‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 305 sur 313 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Suite des remarques sur la procédure, par rapport ;iu concile.

PREMIÈRE 11KMARQUE.

Noire auteur ne traite pas mieux le concile

qu'il a fait le Pape; et parmi les particularités d'une si sainte assemblée qu'il se glorifie d'avoir découvertes, en voici une. en effet, bien nouvelle : « c'est que le sort en était pour ainsi dire « entre les mains de l'empereur, et que le sue-

« ces du concile dépendait de la résolution que

« la cour prendrait l. » Voilà déjà une faible idée qu'on nous donne d'un si grand concile) l'un de ceux que saint Grégoire a presque égalés aux quatre Evangiles. Quoi! si la cour eut continué à favoriser les amis de Nestorius, comme elle avail l'ail au commencement, les

décrets du concile seraient demeurés suis force,

el Nestorius aurait triomphé? M. Dupin n'ignore pas combien cet hérésiarque a de défenseurs

parmi les protestants, el, ce qui en est une suite, combien le concile d'Ephèse y a d'ennemis. Il ne (allait pas les flatter dans les sentiments où ils sont, (pic tout ce qui s'y est passé n'a été que politique et intrigue. C'est une idée que les libertins prennent aisément. Ils regardent les conciles connue des assemblées purement humaines, où l'on suit les mouvements que donnent les cours et des raisons politiques. Les hérétiques vaincus, lorsque les princes secondent les sentiments de l'Eglise, regardent leur condamnation comme l'effet de l'autorité des rois. Encore aujourd'hui, les dioscorites donnent le nom de melchites ou de royaux aux défenseurs du concile de Chalcédoine. On ne peut flatter davantage ceux qui t'ont uWa religion une politique, qu'en disant, avec notre auteur, que le sort des conciles œcuméniques, c'est-à-dire celui de la foi, est entre les mains des puissances, et que le succès dépend des solutions que prennent les cours. Voilà déjà une découverte qui n'est pas heureuse; mais ce qu'il y a de plus pitoyable, c'est qu'elle n'a pas la moindre apparence.

Pour dissiper cette fausse idée, il ne fallait

i Pag. 723.

que se souvenir, d'un côté, de la faveur de Nestorius, qui avait trompé l'empereur et engagé toute la cour dans ses intérêts ; et de l'autre, de la fermeté du peuple, qui ne laissa pas pour cela d'abandonner publiquement son patriarche; de celle du clergé et des religieux, qui souffrirent une cruelle persécution; de celle de saint Célestin, qui se crut obligé, du haut de la chaire de sainl Pierre, d'animer tout le monde à la souffrance; enfin de celle de sainl Cvrille, qui ne se ralentit jamais, cl qui écrivit à I. in pereur et aux impératrices contre la doctrine de cet hérésiarque, encore que ce prince le trouvât mauvais, jusqu'à l'accuser avec des paroles menaçantes, non-seulement de troubler tout l'univers, mais encore de vouloir mettre la division dans sa famille et de soulever les impératrices, c'est-à-dire sa femme et sa sœur, contre lui. Toute l'Eglise était sur ses Lardes et se préparait au martyre, plutôt que de céder à l'erreur, dans le temps où M. Dupin lui reproche d'avoir élé si dépendante des mouvements de la cour.

Peut-être que le concile fut intimidé, et que les choses changèrent de face depuis que Jean d'Anlioche, avec son concile schismalique, eut tout troublé à Kphèse. Mais le contraire parut, lorsque l'empereur surpris, avant fait arrêter saint Cyrille et Memnon, évêque d'Ephèse, et ayant exigé ^c^< choses qui induisaient la nullité des décrets du concile, les Pères demeurèrent inflexibles. L'auteur avoue ' qu'il fut résolu de n'entendre à aucun accord avec Jean et les évéques de son parti, « qu'ils n'eussent sous- « crit à la condamnation de Nestorius, demandé « pardon de ce qu'ils avaient fait, et que saint « Cyrille cl Memnon ne fussent rétablis. » C'est ce qui parait da i le mandement du concile à ses députés. Mais on aurait vu combien les Pères étaient inflexibles dans cette résolution, si notre auteur avait rapporté celte clause de leur mandement 2 : « Sachez que si vous manquez à un de ces points, le saint concile ne ratifiera pas ce que vous avez fait, et ne vous reccxia pas à sa communion : » et ces paroles d'une de leurs lettres 3 : « On nous accable, on nous opprime; il faut en informer l'empereur qui ne le sait pas; et en même temps on doit savoir que quand on devrait nous faire mourir tous, il n'en sera autre chose que ce que Jésus- Christ notre Sauveur a ordonné par notre ministère; » et celles-ci d'une lettre de saint Cyrille 4 : « On n'a pu persuader au concile de communiquer avec Jean ; mais il résiste en di-

• Pag. 726. — s Episl. cath., post act. 6, Mandai conc. ad Leg., ubi sup. — 3 Common., ad cler. CP., ibid., col. 770. — * Episl. Cyr. Théop., etc., ibid., col. 771.

REMARQUES SUR LES CONCILES

sant : Voilà nos corps; voilà nos églises; voilà les villes; tout est en votre puissance: mais pour nous l'aire communiquer avec les Orientaux (fauteurs de NestoriusJ jusqu'à ce qu'ils aient cassé ce qu'ils ont l'ait contre Cyrille et contre Memnon, cela ne se peut en aucune sorte. »

Voilà coin ment le concile était dans la dépendance" de la cour; à quoi si l'on ajoute la résolution invincible du pape saint Céleslin et de tout l'Occident, loin de dire que tout dépendait de la. résolution que la cour prendrait, on aurait dû dire, ce qui est certain, que la résolution de la cour céda, comme il était juste, à la fermeté du concile et à l'autorité de l'Eglise.

DEUXIÈME REMARQUE

M. Dupin continue à nous donner cette idée de la toute-puissance des cours dans les affaires de la religion, lorsqu'en parlant de l'accord de Jean d'Antioche et de ses évoques avec saint Cyrille et les orthodoxes, il parle ainsi l : L'empereur voulait la paix, et il la fallait à quelque prix que ce fût. En vérité, c'est donner des idées bien faibles de l'autorité ecclésiastique, à quelque prix que ce fût. L'auteur sait bien le contraire, il sait bien qu'on ne put jamais obliger saint Cyrille à rétracter la moindre partie de sa doctrine, ni aucun de ses anathématismes, nia laisser affaiblir, pour peu que ce fût, les décrets et l'autorité du concile d'Ephèse ; au contraire t qu'on ne reçut les Orientaux qu'à condition de satisfaire l'Eglise catholique sur la foi, de délester les erreurs de Nestorius, de souscrire à la sentence rendue à Ephèse contre lui , et de reconnaître l'ordination de Maxhnien son successeur. Saint Cyrille, les autres évoques et le pape Sixte ne les reçurent qu'à ce prix, et jamais ne l'auraient fait autrement. Il n'est donc pas véritable qu'il les fallût recevoir à quelque prix que ce fût. Il dira qu'il ne l'entend pas dans celexcès; et c'est par où je conclurai qu'il écrit donc sans réflexion, et qu'il ne sent ni la force des mois ni la conséquence des choses.

TROISIÈME REMARQUE

L'auteur n'omet pas que le procès intenté par les Orientaux, tourna bien pour le concile; mais, en vérité, il le raconte d'une manière trop basse. « Quand, dit-il 2, les Orientaux, voulaient a parler à l'empereur de Nestorius, il ne les o pouvait souffrir : sonconseil était entièrement « gagné ; Acace de Berée, dans une lettre rap. a portée dans le Recueil de Lupus, accuse saint « Cyrille d'avoir l'ait changer de sentiment à la a cour, en faisant donner de l'argent à un eunu-

• Pag. 742. — s Pag. 729.

« que : no n'est pas obligé de croire ce que dit « AcacedeBeree, qmn'étaitpas desamisde saint « Cyrille; mais il est toujours constant que « l'empereur changea de disposition en fort peu « de temps, et qu'il se résolut tout d'un coup de « faire ordonner un autre évèque à Constanli « nople. »

Un autre aurait dit naturellement que l'empereur était revenu par l'évidence du fait , par le péril manifeste de la religion, par l'horreur qu âvàlt tout le monde des impiétés de Nestorius, par les pieuses clameurs de tout le peuple « qui l'analhémalisa hautement, une et deux fois, tout d'une voix x, » par les vives et respectueuses remontrances du saint moine Dalmatius, qui découvrit à ce prince tout ce qu'on fai sait sous son nom sans qu'il le sût, et qui lui disait : « Voulez-vous préférer à six mille évoques un seul homme, et qui encore estunimpie?» Il y en avait assez là pour obliger l'empereur et son conseil à changer fort promptement ; mais on aime mieux donner à ce changement un air de corruption, et d'une corruption dont saint Cyrille, qu'on n'aime pas, fut l'auteur. Dire que le conseil étail gagné et que l'empereur changes tout d'un coup , et rapporter à cette occasion le récit d' Acace de Berée, en remarquant faiblement qu'on peut bien ne l'en pas croire, c'est Vouloir insinuer tacitement qu'on pourrait bien l'en croire aussi, ou qu'enfin ce changement sera arrivé par quelque intrigue semblable de saint Cyrille. Les raisons simples et naturelles des événements ne suffisent pas à la pénétration des critiques : ce ne sont pas là ces particularités inconnues qu'ils se plaisent à débiter ; il leur parait plus d'esprit à donner un tour malin, même aux affaires de religion; et comme c'est celui-là que les raffineurs du monde aiment le mieux, c'est aussi-celui-là qu'on est bien aise de présenter à leur esprit.

Mais si l'auteur voulait parler des présents donnés, pourquoi s'attacher à saint Cyrille , et ne pas dire un mot de l'argent avec lequel ses envieux achetèrent les langues vénales , pour le calomnier auprès de l'empereur? C'est un fait dont ce patriarche prend à témoin l'empereur lui-même et toute la ville d'Alexandrie2, qui connaissait l'infâme conduite de ses délateurs. Il est étrange que notre critique n'observe que les reproches qu'on fait à saint Cyrille, et taise ceux qu'on faisait à ses envieux.

QUATRIÈME REMARQUE

C'est la pente de cet auteur de donner des

' In Qonc. Eph. Episl. Cath. Beser. episc. etc. col. 754. — * ApoU ad imper., part, m, cap. 13, col. 1C53.

D'Él'Ul. E ET DE CHALCEDOINE.

iKi

idées suspectes dos meilleures choses; et puisque l'occasion se présente ici <!<• le remarquer , on peul en voir un nouvel exemple dans son llist, ire du concile tic Chalcédoine : « Le juge- « nit'iii d'Eutyche appartenant , dit-il l, à Fla- « rien, qui était son évèque, ce patriarche étaii

mu précipitation et une animosité peu digne d'une si grave assemblée, et de saint Cyrille qui la coi luisait ; mais quand il vient à répondre , son style perd sa vigueur , et il n'y a personne qui n'ait ressenti qu'il poussait bien plus fortement l'attaque que la défense. Et d'abord on

ngagé, par son propre intérêt, à soutenir les craint pour sa cause, lorsqu'on entend ce dis-

i Orientaux contre les Egyptiens; parce que « l'évêque d'Alexandrie lui contestai! ses préro-

• gatives, au lieu que l'évêque d'Anlloche et les

• Orientaux ] avalent consenti, il lit donc en ■ sorte que dans un concile assemblé à Cons- « tantmople, Eusèbe, évèque de Dorylée, inten- « lai une action contre Eutyche. » Si vous de* mandez où M. Dupin a pris cela, il ne vous rapportera aucun auteur; et, en effet, il n'y en a point. C'est là encore une de ces particularités (pic lui seul a découverte. Flavien était un saint: c'était un martyr reconnu, vénéré, invoqué par tout le concile de Chalcédoine; l'erreur d'Eutyche attaquait directement le fondement de la toi « et renversait l'économie de l'Incarnation.

Ce motit ne suffisait pas à un saint et à un martyr pour lut taire entreprendre d'attaquer un

hérésiarque : c'est l'intérél de Flavien qui l'y engagea ; c'est ce qui lui lit susciter Eusèbe de Dorylée pour taire un procès à ce vieillard insensé ; c'est la jalousie des sièges qui a fait naître dans l'Eglise tout ce tumulte : les raisons Urées de la religion sont trop vulgaires : cl les critiques ne flatteraient pas assez le goûl des -eus du monde, s'ils ne leur donnaient des moyens pour tout attribuer à la politique cl à des inléîèls cachés. Quand on veut donner ce tour aux affaires, on a un grand avantage : c'est qu'on n'a

cours • : « Voilà les ohjeclions que l'on peut faire « contre la forme du concile d'Ephcse;je ne

les ai ni dissimulées ni affaiblies, afin de faire « voir qu'il n'est pas impossible de répondre à « ce qu'on peut dire de plus fort. » On voit un homme peiné de ces objections, et qui, loin de faire sentir le manifeste avantage de la bonne cause, croit faire beaucoup pour elle eu disant qu'il n'est pas impossible de la détendre. On remarquera dans la suite que tend est faible dans cet auleur pour la défense du concile. Voyons si ces ohjeclions sont si terribles.

I.a plus apparente est celle-ci 2 : « La mai nicre dont la chose s'est jugée semble prouver « Clairement que c'était la passion qui faisait " agir saifll Cyrille el lesévèques de son parti ! « qu'ils voulaient, à quelque prix que ce lût; « condamner Nestorius; et qu'ils ne craignaient « rien tant que la venue des évoques d'Orient , « de peur de n'être pas les maîtres de faire ce « qu'il leur plairait : cardes la première séance, « ils citèrent deux fois Nestorius, lurent les té- < Dioignages des Pères, les lettres de saint Cy- « rille aveeses douze chapitres, et tes écrits de « Nestorius, et dirent tous leurs avis. Jamais' « affaire n'a été conclue avec tant de précipitait lion : la moindre de ces choses méritait une ■< séance entière. » Quand on objecte si forte-

pas besoin de preuves; il n'y a qu'à insinuer ces ment, il faut répondre de la même sorte ; au-

trement on se rend suspect de prévarication. Voici tout ce que je trouve sur ce sujet dans notre auteur 3 : « que si l'on a juge Nestorius « dans une seule séance el dans un même jour, « il doit s'en prendre à lui ; parce qu'il n'a pas « voulu comparaître; qu'il était facile de le « condamner comme contumace ; qu'il était jestu de l'Eglise catholique n'éclate nulle part « visible qu'il avait nié que la Vierge pût être

motifs secrets, la malignité humaine les prend d'elle-même.

CINQl ÎK.MK REMAItQl I .

Bien que le concile d'Ephèse soit certainement un de ceux dont la procédure est la plus régulière et la conduite la plus sage, en sorte que la ma-

davantage, et qu'un si heureux succès de celle sainte assemblée soit dû principalement à la modération et à la capacité de saint Cyrille ; nous avons déjà remarqué que les hérétiques anciens et modernes n'ont rien oublié pour décrier et ls concile et saint C\ rille son conducteur. No s avons vu quelques traits de notre auteur sur ce sujet; en voici d'autres plus dangereux. Vers la lin de l'Histoire de ce concile 5, il ramasse tout ce qu'on peul dire de plus apparent, et tout ensemble de plus aigre, pour y montrer

»Pag. 789. — 2 Pag. 769.

i appelée Mère de Dieu, et qu'il se servait d'ex- « [tressions qui semblaient diviser la personne « de Jésus-Christ; qu'il a été cité par trois fois^ « selon la discipline des canons; qu'il n'est pas « nécessaire, selon les lois ecclésiastiques , que « ces citations se lassent en différents jours; « que c'était le zèle et non la passion qui faisait « agir saint Cyrille. »

Je demande en bonne foi, si les doutes, sont bien le\és par ces réponses? « On pouvait tout a taire en un jour contre un homme que l'on

« Pag. 772. — 2 Pag. 770. — -! Pag. 773.

Ï5â REMARQUES SUR LES CONCILES

« condamnait par contumace. » Cela est bon fin avec celte rude réponse : « qu'ils n'obtien-

pour 1?. personne ; mais la question de la foi draient rien davantage, quand ils attendraient

s'iustniil-elle de celle sorte? et n'est-ce que for- jusqu'à la nuit. » Secondement, qu'on leur fit ce

malité ? On nous dit bien « qu'il était visible que traitement encore qu'ils eussent agi avec toute

« Nestorius avait nié qu'on pût appeler Marie la douceur et la patience possible, avec prières,

« Mère de Dieu ; » mais pour l'autre chef d'accu- et non pas avec l'autorité dont auraient pu se

salion, qui élait pourtant le principal, s'il divi- servir les députés d'un concile œcuménique;

sait la personne, M. Dupin nous dit: il semblait, troisièmement, qu'on ne passa outre qu'après

ce qui charge plus le concile qu'il ne l'excuse ; que Juvénal eut parlé ainsi : « Quoiqu'il suffise,

puisque c'est le faire juger sur un fait qui n'était selon les canons, de faire trois citations, nous

pas bien constant. « 11 n'est pas nécessaire que étions prêts à en taire une quatrième, si l'entrée

« les citations se fassent en jours différents; » de la maison de Nestorius n'était occupée par

c'est assez pour faire voir qu'à toute rigueur on des soldats, qui encore ont maltraité les évê-

pouvait juger ; mais ce procédé à toute rigueur ques. »

est d'un droit éi >it, et si l'on n'y ajoute autre Mais cela, tout clair qu'il est, n'est rien en chose, est odieux et souvent réputé inique ; d'au- comparaison de ce qu'on devait ajourer : qu'il y tant plus que la première citation n'était que du avait deux années et près de trois, que la quesjour précédent, et qu'ainsi l'on expédie une af- tion s'agitait. Il était constant, par les Actes, que faire de la dernière importance en deux jours. Nestorius avait déjà été averti deux fois par saint Ce qu'on dit du zèle de saint Cyrille est une allé- Cyrille, et que la lettre de Céleslin tenait lieu de gation qu'on ne soutient d'aucune raison, et qui troisième monition. Cette procédure est marne persuade guère le monde, toujours plus en- quée dans la sentence du Pape, signifiée à Nesclin à croire le mal que le bien. Il fallait, ou ne torius, où il lui fait voir qu'il n'a plus rien à atpas entreprendre la cause, ou mieux répondre, tendre après ces trois monitions : Post primam sixième remarque. et secundam illius (Cyrilli) et hanc correptionem

nostram, quam constat esse vel tertiam. l. Dans le .fond, ces objections sont moins que L'affaire était donc réglée avant le concile : la rien, pourvu qu'on veuille répondre ce qu'il sentence allait avoir son'exécu tion sans aucune faut. Et d'abord on ne s'étonnerait pas de voir, résistance. Jean d'Anlioche lui-même y donnait comme il est marqué dans l'objection, « les évê- ies mainS) comme on a vu. Nous avons vu aussi, « oues demeurer enfermés depuis le matin jus- et nous verrons encore, que la procédure du conte qu'au soir, » si l'on avait daigné observer la cile était liée avec celle du Pape. Il n'y avaitplus coutume des conciles. Dans la seule première d'enquête à faire : Nestorius était convaincu par séance du concile de Chalcédoine, où rien ne ses iettres et par ies papiers qu'il avait envoyés pressait, on poussa la séance bien avant dans la lui-même au Pape : il n'v a donc pas la moindre nuit, et, comme il paraît par les actes, longtemps ombre de précipitation dans cette affaire, après qu'on eût commencé à travailler aux flam- Pour combie de conviction, il s'agissait d'une beaux K Par là donc il n'eût paru nulle affecta- matière qui ne souffrait ni doute ni remise. Car tion à travailler tout du long d'un jour et jus- c'etaient de manifestes blasphèmes qui faisaient qu au soir. horreur à tous les Chrétiens, et qu'on souffrait Dire avec M. Dupin que les canons n'empê- depuis trois ans dans un patriarche de Constanchaient pas qu'on ne fit trois citations en deux tinople, qui pouvait séduire tant d'âmes 2. Nous jours, c'était bien, en quelque façon, satisfaire verrons que M. Dupin ne fait que mollir en le lecteur sur la rigoureuse observation d'un faveur de Nestorius, et dissimuler ses erreurs, droit très-étroit ; mais afin de le satisfaire encore Mais pour montrer, d'une manière à ne laisser sur l'équité et sur la douceur qui doit régner aucane répIiql,e, le tort qu'il avait de demander principalement dans un jugement ecclésiastique, du délai> y n>y ayait »à produire la Iettre de il ne fallait qu ajouter ce qui est porte dans les Jean d'Antioche, où il lui parle en cette sorte 3: Actes c est-à-dire, premièrement, que des la t Quoi ]e terme de dix jourSj que Célestin seconde citation on trouva la maison de Nés- y(ms ft % so|t forf coml> cctte affaire esfc tonus environnée de soldats qui joignirent dans de nalure a e[re achevé je ne dirai en dix

la troisième, à derudes et dédaigneuses paroles, j0Urs mais en peu d'heures; car qu'y a-t-il de

des traitements outrageants, en poussant inso- ,us facile de se servir du terme de Mère de

MMtm/ltW I SiC* St/Mfi fit S»r\ O. »»-»«-• W\/MV1A » /". 1 1 I / , I *■• €\ -*1 ■»-» y-v -m * *

lemment les évêques, sans même vouloir annon er leur venue à Nestorius, et les renvoyant à 1,

1 A.et. h Nettof., part. 1, c. 25, n. 3, col. 389

cer leur venue à Nestorius, et les renvoyant à la ' sp^t- cœusi. ad Nat., part. 1 ; c<mc. sph.,exf. is, coi. 35?.

— 2 Cyr. Apol. ad irnp., part, m, c. 13. — 3 Epist. Joan An', ad

D'EPIIÈSE ET DE CIIALCÉDOINE.

Dion, qui est très-propre en cette matière, trèsusiir parmi les Pères et très-véritable? »

Quoiqu'il n'y eut rien de plus court, ni déplus facile (pic cette proposition <lu patriarche d'Antioche à Nestorius, néanmoins pour faciliter toute chose à cet esprit incapable de s'humilier : « Je ne reux pas, poursuivait Jean, vous obliger à vous rétracter comme un enfant; » mais il lui propose !<■ doux expédient d'une explication de sa pensée, sur ce «pic « lui-même avait dit son venl qu'il ne refuserait pas le terme de Mère de Dieu, si on lui montrait desauteurs célèbres qui s'en lussent servis devant lui. » Cela n'elait pas difficile, cl Nestorius ne l'ignorait pas . puisque le Patriarche lui disait : « Nous n'avons que faire de \"iis 11,1111111er ces ailleurs, vous les connaissez, connue nous: » cl ils étaient assez célèbres, puisque l'on comptai! parmi eux sainl Athanase. Avec de telles défenses on aurait pu, non pas répondre faiblement qu'*7 n'était pas impossible de satisfaire aux objections des ennemis du concile et de saint Cyrille, mais qu'elles n'avaient pas la moindre apparence.

SEPTIÈME REMARQUE

Mais voici le grand grief contre le concile. On n'attendit pas Jean d'Antioche, ni même les légats du Pape.

Pour les légats, M. Dupin est de bonne composition: «On était,» dit-il1, «en droit de commencer a sans eux le concile, puisque le jour marqué « pour son commencement était passé. » Nous voilà toujours réduits à ce droit étroit et odieux; mais dans le cas dont il s'agit, il n'était pas même véritable. On n'a guère affaire du Pape dans un concile œcuménique, si l'on s'en peut passer si aisément, et faute que ces légats arrivent au jour précis. 11 y avait ici, comme on a vu, une raison plus canonique : c'est que le Pape s'était expliqué pur une sentence sur le fondement de laquelle on procédait. Mais celte raison n'était pas du goût de notre auteur. Venons a Jean d'Antioche et aux évéques d'Orient.

HUITIÈME REMARQUE

Cet endroit, où était le fort de l'objection, est traité bien faiblement par l'auteur: « Le jour, » dit-il, « auquel le concile avait été indiqué étant « venu, les évèques ont encore attendu quel- « ques jours après. » Le nombre de seize jours méritait bien ici d'être répété, sans obliger à l'aller chercher soixante pages au dessus. « Ils « n'ont commencé le concile, que quand ils ont « su que ceux qu'ils attendaient devaient venir « bientôt. » Pourquoi rapporter ici cettecircons-

1 Pag. 773.

B. Tom. IV.

tancesinon pour insinuer qu'on pouvait donc bien attendre encore un peu, ce qui accuse plutôt le concile qu'il ne le défend? Enfin, notre auteur ajoute « qu'on ne commença que lorsqu'on sut « que les Orientaux voulaient bien qu'on com- « inen.àl sans eux. » C'est quelque chose, pour faire voir qu'absolument on avait dioit dépasser outre sans les attendre ; mais si l'on ne dit autre chose, il reste un juste soupçon qu'on les prit au mot un peu vite, et que leur civilité méritait bien qu'on n'en usât pas en toute rigueur avec eux. Il fallait donc avoir plus de soin d'expliquer ce qui obligeait le concile à commencer. C'est que les évé(| ues pressaient extraordinairement, « parce qu'ils souffraient d'extrêmes incommodités, plusieurs étant accablés de vieillesse, d'autres étant lombes malades ou épuisés par la dépense, quelques-uns même étant morts ', » et tous élant pressés du désir de retourner à leurs I -lises. Nous voyons le môme empressement dans tous les conciles. On y souffrait avec peine les moindres délais, que les évoques regardaient comme une espèce de persécution, et comme un moyen de lasser leur patience.

Ajoutez encore à cela que c'était constamment en vue de Nestorius, et qu'on avait tout sujet de croire que Jean d'Antioche était entré dans ce dessein. Ce patriarche et les principaux de ses évoques étaient intimes amis de Nestorius, et « tout le concile croyait qu'il en regardait la condamnation comme un affront pour son Eglise, dont cet hérésiarque avait été tiré, et qu'il ne voulait pas y être présent 2. » On avait senti d'abord qu'il voulait brouiller en laveur de son ami; et ce qu'il fit, étant arrivé, justifia ce soupçon . II ne cherchait qu'à gagner du temps en proposant à l'empereur une nouvelle assemblée 3. C'était un artifice de Nestorius, qui en avait fait le premier la proposition 4. C'eût été toujours à recommencer. Cependant les Pères d'Ephôse s'écriaient : « Le chaud nous lue, tous les jours on enterre quelqu'un, on est contraint de renvoyer les domestiques malades, le concile est opprimé par ceux qui en empêclient la conclusion 5. »

Tout cela était regardé comme une suite des premiers délais de Jean d'Antioche. La longueur du chemin, qu'il alléguait, ne paraissait qu'un prétexte; il y avait eu du temps plus qu'il n'en fallait, depuis six mois que les lettres de convocation étaient parties ; et le concile met en fait, dans sa Relation au Pape6, que « des évèques bien plus éloignés que Jean d'Anlio-

1 Act. 1, col. 453. — : Episl. Cyr. ad quosd., etc.; act. 1, col. 56:t; Relat. syn. ad Cales!., act. 5, col. 662. — 3 Relat. ad imp., iuit. Ep. calh. col. 745. — '• Ep. N'est, ad imper., act. 1, c. 5G6. — s Common. ad cler. CF., iLid., col. 770. — 6 Act. 6, c. 659.

754 REMARQUES SUR LES CONCILES

che étaient arrivés devan4 lui. » On crut donc, définition des matières de la foi l. » Ce que fit avec vraisemblance, qu'il ne voulait pas venir, ensuite ce commissaiiepour éloigner le concile, quelque empressement qu'il témoignât; et, que doit être considéré comme l'action d'un homme cela fût ou non, il suffit qu'on eût raison de le livré à Nestorius, et qui excédait son pouvoir, soupçonner. On fut confirmé dans ce soupçon, C'en est assez sur cette matière, quoiqu'on lorsqu'il envoya deux évêques dire qu'on pou- pût encore marquer d'autres circonstances ; vait commencer sans lui. En effet, ne pouvait-il mais celles-ci sont suffisantes pour faire voir pas aussitôt arriver lui-même que ces évêques que, après avoir poussé l'objection à toute ouquivinrentfairedéclarationdesapart?Aureste, trance, l'auteur répond à ce qu'il y a de plus il est bien constant qu'ils la firent fort sérieuse- faible, et fait ce qu'il y a de plus important, ment, et « non-seulement une fois, mais plusieurs '. «Ainsi, on ne savait plus que croire de neuvième remarque. Jean d'Antioche : on ne savait quand il lui Pour justifier le concile de toute partialité, plairait d'arriver, ni jusqu'où on serait obligé et faire voir que saint Cyrille n'avait besoin ni de tenir tant d'évêques inutiles, si l'on persistait d'artifice ni de cabale pour y faire triompher la à l'attendre. Des remarques si nécessaires pour vérité, il était aisé d'ajouter aux timides conjecla défense du concile ne paraissent point dans tures de l'auteur2 des faits qui ferment la bounotre auteur. Ce grand observateur n'observe che. Il ne paraît aucun démêlé particulier entre rien, ou, ce qui est pire encore, il dissimule tout, saint Cyrille et Nestorius. Saint Cyrille avait ap-

II a bien marqué une plainte de Jean d'Antio- plaudi avec tous les autres à l'élévation de ce pa-

che*, parce qu'elle semble charger saint Cyrille, triarche3,et il ne l'avait troublé en rien, jusqu'à

et il la laisse sans réplique. C'est que peu de ce qu'il eût découvert son impiété. Mais alors le

jours avant l'ouverture, saint Cyrille lui avait monde n'eut pas besoin d'être excité ; tout l'uni-

écrit que le concile attendait son arrivée. Cesont, vers s'émut d'abord, et l'Occident s'unit avec

selon Jean d'Antioche 3, les paroles de la lettre l'Orient contre ce novateur. Deux cents évêques

de saint Cyrille. Je l'en veux croire sur sa parole, assemblés canoniquement et parfaitement unis,

quoique tous ses autres déguisements et ses pro- prononcèrent sa sentence avec le Pape et toute

cédures emportées le rendent suspect. Quoi l'Eglise latine. C'est une étrange partialité qui

qu'il en soit, et en prenant à la rigueur ces pa- soulève tout d'un coup toute l'Eglise. Cette fac-

roles de saint Cyrille, qu'on ne voit que dans la tion prétendue commença à Constantinople,

lettre de son ennemi, elles peuvent servir à faire c'est-à-dire dans le propre siège de Nestorius,

voir ses bonnes dispositions. Que si l'on prit où il était soutenu par l'autorité du prince, et où

aussitôt après d'autres conseils, outre les raisons tout était sous sa main. Cependant il fut d Y.bord

de presser, qui peuvent être survenues d'ail- abandonné de tout son clergé et de tout son

leurs, les deux évêques de Jean d'Antioche, peuple, sans qu'il en parût d'autre motif que

arrivés depuis, changèrent les choses. Car il l'horreur qu'on eut de sa doctrine,

paraît, par les Actes*, que l'on commença aus- 11 fut si délaissé, malgré sa faveur et la gran-

sitôt après leur venue, et que leur déclaration deur de son siège, qu'à peine il put ramasser

futce qui détermina à commencer, à cause que, neuf ou dix évêques, la plupart flétris, déposés,

la faisant avec la force qu'on vient de voir, on sans siège, hérétiques, pélagiens, chassés d'Ita-

la prit pour très-sérieuse, et qu'ils parurent lie, qui cherchaient auprès de lui un vain se-

eux-mêmes presser l'ouverture du concile. cours. Vingt-six évêques d'Orient pouvaient

Aprèscela, les délais que Nestorius demandait bien brouiller, comme ils firent, mais non pas ne parurent qu'amusements pour fatiguer les contrebalancer l'autorité d'un si grand concile, évêques. On ne fit non pi us aucun état de ce que Je ne. sais pourquoi M. Dupin veut faire ac- Candidien, commissaire de l'empereur, fit au- croire à ses lecteurs que le zèle du peuple de delà de son pouvoir, pour retarder. M. Dupin Constantinople s'était ralenti : « Les esprits, ditdit beaucoup de choses de ce commissaire, mais «il*, étaient fort partagés à Constantinople: il en omet une, qui seule pouvait suffire à justi- «le peuple écoutait assez favorablement les fier le concile de précipitation: c'est que sa com- « évêques d'Orient, non pas dans les églises, mission qu'il y lut faisait voir que la «volonté « car on ne voulut pas les y recevoir, mais de l'empereur était qu'on expédiât sans délai la « dans une maison. »

Il est vrai que les députés de ces évêques te-

» Episl. Cyr. ad quosd., etc.; act. 1, Relut, ad imper.; lielat. ad najent des assemblées, OU ils S6 Vantaient que le Cœlct.. obi wpra. -'Ps. 71!. — ' Com b., act. 1, col.

t. '■•!. imp., nbi i-u[«. — * It"lat. ad CceleU., act. 5, Apol. ad » Act. 1, init., col. 453. — »Pag. 773. — * Cyr., Apol. ad imper.,

i„ip., p^.t. DI, cap. 13, ubi SDpta, ubi supra. — * Pag. 779,

D'ÉPHÊSE ET DE CHALCtfDOTNE.

peuple assistait en foule. Mais tout cela se passait a Chalcédoine, DÛ ils avaient reçu ordre de (h meure! , comme notre auteur le ilii lui-même •• C'est aussi de là qu'est écrite la lettre de Théo doretà Alexandre d'Hiéraple, oùilest parlé de ces assemblées; ri quand on voudrait supposer que le peuple .1'* Constantinople passai! le trajet pour j assister ce qui néanmoins ne se trouve pas «luis la lettre de Théodore! que nous avons dans ces Votes . il ne faudrait pas conclure de là (pic

le peuple se partageât, autant (pion voudrait

nous i,. faire accroire, mu- le sujel de Nestorius; puisque nous voyons dans le même temps tout <•'' peuple solennellement assemblé dans la basilique de Sainl Mocius, martyr, s'écrier tout

d'une VOÎX, el par deux fois : Anallième à « Nes-

torius2. Ces! donc une fausseté que le peuple écoutât si favorablement les partisans de Nestorius, et que les esprits lussent si tort partagés. Pour ce qui est de ces assemblées, on n'en peut tirer aucune conséquence ; puisque, de

l'aveu deThéodoret, elles se faisaient sans oblatioa el sans lecture de V Ecriture, qui étaient les marques d'une assemblée légitime et d'une vraie communion ecclésiastique. On j faisait des prières pour l'empereur, et des discours de religion, que l'éloquence de Théodore! et la curiosité rendaient célèbres; et nous voyons par les Acte

que personne n'aurait écouté ces évéques, partisans de Neslorius, s'ils n'eussent déguisé leurs sentiments.

L'auteur nous veut faire accroire qu'ils ne purent venir à Constantinople, à cause des mouvements que les moines c.icitaient ; connue s'il n'y eût eu que les moines qui leur lussent opposés. C'est bien ce que disent les schématiques, pour couvrir en quelque façon la répugnance universelle (pion avait pour la doctrine et pour le nom même de Neslorius qu'ils soutenaient : mais ce n'est pas la vérité, l'ont le clergé et tout le peuple, qui d'eux-mêmes, et sans \ être poussés, axaient abandonne leur patriarche, persistaient à se tenir séparés de lui. Vouloir attribuer cette répugnance à la faction des moines, c'est trop donner dans les sentiments des sehismatiques.

DIXIÈME REMARQUE

Parmi les objections contre le concile, que rapporte M. Dupin, en-voici une qui paraît l'avoir fort louché; car il ne dit pas un mot pour y répondre. La sentence qu'ils font signifier (les Pères d'Ephèse) à Nestorius, est conçue en des termes qui marquent la passion qui les animait : A

• Pag. 727, init. Act. Conciliab., pose. act. G, col. 7lj et seq

2 Rescript. cpisl. inter. Epist. cath., post. act. 6, coi. 7ol. — ad Cœlesl., etc., ubi supr.

Nestorius, nouveau Judas. X était-ce pas assez de le condamner et de le déposer, sans l'insulter encore par des pondes injurieuses1 ? A cela il ne trouve rien à répondre. Le concile a tort : saint Célestin aura tort aussi d'avoir appelé Nestorius un loup, sous la figure d'un pasteur 2 : les empereurs Théodose et Valentinien auront excédé lorsqu'ils ordonnèrent qu'on donnât aux nestoriens le titre de simoniens :i. du nom de Simon le Magicien, auteur de toutes les hérésies, et en particulier de celles qui entreprenaient de dégrader le Fils de Dieu. Ils le firent pourtant, à l'e\eniple de Constantin le Grand, qui ordonna que les ariens seraient appelés du nom de Porphyre, un païen, ennemi comme eux, de Jésus- Christ. 11 ] a deux faux modérés, de faux équitables, qui voudraient qu'on épargnât les hérésiarques. Mais l'Eglise n'a jamais été de cet esprit. Elle disait à tous tes évoques par la bouche de saint Célestin : Duris dura responsio* : il faut abattrecessuperbes : il faut rendre abominables au peuple ces empoisonneurs qui tuent les «âmes. On appelait les nestoi iens des Juifs, parce qu'ils niaient, comme les Juifs, que Jésus Christfùt Dieu : on donna le même nom à un évèque, disciple de Neslorius, qui soutint en sa présence que « les Juifs n'avaient été impies que contre u\\ homme5. » Du crut, et avec raison, qu'il parlail lui-même en Juif, cl qu'il tâchait de purger les Juifs du déicide. Nestorius, qui conspirait avec eux pour nier la divinité de Jésus-Christ, qui la niai! lui-même, qui venait d'être déposé et de perdre >on apostolat pour avoir trahi son Maître en blasphémant contre lui, pouvait bien être appelé un nouveau Judas. C'est sur cela qu'on accuse les Pères d'Ephèse d'animosité et de passion. Il ne sied pas bien à M. Dupin de laisser cette témérité sans réponse ; ou s'il a méprisé cette objection, qui en effet n'était digne que de mépris, il ne devait pas étaler son éloquence pour dire, sous le nom d'autrui, des injures à tout un concile.

Il ne répond pas non plus à un autre reproche aussi sanglant qu'il lui fait faire G, d'être tombé dans le défaut marqué par saint Grégoire de Nazianze, qui est qu'ordinairement ceux qui se mêlaient de juger les autres, y étaient portés plutôt par leur mauvaise volonté, que par le dessein d'arrêter les fautes des autres. Il laisse cela sans réplique, quoique ce fût le lieu de marquer la douceur, les ménagements, la longue attente, la charité du concileet desaintCyrillcenvers Nestorius, et les larmes qu'on répandit sur sa contu-

1 Pag. 771. — J Episl. Cœlesl. ad cler. et pop- CP., part, i, car). 19. col. 3^5. — 3 Cnnc. Ephes., par;, m. cap. 45, col. 1209; Coil. J.up., c. 1 i. — ' , ... part. i, c. 13, col. 3j3. — S Coiic.

Ephes., act. 1. — « Pag. 1TZ.

iOO

REMARQUES SUR LES CONCILES

mace, tant en l'accusant qu'en prononçant sa sentence *,

1 fait encore objecter 2, en confirmation de ce mauvaises intentions du concile, que les troubles qui l'ont suivi les font connaître; et qu'on peut dire que ces troubles ne furent arrêtés* que parce qu'on ne parla plus de ce qui y avait été fait.

La fantaisie des censeurs du concile d'Ephèse est, en effet, que dans toute cette dispute il ne faut presque considérer que l'accord avec les Orientaux, sans plus parler du concile même. Pour satisfaire à ce doute, il ne suffit pas de ré • pondre 3 « qu'on ne toucha point dans l'accord « à la condamnation de Nestorius, et que le « jugement du synode, touchant sa personne et « sa doctrine, fut suivi ; » car tout cela se peut faire, comme parle M. Dupin4, pour le bien de la paix, et pour ôter tout scandale, par consentement à la chose même dans le fond, sans se soumettre au concile dans sa forme; et c'est ce que veulent dire ceux qui font, cette objection outrageuse, que les troubles ne furent arrêtés que parce qu'on ne parla plus de ce qui avait été fait dans le concile, comme si l'on avait fait la paix sans en parler. Or le contraire est certain, puisque le « concile d'Ephèse, où Célestin était par ses « légats, » fut reçu dans l'accord même, avec mention expresse qu'on s'y soumettait par un acquiescement à sa sentence dans toutes ses parties 5 ; et ce fut la déclaration qu'on exigea que Jean d'Antioche, et les évêques qui étaient avec lui, fissent en termes formels dans une lettre synodique adressée au pape saint Sixte, à saint Cyrille et à Maximien de Constantinople, pour être ensuite répandue dans toute l'Eglise; ce qui dissipe, en un mot, toutes les fausses idées qu'on pouvait avoir du concile, comme si l'on n'en eût pas fait assez d'état dans l'accord. Et il faut ici bien remarquer que l'auteur rapporte cet acte 6, sans faire aucune mention qu'on y ait parlé du concile d'Ephèse, ni de Y acquiescement qu'on vient de voir à sa sentence; et sans qu'il y ait un seul mot, dans toute son histoire, pour marquer une chose si essentielle à l'autorité du concile.

ONZIÈME REMARQUE

Le concile d'Ephèse n'est pas le seul que notre auteur ait maltraité. Toutle monde est scandalisé de lui voir réfuter à pied le concile n de Nicée 7, et le plus souvent sans l'entendre.

Pour le concile de Chalcédoine, je ne crois

1 Act. 1, \pol. ad imper., part, ta, c. 13, ubi supr. — * Pag. 772. — 3 Pag. 744. — « Ibid. — * Part. BI, conc. Eph., cap. 27, col. 1008. — • Pag. 745. — ' Tom. v, p. 456.

pas qu'un homme bien sage eût pu se. résoudre à en faire cette peinture * : « Les uns croient « qu'il était déposé de son siège; les autres « l'accusaient d'être nestorien : les Orientaux « criaient contre Dioscore et les Egyptiens ; « ceux-ci criaient contre les Orientaux. Cela « aurait duré longtemps, et leur assemblée au- « rait dégénéré en cohue, si les commissaires « n'eussent arrêté ces cris populaires. » Ces basses expressions devaient être bannies de ce lieu, et je ne sais si l'on me pardonnera de les avoir répétées. M. Dupin avouera qu'il pouvait montrer le concile par de plus beaux endroits ; et s'il en voulait remarquer les cris, il en eût pu rapporter de ceux que le zèle de la foi et l'amour de la discipline avaient fait pousser. Ceux qu'il raconte n'étaient pas plus de son sujet, et rien ne paraît le déterminer à ceux-ci plutôt qu'aux autres, que le plaisir d'étaler quelque chose qui ne semble pas assez réglé. Encore s'il avait daigné remarquer qu'en ce temps-là, dans les assemblées ecclésiastiques aussi bien que dans les civiles, et même dans le sénat, qui était la plus auguste assemblée de cette nature, souvent on opinait par acclamation, et s'il eût voulu ajouter que les Pères de Chalcédoine se calmèrent d'abord , on eût vu une occasion naturelle de tels cris, et l'on n'eût pas été surpris qu'une assemblée de six cents évêques ait eu besoin une fois ou deux d'être avertie de la gravité convenableà des évêques , et du bon ordre qu'il fallait garder dans un concile. Il y avait d'autres circonstances qui pouvaient adoucir une idée capable de faire de la peine. Mais notre auteur a mieux aimé se signaler par un airdeliberté, et il préfère à des termes plus respectueux la licence et le style du marché.

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