‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 75 sur 313 · SUETUM NOCTURNE ORATIONIS TEMPUS ADERAT · texte numérisé non relu

SUETUM NOCTURNE ORATIONIS TEMPUS ADERAT

c'est-à-dire environ sur les deux heures après minuit. Ainsi est-il dit de saint Leufroy, abbé au VIIe siècle, qu'il reçut le Viatique après qu'il eut achevé les matines avec ses frères , matutinorum

SYNAXI CUM FRATRIBUS PERACTA7. On VOÎt, ail Vile

siècle, dans la Vie de saint Trudon, prêtre, Père et fondateur du célèbre monastère qui porte son nom, que Y heure étant arrivée, facta hora, on lui apporta les vivifiants mystères des sacrements 8 ; ce qui montre qu'on attendait une certaine heure, et ce ne peut être que celle où l'on pouvait célébrer le sacrifice. Il parait même que l'heure ordinaire de communier les mourants , et de dire la Messe pour eux , était celle qu'on appelait l'heure de prime : la première heure du jour, prima hora, vers les six heures du malin : par où je ne veux pas dire que le besoin du malade ne fit avancer ou reculer celte heure ordi-

• ^«-..OOctob.— 'fbitJ., Apr. 11. — ' Epist. cnrjjc. mon. Burqrd., to: t. :i. SiHeil., r. 517.- ■.>.,-., Apr. 5. — 'Ibïl , v2 Apr.l.— *Culb., Va. per Bed. ; Sur., 20 Wart. - " Sut., 21 „ ob. - ' Ibi /., 23 Nov.

naire. Car, outre qu'on en voit beaucoup qui communient à cette heure , comme saint Meinvert, évêque de Paderborn , au commencement du XIe siècle1, et sainte Elisabeth, fil le d'André, roi de Hongrie , dans le XIIIe 2 ; Paschase Radbert marque expressément, dans la Vie de saint Adelard, abbé de Corbie, que dans sa dernière maladie, « les Matines étant achevées, et tous ses « frères étant assemblés, il reçut la communion « vers la première heure du jour , selon la cou- « tume3. » Au lieu donc que l'heure ordinaire de la Messe solennelle était, comme elle est encore, l'heure de Tierce, c'est-à-dire neuf heuheures du matin , on avançait le temps de la Messe pour les malades, qui, du moins pour la plupart , communiaient à jeun , comme les autres fidèles. Quoi qu'il en soit , c'était tellement la coutume de recevoir la communion le matin, et au temps qu'on pouvait dire la Messe, que parmi tant de Vies des saints, je n'en vois qu'un seul dont la communion nous soit marquée sur le soir; c'est saint Arnould, évêque de Soissons, dans le XIe siècle, « qui, le « vingt-unième jour de sa maladie, reçut sur le « soir, avec beaucoup de dévotion , le corps et « le sang de Notre-Seigneur4.» Mais aussi faut-il remarquer que ce fut la veille de l'Assomption , jour du jeûne, où le sacrifice se célébrait sur le soir ; etapparemment son historien nous marque cette circonstance de la communion de ce saint évêque, pour montrer que dans cette dernière extrémilé il ne laissait pas de se conformer aux coutumes de l'Eglise, et même de jeûner avec tous les autres.

On ne s'étonnera pas de cette austérité, quand on verra d'ailleurs presque à toutes les pages des Vies des Saints , qu'ils allaient à l'église, qu'ils disaient la Messe, qu'ils assistaient à l'Office, qu'ils le disaient exactement aux heures réglées, qu'ils prêchaient et communiaient leurs frères, qu'ils se faisaient mettre sur la cendre dans les approches de la mort, comme on le pratique encore en beaucoup de saints monastères, et comme il est dit expressément que le fit ce saint évêque de Soissons. Nos ministres ont réformé toutes ces choses, et ne nous permettent qu'à peine ou de les croire ou de les louer. Mais elles n'en sont pas moins véritables, et on n'aura pas de peine à se persuader que des gens qui faisaient durer leur pénitence jusqu'à l'agonie, s'accommodaient aisément à l'heure du sacrifice, pour en recevoir la communion du saint Viatique ; d'autant plus, qu'à peine y en a-t-il un seul, de tous ceux que l'on nous produit, dont il ne soit dit qu'il avait prévu et prédit sa mort , soit parce

' Jbid., 5 Jun.— 2 Ibid., 19 Pov. —:iIbid., 2 Jan. — ' Ibidlb. Aug.

/n'en effet ils avaient été expressément avertis d'en haut. comme il est écrit presque de tous, ou parce quece> saints liomnies. toujours préparés à Cette bénit désirée, regardaient leurs moûv* dus maladies comme un avis ou plutôt un ordre d'un prompt départ. On peut doue croire aisément qu'avertis de cette sorte, ils allaient toujours avec joie au devant (le l'Epoux et s'accomniodaient an\ heures de l'Eglise et du saerilice. Mais on le doit croire principalement de saint Orner, qui, même « à l'heure de sa mort, tout iaihle qu'il était, se fit porter dans l'église-mère, où ce bienheureux vieillard reçut les sacrements du eOrpS et du sangj prosterné devant les autels comme une hostie sainte1. » On le doit croire de saint Isidore, evèque de Séville, qui, voyant arriver le jour de sa mort, se ht porter à la basilique de Saint-Vincent, martyr, entre les cancels, ousivous voulez le traduire ainsi, entre les balustres rie l'autel , où il reçut lit pénitente et le corps et le sang de Notre-Seigneur-. On le doit croire de saint Volféme, évoque de Sens3. Car un homme dont il est écrit que, dans les approches de la mort, î7 adressait à ses frères les paroles d'une sainte exhortation au milieu des solennités de la Messe, n'aura pasehoisi un autre temps pour se munir du corps et du sang de Notre- ^ gneur, dans sa petite demeure auprès de l'église de Saint-Ktienne. On le doit croire de saint Grégoire, évèque d'Utrecht, qui tout mourant qu'il était , se lit porter à l'oratoire de Saint- Sauveur, où, après avoir fait sa prière, et avoir reçu le corps et le sang de Notre-Seigneur, il mourut regardant l'autel*. Enfin, on le doit croire, etdcsaintMaur, qui, averti de la mort d'un grand nombre de ses frères qu'il devait suivre de près, et sentant défaillir ses forces, se fit porter devant l'autel de Saint-Martin, où, prosterné sur le ciliée de son lit, il se munit des sacrements vivifiants* ; et, plus que de tous les autres, de son maître saint Benoit, qui au rapport de saint Grégoire; expressément averti du jour de sa mort, se fit porter dans l'oratoire pour s'y munir du corps et du sang de Notre-SeigneurQ. Ce n'est pas (pic dans son monastère, non plus que dans les autres lieux, on réservât l'Eucharistie sous les deux espèces, puisque nous venons de voir, dans un endroit de la même Vie, écrite par saint Grégoire, où il s'agissait de réserve, qu'il n'y ait parlé que du corps; mais c'est quece grandsaint et les autres, qui, malgré l'extrémité de leur maladie, allaient chercher Jésus-Christ à ses autels, n'étaient pas moins soigneux de le recevoir dans son sacrifice, et s'accommodaient aisément à

•Swr. 9Sept.— » lb<d.,i Apri.. -*Ibid., 20Mart. — < Sur., 24 Aug., ^. » Jbid., 15 Jan., c. 45, 46,47- — 6 Gieg., Dial ; lib. Il, cap. 37,

l'heure qu'on le célébrait. Ainsi, dans tous les exemples que l'on nous produit, nous trouvons, ou le saint sacrifice expressément désigné, ou que toutes les circonstances ont un rapport si manifeste avec l'heure et le lieu où on le célébrait, qu'il faut vouloir s'aveugler, pour ne pas voirqueles conununionsdont il s'agit se faisaient à la Messe même, ou incontinent après. Ce n'est donc pas, connue L'anonyme le prétend», une illusion grossière, de suppléer la circonstance de la Messe dans tous le, exemples qu'il allègue de la communion des malades. C'est une suite naturelle des autres exemples, et un résultat nécessaire de toutes les circonstances conférées ensemble ; et il est plus clair que le jour que, dans us exemples tant vantés, il n'y a aucun besoin de recourir à la réserve de l'Eucharistie. Que si l'on nous demande maintenant dans quel cas e' pourquoi nous L'admettons, etqu'esl-ce qui nous empêche de nous contenter de ce que prétend M. de la Koque 7, que du moins dans les premiers temps on donnait la communion aux malades en consacrant à chaque fois le pain et le vin; c'est cequ'il faut maintenant examiner.

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