait le rondement de la sentence qu'on prononça le même jour, où l'on fit mention expresse île la lettre «le Célestin, en conséquent e m- laquelle «m procédait, etque la procédure du concile était tellement liée avec ce. le de ce Pape etde saint Cyrille, qu'elles ne faisaient toutes deux qu'une seule et même action?

Et c'est ainsi qu'on l'explique en termes formels, dans la seconde action, aux légatsspécialc meut députés au concile, en leur disant, au nom du concile même, que « te Saint-Siège apostolique du très-saint évoque Célestin ayant donné par sa sentence la forme cl la règle rwitov] à celte affaire, le concile l'avait suivie et avait exé culc celle îègle •. » Projecms, un îles légats remarque aussi que loul ce qui se taisait dans le concile « avait pour lin de mener à son dernier ternie et à sa parfaite exécution, etç îre'paç 7rXr,pÉararov, ce que le Pape avait défini, »

Et dans la troisième action, après que le prêtre Philippe el les deux évêques-légats eurent consenti à la sentence du concile, saint Cyrille dit que parla « ils ont exécuté ce qui avait déjà été ordonne par le pape Célestin a ; » de sorte qu'on voit toujours que lout procède en exécution de celte sentence.

El, en remontant à la source, on trouve en effet que Cyrille était chargé de deux choses par la commission de Célestin : l'une, de prescrire à Nestorius la tonne de son abjuration ; l'autre, après le ternie écoulé, s'il refusait de la faire, de pourvoir à cette Eglise : Illico Tua Sanctitas Mi Eodesim prvspitiat : c'était-à-dire de chasser en effet de l'Eglise de Conslantinople Nestorius qui la ravageait : ce qui ayant été tenu en suspens par la convocation du concile général, le jugement de saint Célestin ne put avoir sa pleine exécution que dans le concile, et après que Nestorius y eut été cité canoniqueinent; de sorte que saint Cyrille, sans avoir besoin de nouvelle prorogation, demeura toujours revêtu du pou-

« Act.l.tom. m, col. 452.— 2 ^ct. 2, col'. 618.- => Act.3, col. 627.

voir du Pape jusqu'à ce que la condamnation de Nestorius eût eu son entier effet ; et le concile avait raison de ie regarder comme toujours revêtu de l'autorité du Saint-Siège, puisqu'il voulait procéder en vertu de la sentence du Pape, l'affaire se consommant par ce moyen avec le commun consentement de toute l'Eglise, c'est-àdire du chef cl des membres, du Pape et des évêques; à quoi saint Célestin, saint Cyrille et tout le concile voulaient venir.

Et comme tout ce qui s'est fait dans le concile tendait à une entière exécution de la commission originaire de saint Cyrille, et à lever les obstacles qu'on > opposait, jene vois pas où peut

e la difficulté, qu'il continue d'en user, noneulement dans la première action, niais encore dans loute la suite, el même encore depuis l'arrivée des trois légats, afin que toute l'action contre Nestorius, depuis le commencement jusqu'à la lin, lût plus uniforme, plus suivie, et pour ainsi dire plus une.

H 11 j a donc plus Ue difficulté dans cette affaire, si ce n'est qu'on veuille repondre avec notre auteur ', «qu'encore que sainl Cyrille ait « conserve dans le concile la qualité de député « du Pape, il ne s'ensuil pas qu'il ait présidé en « celle qualité, » Mais qu'est-ce qui aurait pu

empêcher qu'il ne l'eût fait? et ne voit-on pas

assez clairement conihien celle qualité a donné de poids et de suite à loute la procédure du concile '! .Mais c'est trop raisonner contre les hommes qui opposent des raisonnements à des actes, des subtilités à des pièces authentiques, et des conjectures à des faits constants.

Pour ceux qui ont peine à croire que l'autorité du Saint-Siège ait dès lors été si grande et si vénérée, même dans les conciles généraux, ils doivent apprendre par cet exih^leàsc défier de certaines gens trop hardis et trop prévenus, puisqu'enfin voilà les actes dans leur pureté; et si 1 auteur les a supprimés, de même qu'il a tronque la sentence du concile; il ne faut pas souffrir davantage quil induise les simples en erreur.

DIXIÈME REMARQUE

11 continue 2 : « Si saint Cyrille eût présidé en « cette qualité, il est certain qu'à son défaut les « autres légats du Pape eussent dû présider en « sa place, et avoir le premier rang. Or, il est « constant que ce ne furent point eux, mais Ju- « vénal de Jérusalem qui présida à la quatrième « et à la cinquième action, dans lesquelles saint « Cyrille parut comme suppliant.- » J'admire ces messieurs avec leur // est constant, quand ce qu'ils donnent pour si constantes!, constamment

1 Pag. 778. — ' Ibid.

KEMARQUES SUR LES CONCILES

faux. Voici les actes de la quatrième session : « Le saint concile assemblé, et les évèques séant dans l'église appelée Marie, à savoir : Cyrille, d'Alexandrie, qui tenait aussi la place du trèssaint Célestin, archevêque de l'Eglise romaine; Arcadius, évèque et légat du Siège de Rome ; Projectus, évèque et pareillement légat du même Siège; et Philippe, prêtre et légat; Juvénal; évèque de Jérusalem ; Memnon, évèque d'Ephèse, » etc. Il me semble qu'il est bien constant, par ces actes et par le registre du concile, qu' Arcadius et les autres légats, sans excepter Philippe, qui n'était qu'un prêtre, sont placés immédiatement après saint Cyrille, et au-dessus de Juvénal. Rien, par conséquent, n'était moins constant que ce premier rang que M. Dupin lui voulait donner d'une manière si affirmative.

Je ne sais s'il a voulu nous donner pour acte de présidence, dans cette quatrième action, quelques endroits où Juvénal prend la parole le premier; mais cela lui est commun avec beaucoup d'autres, comme avec Flavius de Philippes, avec Firmus de Césarée en Cappadoce, et cela même en présence de saint Cyrille, à qui la présidence n'est point contestée. On voit la même chose dans tous les conciles; et en vérité il est pitoyable d'adjuger la présidence à Juvénal dans la quatrième action, sans en avoir la moindre raison si ce n'est celle-là qui n'est rien.

Nous avons dit que la séance n'était rapportée ni dans la cinquième session, ni dans la septième, et que c'était une marque qu'elle était allée à l'ordinaire : pour la sixième, les rangs sont marqués distinctivement comme on vient de voir dans la quatrième; et M. Dupin ne nous dira pas qu'elles ne le sont que dans le latin ; car il sait bien que le commencement de cette session manque entièrement dans le grec, à cause que ces choses de solennité sont sujettes à être omises par les copistes, comme trop connues et aisées à suppléer par les autres actes. Il est d'ailleurs bien assuré que le latin est ancien et authentique, qu'il est conforme à l'ancienne version, qui était celle dont l'Eglise latine se servait de tout temps, et que M. Baluze nous a donnée; qu'il est plus complet que le grec, ce qui oblige notre auteur lui-même à suppléer par cet ancien latin d'autres actes où le grec est pareillement défectueux. Ce fait est constant; et ainsi la préséance de tous les légats au-dessus du patriarche de Jérusalem est très-hien établie par le registre des séances, qui est la preuve la plus décisive qu'on puisse alléguer en celle occasion. Voyons si le reste des actes répond à cela.

ONZIEME REMARQUE

Il y a parmi les lettres du concile, après l'action sixième, un mandement adressé aux députés qu'on avait envoyés à l'empereur, qui est intitulé en cette sorte * : « A Philippe, prêtre, tenant la place de Célestin, très-saint évèque du Siège apostolique, et aux très-religieux évêques Arcadius, Juvénal, etc., le saint et œcuménique concile assemblé à Ephèse, salut. » Voilà ce qu'écrit en corps le concile, qui savait le rang que chacun tenait dans son assemblée. Les légats sont nommés devant Juvénal ; et si l'on met le prêtre Philippe devant Arcadius qui en était un, c'est pour la même raison qu'on voit ce prêtre prendre la parole presque partout audessus des autres légats 2, et signer immédiatement après saint Cyrille, non-seulement devant le patriarche de Jérusalem, mais encore devant les évêques Arcadius et Projectus, ses compagnons dans la légation.

En un autre endroit pourtant le concile nomme les évêques les premiers, et le prêtre Philippe après eux 3 ; mais Arcadius est nommé à la tête des autres évèques, et même de\ant Juvénal. Dans la lettre écrite au concile par les évêques qui se trouvaient à Conslantinople, ces évêques, qui savaient le rang que les Eglises tenaient dans le concile, font ainsi l'adresse: « Aux saints évêques Célestin, Cyrille, Juvénal, Firmus, Flavien, Memnon, assemblés dans la métropole d'Ephèse, les évêques qui sont à Constantinople. » Voilà le rang des Eglises exactement gardé. Les patriarches sont préférés et le Pape mis à la tète. On savait bien qu'il n'était pas présent en personne, mais on lui écrit selon la coutume, comme tenant la première place, parce qu'il la tenait par ses' légats. Ce rang était bien connu par les puissances séculières, aussi bien que par les évèques; et c'est par cette raison que l'empereur, écrivant au concile, fait l'adresse en celte sorte : A Célestin, Rufus, etc.; et voilà encore l'ordre des conciles bien marqué, et le Pape mis à la tète, comme celui qui y tenait naturellement le premier rang.

11 est vrai qu'il y a deux endroits où Juvénal signe devant les légats 4, soit qu'il y ait quelque confusion dans ces signatures, comme on sait qu'il en arrive souvent, soit qu'en effet on n'y prit pas toujours garde de si près, et qu'on signât comme on se trouvait. Mais le gros est constamment pour les légats, même à l'égard des signatures; puisqu'on trouve partout dans

' Mandalum quod sancla, etc., col. 779. — 2 Act. 2, 3. — 3 Rel, ad imp-, iUd., col. 781. — * Act. 5, col. 659.

les actes qu'elles se faisaient selon l'ordre des necs, dans lesquelles le registre ne varie point.

<»m ne voit donc point pourquoi M. Dupin affecte de refuser au Saint-Siège jusqu'à la première place, dans un concile OÙ tout est rempli des marques de sa supériorité par-dessus tous les sièges de l'univers, sans excepter les plus élevés.

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