‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 74 sur 313 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Communion des malades.

Il est vrai que, dans les Réponses de mes adversaires, il y a un endroit éblouissant, et je ne m'étonne pas que les lecteurs peu instruits m'aient cru battu en ce point. J'avais avancé qu'on communiait ordinairement les malades sous la seule espèce du pain K Ces vigoureux attaquants répondent que, pour établir cette pratique ordinaire, je n'apporte que deux exemples, et encore qu'ils me contestent : celui de Sérapion et celui de saint Ambroise ; mais pour eux, qu'ils vont m'accabler d'autorités et d'exemples. Et en effet, ils ont parcouru, avec un soin digne de louanges, les Vies des saints, recueillies par Surius ou par les autres, dont la plupart sont écrites par des auteurs contemporains. C'est de làqu'ils tirent tout de suite, l'un vingt et un, et l'autre près de trente exemples de communions sous les deux espèces, dans l'extrémité de la maladie : de sorte que s'il a fallu réserver l'Eucharistie pour la communion ordinaire des malades, ce ne peut être que sous les deux espèces; et qu'ainsi ladifficulté que j'avais posée à réserver celle du vin s'en va en fumée. Voilà, dis-je, encore une fois, un raisonnement éblouissant. Les protestants triomphent, les Catholiques sont en peine pour moi : et tel m'aura blâmé de n'avoir pas pris garde à ce que je disais, et d'avoir commis l'Eglise. Mais qu'ils cessent de s'inquiéter, ou pour la cause de l'Eglise, ou pour la mienne, s'ils ont eu assez de charité pour cela. Outre ces vingt ou trente exemples qu'on m'oppose, je suis prêt à en fournir presque encore autant, et je n'en soutiendrai pas avec moins de force que ce que j'ai dit est exactement véritable.

En effet, en disant que la communion des malades se faisait ordinairement sous une seule espèce, j'avais remarqué expressément que souvent on lesleur portait toutes deux, et que c'était lorsqu'on avait à les commander dans des circonstances ou ils pussent commodément recevoir les deux espèces sans être altérées en aucune sorte 2. J'avais même remarqué que le temps propre à les communier sous les deux espèces était celui où on leur donnait la communion environ au temps de la Messe. J'en avais donné des exemples dans mon Traité 3, où on peut voir la communion de Louis le Gros, roi de Fiance, que l'abbé Suger nous montre, en effet, comme faite sous les deux espèces ; mais il remarque expressément que « ce fut en sortant de dire la messe

1 Ituii. de la coTi.m ,l-ait. i — J Traii. de ta comtn.—A Ib'.d.

« qu'on les apporta dévotement en procession « dans la chambre du malade l ; » et, afin de ne rien omettre, je n'avais pas oublié la pratique assez ordinaire de dire la Messe dans la maison du malade, quand on en avait le loisir ; et j'avais cité le capitulaire d'Ahyton, évêque de Bâle, auteur du VIIIe siècle2, dont le chapitre 14 porte expressément : « Qu'on ne célébrera point la « Messe dans les maisons, si ce n'est dans la vice site des malades. » De tout cela j'avais conclu que, lorsqu'on ne pouvait pas dire la Messe, ni donner la communion aussitôt après, et, en un mot, lorsqu'on la donnait par l'Eucharistie réservée, ce n'était que sous une espèce ; et enfin, ce qui était notre question, qu'on pouvait bien porter la communion sous les deux espèces, mais que la coutume était de ne la garder que sous une. Si ces messieurs eussent pris garde à cette distinction, que j'avais si expressément marquée , ils se seraient épargné la peine de tant rapporter d'exemples; car il est certain que tous ces exemples sont, premièrement des exemples d'évêques, d'abbés, de prêtres, de religieux, de princes, qui tous demeuraient dans des lieux où il y avait des églises, ou chez qui il y avait des oratoires, d'où, après avoir dit la Messe, on leur pouvait très-commodément porter les deux espèces du sacrement : secondement, des exemples de saints, presque tous avertis d'en haut de leur mort prochaine, qui avaient par conséquent tout le loisir qu'ils souhaitaient, non-seulement d'entendre la Messe et d'y communier, mais encore de la dire ; et enfin des gens qui, accoutumés à la pénitence et à vaincre toutes les faiblesses du corps, dans la plus grande extrémité, se traînaient, comme ils pouvaient, à l'église et aux autels, pour y offrir et y recevoir la Victime sainte. Quand on produirait je ne dis pas vingt ou trente, mais soixante et cent exemples de celte sorte, il nous resterait encore tous ceux du simple peuple, tous ceux dont on n'écrit pas la vie, tous ceux qui étaient surpris par la violence du mal, tous ceux qui n'avaient pas le courage ou la force d'aller recevoir les mystères à l'église ou à la Messe, ou qui n'avaient pas toujours la commodité ou le temps de la faire dire chez eux. En voilà plus qu'il n'en faut pour laisser en son entier la nécessité de la réserve, et la communion ordinaire des malades sous une espèce ; et c'est aussi la seule chose que j'ai assurée. Mais afin que ces messieurs, ou ceux qu'ils auront persuadés par leurs discours, puissent aisément se désabuser, repassons un peu sur les exemples, rapportés par nos adversaires, de la communion des malades. L'anonyme trouve le premier et le plus ancien de ces exemples chez

1 Sug., Vit. Lud. — 2 Splcil., tom. vi, p. 695.

saint Justin, qui dit expressément i qu'on par- les autres évoques, il recommanda son âme à t;ni le pain ri le vin de l'Eucharistie aux absents Notre-Seigneur en offrant le sacrifice. .. Il mouet aux malades1. i Dr ajoute les malades de son rut un an après son grand et intime ami saint ci ù. et saint Justin ne parle que des absents, Augustin, en l'an 4SI de Nôtre-Seigneur. Sans Mais enfin, quand on lui, avouera que saint Justin doute an le peut compter parmi ceux qui ont a voulu comprendre lès malades mêmes sous le communié sous les deux espèces; mais oç fut nom commun d'absents, M. de la Roque lui ré- après avoir célébré la Messe dans sa chambre et pondra ■ : a Je ne me suis pas servi du téinoi- devant son lit, u\\ peu a\ant sa mort bienbeugna-e de saint Justin, martyr, qui dit qu'on por- reuse ; et cet ex» iiiple, du conunenceincntdu V* tait l'Eucharistie aux absents, et qu'on leur siècle, est de même Age que saint Kxupère. portait les deux symjbolès; parce que cela se taisait Nous avons dans le même siècle, en l'an 460 incontinent après la communion des lidèles de Notrc-Scigneur, un exemple remarqué par dans l'assemblée de l'église, ce qui ne regarde nos adversaires. C'est celui de saint Valenlin, pas, à mon avis, la garde du sacrement dont nous évèque de Padoue, dont l'historien rapporte1 traitons. » qu'avant de rendre l'esprit. « il prit de ses pro- Mais ce qu'il y a Ici de plus remarquable, c'est « pies mains le sacrement du corps et du sang que Danonymè lui-même, qui nous objecte saint « du Seigneur. » On a tout sujet de croire que Justin, demeure d'accord que. si « on portait de prendre les deux espèces de Ms propres mains, Sbh temps là sainte Eucharistie, Ce n'était que c'est les prendre après les avoir consacrées. C'esl par occasion, et dans la communion des fidèles, ainsi que nous lisons dans la Vie de saint Valère, comme il parait par son témoignage3, » évèque de Trêves, qu' « il entra dans son ora- II est donc clair, de l'aveu de mes adversaires, « toire, où il reçut le Viatique qu'il avait Inique le passage de saint Justin ne prouve la coin- même consacré 2 ; » et encore plus expressément niunion sous les deux espèces que dans le leinps dans la Vie de saint Corbinicn, évèque de Fride rassemblée des fidèles et de la célébration du singue, qu' « il offrit le sacrifice à Dieu, et qu'il sacrifice. L'exemple de saint Kxupère. ou de « regut le Viatique de ses propres mains A ■ saint Spire, évèque- de Toulouse, qui est aussi al- Le nombre est infini de ceux qui ont comlégué par l'anonyme *, ne prouve pas davantage;, munie de cette sorte; et il est clair, du propre M. de la Roque déclaré qu'il ne veut pas s'en aveu de M. de la Roque, que ces exemples ne servir, parce qu'encore que saint Jérôme ait (ont rien pour la réserve. C'est pourquoi, pour écrit qu'il portait « le corps de Notre-Seigneur paraître conclure quelque ebose, ces messieurs « dans un panier d'osier, et le sang dans un ont dissimulé, avec une affectation manifeste. a verre, » il ne dit pas, poursuit le ministre, « si la circonstance de la Messe dans tous les exemc'était pour les malades5. » Il omet la bonne pies où elle se trouve. M. de la Roque4 a lire des raison pour laquelle ce passage lui est inutile : Dialogues du pape saint Grégoire l'exemple de c'est (pie saint Jérôme ne parle pas de ce que saint Gassius, évèque de Parme, qui vivait engardait ce saint évèque, mais de ce qu'il portait viron l'an 530, et qui, au rapport de saint Gréaux malades ; car je ne vois nulle difficulté que goire5, « après qu'il eut reçu les mystères de la ce ne fût à eux; de sorte que ce passage ne fait « sacrée communion, mourut. » S'il n'y avait que pas plus contre nous que celui de saint Justin ; ces paroles, que cite M. de la Roque, la preuve puisque nous cherebons ici, non ce qu'on pouvait serait très-faible pour la réception des deux porter aux malades, et ce qu'en effet on leur symboles. Mais il omet ce que dit ce grand Pape, portait souvent ; mais ce qu'on gardait, ce qu'on qne saint Cassius « avait accoutumé d'offrir tous réservait pour eux, quand on n'avait pas le loisir les jours à Dieu le saint sacrifice : qu'un piètre de leur célébrer le saint sacrifice. l'avertit, de la part de Dieu, qu'il mourrait le Mais de peur que ces messieurs ne me disent jour des apôtres saint Pierre et saint Paul : et que cette coutume de dire la Messe dans la clnun- qu'en effet, sept ans après, ayant achevé la sobre des malades, ou de la dire dans l'église pour lennité de la Messe, et reçu les mystères de la eux. n'est pas si ancienne, ils la trouveront dans communion sacrée, il rendit l'esprit. » J'avoue le pieux et grave récit que fait Uranius, prêtre donc qu'il communia sous les deux espèces, de l'église de Noie, de la mort de saint Paulin, mais à la Messe qu'il venait de célébrer; et M. de son évèque : « Comme il fut prêt, » dit-il H, « à la Roque n'en dit mot, parce qu'il eût vu d'as'en aller à Dieu, il voulut qu'on célébrât devant bord que cet exemple, selon lui-même, ne serson lit les sacrés mystères; et lui-même, avec vait de rien à la réserve dont il s'agit.

' Anonyme, p. 117 ; Just. Apol., 1. n. 67, n. 83 et seq. — * La Roque, ' Sur., Jan. 29 ; La linqufi. r. BR ; Anoi y - ■ . r- '30- — ' Sur,,

p 17C. — ■ Anonyme, p. 15!. — ' 'ag. \'2'.>, \:>A. — ' Lu Ii.que, 29 Jau. — ' lbi'K, A Sept — ' La tiùyue, p. bR — * P'al , I b. lja

p CS; JJier., epist. 4, nunc. 93 ad liust. — ' Sur., Juu. ^2. ca.-. 56; hom. 37 m Bv,; L'air., tetn. ljexyii étlK. M:gue.

C'est pour la même raison qu'en rapportant avec soin i que saint Ansbert, évèque de Rouen, en l'an 695 de Notre-Seigneur, « se munit, » avant sa mort, « de la perception du corps et « du sang du Seigneur; » il omet que ce fut « après avoir convoqué ses frères, et s'être fait « célébrer les solennités de la Messe 2. »

Il dit bien aussi que sainte Gertrude, qui mourut dans le même siècle, étant avertie de sa mort prochaine, « reçut le très-sacré viatique « du corps et du sang de Jésus-Christ; » mais il oublie que la veille de sa mort le serviteur de Dieu Ulstan, averti de la part de Dieu, lui avait l'ait dire qu' « elle mourrait le lendemain durant « les solennités de la Messe 3 ; » ce qui arriva,en effet, comme le serviteur de Dieu l'avait prédit.

M. de la Roque use encore de cette mauvaise finesse dans ce qu'il rapporte d'un jeune Saxon4, dont le Vénérable Bède rapporte l'histoire. Frappé d'une maladie contagieuse, il fut, dit-il, « averti par les apôtres saint Pierre et saint Paul qu'il ne mourrait pas que premièrement il n'eût reçu le viatique du corps et du sang du Seigneur. » Voilà ce que produit M. de la Roque; mais il oublie que, dans l'apparition des apôtres, Rède rapporte expressément qu'ils dirent à ce jeune homme : « Mon fils, ce ne sera pas aujourd'hui que nous vous conduirons au ciel ; mais vous devez attendre qu'on ait célébré la Messe, et qu'ayant reçu le viatique du corps et du sang de Notre-Seigneur, vous soyez élevé aux joies éternelles. » Sur le rapport que fit ce jeune homme d'une vision si merveilleuse, le prêtre « fit dire la Messe, fit communier tout le monde, et envoya au malade une particule du sacrifice de l'oblation de Notre-Seigneur. » Je veux que M. de la Roque ait bien prouvé qu'on lui envoya le corps et le sang, ce que j'aurai lieu de lui contester ailleurs; mais il ne devait pas avoir oublié que ce fut après le sacrifice, et que cet exemple ne fait rien pour la réserve.

Il rapporte 5, au XIIe siècle, l'exemple de Hervé, abbé de Bourgueil, dont on écrit qu'avant que de mourir « il reçut les sacrés mystères du corps et du sang du Seigneur, pour servir de protection à son âme, qui était sur le point de sortir du corps6. » Mais il ne devait pas avoir omis ce qui est porté dans le même lieu d'où il a tiré ce passage, qu'après avoir reçu l'extrêmeonction, « il reconnut qu'il ne fallait pas que Notre-Seigneur vînt à lui, mais plutôt que c'était à lui d'aller trouver Notre-Seigneur; qu'il voulut aller à l'Eglise, où il entendit la Messe, et

1 La Moque, p. 71, —2 Sur-, 9 Febr. — ' Ad. SS. Ben., tom. a. ann. 608, p. 467; Sur., 17 Mart. — '' La Roque, p. 72. — * lb., p. 76, — • S[iiciL, loin, il, p. 517.

reçut très-dévotement le corps et le sang de Notre-Seigneur. »

L'anonyme n'est pas moins soigneux à nous cacher la circonstance essentielle de la Messe célébrée l, et dans la Vie de saint Ansbert, et dans celle de sainte Gertrude, et dans l'histoire du jeune Saxon. Voilà les exemples qui lui sont communs avec M. de la Roque, mais ce ne sont pas les seuls endroits où il tombe dans la faute que je lui reproche. II remarque, à la vérité , que saint Robert, évêque de Worins, mourut l'an 623 de Notre-Seigneur, s'étant muni du saint viatique du corps et du sang de Jésus-Christ ; mais il dissimule que ce fut après avoir célébré les solennités de la Messe, comme il est expressément marqué dans sa Vie 2. C'est ainsi que cet auteur rapporte les choses.

Je neveux pas lui reprocher qu'il fait communier Charlemagne sous les deux espèces, et qu'Eginard, qu'il produit, n'en dit rien dans ses Annales, ni dans la Vie de ce prince; mais seulement en général, qu'an septième jour de sa maladie, il reçut la communion sacrée*. Je lui pardonne encore de citer Tegan pour la communion de Louis le Débonnaire, dont cet auteur ne dit pas un mot, et de l'avoir confondu avec l'auteur inconnu de la Vie et des actions de Louis; et sur ce que ce dernier auteur dit que ce prince reçut, selon la coutume, la communion sacrée, je veux encore qu'il soit permis à mon adversaire d'y ajouter cette glose : c'est-à-dire, comme avait fait Charlemagne, sous l'une et sous l'autre espèce. Que tout cela, dis-je, lui soit permis : mais il ne devait pas omettre ce qu'avait dit son auteur : que cet empereur ayant passé une très-mauvaise nuit, le lendemain, qui était le dimanche, il fit préparer le ministère de l'autel, c'est-à-dire tout ce qui servait au saint sacrifice, et qu'il fit célébrer les solennités de la Messe par Dragon, des mains duquel il reçut, selon la coutume, la communion sacrée**; de sorte qu'iln'importe plus à la question que nous traitons, que ce fût sous une ou sous deux espèces.

J'avoue donc que c'était la coutume de donner le saint Viatique aux rois, pour ne point ici parler des autres, après avoir dit la Messe , ou dans leur chapelle, ou en leur présence. Nous avons vu tout à l'heure comment on le donna à Louis le Gros : nous voyons ici comment on le donna à Louis le Débonnaire, et je ne doute nul. lement qu'on ne l'eût donné de même à Charlemagne; puisqu'on voit, par Eginard, qu'il le reçut le matin, à une heure où l'on pouvait bien dire la Messe; mais tout cela, ni de semblables

1 Anonyme, p. 150, 151. —2 Sur., 27 Mart. — 3 Egin., Vil. Car. Afog. JJui,ol., tom. civ, tdit, Migne. — * Vil. et ad. Lnd. Fii.

communions, ou des princes, ou des autres jour de $a mort, dont il avait été averti, célébra la

Chrétiens, ne font rien nia notre sujet nia la solennité de la Messe i; saint (Jdalric, évèque

question de la réserve. d'Augsbourg, malade à l'extrémité, dit deux

.Nos frères me permettront don.- de leur rap- Mette», selon la coutume , le jour de saint Jean-

porter ici ee que leurs auteurs leur dissimulent, Baptiste, et mourut quatre jours après, à la vigile

que les saints évoques, les saints abbés, les saints des apôtres saint Pierre et saint Paul*. Sainte

prêtres, les saints religieux, les saintes vierges, Rotecarde, lante de saint Berruald, évèque de

lorsqu'ils avaient à recevoir le saint Viatique, Hildeshein, qui, avertie de sa mort, la nuit de la

prenaient soin, aon-seulement de le recevoir nativité de Notre-Seigneur, se fit porter à l'église,

après la Messe, mais encore le plus souvent, OÙ elle entendit la Messe DOMINUS DOIT (c'est la

malgré leur faiblesse, d'aller à L'Eglise, ou pour Messe de minuit qui commence par ces paroles),

la dire, ou pour l'entendre. On adéjàvusepl eUereçnt le viatique du corps et du sang de Notre-

ou huit exemples du V", du VT, du Vil', et du Seigneur, et mourut à la grand' Messe , comme

VIII" siècle. En voici d'autres. Dès le [V* siècle, elle V avait prédit pendant la séquence*, c'est

et environ l'an 390, saint Maurice, évèque d'An- ce qu'on appelle la prose; et enfin, saint Ge-

[jers, célèbre par ses miracles, âgé de quatre- raud, comte d'Aurillac, dont la Vie a été écrite

vingt-dix ans, et dans la trentième année do par saint (Mon, abbé de Cluny, et où nous lisons

son épiseO] al, un dimanche, sentant approcher que, prêt à mourir, il se lit revêtir d'un ciliée ,

sa dernière heure, après avoir achevé, selon sa et que, pendant qu'on psalmodiait autour de lui,

coutume, l'Office de la sainte solennité, rendit un prêtre alla promptement célébrer la Messe pour

Vetprii «. lut envoyer le corps de Nôtre-Seigneur qu'il atten-

On voit, au Ve siècle, le saint abbé VYinvvalo- dait.ÙD ne parle de celle occasion, non plus

eus. à qui un ange vint déclarer le jour de sa qu'en heaucoup d'autres, que d'un ! seule espèce,

inoil ". A celle heureuse nouvelle, après avoir comme nous le remarquerons ailleurs. Il s'agit

assemblé ses hères pour se recommander 1 ici seulement de remarquer le soin qu'on avait

leurs prières, à te troisième heure du jour, c'est- d'offrir, autant qu'on pouvait, le saint sacrifice ,

à-dire à l'heure de tierce, vers les neuf heures lorsqu'il fallait donner le Viatique aux malades.

du matin, « il offrit le céleste sacrifice, et, après .Mais dans le même Xe siècle, n'oublions pas l'ad-

avoir donné le baiser de paix à ses livres, et s'è- miiable saint Dunstan, é\èque de Canlorhéry.

tre repu de l'Agneau de Dieu, il expiraa l'autel. > Le saint vieillard', averti le jour de sa mort,

Vers la lin du VIe siècle, outre l'exemple déjà « célébra la Messe solennelle le jour de l'Ascen-

rapporté de saint Cassius, nous avons la Vie de sion : après qu'on eut lu L'Evangile, il prêcha, il

saint Colomb, abbé de Hi, en Angleterre, où 'I retourna à l'autel, ou, par une immaculée béné-

est écrit que, sachant le jour de sa mort, il entra diction, il changea le pain et le vin au corps et

dans l'église pour y célébrer la Messe de la nuit au sang de Noire-Seigneur : à la bénédiction, il

de Notre-Seigneur 8; c'était celle de la Nativité, prêcha encore de la vérité du corps de Jésus-

el cela marque la coutume qu'avaient les saints, Christ, de la résurrection et de la vie éternelle ,

lorsqu'ils sentaient approcher la dernière heure, avec tant de goût, qu'on croyait entendre un ci-

On voit au VIIe siècle saint Swiberl. évèque toyendu ciel : après celle seconde prédication,

de Verde, qui, averti du jour de sa mort, se fit il donna la bénédiction sur le peuple, et retourna

célébrer la sacrée solennité de la Messe 4. prêcher une troisième fois. A cette dernière fois,

On voit au Vil' siècle saint Ludger, évèque il déclara qu'il allait mourir ; il alla manger la

de Munster, à un dimanche qui précéda la nu vie à la table du Seigneur: il marqua le lieu de

de sa mort, non-seulement entendre la messe, sa sépulture; et, nourri du corps et du sang de

qu'un prêtre chanta, mais encore prêcher durs Jésus-Christ, il attendit avec joie sur son lit la

deux églises, comme pour dire adieu à : n dernière heure *.

troupeau, et ensuite, vers les neuf heures du malin Le P. Mabillon nous a donné une Vie plus anlui-méme célébrer pour la première fois la solen- cienne de cet incomparable évèque, où les mênitédela Messe*, assuré qu'il mourrait la nuit mes choses sont racontées. On y ajoute seuleprochaine. Au même siècle, Virgile, évèque ment, que « prêt à mourir, il fit célébrer devant de Salshourg, averti connue les autres de sa lui le mystère de la sainte communion, qu'il redernière heure, mourut après avoir célébré le Çut de la table céleste, les mains étendues5. » mystère du divin sacrement*. Nous avons, au Vers le milieu du XIe siècle, saint Gontier, Xe siècle, saint Alferrus, abbé, qui, le propre solitaire, « entendit la Messe de Sévère, évèque,

i nid; 12 Apiïl. —■ Ibid., 4 Jul.. cap. 23. — ' Ihid., 20 Nov..

• Sur., 10 Sept i 'îi/..3Mn. — ' A '■ SS. Èèn.. tout. I, an. VU. Berruald. ephj. Hil. des., col. 36, 37.— ■ Sur., 19 Maii. —

Ç03. -1 &r., 1 Mai:.— S , 24 Mart. — ' . I Xovcmb. .. ;. Ecned. v, tom. TH, pag. 6b7, n. 44.

et se munit de la réception du corps et du sang de Notre-Seigneur1. »

Au commencement du XIIe siècle, saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, dans les dernier jours de sa vie, assiste à la Messe, et, de son lit, se fait jeter sur la cendre et sur le cilice 2. Nous avons vu, dans le même temps, Hervé, abbé de Bourgueil, qui va entendre la Messe à l'Eglise pour y recevoir le corps et le sang de Notre-Seigneur3. Au même siècle, saint Guillaume, abbé de Roschild, en Danemark, averti , comme les autres, du jour de sa mort, qui devait être le jeudi saint, « s'approche de l'autel pour y sacrifier, y donne l'Eucharistie à tous ses frères, et meurt, selon la coutume des saints moines, sur la cendre et le cilice, à l'âge de quatre-vingtdix-huit ans4. »

Les saintes religieuses pratiquaient la même chose. On a vu, au VIIe siècle , l'exemple de sainte Gertrude. Au même siècle, sainte Opportune, vierge et abbesse, « sachant que l'heure approchait qu'elle devait être appelée, fit célébrer les saintes solennités de la Messe pour la recommandation de son âme, prête à partir de celte ville 5 ; » elle ordonna à toutes ses sœurs d'y apporter leur oblation, et se fit apporter le corps de Notre-Seigneur. Enfin, on voit en général que tous ces saints reçoivent le Viatique à des heures qui s'accommodent avecla célébration des mystères, où constamment il fallait être à jeun- Ainsi, quand on communia pour viatique saint Culbert, évêque de Lindisfarne , le vénérable Bède, qui a écrit sa vie, et qui lui donna la communion, marque expressément que ce fut versle temps accoutumé de la prière de la nuit, ubi con-

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