‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 41 sur 313 · SI · texte numérisé non relu

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tombe dans ces deux inconvénients ; et je ne dis pas dans l'un deux, mais dans tous les deux inévitablement. Le premier est, qu'on oblige chaque particulier, pour ignorant qu'il puisse être, à croire qu'avec cela il peut mieux entendre la parole de Dieu que les synodes les plus universels, et que tout le reste de l'Eglise ensemble. Le second, qu'il y a un temps où un Chrétien baptisé n'est pas en état de faire un acte de foi sur l'Ecriture sainte ; mais que, malgré qu'il en ait, il se trouvera obligé de douter si elle est inspirée de Dieu.

Je n'ai vu aucun des prétendus réformés à qui ces deux propositions n'aient fait horreur, et qui ne m'ait dit, que non-seulement il ne les croirait jamais, mais qu'il délesterait ceux qui les croient. Voyons donc comme il demeure établi par la conférence, quelles sont les suites de la doctrine des prétendus réformés, et des suites si manifestes qu'elles sont avouées par les ministres.

Et déjà, sans sortir de la Relation de M. Claude, lui-même y tranche le mot : qu'après toute assemblée ecclésiastique, chaque particulier doit examiner si elle a bien entendu la parole de Dieu ou non. Comme il avait parlé des intérêts humains, qui souvent, disait-il, offusquent la vérité dans les assemblées les plus authentiques et les plus universelles de l'Eglise : pour détruire cette réponse, et montrer au fond que ce n'était qu'une chicane, je lui avais demandé si, tout se passant dans l'ordre, et sans qu'il parût aucun intérêt humain dans les délibérations, il ne faudrait pas encore que chaque particulier examinât. Il avait avoué qu'il le fallait; et il l'avoue encore dans sa propre Relation, soutenant qu'il n'y a nulle absurdité, ni nul orgueil à un particulier, de croire qu'il puisse mieux entendre la parole de Dieu que toutes les assemblées ecclésiastiques, quelque bon ordre qu'on y garde, et de quelques personnes qu'elles puissent être composées.

Voilà une proposition et une doctrine qui paraîtra affreuse à tout esprit docile. Mais, afin que la chose soit plus sensible, faisons l'application de cette doctrine à un exemple particulier.

L'Eglise calvinienne, depuis six à sept vingts ans qu'elle a commencé de s'établir, n'a tenu aucune assemblée plus authentique ni plus solennelle que le synode de Dordrect. Outre les Eglises des Pays-Bas, toutes les autres de même créance, celles d'Angleterre, celles de Genève, celles du Palatinat, celles de Hesse, celles de Suisse, celle de Brème el les autres de langue allemande, s'y sont trouvées par leurs députés, et

l'ont reçu ; et afin que rien n'y manquât, si les Eglises prétendues réformées de ce royaume furent empêchées de s'y trouver, elles en adoptèrent toute la doctrine au synode national de Charenlon, en 1631, où tous les articles de Dordrect, traduit! de mot à mot, furent embrassés el jurés par tout lesynode.etensuile par toulesles provinces et toutes les Eglises particulières. Depuis ce temps aucun des prétendus réformés ne réclame contre ce synode. Il n'y a que les arminiens, qu'on y condamna, qui en blâment la doctrine, et en racontent les cabales, el la part qu'y s cuelapolitiqueellesintérèlsde la maison d'Oran-

. Tout le reste a ployé; et s'il y a quelque chose qu'on puisse dire reçu d'un consentement unanime par toutes les Eglises de la réformalion prétendue, c'est sans doute les décrets de ce synode. Et néanmoins je souliensà M. Claude, qu'interrogé si un particulier, quel qu'il soit, de son Eglise, peut se reposer sur une autorité aussi grande parmi les siens, que celle-là, sans examiner davantage, si on le presse de répondre par oui ou par non, dans une question si précise et dans un fait si bien articulé, il faudra qu'il dise que non, et qu'enfin, malgré loul cela, ce n'est que des hommes, quelque habiles, quelque éclairés, quelque sainls qu'on les imagine, toujours sujets à faillir, dont, si on suivait les sentiments à l'aveugle et sans examen, on égalerait les hommes à Dieu. Ainsi, selon les maximes de la nouvelle Réforme, tout particulier, et jusqu'aux femmes les plus ignorantes, doivent croire qu'elles pourront mieux entendre l'Ecriture sainte qu'une assemblée composée de tovl ce qu'il y a de plus grand dans toule l'Eglise, qu'il reconnaît pour la seule où Dieu est servi purement; et non-seulement de celle assemblée, mais de tout le reste de l'Eglise, el de tout ce qu'il en connaît dans loul l'univers. Voilà ce que M. Claude m'a avoué; voilà en substance ce qu'il dit encore dans sa propre Relation ; et voilà ce que loul ministre, bon gré malgré qu'il en ait, avouera dans une conférence, en présence de qui on voudra, à moins qu'il ne s'obsline à ne vouloir point parler précisément : auquel cas on verra qu'il biaise, et celte tergiversation sera plus forle qu'un aveu, puisque, outre qu'elle fera voir que l'aveu est inévitable, elle fera voir de plus qu'on en sent les pernicieuses conséquences.

Et ce que je dis du synode de Dordrect, on forcera M. Claude el tout autre minisire à le dire du concile de Nicée, du concile de Conslanlinople, de celui d'Ephèse, de celui de Chalcédoine et des autres, que nous recevons eux et nous d'un commun accord : et quand ils le diront,

RÉFLEXIONS

ils ne diront rien de nouveau, ni qui soit inusité dans leur religion. Calvin l'a dit en termes formels , lorsqu'en parlant en général des conciles de tous les siècles précédents, il a écrit ces paroles : « Je ne prétends pas en ce lieu qu'il faille condamner tous les conciles et ca'sser tous leurs décrets1. Toutefois, poursuit-il, vous m'objecterez que je les range tellement dans l'ordre, que je permets à tout le monde indifféremment de recevoir ou de rejeter ce que les conciles auront établi ; nullement, ce n'est pas là ma pensée. » Vous diriez qu'il s'en éloigne beaucoup. La majesté des conciles, et l'autorité d'un si grand nom le frappe d'abord ; mais la suite de sa doctrine lui fait bientôt oublier ce qu'il semblait vouloir dire à leur avantage : car voici comme il conclut : « Lors, dit-il, que l'on allègue l'autorité d'un concile, je désire premièrement que l'on considère en quel temps et pour quel sujet il a été assemblé, et quelles personnes y ont assisté; après, que l'on examine le point principal selon la règle de l'Ecriture, de sorte que la définition du concile ait son poids, et qu'elle soit comme un préjugé ; mais qu'elle n'empêche pas l'examen. » C'est à quoi aboutit enfin cette soigneuse recherche du temps, du sujet et des personnes, à faire qu'en quelque temps que soit tenu un concile, quelque matière qu'on y ait traitée, et de quelques personnes qu'il ait été composé, « tout le monde indifféremment, » car c'est de quoi il s'agit, en examine le pointprincipal parla parole de Dieu, et croie qu'il peut mieux entendre cette divine parole que tous les conciles.

Voilà jusqu'où ces messieurs poussent l'examen, ils le poussent même bien plus avant, puisqu'ils veulent qu'on examine après les apôtres. Ce n'est pas une conséquence queje lire de leur doctrine ; c'est leur propre proposition et leur doctrine en termes formels, et celle de M. Claude en particulier. Car sur ce que j'ai dit dans l'Exposition 2, qu'après le concile de Jérusalem et la décision des apôtres, où ils dirent : « 11 a «semblé bon au Saint-Esprit et à nous 3, » personne n'avait plus rien à examiner et qu'en effet « Paul et Barnabe avec Silas, » comme il est écrit dans les Actes*, « allaient parcourant les Eglises, « et leur enseignant, » non point à examiner ce qu'avaient fait les apôtres, mais « à suivre leurs « ordonnances:» parceque j'ai conclu de làqu'ils donnaient la forme à tous les siècles suivants, et nous apprenaient comme en tous les temps les fidèles devaient sans examiner, se soumettre aux décisions de l'Eglise; après diverses réponses

1 JntM., '..;, ». — » B*l ' , art. 13.— ' Act. * A'.L, xu, 4.

xv, 18. —

toutes vaines, il a fallu à la fin me répondre nettement qu'on devait encore examiner après le concile des apôtres. C'est l'anonyme, c'est le premier qui a répondu à l'Exposition, qui l'a écrit en ces termes : « On ne voit pas que les apôtres publient leurs décisions avec un ordre absolu d'y obéir : mais ils envoient Paul, Barnabas et Silas pour instruire les fidèles de garder celte ordonnance, c'est-à-dire, évidemment, pour leur en persuader les motifs et les fondements; ce qui ne dit pas qu'on leur défendit d'examiner. »

C'est ce que dit l'anonyme : l'endroit est remarquable; on le trouvera dans l'article xix de la première réponse, dans la quatrième et dernière remarque qu'il fait sur le concile des apôtres, en la page 328. Ce n'est pas un sentiment particulier de cet auteur, puisqu'on a mis à la tête l'approbation des quatre ministres de Charenton, où M. Claude se trouve nommé ; afin qu'il ne dise pas queje lui impute une doctrine étrangère, en lui imputant celle de cet anonyme.

Ainsi ce n'est pas les Juifs et les gentils incrédules; c'est les fidèles et les Eglises chrétiennes qui doivent examiner après les apôtres, et après les apôtres assemblés, et après qu'ils ont prononce : « Il a semblé bon au Saint-Esprit et à « nous ; » et ce prodige de doctrine est enseigné dans une Eglise qui se vante de n'écouter que les pures paroles des apôtres. Voilà jusqu'où les ministres et les prétendus réformés, et M.Claude en particulier, sont forcés par la créance à pousser la nécessité de l'examen.

Il ne restait plus qu'à dire qu'il fallait encore examiner après Jésus-Christ, et qu'avec tous ses miracles et toute l'autorité que son Père lui avait donnée, il n'en avait pas assez pour obliger les hommes à le suivre sans examen, et sur sa parole : M. Claude l'a dit dans notre conférence, et le dit encore dans sa Relation.

Je prie le sage docteur de croire que, dans une matière de cette importance, je ne veux ni imposer ni exagérer : qu'il me suive seulement avec attention, et il verra la vérité manifeste.

On a vu que j'objectais, dans la conférence, qu'à moins de reconnaître une autorité vivante et parlante, à laquelle tout particulier fût obligé de se soumettre sans examiner, on réduisait les particuliers à la présomption de croire qu'ils pouvaient mieux entendre l'Ecriture sainte que tous les conciles ensemble, et que tout le reste de l'Eglise. Pour me prouver qu'en cela il n'y avait rien de si orgueilleux, ni de si absurde, M. Claude me répondit que du temps que Jésus- Christ était sur la terre, le cas était arrivé où un particulier devait élever son jugement au-dessus

SUR UN ÉCRIT DE M. CLAUDE. 133

de la Synagogue assemblée, qui condamnait vraiment envoyé de Dieu. Il faut, dis-je, pousser

)é6U8-Christ : ce qui , loin d'être un sentiment jusqu'à cet excès la nécessité de l'examen : au-

d'orgueil, était l'acte d'une foi parfaite. (renient il sera vrai, comme je l'ai dit, qu'il y

Celle réponse, je l'avoue, me lit horreur : car avait alors une autorité visible et palpable, à la-

alin de la soutenir, il fallait dire que du temps quelle tout devait céder sans examiner; de sorte

que la Synagogue jugeait Jésus-Christ, et qu'il qu'il n'y eut jamais de temps où l'on fût moins

était lui-même sur la terre, il n'y avait point, exposé à la tentation de l'orgueil, en s'élevant

sur la terre, d'autorité rivante et parlante à la- au-dessus de toute autorité vivante et parlante,

quelle il fallût céder sans examen; de suite que puisque celle de Jésus-Christ, la [dus vivante et

l'on devait examiner après Jésus-Christj et qu'il la plus parlante, aussi bien que la plus grande et

n'était pas permis de l'en croire BUT sa parole. la plus infaillible qui lût jamais, elait alors sur

Je fis cette réponse à M. Claude, et lui montrai la terre, et qu'on ne B'élevait au-dessus de la

que, loin qu'il lallùl alors que eliaeiin >e déter- Synagogue qu'en se soumettant à Jésus-Christ,

min&t par un examen particulier, et s'élevât au- dont les miracles, comme il dit lui-même,

dessus de toute autorité rivante et parlante, il y ôtaient toute excuse à ceux qui ne croyaient pas

m avait une alors, la plus grande qui fut jamais en lui ' : ce que l'assemblée qui le condamna rc-

ou qui puisse être, qui est celle de Jésus-Christ connut si bien, que, refusant obstinément de

et de la vérité même ; à qui le Père rendait pu- croire en Jésus-Christ, elle ne trouva ni d'autre

bliquement témoignage par une voie venue du réponse à ses miracles, ni d'autres moyens de

ciel, par les miracles les plus grands et les plus lui résister, que de s'en défaire2, et de se défaire

visibles qu'on eût jamais laits, et enfin par les avec lui de Lazare même 3, pour étouffer, si clic

moyens les plus éclatants aussi bien que les plus eût pu, par un même coup, avec les miracles

cei tains que la toute-puissance divine ait pu pra- qu'elle avait VUS, la mémoire de celui qui les

tiquer. avait laits.

Si je remarque dans la conférence qu'il n'y 11 ne faut donc plus ici éblouir le monde par

eutpoint de réponseà ce raisonnement, on sent de frivoles réponses, ni faire perdre aux lecteurs

bien que C'est qu'en effet il n'y en doit point avoir, la suite d'un raisonnement, en introduisant des

M. Claude dit néanmoins, dans sa Relation, qu'A questions inutiles. Je veux dire qu'il ne sert de

me répondit que les miracles de Jésus-Christ rien d'émouvoir ici la question des signes trom-

faisaient un des sujets de la question; qu'il y a peurs, ni de répondre que la Synagogue doutait

de faux miracles, dont Moïse an Deutéronome de la vérité des miracles de Jésus-Christ. Il s'agit

avait averti les Israélites de se donner garde ; uniquement de savoir si ce doute n'était )pas l'ef-

que la Sjnagogue avait jugé que les miracles de ici d'une malice évidente, et enfin s'il n'était pas

Jésus-Cbrisl étaient faits au nom de Béelzébut ; certain parmi les Chrétiens qu'il y avait dans les

« qu'enfin une autorité ne décide rien que pre- miracles de Jésus-Cbrisl une si pleine démons-

mièrement elle ne soil reçue, et que celle de tration de la puissance divine, et une si claire

Jésus-Christ ne l'était pas encore, puisqu'il s'agis- confirmation de la mission de Jésus-Christ, que

sait de larecevoir onde la rejeter. » Je suisobligé tout esprit raisonnable lui obligé de céder sans

d'observer qu'assurément je n'entendis rien de examiner davantage; en sorte qu'il y eût alors

tout cela dans la conférence; et on va voir qu'en une autorité vivante et parlante à laquelle il n'y

effet il vaut mieux se taire que de dire de telles eût rien à opposer qu'une malice grossière, et

choses. Mais puisque M. Claude veut les avoir une manifeste obstination. Voilà de quoi il s'agit:

dites, il faut donc qu'il dise encore qu'à cause et si après cette explication de la question, on

que les miracles de Jésus-Cluïst étaient rejetés croit se sauver encore, en disant avec M. Claude

comme des signes trompeurs par des envieux, que V autorité de Jésus-Christ n'était pas reçue, il

par des opiniâtres, en un mot, par les ennemis faut aller plus loin et dire à Jésus-Christ même,

déclarés de la vérité, ces miracles n'étaient pas avec les Juifs : « Vous vous rendez témoignage à

assez convaincants pour pouvoir obliger les hom- « vous-même ; votre témoignage n'est pas rece-

mes à en croire Jésus-Christ sur sa parole, sans « vable*. » Alors nous répondrons avec Jésus-

examiner davantage ; et qu'après, par exemple. Christ : Quoique je me rende témoignage « à

qu'il eut ressuscité le Lazare en témoignage ex- moi-même , mon témoignage est véritable &. »

près « que Dieu l'avait envoyé i » ; ceuxqui virent Et encore « Je ne suis pas seul ; mais mon Père,

de leurs propres yeux un si grand miracle «qui m'a envojé, rend aussi témoignage de

étaient, je ne dis pas recevables, mais expresse- « moi6. » Et encore : « Les miracles que mon

ment obligés à examiner si Jésus-Christ élait *joan., xv, 22 .3, 2<.— * mj., xi, v, 53. — • im., xa, 10.

' Joan ,xj,42.

*/W., mi, 13. — J ibid , li. — * iod., 16.

154 REFLEXIONS

« Père m'a donné de faire, ces miracles rendent qu'on entend parler dans tout le reste de l'E-

« témoignage que mon Père m'a envoyé ». » Et glise. On dira encore : Ce n'est point orgueil de

enfin : °Leur péché n'a plus d'excuse : si je n'a- se croire éclairé par le Saint-Esprit. Mais au

« vais pas fait au milieu d'eux des miracles que contraire, c'est le comble de l'orgueil que des

« nul autre n'a faits, ils n'auraient point de pé- particuliers osent croire que le Saint-Esprit les

« ché; et maintenant ils les ont vus, et ils haïs- instruise et abandonne à l'erreur tout ce qui

a sent' et moi et mon Père 2. » C'est-à-dire que paraît de fidèles dans le reste de l'Eglise. Et il

les miracles sont clairs, que l'autorité est incon- ne sert derien de répondre, comme fait M.Claude

testable, et que la résistance ne peut plus avoir dans sa Relation, que « l'Esprit souffle où il

de fondement qu'une haine aveugle. « veut » » : car il faudrait montrer que cet Es-

J'atlends qu'on réponde encore que Jésus- prit, qui se repose sur les humbles, ne laisse pas

Christ ajoute après tout cela : a Sondez les Ecri- de souffler sur ceux qui se croient eux seuls plus

« tures ; elles-mêmes rendent aussi témoignage capables d'entendre l'Ecriture sainte que tout

« de moi 3 ; » et qu'on ose conclure de là qu'on le reste de l'Eglise, puisqu'ils examinent après

pouvait et qu'on devait examiner après Jésus- elle ; et non-seulement de souffler sur eux ,

Chiist, en sorte que cette parole qu'il a pronon- mais encore de leur inspirer lui-même cette

cée nous démontre, non pas dans les Ecritures superbe pensée. Mais enfin, quoi qu'il en soit,

une surabondance de conviction, mais dans la et sans disputer davantage, puisque ce n'en est

personne de Jésus-Christ une insuffisance d'au- pas ici le lieu, nous avons montré que c'est un

torité. Si on fait encore cette objection, il n'y dogme avoué dans la nouvelle Réforme , que

aura plus qu'à se taire et à laisser Jésus-Christ tout particulier doit examiner après l'Eglise , et

défendre sa cause. par conséquent doit croire qu'il se peut faire

En attendant, nous conclurons que c'est l'au- qu'il entende mieux l'Ecriture qu'elle et toutes

torité même de Jésus-Christ que nous révérons ses assemblées. Ceux à qui cette présomption

dans son Eglise. Si nous disons qu'il faut croire fait horreur, ou qui, en s'examinant, ne trou-

l'Eglise sans examiner, c'est à cause que Jésus- vent point en eux-mêmes cette fausse capacité,

Christ, qui l'enseigne et qui la conduit, est au- n'ont qu'à chercher leur salut dans une autre

dessus de tout examen. Nous ne laisserons pas, Eglise que dans celle où l'on professe un dogme

en imitant Jésus-Christ, de dire encore , pour si prodigieux, comble de conviction , à tous les ennemis de

l'Eglise : Sondez les Ecritures ; nous les confon- TROISIÈME RÉFLEXION,

drons par celte Ecriture, à laquelle ils disent t

qu'ils croient, et nous les verrons succomber La seconde absurdité que j'ai promis de faire

encore dans cet examen; mais ce sera après les avouer à M. Claude et à tout bon protestant,

avoir forcés à reconnaître qu'il se faut soumettre c'est qu'à moins de reconnaître dans l'Eglise

sans examiner, à l'autorité de l'Eglise, dans la- une autorité après laquelle il ne faille plus exa-

quelle cet Esprit, que Jésus-Christ a envoyé pour miner ni douter, on est forcé à mettre un point

tenir sa place, parle toujours. où le fidèle en âge de raison ne puisse pas faire

Il n'v a donc rien de moins à propos que un acte de foi sur l'Ecriture, et où par consé-

l'exemple de la Synagogue, et nos prétendus quent il faille douter si elle est véritable ou

réformés destitués de cet exemple, qui faisait fausse. J'ai assigné pour ce point de doute tout

leur fort, demeurent seuls à se croire, chacun le temps où un Chrétien , par quelque cause

en particulier, capables de mieux entendre l'E- que ce soit, n'a pas pu lire l'Ecriture sainte,

criture sainte, que tout ce qui a dans l'univers M. Claude se récrie ici contre une si détestable

l'autorité de l'interpréter et de juger de la doc- proposition ; et moi je persiste à dire non-seu-

trine, et que tout ce qui leur parait de fidèles lement qu'il l'a avouée dans la conférence, mais

dans le monde; ce qui est l'erreur précise des même qu'en quelque manière qu'il ait ici tâché

indépendants, ou quelque chose de pis. de tourner les choses, il n'a pu si bien faire qu'il

On dira que ce particulier, qui examine après ne l'avouât encore dans sa Relation. l'Eglise, sera toujours bien assuré de n'être pas A la vérité, c'est ici un des endroits où je reseul de son sentiment, puisque toujours il res- connais le moins nos véritables discours. Mais tera quelque élu caché qui pensera comme lui ; il y en a encore assez pour le convaincre, puiscomme si, sans réfuter celte vision, ce n'était que si celte Relation devient publique, tout le pas un orgueil assez détestable de se mettre seul monde verra qu'il y reconnaiten termes formels au-dessus de tout ce qu'on voit et de tout ce que « celui quin'a pas lu encore l'Ecriture sainte

«/oan.,v, 36.— J Ibid., r», 22, 24. — 3 Itrid., v, 39. ' Joan., ta, 8.

SUR UN ÉCRIT DE M. CLAUDE

la croit parole de Dieu de foi humaine, parce que son père le lui a dit, ce qui est un état de catéchumène; et que lorsqu'il a lu toi-même ce litre, et qu'il en a senti l'efficace, il la croit parole de Dieu, non plus de loi humaine, parce que son père le lui a dit, mais de loi divine, paire qu'il en a senti lui-même immédiatement la divinité ; et c'est là l'état de fidèle. »I1 est donc vrai qu'il a reconnu ce temps que j'entreprends de faire voir, où un Chrétien haptisé n'est pas en état de faire un acte de foi surnaturelle et divine sur l'Ecriture sainte, puisqu'il ne la croit parole de Dieu que de foi humaine, et que la foi divine ne peut venir qu'après la lecture.

De quelque manière qu'il tourne cette foi humaine, c'est une proposition qui fait horreur, qu'un Chrétien haptisé et en Age de raison ne puisse pas faire sur l'Ecriture un acte de cette foi, par laquelle nous sommes Chrétiens. Car de là il s'ensuit que le Chrétien, qui va lire la première fois l'Ecriture sainte, ne doit ni se porter de lui-même, ni être induit par personne à dire en l'ouvrant : «Je crois, comme je crois que Dieu « est, que l'Ecriture que je m'en vais lire est sa « parole. » Il faut au contraire lui faire dire : « Je m'en vais examiner si dorénavant, et dans « le reste de ma vie, je dois lire cette Ecriture « avec une telle foi. • C'est renverser tout l'ordre de l'instruction ; c'est perdre le fruit du baptême; c'est réduire les Chrétiens à instruire leurs enfants baptisés comme s'ils ne l'étaient pas, et qu'ils eussent encore à délibérer de quelle religion ils doivent être.

Et ce que dit M. Claude sur l'Ecriture, il faut qu'il le dise sur la foi de la Trinité, sur celle de l'Incarnation, sur celle de la mission de Jésus- Christ et de la rédemption du genre humain. Car ce qui force M. Claude et tout protestant à dire que le fidèle, qui n'a pas lu l'Ecriture sainte, ne peut croire que de foi humaine qu'elle soit inspirée de Dieu, c'est qu'autrement il faudrait reconnaître un acte de foi divine sur la seule autorité de l'Eglise : ce qui ferait reconnaître cette autorité comme infaillible, et renverserait par les fondements toute la nom elle Réforme. Mais le même argument revient sur tous les articles de notre foi ; et si le fidèle peut croire d'une foi divine et la Trinité, et l'Incarnation, et la mission de Jésus-Christ, sur la seule autorité de l'Eglise, et avant que d'avoir lu l'Ecriture sainte, je conclurai loujoursavecune pareille certitude que l'autorité de l'Eglise sera infaillible. Il faut donc par la conséquence du principe de M. Claude et de tous les protestants, il faut, dis-je, en réduisant les Chrétiens qui vont lire l'Ecriture sainte, à une simple foi humaine sur cette Ecriture, les

y réduire tout un coup sur les points les plus essentiels de notre créance.

Ce n'est pas là la méthode de nos pères ; ce n'est pas ainsi qu'ils ont appris aux Chrétiens à instruire leurs enfants. Quand ils les ont baptisés dans leur bas âge, on a dit en leur nom : Credo, Je crois. N'importe que nos réformés aient changé cette formule; elle est de la première antiquité, et sera toujours sainte et vénérable malgré eux. Mais celte formule dont OD use envers Iesenfants. nous fait voir que lorsqu'ils auront l'usage de la raison, il faudra d'abord leur apprendre à faire un acte de foi, et ne point perdre de temps à les y exciter. Us en seront donc capables : ils pourront dire le même Credo qu'ils auraient dit, si on les avait baptisés' en âge de connaissance; et les réduire à une foi simplement humaine, c'est leur ôter la grâce de leur baptême, etjuslifier la pratique aussi bien que la doctrine des anabaptistes.

Et je conjure messieurs de la religion prétendue réformée de ne croire pas que je leur allègue ici les anabaptistes par une manière d'exagération, ou pour les rendre odieux : ces manières ne sont pasdignesde Chrétiens. Je soutiens, au pied de la lettre, que la doctrine qu'enseigne ici AI. Claude, et que tous les protestants doivent enseigner avec lui, introduit l'anabaptisme. Car s'il faut tenir en suspens les actes de foi divine, jusqu'à ce qu'on ait lu l'Ecriture sainte, et qu'on soit instruit par soi-même; si tous les actes qui précèdent cette instruction ne sont pas des actes de Chrétiens, puisqu'ils n'ont pour fondement qu'une foi humaine: il faut, par la même raison, différer le baptême jusqu'à ce temps, et ne pas faire des Chrétiens qui, dans l'âge de raison, soient incapables de produire des actes de leur religion.

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