CINQUIÈME RÉFLEXION
donné une telle autorité, qu'on croit d'abord ce C'est vouloir embrouiller les choses que de
qu'elle propose, et que la foi précède ou plutôt nous alléguer ici , avec M. Claude , l'Eglise
exclut l'examen. grecque, l'arménienne, l'égyptienne, ou l'élhio-
Dcmander maintenant par quel motif Dieu pique, et celle des Cophtes, et tant d'autres qui
nous fait sentir l'autorité de son Eglise, c'est ne se vantent pas moins d'être l'Eglise véritable
sortir visiblement de la question. Il ne manque que fait l'Eglise romaine. Ceux, dit-on, qui sont
pas de motifs pour attacher ses enfants à son élevés dans ces Eglises, en révèrent l'autorité:
Eglise, à laquelle ila donné descaractères si par- chacune de ces Eglises a des sectateurs aussi
ticuliers et si éclatants. Cela même, qu'elle est zélés que la nôtre. Le zèle véritable et pur n'a
la seule, de touleslessociétésquisont au monde, point de marque sensible: chacun attribue le
à laquelle nul ne peut montrer son commence- sien, comme nous faisons, à la grâce du Saint-
ment, ni aucune interruption de son état visi- Esprit; et se reposant sur l'autorité de l'Eglise
bleet extérieur par aucun fait avéré, pendant où il se trouve, il dit que le Saint-Esprit se sert
qu'elle le montre à toutes les autres sociétés qui de celte autorité pour le conduire à la foi de
l'environnent, par des faits qu'elles-mêmes ne l'Ecriture, et à toutes les vérités du christia-
peuvent nier; cela même est un caractère sen- nisme.
sible, qui donne une inviolable autorité à la vraie C'est à peu près l'objection de M. Claude ; et
Eglise. Dieu ne manque pas de motifs pour faire c'est ainsi quelquefois que, lorsqu'on ne peut se
sentir à ses enlanîs ce caractère si particulier de débarrasser, on croit se sauver en tâchant de
son Eglise. Mais quels que soient ces motifs, et jeter les autres dans un embarras semblable au
sans-vouloir ici les étaler, parce que ce n'en est sien. Mais il ne gagnera rien par cette adresse :
pas le lieu, il est certain qu'il y en a, puisqu'en- car enfin, pour quelle cause prétend-il com-
fin il faut pouvoir croire sur la parole de l'Eglise, ballre? est-ce pour l'indifférence des religions?
avant que d'avoir lu l'Ecriture sainte, et que dans Veut-il dire avec les impies, qu'il n'y a pas une
la première instruction que nous recevons, sans Eglise véritable où l'on agisse, en effet, par des
nous parler de l'Ecriture, on nous apprend à dire mouvements divins ? et sous prétexte que le dé-
comme un acte fondamental de noire foi : « Je mon, ou, si l'on veut, la nature, savent imiter,
« crois l'Eglise catholique. » ou pour mieux dire, contrefaire ces mouvements,
M. Claude nous dit que, pour autoriserla mé- souiiendra-t-il que ces mouvements sont par-
thode par laquelle nous prétendons mellre la tout imaginaires? A Dieu ne plaise : nous vou-
foi de l'Eglise comme le fondement de tout le Ions tous deux éviter cet écueil. Il avouera donc
resle, il faudrait dans le Symbole avoir coin- avec moi qu'il y a une vraie Eglise, quelle
mencé par dire : « Je crois l'Eglise,» au lieu qu'elle soit, où le Saint-Esprit agit; encore qu'à
quon y commence par dire : « Je crois en Dieu ne regarder que le dehors, on ne puisse pas tou-
« le Père, et en Jésus-Christ, et au Saint-Esprit.» jours si aisément discerner qui sont ceux où il
Et il ne songe pas que c'est l'Eglise elle-même habite. Jusqu'ici nous sommes d'accord ; voyons
qui nous apprend tout le Symbole; c'est sur sa jusqu'où nous pourrons marcher ensemble,
parole que nous disons : « Je crois en Dieu le Nous convenons qu'il y a une vraie Eglise où le
« Père, en Jésus-Christ son Fils unique, » et le Saint-Esprit agit ; nous convenons qu'il se sert
reste; ce que nous ne pouvons dire avec une fer- de moyens extérieurs pour nous mettre la vérité
me foi, sans que Dieunous mette en même temps dans le cœur ; nous convenons qu'il se sert de
dans le cœur que l'Eglise, qui nous l'enseigne, l'Eglise et de l'Ecriture. Notre question est de
ne nous trompe pas. Après donc que nous avons savoir par où il commence, si c'est par l'Ecriture
dit sur sa parole : « Je crois au Père, et au Fils, ou par l'Eglise; si c'est, dis-je, par l'Ecriture
« et au Saint-Esprit, » et que nous avons com- qu'il nous fait croire à l'Eglise, ou si c'est plutôt
mencé notre profession de foi par les personnes par l'Eglise qu'il nous fait croire à l'Ecriture,
divines que leur majesté met au-dessus de tout, Je dis que c'est par l'Eglise que le Saint-Esprit
■nous y ajoutons une sainte réflexion sur l'E- commence; et il faut bien croire qu'il soit
glise qui nous propose cette créance, et nous ainsi, puisque constamment c'est l'Eglise qui
disons: «Je crois l'Eglise catholique. » A quoi nous met en main l'Ecriture. M. Claude néan-
nous joignons aussitôt après, toutes les grâcesque moins me quiite ici, et commence à marcher
nous recevons par son ministère, «lacommunion tout seul; mais il tombe dès le premier pas dans
« des saints, la rémission despcchés,la bienheu- le précipice. Car la peur qu'il a de reconnaître
mise résurrection, et enfin la vie éternelle.» dans la vraie Eglise une infaillible autorité, et
si R UN BCRI1 !»K M. CLAEDE.
de croire que, sur la parole de L'Eglise, même rentable, on puisse faire on acte de foi divine et surnaturelle sur la vérité de l'Ecriture, l'oblige à dire qu'il n'est pas possible de commencer la lecturede l'Ecriture sainte par un tel acte de foi, et que tout acte de foi qui précède cette lecture est un acte de foi humaine. Voilà l'état déplorable où il met le Chrétien qui va lire l'Ecritui sainte pour la première fois. M. Claude ne peut sortir de cet abîme sans revenir à l'endroit où il a commencé de me quitter, et dire ensuite avec moi qu'il y a une vraie Eg ise, quellequ elle soit, dont le Saint-Esprit inspire d'abord la vénération ;in\ vrais fidèles; que par cette vénération, qu'il leur mel d'abord dans le sœur, il les attache à l'Ecriture que celle Egl se leur présente ; que cette Eglise exige aussi, de tous ceux qu'elle peut instruire, qu'ils adorent sur sa parole l'infaillible vérité de cette Ecriture, et ne reconnaît pas pour ses entants ceu\ qui n'ont pour cette Ecriture qu'une foi humaine.
.Mais, dit-on, l'Eglise romaine n'est pas la seule ;i s'attribuer celle autorité : l'Eglise grecque el d'autres Eglises veulent aussi qu'on les en croie sur leur parole, et enseignent que c'est le moyen de lire l'Ecriture sainte avec une soumission de foi divine. Eh bien ! s'il est ainsi, il ne reste [dus qu'à choisir entre ces Eglises. Mais dès là, et du premier coup. l'Eglise calvinienne est tombée; elle se dégrade elle-même pour ainsi parler, du titre d'Eglise, puisqu'elle ne se sent pas assez d'autorité pour taire (aire à tous ceux qu'elle commence à instruire un acte* de Chrétien, et un acte de foi divine, pas même sur la vérité de l'Ecriture, d'où on suppose qu'elle doit apprendre tontes les autres.
Mais M. Claude demande comment on choisira entre ces Eglises. Sera-ce par enlli lusiasme? Ce serait par enthousiasme, comme je l'ai remarqué dans la conférence, si l'Eglise véritable n'avait pas ses caractères particuliers qui la distinguent des autres. Elle a. sans aller plus loin ni approfondir davantage, sa succession où personne ne lui montrera par aucun l'ait positif, aucune interruption, aucune innovation, aucun changement. C'est de quoi nulle fausse Eglise ne se glorifiera jamais aussi clairement que la véritable, parce que s'en gl irifiani elle se condamnerait visiblement elle-même. Il y aura donc toujours, dans î'instructi >n que l'Eglise véritable donnera à ses enfants sur son état, quelque chose que nulle autre secte ne pourra ni n'osera dire. C'est par là que nous convaincrions, s'il en était question, les Grecs, les Ethiopiens, les Arméniens et les autres sectes qui semblent à cet égard plus décevantes, à cause de l'appa-
rence de succession qu'elles montrent ; qui aussi leur donne lieu de s'attribuer avec un peu plus de fondement l'autorité de l'Eglise. Mais pour l'Eglise calvinienne, c'est l'ait d'abord, puisqu'elle n'a pas même une succession apparente cl colorée, el qu'elle n'ose elle-même, comme nous venons de le voir par l'aveu de M. Claude, s'attribuer cette autorité ,sans laquelle il ne peut y avoir ni d'instruction certaine, ni de fondement assuré d'une loi divine, ni enfin d'Eglise.
Ce serait donc bien en vain que nous perdrionsicile temps à disputer aux Egyptiens et aux Grecs la succession dont ils se vantent. Ce ne serait pas un grand travail, de leur marquer le point manifeste de leur innovation. Les prétendus réformés le savent aussi bien que nous,
eux-mêmes, quand ils veulent, ils le leur montrent Ainsi, quand ils nous [(ressent de le faire, ce n'est pas qu'ils croient nous engager à
une chose impossible, ou même obscure et difficile : mais c'est, en un mol, que dans une cause si mauvaise c'est toujours gagner quelque chose, que desejeler à l'écart el faire perdre la suite d'un raisonnement.
Ainsi j'ai eu raison de dire a mademoiselle de Duras, dans une des instructions de ce livre, que si quelqu'un, dégoûté de l'Eglise calvinienne. était tenté d'embrasser la religion des Cophtesou celle dr<. Grecs, il serait temps alors de leur montrer dans ces Eglises ce point inévitable de leur nouveauté, qu'elles ne peuvent nier n n plus que les autres sectes : mais que comme les calvinistes, à qui nous avons affaire, en convenaient, et que personne ne songeait à les
quitter que pour venir à nous: quand nous
obligions à les quitter en montrant de l'aveu de leur ministre, les énormes absurdités de leur doctrine, l'ouvrage était consommé et tout le reste en cette occasion était inutile.
El afin qu'on entende bien la méthode de la conférence, et l'état de la question qui y est traitée, il ne s'y agissait pas directement d'établir l'Eglise romaine, mais de montrer seulement qu'il y a une vraie Eglise, quelle qu'elle soit, à laquelle il se faut soumettre sans examiner : et au reste, que cette Eglise ne peut pas èlre la calvinienne, puisqu'elle-même veut qu'on examine après elle ; ce qui lui fait avouer les absur dites que nous avons remarquées, et perdre par cet aveu te litre d'Eglise.
Cela fait, il ne s'agit plus de prêcher l'Eglise romaine, c'est-à-dire ce corps d'Église dont Rome est le chef: puisqu'à celui qui veut choisir entre deux Églises, en exclure l'une, c'est établir l'autre, sans qu'il soit besoin pour cela de disputer davantage. Oatre que l'Église romaine
RÉFLEXIONS
porte si évidemment ces beaux caractères de la vraie Église qu'il n'y a guère d'homme de bon sens, même parmi nos réformés, qui ne convienne que s'il y a au monde une autorité à laquelle il faille céder, c'est celle de cette Eglise. Mais en tout cas, quand on voit les absurdités qu'on est forcé d'avouer dans le calvinisme, faute d'avoir reconnu dans l'autorité de l'Église les véritables principes de l'instruction chrétienne, on se relire bientôt d'une Eglise dont la méthode et l'instruction est si manifestement défectueuse : et on est assez sollicité, par le reste de christianisme qu'on seul en son fond, à retourner à l'Eglise d'où on est sorti.