‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 77 sur 313 · CHAPITRE XVI. ils sentent bien qu'il n'y a rien ici de supprimé · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. ils sentent bien qu'il n'y a rien ici de supprimé

Ee la communion de saint Ambroise mourant. l'action est toute expliquée. On Voit diVHincte-

11 est vrai qu'on fait ici les derniers efforts pour ment le corps présenté , le corps pris dans la

empêcher les avantages que nous en lirons; , vila s Ambr perPa„;;Diac.(, 24,n.47) tom. ]1)Part.II)COl.

• La Roque, p. 97. 12, Sur., 4 April — 2 La Roque, p. 108, 109: Anonyme, p. 143.

in, lin , le corps avalé, et aussitôt après, la mort, effet, son œuvré ne devait pas demeurer impar- C'est pourquoi M. de la Roque nous dit le pie- faite. Pourquoi inquiéter ici saint Honorât, dont mii'i •. a\ec Calixle, (jne saint Ambroise, pré\enu la mémoire doit être vénérable, pour cela même de la mort, aprèsavoirreçu lecorpsdu Seigneur, que saint Ambroise le choisit, parmi tant de n'eut pas le temps de recevoir l'autre sunbole ; saints évoques de la province, pour mourir entre i que le ici! de Paulin nous conduit là direc- ses bras? Au lieu, dit-on >, « de veiller et de tement, puisqu'il dit expressément que le ma- prier auprès de son malade, et en tous cas de lade n'eut pas plus tôt recule corps du Sei- dormir dans une chaise, auprès de son lit, il gneur, qu'il rendit l'esprit. Il ne pouvait, pour- dort dans une chambre haute. Une voix céleste suit-il . mieux faire voir qu'on n'eut pas le temps n'est pas capable de le réveiller, non pas môme de lui taire avaler le vin sacré '. » Et l'auteur de une seconde l'ois : il faut qu'elle éclate une troila // Réponse: « Je veux que saint Ambroise sième pour le tirer du lit. et il attend le dernier ne reçut «pie le pain. M. Rossuet eût-il voulu moment de la vie d'un malade pour lui donner qu'oii eût fait avaler le vin sacré à un homme la communion, au lieu de la lui donner dans le mort, puisque Paulin dit qu'aussitôt qu'il eût temps qu'il est encore dans son bon sens. » Ne avale le pain, il expira.2 i 11 est doneentiu avéré dirait-on pas, à l'entendre, que saint Ambroise que saint Ambroise ne communia que sous avait perdu la connaissance, quand son saint l'espèce du pain. Mais si l'autre ne lin eût nian- confrère lui apporta la communion? Mais doitque que paTce que la mort ne lui laissa pas le on accuser un homme épuisé par les veilles prétemps delà prendre, de bonne foi , l'historien eédentes, si, pour amasser de nouvelles forces, n'aurait-il pas naturellement marqué celle rir- il va prendre un peu de repos; Dieu môme le constance? .N'aurait-il pas dit que la mort suivit permettant ainsi, afin de montrer qu'il veille de si près la réception du corps qu'il n'y eut pas toujours sur ses serviteurs, pendant que ceux même db temps pour lui faire prendre le sang qui les gardent, accablés de l'infirmité de la na- (ju'on lui avait apporté/ selon la coutume, sup- ture, sont contraints de céderai! sommeil? Mais posé qU'eri effet ce fût la coutume? Mais au cou- quel excès de chagrin fait dire à cet auteur emtraire . il nous représente le saint évoque comme porté, que saint Honorât, paresseux et endormi, n'axant plus rien à désirer, après avoir reçu le se laisse a peine tirer de son lit par une voix corps du Sauveur. Saint Honorât est averti par divine, et se fait tirer l'oreille par trois fois"1! une voix céleste, et trois fois de suite, d'aller Si notre auteur est embarrassé dans une diffivite parce que le saint homme allait expirer* culte où il ne voit point de sortie, il ne faut pas Dieu ne voulait pas qu'il manquât des consola- qu'un saint évoque en porte la peine. Dans les lions que les Chrétiens avaient accoutumé de choses extraordinaires, on est surpris d'abord : désirer et de recevoir en cet état. Les œuvres on ne sait encore ce que c'est. Saint Pierre dont Dieu se môle d'une façon si miraculeuse môme, quand l'ange le vient éveiller pour le tirer s'accomplissent, et il paraît que saint Ambroise de prison, en niellant ses habits, en suivant l'ann'allendail que l'effet de ce dernier soin pour ge qui le ramenait à sa maison, ne sait s'il veille aller à Dieu. ou s'il dort encore ; et il « s'imagine que ce qu'il L'auteur de la IP Réponse s'en prend à saint « voit si réellement n'est qu'un songe 3 » Qu'y Honorât, « qui attendit trop à communier le ma- a-t-il donc à s'étonner, si le saint évoque de Verladc3, » et qui fut cause, par son retardement, ceil, étonné d'une voix extraordinaire, ne sait « que saint Ambroise n'eut pas le temps « de re- pas d'abord ce que c'est, et si Dieu le permet « cevoir le calice. » Il ajoute qu'il ne doule pas ainsi, pour ensuite se faire sentir d'une manière que Dieu n'eût bien voulu le conserver jusqu'à plus vive et plus puissante? Mais puisque Dieu ce moment-là, afin de lui donner laconsolalion s'en mêle si visiblement, tout s'accomplira dans de mourir dans la communion de son Sauveur ; le temps. Le inonde aura un exemple d'une mais que c'était aussi tout ce qu'il pouvait légi- Providence qui sait donnera ceux qu'elle honore timement désirer; et que Dieu dût faire un mi- d'un regard particulier, tout ce que leur piété racle pour le conserver en vie jusqu'à ce qu'il leur fait désirer.

eût pris le calice, il ne le croit pas. Que veut-il Faisons ici un peu de réflexion sur les deux

dire? A la rigueur, saint Ambroise n'avait pas exemples que nous venons de voir (je veux dire

besoin de ce miracle ; et quand il serait mort sur celui de Sérapion et sur celui de saint Am-

sans communier, sa bonne volonté lui eût servi broise), et comparons-les avec les autres que

devant Dieu. Mais puisque Dieu voulait faire un nous avons considérés dans les chapitres précé-

miracle. afin que celle bonne volonté eût son dents. Souvenons-nous du passage de saint Jus-

\ La Ko,juc, p. 110, 111. —2 Anon., p. 112. — "> Ibid. i Anonyme, p. 152. — ' Ibid., p. 142. — ' Ad., xu, 9.

3i8 COMMUNION SOUS UNE ESPÈCE.

tin, et des Messes que Ton disait exprès, quand d'être repris. Pluson combat ces exemples, sans on le pouvait, pour communier les malades; et en pouvoir renverser l'autorité, plus on montre que les maladesdisaient eux-mêmes, s'ils étaient qu'on en est pressé au dernier point; et l'on voit prêtres, comme le fit saint Paulin, évèque de qu'il n'y a rien de plus accablant que ce qui fait Noie, dans l'âge même de saint Ambroise. Nous employer, pour s'en dégager, tant de faibles et avons vu, dans saint Justin, l'Eucharistie portée impuissantes machines, aux absents, sous les deux espèces ; mais nous Au reste, j'ai rapporté le passage du diacre avons vu aussi que c'était en sortant du sacrifice. Paulin comme il est dans les manuscrits, comme Les deux espèces nous ont paru aussi distincte- il se trouve dans les éditions les plus exactes de ment marquées dans quarante ou cinquante saint Ambroise, et entre autres dans celle d'Erasexemples de communions de malades; mais il me, dans Surius, dans Monbritius, le plus corne nous a pas paru moins clairement que c'était rect des collecteurs de Vies, et qui étant Milanais, à l'heure de la Messe qu'on les distribuait ainsi, a pu voir des exemplaires plus fidèles de la Yie C'en est assez pour nous convaincre que, lors- de saint Ambroise; et comme les Bénédictins, qu'on les trouvait distribuées toutes deux, c'était dont les travaux et l'exactitude sont loués dans aussi la coutume de les exprimer l'une et l'autre, toute l'Europe (car je m'en suis informé) se Si donc il n'en est parlé, ni dans la communion préparent à nous le donner dans la nouvelle de Sérapion, ni dans celle de saint Ambroise ; édition, qu'ils achèvent, de saint Ambroise: ce et si nous voyons clairement, au contraire, qu'ils que je suis bien aise de remarquer, parce qu'enn'ont reçu que le corps, c'est que les circonstan- core que le changement qu'on voit dans les édices étaient différentes; c'est que Sérapion et saint lions moins soignées n'ait rien de fort considé- Ambroise furent pressés de la maladie, dans un rable, nf qui donne atteinte à ma preuve, il temps où l'on ne pouvait offrir le sacrifice au m'importe que le lecteur voie le soin que je milieu de la nuit, comme Eusèbe le dit distinc- prends, dans les moindres choses, de lui dontement de Sérapion, et le diacre Paulin de saint ner tout bien digéré, et poussé jusqu'au dernier Ambroise; et ce qu'il y a déplus remarquable, éclaircissement. Il ne faut pas plaindre ses peic'estque les choses étaient dans une extrémité nés, quand il s'agit de soulager des infirmes, et où il n'y avait pas un moment à perdre, où l'on de combattre des chicaneurs. C'est pourquoi je n'avait pas le temps d'offrir ni de consacrer, où ne veux rien oublier, dussé-je en devenir enconstamment on ne le fit pas, où parconséquent nuyeux; et comme je prévois que nos adversaion ne peut donner que l'Eucharistie réservée, res en reviendront toujours à leur synecdo- C'est alors qu'on ne voit paraître que le corps ehe, il faut une bonne fois la renverser jusqu'au seul ; et l'on ne veut pas que nous voyions , dans fondement, ces deux exemples, la coutume dont il s'agit!

On a beau dire que nous ne citons que deux CHAPITRE XVII.

exemples. Car, pour ne point encore parler de « . . ., u

/ j i i i r . Les uunMres abusent de la svnccdoche. — Deux raisons

tOUS les CanoilS, de toutes les Observances, et d'exclure cette figure des passages ou le corps de Notre-

enfio de tOUS les passages, dont ces deux exem- Seigneur est nommé seul, et en pcrticulier dans ceux ou

pies sont soutenus ; ces deux exemples, sansallcr i'^s11 clc Ia communion des mourants. plus loin, nous sont donnés comme n'ayantrien Lorsque je trouve le corps de Notre-Seigneur que de très-commun, et de très-reçu dans l'E- nommé seul en tant de rencontres, et en partigîise. Saint Denis d'Alexandrie, homme très- culier lorsqu'il s'agit de la communion des mouversé dans les canons, raconte celui de Sérapion rants, outre les raisons particulières qu'on tire comme une chose ordinaire, dans une lettre de chaque passage , deux raisons générales me qu'il écrit à un grand évêque de son temps, sans persuadent qu'il faut entendre à la lettre le qu'il paraisse en effet que ni cet évêque, ni Eu- corps seul, et non pas le corps et le sang, par sèbe de Césarée, qui a transcrit cette lettre dans la figure qui exprime le tout par la partie, son Histoire, ni enfin qui que ce soit, y ait rien La première raison que j'en ai, c'est qu'on ne remarqué d'extraordinaire. Quant à l'autre se sert de cette figure que lorsque ces deux exemple, Honorât, un saint évêque, averti de parties sont inséparables, et ne vont jamais Dieu, donne l'Eucharistie en cette forme : saint l'une sans l'autre. Ainsi, dans le langage figuré, Ambroise , un si grand homme et si régulier, la on prend la bouche pour tout son visage, ora : reçoit. Ni l'Eglise de Milan ni les autres Eglises le seuil de la porte, ou la porte même, ou le du monde ne s'en étonnent. Le diacre Paulin, toit, pour toute la maison, tectum, liinina; la témoin oculaire, en écrit l'histoire à saint Au- poupe pour tout le vaisseau, et ainsi du reste, juslin dans la Vie qu'il lui dédie, sans crainte Et la raison en est évidente . parce que ces

PERPÉTUITÉ DE LA TRADITION. <Uf>

choses étant, comme je fiew de le dire, insépa- Ma seconde raison est tirée de ce que, des

râbles, el ne paraissant jamais qu'ensemble . l'origine du christianisme, je trouve perpétuelle-

l'une ramène nécessairement l'idée de l'autre, ment et constamment la partie solide du sacrc-

C'esl pourquoi , dans le langage abrégé . qui est ment, nommée seule sous le nom de pain, ou

la BOuree de la plupart des figures, el parlicu- de corps, ou d'autres termes équivalents dans

lièrement «le celle-ci. en nommant une des un certain cas déterminé, qui est le cas de la

parties, par exemple, la plus importante OU la réserve, et en particulier de celle qu'il fallait

plus apparente, el celle qui se montre la pie- taire nécessairement pour les malades pour qui

inière, on l'ait nécessairement entendre l'autre, le temps ne permettait pas qu'on offrit le sacri-

Afin donc qu'on pût user de cette flgare dans fice, ni qu'on en attendit l'heure. Car c'est ce

l'occasion présente, il faudrait qu'il lût véritable qui fait paraître que l'expression que l'on fait

qu'on ne prit jamais le corps sans le sang, ni dans le discours de cette partie solide du sacre-

l'nne i\c<< espèces sans l'autre. Or, loin que cela ment ne vient pas d'une figure arbitraire, mais

suit véritable, le contraire est très-certain ; el la d'un usage réglé, qui était né d'une difficulté

seule communion domestique en estun exemple particulière, c'est-à-dire de celle qu'on trouvait

si convaincant, que M. de la Roque en est natu- à garder longtemps l'autre espèce ; difficulté si

rellemenl demeuré d'accord dans son Histoire véritable, qu'il a fallu enfin en convenir, comme

de l'Eucharistie, et que mon autre adversaire, je l'ai déjà marqué. Car l'anonyme . qui parait

qui s'est efforcé de le nier, n'a osé pousser la le plus difficile sur ce sujet, ne laisse pas

négative jusqu'à la communion des solitaires, d'avouer (ce qui est aussi trop visible pour être

Mais sans avoir égard à leurs sentiments, que nié), que le pain se pouvait mieux et plus lomj-

l'envie seule de disputer a fait naître, un homme temps conserver que le vin l ; ce qui l'oblige aussi

de bon sens et de bonne foi n'a qu'à lire les à rejeter sur une espèce de nécessité, la coutume

choses sans prévention , pour être entièrement de ne prendre (pic le pain sacré dans les connnu-

convaincu qui' la communion domestique s'est nions domestiques , du moins en plusieurs ren-

l'aile sous une espèce : ce qui, étant établi, loin contres : parce que les deux espèces ne se pou-

qu'on puisse dire que la communion se fil ton- voient ni si bien ni si aisément garder*. Il ne

jours nécessairement sous les deux symboles , il s'agit donc pas de chercher ici une nécessité

paraît, au contraire, du moins dans les premiers absolue, et il suffit qu'il y ait une espèce de

siècles, qu'elle était plus ordinaire sous un seul nécessité : il ne s'agit pas non plus de savoir si,

(pie sous les deux , puisque, durant les persécu- absolument parlant, on peut garder le vin ; c'est

lions, la communion domestique , qui se faisait assez qu'on ne le peut garder, ni si longtemps,

tous les jours, était sans comparaison plus lié- ni si bien, ni si aisément. L'Eglise, qui voulait

quente que la communion dans les assemblées, rendre la communion facile à ses enfants, se

que la persécution rendait plus difficiles et plus contente de cette espèce de nécessité ; et si elle

rares. s'en contentait, pour accorder la réserve de

Ainsi, quand je verrai dans les Pères que l'Eucharistie sous une espèce à ceux qui se por-

l'on offre, que l'on consacre, .pie l'on lai! le taient bien, à plus forte raison doit-on croire

corps ne Notre-Scigneur, sans parler du sa n- , qu'elle s'en sera contentée pour faciliter la

j'entendrai nécessairement, par la figure synec- communion des malades, qui, dans de plus

doche , l'un des sj mboles exprimé par l'autre ; grands besoins, avaient moins de commodité de

parce qu'on ne vit jamais aucune occasion ni s'ajuster aux heures du sacrifice,

aucun exemple où l'on ait offert et consacré le Ce n'est donc qu'à ce besoin qu'il faut allri-

sacrement sans en offrir et consacrer les deux huer la différence qu'on trouve entre la com-

partics ; et que, selon toute ia tradition, c'est inunion de tant de mourants , et celle de Séra-

précisément dans les deux espèces que consiste pion et de saint Ambroise. Ce n'est point par

le sacrifice. Mais comme il n'en est pas de même une bizarrerie du style, ni par l'usage arbitraire

de la communion, et que, dès les premiers d'une figure, qu'on trouve les deux espèces

siècles, il s'en faisait tous les jours, et des exprimées dans les communions des premiers ;

milliers, sous une espèce, il parait qu'en cette au lieu qu'on n'en trouve qu'une seule dans la

occasion l'une des espèces ne ramène pas l'idée communion des autres. C'est , comme je l'ai

de l'autre ; et par conséquent, que la figure dont déjà dit, que les uns ayant communié, sans être

il s'agit n'y convient pas : et je prie qu'on re- surpris ni pressés, à l'heure du sacrifice, on

marque bien ce principe , parce qu'il en naîtra leur a pu donner naturellement ce qu'on y

bientôt de merveilleuses conséquences, et un venait de consacrer ; et qu'au contraire, les

entier éclaircissement de la vérité. ■ Anonyme, P. 169. — - p«g.2i&

autres, pressés de communier au milieu de la sous la seule espèce du pain, ce sera une con-

nuit, sans qu'on eût un moment à attendre, on viction que le vrai esprit de l'Eglise était de la

ne leur a pu donner que la partie du sacrement faire de cette sorte ; et cette preuve , jointe à

qu'une espèce de nécessité obligeait à réserver celle qu'on tire de la communion domestique,

seule, c'est-à-dire le pain sacré. Ce n'est point et de celle de Sérapion et de saint Ambroise, où

par hasard ni par négligence , ni pour abréger l'on ne voit pareillement que le pain sacré,

le discours, que dans ces communions on n'a achèvera la démonstration de la pratique de

(ait mention que du pain ; au contraire, c'est tous les siècles, et fera voir la chaîne entière de

avec dessein , et pour exprimer ce qui se faisait la tradition. Or la chose me sera facile , en sui-

ordinairement dans l'Eglise. vant M. de la Roque dans la recherche qu'il a

faite de cette matière.

CHAPI TRE X v III. Il dit donc que ce qu'il n'a pu trouver dans les

Examen des endroits ou il est parlé delà réserve. six premiers siècles , 1IOUS le trouverons infailli-

Ce raisonnement paraîtra d'autant plus fort, blejnent dans les suivants « ; et qu'en effet, vers qu'en examinant toute la suite où il est parlé de la fin du VIP siècle , il lui paraît quelques achète réserve , nous n'y voyons partout que le pain minements àla réserve de l'Eucharistie, quoiqu'il sacré. Cette recherche se peut faire, ou selon les n'y ait rien de formel ni de positif pour les malavrais principes, ou selon les suppositions de nos des. Il en allègue deux exemples, l'un dans adversaires. Selon les vrais principes, la réserve l'institution de l'office des présanctifiés, qu'il est aussi ancienne que l'Eglise. La communion attribue faussement , comme nous verrons domestique, que personne ne révoque en doute, ailleurs, au concile tenu à C.-P. in trullo , dans rend cette vérité incontestable : et nous avons le dôme du palais impérial , en 692 ; l'autre, en remarqué qu'après une réserve si universelle l'an 693, dans le concile XVI de Tolède 2. pour ceux qui se portaient bien, c'est trop abu- Notre auteur remet à parler de Toffice des ser le monde, que de vouloir chicaner sur celle présanctifiés, à un lieu plus propre 3, où nous qu'on faisait pour les malades. Il est pourtant en traiterons aussi avec lui. Pour le concile de véritable que nos adversaires ont porté leur Tolède, le ministre avoue qu'il y est réglé que le chicane jusque-là. Quoique la communion de pain sacré sera d'une moyenne grandeur, « afin Sérapion et de saint Ambroise, où la réserve est que ce qui en restera puisse être gardé plus si manifeste, nous soient montrées comme des facilement , sans qu'il y soit fait aucun tort, choses usitées, et auxquelles tout le monde était absque aliqua injuria, en quelque petit endroit, accoutumé, ces messieurs les veulent faire passer ou dans quelque sachet moyen. » Voilà comment pour extraordinaires. Il est vrai qu'ils n'ont pu ce ministre traduit le mot modico loculo , qui se nier que les canons de Nicée et de Carthage trouve dans le canon ; et il omet ce qu'on y n'ordonnassent la communion pour les mala- trouve aussi, absque aliqua injuria, ce qui est des, comme une chose ordinaire : mais plutôt mis pour exclure toute négligence et toute irréque d'admettre la réserve, M. de la Roque a vérence.

prétendu, malgré toute l'antiquité, qu'autant de Ce ministre remarque qu'il n'est point dit

fois qu'on donnait l'Eucharistie aux malades, dans ce canon à quelle fin on gardait ces restes

on la consacrait dans leur maison ; et, enfin, sacrés, et qu'on n'y parle non plus ni de boîte,

après avoir parcouru tous les siècles l'un après ni d'autre vaisseau destiné à le garder. Je ne sais l'autre, pour chercher le commencement de la s'il ne voudrait pas insinuer qu'on ne faisait pas réserve pour les malades , il ne trouve de point grand cas de ces restes du pain consacré , puisoù la fixer que peut-être à la fin du VIP siècle 1. qu'on les mettait dans un sachet ou dans un

Nous avons déjà montré qu'une telle préten- petit endroit. Mais pour ce qui est du petit tion est une illusion manifeste , et la suite dé- endroit, il pouvait être très-orné, et l'on ne couvrira davantage combien ce ministre abuse peut douter qu'il ne fut très-propre , puisque le le monde par une recherche apparente de l'an- concile explique si bien que le corps de Nofretiquité. Mais afin que la vérité paraisse en toute Seigneur y doit être gardé sans irrévérence, manière et en toute supposition, on suppose absque injuria. Pour les sachets, ils sont emavec lui que la réserve, qu'il a voulu nous con- ployés, dans l'Ordre romain, à rompre dedans tester dans les premiers siècles , a commencé à l'oblation sainte, ou le pain sacré qu'on allait la fin du septième. Si je prouve que dans ces distribuer au peuple. On empêchait , par ce temps, et dans les suivants, on ne la trouve que „ 'S ',"«1! ' J.I

r " ^ i La Eoq.. p. Gl. —*- Conc. Tolet. xvi, can. 6 VU. Lait . t. r.

> La Eoq., p. 65. Conc, col. 1340.— 3 La Roq., p. 62,63.

1 1 uif Turrr: de la trapition.

moyen, les particules de tombera terre ; et puisque c'était par respect qu'on M serait «le ces sachets, on voit bien qu'on les taisait dignes

d'un si saint usage. Enfin , de quelque manière qu'on veuille traduire le mot locitlus, soit un sachet, suit nue bourse, ou quelque autre réceptacle que ce soit, on ne peut douter qu'on l'] désirât toute la bienséance requise.

Que si le concile n'exprime pas à quel usage devaient Bénir ces restes si soigneusement conservés, ce ministre devait entendre que c'est qu'il n'y avait là rien de noii\eau, et qu'on sa- \ail dans l'Eglise à quoi il fallait employer l'Kucharistie réservée. Ainsi, loin de s'imaginer (pie celait là un commencement ou quelque acheminement vers la reserve, il devait juger au contraire que c'en était une suite. Et en effet, le concile ne se propose pas ici d'ordonner quelque chose de nouveau touchant l'usage des oblations moyennes, mais de faire observer l'ancienne coutume de l'Eglise, tient ademuiHca rctaitatconsuetudo. Il fallait juger de même de la réserve, et ne se pas imaginer des nouveautés, comme notre ministre fait, sans fondement. Au surplus, il est aisé de juger, sans faire de grandes recherches, que ces restes étaient gardés poulies malades. La coutume de les communier était si constante, qu'on ne peut en imaginer un lis* •• plus naturel. M. de la Roque ne s'y oppose ptl ; et puisqu'il consent lui-même à mettre la réserve de L'Eucharistie pour les malades vers la fin du VIIe siècle, il nous indique tacitement le canon de ce concile de Tolède, tenu à l'extrémité du même siècle, en 6ô9j

Que si c'est par là que commence, selon M. de la Roque, la réserve pour les malades, on ne peut assez remarquer qu'on ne réserve que le pain seul. D'où vient cela, je vous prie, si ce n'est de l'ancien esprit de l'Eglise, qui de tout temps n'avait réservé que le pain sacré ? C'est ce pain que l'on reçoit dans la communion domestique : c'est ce pain que Sérapion et saint Ambroise mourants reçoivent des mains de l'Eglise : c'est ce pain qu'on a vu partout, dans la réserve. Ce que font les Pères de Tolède, lorsqu'ils commencent à faire garder, par un soin public, le pain sacré tout seul, vient du même esprit; et, à vrai dire, ce n'est pas là un commencement, c'est une suite du même dessein qu'on a toujours vu dans l'Eglise, et de cet inviolable respect qu'il lui a fait conserver toujours l'Eucharistie sous l'espèce où elle pouvait la conserver avec plus de sûreté et de décence.

On voit clairement le même dessein dans les décrets du Pape Léon IV, au IXe siècle, répétés

par le célèbre Rathier de Vérone, dans le X'. On « y ordonne aux prêtres de célébrer dévotement la Messe, de prendre avec crainte le corps et le sang de Noire-Seigneur. » Voilà les deux espèces k l'endroit où il s'agissait du sacrifice; mais quelque! lignes après, où il s'agit de la réserve de l'Eucharistie pour les malades, on ne parle plus que du corps : « Qu'on ne incite rien sur l'autel, si ce n'est les coffrets avec les reliques des saints, capsœ (le mot de châsses est venu de là); on peut y meltre les quatre Evangiles, ou la boite avec le corps de Notre-Seigneur, pyxis, pour le viatique des malades1. » Qui ne voit que c'est de dessein, et pour dire ce qui se faisait effectivement, qu'on exprime ici le corps? C'est pourquoi le reste suit de même, et la boite nous détermine au même sens. Osera-t-on persister à dire qu'on ait gardé le vin consacré dans une boite, i/i pyiide2 ? Etait-ce dans de tels vaisseaux qu'on conservait les liqueurs? J'y vois l'encens, j'y vois les reliques, j'y vois le corps de Notre- Seigneur, je n'y vois jamais le sang; et si l'on veut s'imaginer quelque fiole qu'on y renfermât, il serait parlé de la tiole comme de la boite, ce qui ne se trouve nulle part ; au contraire on trouve toujours ce mot avec le corps, et jamais une seule fois avec la liqueur sacrée ; et sans sortir du siècle de Léon IV, on y trouve encore la boite dans les Capituluires d'Ilincmar, mais on n'y trouve que la sainte oblalion, c'est-à-dire manifestement le corps de Notre-Seigneur. Il faut, dit Ilincmar 3, « demander au prêtre s'il a une boite où il puisse renfermer décemment l'ohlalion sainte pour le viatique des malades.. »

C'est une chose surprenante que l'anonyme, qui examine avec soin les passages que l'on vient de voir de Léon IV et d'Ilincmar, auteur du IXe siècle, où la boite de la réserve est si clairement exprimée 4, ne laisse pas de dire, au même chapitre, « (pic le premier qui parle de ces boîtes « est Burchard, auteur latin du XIe siècle5; » tant il avait de penchant à reculer, autant qu'il le pouvait, la mention d'un vaisseau, où, quelque semblant qu'il fasse, il reconnaît trop distinctement la réserve sous une seule espèce.

Quant à ce mot oblalion sacrée, je pensais que d'habiles gens ne me contesteraient pas que, dans le langage ecclésiastique, il signifie en particulier le pain que l'on offre et que l'on consacre àl'autel ; mais puisqu'ils n'ont pas pris garde à cet usage, et qu'ils m'en demandent des exem-

i Traité de lacomm., Décret. Leou. IV; Lobb. t. vin Conc. eol. 35 Spicil., t. n,p. 26S. —'La Roq., IVponse, p. 80,81; Anonyme 163. —3 Cap. 1 Hhicm. ad pre>b., c. 8, t. vin Conc, p. 6G3.— ' Anonyme, p. 164, 165.— s Pag. 17 7.

pies *, je leur ai marqué les endroits où ils les peuvent trouver en très-grand nombre. S'ils en veulent du siècle d'Hincmar même, le docte du Cange leur en fournira 2. Ils pouvaient sans aller plus loin, en trouver dans les endroits mêmes qu'ils examinaient. On trouve parmi les. préceptes de Léon IV, cette ordonnance adressée aux prêtres : « laites un signe de croix bien « droit, » c'est-à-dire bien formé, selon l'usage ecclésiastique , « sur le calice et sur l'oblalion 3, » c'est-à-dire sur le calice et sur le pain. On voit ici l'oblation distinguée manifestement du calice, encore qu'il fût aussi offert; mais l'usage l'avait emporté, comme en d'autres passages on appelle hostie le seul pain sacré : usage qui dure encore parmi nous, encore que le saint calice fasse partie du sacrifice. On entendait donc par le mot d'oblation, ce qu'on entend encore à présent par celui d'hostie. M. de la Roque produit le canon 6 du concile xvi de Tolède 4, où l'on voit la même chose. Le titre porte : « Qull « faut offrir une oblation entière, et préparée « avec soin 5 » c'est-à dire, non pas un morceau de pain à sa fantaisie, mais un pain préparé exprès d'une certaine figure et d'une moyenne grandeur, comme il paraît par les termes du canon, qui l'appellent, par cette raison, une oblation moyenne, comme ce ministre le recon naît. Nous en trouverons bien d'autres naturellement et sans les chercher, dans la suite de ce discours, que nos messieurs ont cité sans y faire de réflexion. Mais à présent, c'est perdre trop de temps à prouver une chose évidente, dont aussi tous ceux qui ont tant soit peu considéré ces matières sont d'accord.

On ne peut donc plus douter qu'on ne voie, dans le temps d'Hincmar, la réserve sous une seule espèce. On la voit dans l'Ordre romain, qu'il faut bien mettre, quoi qu'en puisse dire l'anonyme6, au-dessus de XIe siècle, puisqu'il est interprété et suivi par des auteurs de huit à neuf cents ans. Cet auteur demeure d'accord sur ce vénérable cérémonial 7 ; Amalarius 8, qui l'interprète au IX.6 siècle, et le Micrologue9, qui lait la même chose dans le XIe, « parlent tous « deux d'une troisième partie de l'hostie que « l'on réservait pour les malades; » mais l'anonjme ajoute « qu'on réservait aussi du vin « sacré. » Si cela était, il le trouverait quelque part dans ces livres, où tout ce qui se lait, tant à l'égard du corps qu'à l'égard du sang, est marqué jusque dans le plus petit détail. Ce ne

1 Lalioq., p. 102; Anonyme, p. 164, 165. — 2 Du Cange, verb. Oblatio, Obiala, etc. — -1 Décret. Léon. IV, sup.— '' La lîoq.,-p. 62. — i Cône. Tolel. xvi, can 6, an. 693, t. vi Cône., col. 1340. — 6 Anonyme, p. 166. — ' Pag. 1G7. — » Amal., 1. m, 35. — » Microl., 17.

sera qu'en ce qui regarde la réserve qu'il faut sous-en tendre le sang, sans qu'il en soit dit un seul mot; et la figure synecdoche a le privilège qu'on la peut mettre partout où l'on veut. Amalarius dit expressément, au lieu cité par l'auteur i, que par « la particule de l'oblation que l'on met dans le calice, il faut entendre le corps de Jésus-Christ ressuscité ; par celle qui est mangée par le prêtre et par le peuple, on entend Jésus-Christ marchant sur la terre, et conversant avec les hommes ; par celle qu'on laisse sur l'autel, on entend Jésus-Christ enseveli, et la sainte Eglise l'appelle le viatique des mourants.» Il n'est pas dit un seul mot du sang réservé. L'auteur objecte que le Micrologue dit que cette « troisième partie se donnait à ceux qui doivent communier, et aux infirmes 2. » Je le veux. « Donc , » poursuit-il, on communiait encore « publiquement sous les deux espèces : » oui, ceux qui étaient présents, je le veux encore. Donc, poursuit-il, on communiait aussi les infirmes qui n'y étaient pas. Pour tirer cette conséquence, il faudrait trouver dans le cérémonial l'endroit où l'on réservât le sang pour eux, comme on y trouve partout l'endroit où on leur réserve le corps. Que s'il ne paraît nulle part, on voit bien qu'il n'y en avait aucun.

Mais, dit-on, dans l'Ordre romain de saint Grégoire, au rapport du docte Ménard, on communie les malades sous les deux espèces. Qui doute qu'on ne le fit dans les cas dont nous avons vu tant d'exemples ? La question est de la réserve du sang précieux, qu'on trouverait dans l'Ordre romain, dans Amalarius, dans le Micrologue, aussi bien que celle du corps, si elle eût été en pratique.

On peut rapporter au même temps le chapitre Pervenit, de consecratione, dist. 2, qui est un canon d'un concile de Reims, où il est porté que « quelques prêtres font si peu d'état des divins mystères, qu'ils donnent à des laïques, ou à des femmes, le corps sacré de Notre-Seigneur pour le porter aux malades3, » ce que le concile défend sous de grandes peines, et ordonne que le prêtre communie lui-même le malade. On ne reprend pas ces prêtres de n'avoir envoyé aux malades qu'une seule espèce, mais de ce qu'ils ne leur donnaient pas eux-mêmes , comme leur charge les y obligeait; et l'on voit clairement dans ce canon la coutume de la réserve et de la communion des malades sous la seule espèce du pain.

1 Amal., 1. v,35.— 2 Microl., 17.—' Grat., De cons., dist. 2, c. 29.

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