‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 85 sur 313 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Examen d'un canon d'un concile de Tours.

Il nous reste à examiner ce canon tant vanté par nos adversaires 2 : « Il me semble, » dit l'a-

'Postca Si fuerit oblata, agendas sunt Miss» et communica*.. — *La lloq-, Rép., p-81, 85.

nonyme en le rapportant I, «que je vois tomber « un carreau de foudre sur Rome. » Mais pour nous, sans perdre le temps en de si vaines menaces, prions seulement le lecteur de se défaire de ses préjugés, et de regarder avec attention sur qui tombera cette foudre.

Le canon dont il s'agit est d'un concile de Tours, qui ne se trouve pas chez les compilateurs, dont on n'a rien, que je sache, que ce seul chapitre. M. de la Roque souhaite que nous le rapportions, comme il se trouve dans la collection de Reginon, auteur du Xe siècle 2 ; et le voici, pour le satisfaire, tel qu'il est: « Que chaque prêtre ait une boite et un vaisseau digne d'un si grand sacrement, où il mette avec soin le corps de Noire-Seigneur, pour le viatique des mourants ; et cette oblation sacrée doit être trempée dans le sang de Jésus-Christ, alin que le piètre puisse dire véritablement au malade: Que le corps et le sang de Jésus-Christ vous profitent : qu'il soit toujours sur l'autel, et qu'on y prenne garde à cause des souris et des hommes méchants, et qu'on le change de trois en trois jours; c'est-à-dire que l'oblation soit consumée par le prêtre, et qu'une autre consacrée le même jour soit mise à sa place, de peur, ce qu'à Dieu ne plaise ! qu'elle ne se moisisse, si elle était gardée plus longtemps, » Ce canon peut avoir été fait vers la fin du XIe siècle. Il est unième dans sa disposition, et l'on ne trouve rien de semblable dans aucun canon, ni des temps qui précèdent, ni des temps qui suivent. On n'en voit non plus aucune exécution; et il est rapporté de même chez les collecteurs, puisqu'il se trouve dans la collection de Burchard, et dans le décret d'Yves de Chartres ;', avec cette seule différence, que le renouvellement est ordonné chez les deux derniers tous les huit jours, et tous les trois jours seulement chez Reginon.

A la lecture de ce canon, nos frères (j'en suis assuré) s'arrêteront plutôt aux altérations qu'on appréhende dans l'Eucharistie, qu'à la question dont il s'agit. Ames infirmes,, pour ne pas dire charnelles et grossières, qui ne peuvent comprendre, d'un côté, que ces altérations font partie de la hauteur du mystère que Dieu veut cachera nos sens, et de l'autre, que Jésus-Christ, supérieur à ces changements par sa propre majesté, n'y est blessé par aucun endroit ; de sorte que les précautions que l'on prend pour les empêcher sont une marque de nos respects pour ce sacrement, et non l'effet d'une appréhension qu'on ait pour la personne du Fils de Dieu. Laissant donc ces terreurs paniques, qui em-

1 Anonyme, p. 173. 179.

3 Decr., part, u, c. 19.

-» Lib. i De eccl. dise e. 70 —

barrassent la plupart de nos adversaires, et sont nion était bien éloignée de celle que nos advcr-

un si grand obstacle à la connaissance de la vé- saires prétendent expressément commandée par

rite, venons à ce qui regarde la réserve, puis- Notre-Seigneur, puisque, non-seulement on n'y

qu'aussi bien c'est uniquement de quoi il s'agit, prend pas le corps et le sang séparément,

et commençons par expliquer ce que c'est que comme Jésus-Christ le fit faire, mais qu'en effet

ce canon veut établir; parce que M. de la Roque, on n'y boit pas, ce que nos adversaires pressent

aussi incommodé de cette ordonnance qu'il veut tant, et qu'au fond on n'y reçoit aucune liqueur,

que nous le soyons, l'a étrangement obscurcie. De là suit, en quatrième lieu, une pleine con-

Le dessein du canon est que le prêtre, en ré- firmàtion du fondement principal de notre docservant le corps pour les malades, le trempe trine, qui est que la manière de communier ne dans le sang, et qu'il réserve en cette sorte les dépend pas si précisément de ce qu'on voit dans deux espèces mêlées. Quoique les paroles du l'institution de l'Eucharistie, qu'il ne faille y canon y soient expresses, M. de la Roque n'en joindre nécessairement l'interprétation del'Eveut pas demeurer d'accord, à cause qu'il voit glise, ainsi qu'il a été dit tant de fois, par là ses prétentions détruites en trop de ma- Cinquièmement, il paraît que ce canon ne nières, comme on le va démontrer. Il veut donc, regarde pas l'usage d'une seule espèce, mais la non pas qu'on mêlât les espèces, dès le temps formule dont on usait en la donnant , puisque, de la réserve, mais qu'on les gardât toutes deux comme nous venons de le voir dans le Sacraà part, et qu'on les mêlât dans le moment même mentaire du P. Menard, en donnant la commuée la communion l. nion du corps, on disait : Le corps et le sang vous

Mais si ce canon voulait établir ce que prétend gardent, etc.

M. de la Roque, on y aurait dit : Que le prêtre Pour bien entendre ceci, il faut remarquer,

ait un vaisseau digne d'un tel sacrement, où il en sixième lieu, qu'on peut exprimer le corps

garde le corps et le sang de Notre-Seigneur, et et le sang en deux manières; ou pour marquer

qu'il trempe le corps dans le sang en commu- leur liaison inséparable, tant en substance qu'en

niant le malade : In communione intingatur. Or vertu, qui est ce qu'on appelle concomitance ,

on y dit au contraire : Que le prêtre ait un vais- ou pour dénoter ce que chaque espèce contient

seau où il mette soigneusement, non pas le corps spécialement, et en vertu de l'institution.

et le sang, mais le corps seul; et l'on n'y dit De là il paraît, en septième lieu, que lorsqu'en

pas qu'on doive tremper l'oblation réservée au ne donnant qu'une seule espèce on exprimait le

temps de la communion , intingatur; mais corps et le sang, la formule se vérifiait seule-

qu'elle doit l'avoir été (intincta esse débet) dès le ment en un certain sens, qui était celui de la

temps de la réserve. Si donc on parle de garder concomitance, qu'on peut appeler le sens maté-

le sang, ce n'est pas à part, comme veut M. de riel; mais que, lorsqu'on donnait les deux, elle

la Roque; mais c'est que la sainte oblation, se vérifiait en tous sens, même dans le sens for-

c'est-à-dire le sacré corps, devait être trempé, mel : et c'est ce que les Pères du Concile ont eu

ou plutôt, devait avoir été trempé dans le sang, en vue.

et conservé en cette sorte; et le concile ordon- D'où il s'ensuit, en huitième lieu, qu'ils ne

nait que ce fût en cette sorte qu'on la conservât, songeaient pas à condamner la réserve et la

Dès lors donc il paraît premièrement, qu'on communion sous une espèce, usitée jusqu'alors n'avait pas accoutumé de conserver à part l'es- en tant de manières; mais seulement à vérifier, pèce liquide, puisqu'ici, où on la conserve, c'est dans un sens plus formel et plus exprès, la fordans la partie plus solide, ce qui, loin de nous mule dont on usait en la donnant aux malades, accabler, selon les menaces de l'anonyme, con- Reste une difficulté : comment ils croyaient firme tout ce que nous avons dit de la réserve, pouvoir vérifier cette formule dans ce sens foret détruit les prétentions de nos adversaires, mel et exprès, puisqu'enfin au bout de trois

Secondement, il est vrai que le corps qu'on jours, et encore plus au bout de huit, la liqueur

réservait devait par ce canon être trempé dans devait être desséchée. Mais il est aisé de répon-

le sang; mais c'en est assez pour montrer que dre que c'est aussi en cela qu'ils se trompaient,

le malade ne recevait en effet aucune liqueur , et que c'est aussi pourquoi leur canon est de-

puisque, soit qu'on la renouvelât tous les huit meure sans observance,

jours, selon Rurchard et Yves de Chartres, ou En effet, comme avant ce temps on ne trouve

tous les trois jours, selon Reginon, il y avait dans aucun canon, dans aucune décrétale, dansi

assez de temps pour la dessécher. aucun auteur ecclésiastique, rien de semblable

Troisièmement, il s'ensuit que cette commu- à la disposition de ce concile, on ne trouve rien

i u itoiue , r. 89, U3. non plus dans les siècles suivants qui y ressem

bie, si ce n'est peut-èlrc parmi les Grecs, mais Premièrement, de tous ces discours qu'on seulement depuis le schisme, comme nous l'a- nous objecte, où il n'est point parlé de commuions démontré ' , c'est-à-dire longtemps après nion, il n'y en a que deux qui soient vraiment M etnon de Tours. En un mot, devant et après, historiques; savoir : l'Histoire d'Eusèbe et la Vie on trouve toujours le corps réservé sans aucune de saint Antoine par saint Athanase. « Saint mention du sang, ou séparément, ou dans h- nié- Grégoire de Nazianze raconte, » dit-on, « la mort lange même. Ce concile de Tours doit avoir été de saint Athanase, dont il représente les vertus peu célèbre, puisqu'on n'en a pas recueilli les et les principales actions; celle de son père saint autres canons, qu'on ne lui a pas donné rang Grégoire, celle de Gorgonie sa sœur, et celle de parmi les autres concile^ tenus en celte nlle, et saint Basile, comme lait aussi Grégoire de Nysse qu'on ne trouve nulle exécution de ce seul son frère. » Ce ne sont point des histoires, ce canon qui en rote, en ce qu'il a de particulier, sont des éloges funèbres, où l'on représente Une si les compilateurs le mettent parmi les au- les grandes, et, comme le remarque M. de la très, ou c'est seulement pour eonlirmer la ré- Roque, les principales actions, sans s'arrêter aux serve de l'Eucharistie en général pour les ma- ehoses communes, à moins qu'il n'y soit arrive ladeSj ou c'est un effet du peu de choix qu'ils quelque événement particulier; et, s'il fallait font souvent des canonsdans leurs recueils. Quoi rejeter delà Vie de saint Athanase, de saint Baqu'il ensuit, un seul canon d'un concile obscur silc et de saint Grégoire le père, tout ce qu'on ne détruira pas tous les autres, ni toute la suite ne trouve pas dans les discours de saint Grégoire de la tradition, où nous voyons constamment, de Nazianze, il faudrait nier tout d'un coup toudès l'origine du christianisme, et la réserve et tes leurs occupations les plus ordinaires, llsn'aul'usage d'une seule espèce, sans aucune mention raient ni administré le baptême, ni donné la de l'autre, tant dans la communion domestique confirmation ou la pénitence, ni offert le sacrique dans celle des malades. Celle des enfants, fice, ni distribué l'Eucharistie, puisqu'il peine et les autres dont nous allons faire la discussion, trouvera-t-on qu'ilsoit parlé de tout cela, etque, confirmeront cette vérité d'une manière invind- si quelquefois il en est parlé, ce n'est qu'incidemble; niai .avant que d'entrer en ces matières, il ment et par hasard. Mais loin qu'on relève ces faut, pour contenter les esprits, et ne laisser choses communes dans les discours panégyriaucun doute sur la communion des malades, ques, ou dans les histoires générales, telle qu'ééclaircir encore une objection qui parait d'abord tait celle d'Eusèbe, on ne les raconte même pas assez plausible. dans les Vies. Aussi ne saurions-nous pas la CH \ PITRE \\I\ communion de Sérapion, ni celle de saint Am-

broise, sans les circonstances particulières et

Les pénitents n'étaient pas les seuls qu'on communiait dans la . ,nirar|os visibles dont elles furent arrnmni-

maladic; il était ordinaire de donner la communion à tous Ks iniiacles VlSIOltb QOIU CllCS IUient accompa-

les malades. ^nées. Qu ainsi ne soit; nous avons des Vies de

Les ministres veulent croire qu'avant saint saint Bastien et de saint Gaudcnce, comprovin-

Ambroise, c'est-à-dire qu'avant l'an 397, aucun CMUX et contemporains de saint An.broise; nous

malade n'avaiteommunié, si l'on en excepte les avons celles de saint Augustin, de saint Ful-

pénitents; et voici comment raisonne M. de la gence, de saint Germain de Paris et de saint

Roque1 :« Eusèbe raconte la mort d'Hélène, Germain d'Àuxerre, de sainte Geneviève", de saint

mère du grand Constantin ; saint Athanase, celle Grégoire ; de Contran, deSigebert, roisde France ;

de saint Antoine ; Grégoire de iNazianze, celle de de Sigismond, roi de Bourgogne ; de saint Per-

saint Athanase, dont il représente les vertus et pétuus, évéque de Tours; de saint Faron, évè-

les principales actions, celle de son père Gré- que de Meaux; de sainte Fare, sa sœur; de saint

goire. celle de Gorgonie, sa sœur, et enfin celle Eustase, abbé de Luxeuil. Mais pourquoi perdre

de saint Basile, son intime ami, comme fait le temps à en nommer d'autres? Nous en avons

aussi Grégoire de Nysse son frère; mais ni les une infinité, où il n'est point parlé qu'ils aient

uns ni les autres n'ont rien dit de l'Eucharistie reçu la communion à la mort, quoique leur mort

reçue. » On voudrait insinuer par là que la corn- soit décrite et circonstanciée autant qu'on le peut

munion de saint Ambroise était extraordinaire désirer. Enconclura-t-on qu'on ne communiait

et nouvelle; mais il n'y a rien de plus vain que pas de leur temps? Selon M. de la Roque, saint

cette preuve, et il est bon de démontrer une Augustin aura négligé cet acte de piété, lui dont

bonne fois la faiblesse de ces arguments néga- le même M. de la Roque nous a produit un ser-

tifs, quand on les lait indiscrètement et sans mon où il y exhorte tous les fidèles. Et sans

choix, s'arrêter à ce sermon, qui en effet n'est pas de

- Traite de la Communion p. 505, 506- > La Roa. Rép., p. 39. Saint AugUSlin, ne Savait-il pas là COmmUniOJl

de saint Ambroise, qui l'avait régénéré en Jésus- saints de l'Eglise orientale, à peine y en a-t-il Christ, et ne l'avait-îl pas vue dans une Vie qui une ou deux où je me souvienne d'avoir remarlui était dédiée? Etait-ce une chose si peu com- que le saint viatique, bien qu'il ne soit pas moins raune de communier en mourant, puisque saint commun parmi les Orientaux que parmi nous Paulin, évèque de Noie, son intime ami, le fait de la recevoir. C'en est trop pour nous faire voir ainsi en 431, un an après la mort de saini Au- qu'il n'y a rien à conclure de ce que souvent on gustin, et tant d'autres dans les temps voisins l ? n'écrit pas des choses communes. Ce qui donne Mais le pape saint Grégoire, dont nous tenons lieu à les écrire, c'est lorsqu'il y estarrivé quelque tant d'exemples de communions des mourants, circonstance remarquable, comme dans la mort n'aura-t-il pas pratiqué ce qu'il a loué dans les de la plupart des saints ; la grâce d'en avoir été autres? D'où vient donc que Jean Diacre n'en dit avertis, et d'avoir sur ce céleste avertissement rien, lui qui a écrit avec tant de soin la vie et les demandé ou reçu leur saint Viatique, et quand actions de ce saint Pape? Peut-être que du temps d'autres occasions particulières, qui ont relevé de saint Eloi ce n'était pas la coutume en France les choses communes, ont donné lieu de les rede communier les malades; mais le ministre marquer. Il arrive aussi qu'on les remarque loue une homélie, où il enseigne la pratique ; et même hors de ces occasions; il arrive aussi qu'on cependant saint Ouen, ce grand archevêque de les fait souvent; et entreprendre de rendre rai- Rouen, qui a écrit en deux livres la Vie de cet son des diverses vues des écrivains, c'est un illustre évêque son intime ami, ne nous dit pas travail insensé et infructueux. Finissons, etconqu'il ait fait ce qu'il a prêché, encore qu'il parle cluons en un mot qu'on ne doit pas dorénavant amplement de sa fin bienheureuse. Ceux qui ont nous objecter le silence de saint Athanase sur écrit la Vie de saint Ouen lui-même, et qui ont saint Antoine, ou celui des autres sur saint Athaadmiié sa sainte mort, ne parlent pas du saint nase; puisque même il est assuré qu'à Alexan- Viatique : deux récits exprès de la mort du vé- drie, dont il était patriarche, et dans tout le pays nérable Bède n'en font non plus nulle mémoire, dont elle était capitale, la coutume de garder quoique nous en ayons vu une si fréquente men- l'Eucharistie pour communier dans sa maison tion dans ses écrits ; et le saint homme Pierre était en vigueur de son temps, et qu'on ne peut Damien, qui nous marque si distinctement la pas croire que, dans les approches de la mort, communion des mourants, ne parle ni de celle on y négligeât un secours dont on était si soide saint Romuald, ni de celle de Dominique Lo- gneux de se munir dans la meilleure santé, ricat, dont il a écrit la Vie. Ce n'est pas que tous

ces saints hommes aient été surpris de la mort : CHAPITRE XXX au contraire, ils l'ont vue venir, et ils l'ont reçue avec des SOinS particuliers. Mais on ne prend Communion des enfants sous la seule espèce du vin, chicanes • i • j „ i „ „u.™«„ des ministres sur le passage de saint Cyprien. — Passages

pas toujours la peine de remarquer des choses desaint AugustiD) depsaintëpaulin) de &nnade.

si communes. C'est pourquoi, plus bas encore, .■•,■•.,*,*

et dans le temps que la réception du saint Via- L exemple que nous tirons de saint Cyprien,

tique était le plus établie, on ne trouve la com- P™r la communion des petits enfants souffre si

munion ni du dévot saint Bernard, ni de sainte peu de réplique, qu a vrai dire mes adversaires

Hildegarde, ni même, si je ne me trompe, de n'y en font aucune. Pour faire voir que saint

saint François, dans la belle Vie qu'a écritesaint Cyprien, et de son temps 1 Eglise d Afrique, dont

Bonaventure son religieux, ni de saint Bona- » elait Ie Pnmat> ne donnait Pas Ia communion

venlure lui-même, ni de sainte Brigitte, ni de aux enfants sous la seule espèce du vin M. de

sainte Marguerite, fille du roi de Hongrie, de la Roque commence par des passages d autres

l'ordre des Prédicateurs, ni de tant d'autres, siècles et d autres -pays. Nous verrons dans la

dont la mémoire ne me revient pas, et dont aussi suite ce qu il en faut croire ; mais, en attendant,

je n'ai pas dessein de parler, ni d'affecter de " est clair W* tout celane ^ "en .a, saint £"

l'érudition dans une matière si vulgaire. J'ajou- P™n : car, dans une affaire de discipline indif-

terai seulement que, dans toutes les Vies des ferente, comme je prétends ques celle-ci, on

peut, en d autres temps et en d autres lieux,

• Ce n'est pas seulement dans l'Eglise latinequ'on voit les plus TrmT,frprfro1]|;rpc observailCPS SansdéirilirP PpIIp

grands saints recevoir l'Eucharistie dans leur dernière maladie, mOnirCrU dUlieb ODbei YdllLCb, i>dlll> Udl Ulie Celle

1 Eglise grecque en fournit aussi des exemples. Saint Chrysostome, qUe j'établis, et SanS qu'on puisse Conclure autre

épuisé des fatigues de son exil, et averti pendant la nuit par le , , .. variation Sinon (CP mil TT1P Suffi h

martyr sain Besilisqne, qu'il lui serait riuni le lendemain, se revê- CnOSe Ue teUC Vdl IdllUIl, MI1UI1 [LC qui IIIC bUUH)

ui à jeun dinbis bancs; et apres avoir pris les divins symboles, il que la chose est indifférente. Il faut donc enfin

fi., devant le* »t»U6U »a dernière prière, ei alla se joindre à ses i i „„:„* rvnrjPn M rlp la RonilP V VlPTlt

peres. El Bitmptii Dominical symbolii, coram adstantibus ultimam palier Ue SdlIH L«Ypiieil. 1«. UC id nuque y Vieni

pr<fttonem fœU entendu specwws i»des arpositus ad patres \e pius tard qu'il peut; et quand il y est, il s'a-

?*; 2ÏÏS,* * "*' J°an' Ckry Ql'' 8JUS' °per"' l' Xi"' P" 4°' muse encore h me reprocher vainement que,

pour couvrir le faible de l'argument que j'en ai loin que cela nous nuise, je conclus que « c'esi

tiiy, je le propose selon la coutume, et a l'excin- au contraire ce qui fait voir combien on était

pie du cardinal du Perron, « par de belles pa- persuadé qu'une seule espèce était suffisante;

« rôles, aliu d'éblouir les simples et de jeter de puisque, n'y ayant en effet aucune impossibilité

« la poussière aux yeux des lecteurs ». » Pour à donner le corps aux petits enfants, on se dé-

desnbu.ser une fois nos frères errants de l'opi- terminait si aisément à ne leur donner que le

nion qu'ils pourraient avoir, que je sois capable sang. »

d'user d'un artifice si grossier, aussi bien que si Je ne vois pas qu'on puisse proposer les chocriminel, pour les surprendre, je proposerai le ses, ni en tirer les conséquences d'une manière fait avec une entière simplicité, et l'on verra plus simple. Ces éblouissantes paroles, que me qu'il n'en est que plus décisif. Commençons par reproebe M. de la Roque, ne paraissent ici nulle la lecture de saint Cyprien. « On avait fait pren- part; et je me suis contenté de faire voir claidre à une petite fille, » dit ce Père 2, « une par- rement ce qu'il y avait à expliquer pour me réoeile du pain offert aux idoles, trempée dans du pondre. Tout se réduit à nous dire d'où vient, \in. La mère, qui n'en savait rien, la porta au si cet enfant a reçu le corps, que le miracle et saint sacrifice; mais dès que cet enfant fut dans l'émotion que lui causa l'Eucharistie ne paraît l'assemblée des sainls, elle lit voir, par ses pleurs qu'au sang. C'est sur quoi M. de la Roque ne et par son agitation, que nos prières lui étaient dit pas un mot. Et pour qu'on ne pense pas que à ebarge; et au défaut de la parole, elle déclara je veuille ici surprendre le lecteur, je rapportepar ce moyen, comme elle pouvait, le malbeur rai mot à mot toutes ses réponses. Elles comdaiM lequel elle était tombée. Après les solenni- mencent ainsi : « Je viens maintenant, » dit-il ', les accoutumées, le diacre, qui présentait aux «au passage de saint Cyprien, sur lequel j'ai, fidèles la coupe sacrée, étant venu au rang de poursuit-il, plusieurs eboses à dire : premièrecet entant, elle détourna salace, ne pouvant su p- ment, quequand il serait tel que le prétend M. de porter une telle majesté; elle ferma la bouebe, Meaux, ce qui n'est pas, il ne devrait pas femelle refusa le calice. Le diacre lui lit avaler par porter sur sept ou huit témoignages formels et force quelques gouttes du précieux sang; mais positifs que j'ai allégués pour prouver la comla sainte Eucharistie ne put rester dans un corps munion des petits enfants sous les deux eset dans une bouche impure : la petite fille lit pèces. » Le lecteur remarque déjà de lui-même, des efforts pour vomir, et vomit en effet le sang et sans que je parle, que, quelque formels que de Jésus-Christ qu'elle avait reçu dans ses en- soient ces passages qu'on oppose a celui de. trailles souillées : tant est grande la puissance saint Cyprien, ils ne nous feront pas connaître et la majesté de Notrc-Scigneur! a ce que nous cherchons, ni pourquoi la petite Sur ce passage de saint Cyprien, après avoir (ille n'est si exlraordinairemcnt agitée qu'àl'apremarqué 3 (ce qui est visible) que ce saint mai- proche du sang de Noire-Seigneur, si elle en a tyr n'attribue cette émotion extraordinaire qu'à auparavant reçu le corps. Aussi M. de la Roque la présence et à la réception du sang de Notre*" ne conclut autre chose de ces passages, sinon Seigneur, j'ai formé ce raisonnement très-sim- que celui de saint Cyprien a besoin « de comple : « Le corps de Jésus-Christ n'eût pas dû mentaire et d'interprétation 2; » et il ajoute que, faire de moindres effets ; et saint Cyprien, qui pour le bien faire, « il faut rassembler et peser nous représente avec tant de soin et tant de force « exactement lescirconstanccs. » Oui, celles qui tout ensemble le trouble de cet enfant durant vont au fait, et non celles qui ne feraient que toute la prière, ne nous marquant celte émotion détourner l'attention du lecteur de son objet extraordinaire que l'Eucharistie lui causa, qu'a principal, qui doit être de rechercher la cause l'approche et à la réception du sacré calice, sans de ce grand trouble, plutôt à l'égard du sang dire un seul mot du corps, montre assez qu'en qu'à l'égard du corps, si l'enfant a reçu l'un et effet on ne lui offrit pas une nourriture peu con- l'autre. Voyons donc quelles circonstances revenable à son âge. » marquera M. de la Roque. « Je dis, » poursuit- Mais, de peur qu'on ne crût que je voulais il, « en second lieu, qu'on ne peut nier que la dire qu'un petit enfant fût entièrement incapa- chose que saint Cyprien raconte ne soit arrivée ble d'avaler une nourriture solide, si on la dé- dans l'assemblée des fidèles. » D'accord ; et je trempait, je remarque « qu'il parait dans cette conclus de là quelle n'en est que plus authentihistoire, que la petite fdle dont il s'agit avait pris que, et qu'il n'en est que plus assuré que la de cette manière du pain offert aux idoles ; » coutume de communier les petits enfants avec

le sang seul n'avait rien d'extraordinaire. M.

> La Ro].. Réf., p. 144. — » Cypr., De laps., p. 1S9. — > Tr. de la °

corr.m., p. 493 494. l La Roq., p. 150. — > Pag. 161.

de la Roque continue : « On ne peut nier non cette sorte : « Si je suis persuadé, dira peut-être plus que, dans les assemblées publiques, on ne ce savant évêque, que les fidèles avait déjà reçu communiât sous lesdeux espèces. » Pour les adul- le pain, c'est parce que c'était l'usage ordinaire tes, comme on parle, peut-être, et je n'en veux de l'Eglise; et je lui dirai à mon tour : La pepas ici disputer ; pour les enfants, c'est la ques- tite fille l'avait aussi reçu, parce que c'était une tion, qu'il ne fallait pas supposer, comme fait pratique constante et universellement établie M. de la Roque, lorsqu'il ajoute ces mots : « On dès les premiers siècles. » C'est ainsi qu'on donne ne peut pas nier que les diacres ne présentaient le change au lecteur crédule. Il s'agit de trouver jamais le calice qu'à ceux qui avaient déjà reçu dans saint Cyprien, pourquoi il ne rapporte le pain. » Car c'est ce qu'on peut si bien nier à qu'au sang un miracle qui aurait dû arriver au l'égard des petits enfants, que c'est en effet ici corps : on allègue d'abord d'autres Pères; et précisément de quoi l'on dispute. Que le lecteur comme on voit que saint Cyprien n'est pas juge maintenant qui des deux veut surprendre expliqué par là, on se propose de l'expliquer le monde, ou de moi, qui propose si nettement par les circonstances du fait qu'il raconte. On en quoi consiste la difficulté, ou de M. de la rapporte les circonstances, qui ne font rien à Roque, qui jusqu'ici ne fait autre chose que de l'affaire et ne regardent que les adultes; et au supposer pour certain ce qui est tout le sujet de lieu de rendre raison du miracle arrivé à Ténia dispute. fant, on coupe tout court, et l'on passe aux an- Mais peut-être que dans la suite il viendra eu- ciens auteurs, où il n'y a pas un mot de ce qu'il fin au point. Nullement ; car voici par où il fallait éclaircir.

finit * : « Enfin on ne peut nier que le diacre de Cependant M. de La Roque, comme s'il avait saint Cyprien n'ait présenté la coupe à cet en- épuisé la difficulté qu'il n'a pas seulement effant, . après l'avoir présentée aux fidèles qui fleurée, continue en cette sorte : « A toutes ces étaient présents dans l'assemblée et qui la re- preuves j'en ajoute une nouvelle, qui m'était curent; saint Cyprien ne mettant point de dif- presque échappée de la mémoire *. » A la férence, pour ce qui est de la présentation du bonne heure; peut-être qu'enfin il y dira quelcalice, entre les fidèles et l'enfant, et ne re- que chose qui regarde saint Cyprien et le mimarquant pas des adultes, non plus que de la racle arrivé à cet enfant : non. « Cette preuve petite fille, qu'ils eussent reçu le pain. » Je le « est tirée du onzième siècle de Tolède, qui fut crois bien ; puisqu'il n'y avait aucune raison de « assemblé l'an 675, » quatre cents ans après parler ici des adultes, auxquels il n'était rien ou environ, et sans assurément qu'il y soit parlé arrivé de miraculeux. Mais, à l'égard de cette ni de saint Cyprien, ni de l'enfant, ni du mirapetite fille, si le miracle avait commencé au cle. Remettons donc ce concile à une autre fois, pain, comme il aurait dû arriver, en cas qu'elle et voyons si l'anonyme réussira mieux, l'eût reçu; c'est aussi par là que saint Cyprien «Je réponds, » dit-il 2, «en premier lieu, aurait dû commencer l'histoire, et il faudrait que, comme M. Bossuet nous avoue que, dans nous rendre raison d'où vient qu'il ne le fait pas. ces premiers siècles, la communion ordinaire Au lieu de nous dire enfin cette raison, le mi- des fidèles était sous les deux espèces, il y a nistre conclut ainsi : « Cependant M. de Meaux toute apparence que cette petite fille avait déjà ne disconviendra pas que les fidèles n'eussent pris le pain. » Nous voici dans les apparences reçu le pain avant que de participer à la coupe, et les conjectures, contre un passage formel et Il n'en saurait donc disconvenir à l'égard de décisif. Mais enfin quelles sont ces conjectures? l'enfant, bien qu'il n'ait fait les efforts qu'on Les mêmes qu'a déjà faites M. de La Roque, et représente que quand on lui présenta le calice. » que nous avons réfutées : ce que celui-ci fait Voilà le fait bien avoué. Il est constant que l'en- de mieux, c'est qu'il fait ce que n'a osé faire M. fant ne fit ses efforts qu'au calice. Elle n'avait de La Roque; il propose mon raisonnement, donc pas reçu le pain; car alors de semblables que cet autre ministre avait dissimulé ; et après efforts fussent arrivés : et quand veut on faire ac- avoir dit comme lui, que, le diacre ayant précroire qu'à cause que je nie pas que les autres sente la coupe à l'enfant à son rang, comme aux l'eussent reçu, je ne le puis nier de cet enfant, autres, il y a la même raison de croire d'elle on suppose, contre l'évidence du fait, qu'il que des autres, qu'elle avait auparavant, selon n'y a rien de particulier à son égard ; et c'est, la coutume, reçu le pain ; il rapporte ce que je au lieu de résoudre la difficulté, la dissimuler dis pour y mettre de la différence, qui est que au lecteur. saint Cyprien fait ici commencer au sang le Enfin M. de La Roque me fait raisonner en miracle, qu'on aurait vu dès la communion du

' Ta*. 152. ' La Roq., p. 1C3. — > Anonyme, p. 162.

PERPÉTUITÉ DE LA TRADITION. ;s.{

corps si l'enfant l'avait reçu. L'anonyme recon- «mais ayant ouvert ses mains elle n'y trouva

naît franchement que la chose, en effet, derait que de la cendre. On connut, par expérience,

arriver de cette sorte, et il ne voit de ressource que le Seigneur se retire quand on le renie ; et

pour lui qu'en disant qu'aussi est-elle arrivée, le Seigneur se retirant, la grâce salutaire est

Mais voyons combien faiblement il le prouve, changée en cendre. «Partout où le corps parait

■ Je réponds, » dit-il, « (pie saint Cyprien nous comme reçu indignement, la vengeance com-

domie assez à entendre que eette petite fille ne mence par là : la petite fdleest la seule où elle

prit qu'avec peine le pain sacré, quoiqu'il ne le commence parle sang; c'est donc qu'elle ne

dise pas expressément, en nous marquant que, reçut que le sang seul, malgré les chicanes et

dès qu'elle l'ut dans l'Eglise, elle se mit à pieu- les vains efforts des ministres. Ils ont voulu nous

rerel à crier, et troubler toute rassemblée; el taire accroire que saint Cyprien ne parlait pas

qu'elle prit ainsi le sang précieux. » Mais ce mi- en ce lieu de la communion du corps donné

ui.stre qui était entré pins branchement que aux adultes. Ils se trompent; saint Cyprien en

l'autre dans la difficulté, dissimule à son tour a parlé, comme on vient devoir; mais c'est

OÙ en est la force. C'est que saint Cyprien nous quand il a été obligé par quelque événement

représente la petite fille agitée, à la vérité, extraordinaire. Si donc il n'en parle pas dans

dînant toute la prière, mais particulièrement le miracle arrivé à l'enfant, qui ne voit, plus

et d'une manière bien plus terrible, à la pré- clair que le jour, que c'est qu'elle ne l'avait pas

sence de l'Eucharistie, comme si elle eut senti reçu, et que dans l'Eglise de Carthage, la mieux

Jésus-Christ présent; mais ce redoublement du instruite, la mieux policée de toute l'Eglise, où

trouble ne parut qu'à la présence du sang pré- présidait un évéque aussi éclairé et aussi saint

cieux ; c'est devant la coupe sacrée qui le con- que saint Cyprien, on ne communiait les enfants

tenait, qu'elle détourna sa face, comme ne pou- qu'avec le sang seul?

vant supporter une telle majesté : elle ferma la Les autres réponses que fait l'anonymene ser-

bouche, elle refusa le calice, elle ne put retenir vent qu'à nous faire voir l'embarras où il a été.

la poulie desangpréeicux qu'on lui mit par force « Il faut, » dit-il l, « remarquer (pie le pain se

dans la bouche ; ce sang ne put demeurer dans donnait dans la main des communiants. Il s'était

des entrailles souillées, tant est grande la puis- donc pu faire que ces enfants, à qui on l'avait

sance et la majesté du Seigneur! Or sa puissance donné en la main, l'avaient pris à la vérité, mais

et sa majesté n'est pas moins grande dans son ne l'avaient pas mangé, ou même l'avaient jeté

corps que dans son sang : nous aurions donc vu sans qu'on y prit garde. » Sans doute on ne prit

à la présence du corps les mêmes émotions, les pas garde à ce que lit cet enfant de ce gage divin.

mômes convulsions dans l'enfant, et dans ce Sans ce soucier si elle en faisait l'usage pour le-

corps sacré la même force. quel on le lui donnait, c'est-à-dire de le man-

En effet, considérons un autre miracle, que ger, on le mit à la discrétion d'un enfant à la

le môme saint Cyprien raconte dans le même mamelle : on le lui laissa en sa main, pour aus-

endroit, et incontinent après celui-ci. Il se fit sitôt le jeter par terre. Les sacrificateurs des ido-

en la personne non plus d'un enfant, maisd'une les, qui, comme dit saint Cyprien, lui avaient mis

femme; et voici comment le raconte saint Cy- à la bouche du pain souillé de leurs sacrifices,

prien l : « Une autre, qui, déjà avancée en étaient plus soigneux à faire participer les en-

age, s'était coulée en secret au milieu de nous fants à leurs offrandes impures, que les Chré-

pendant que nous offrions le sacrifice, y reçut tiens à leur faire prendre le corps de Notre-Sei-

non pas une viande, mais une épée tranchante ; gneur. Où en est-on quand on a recours à de

et, comme si elle avait pris un poison mortel tels prodiges? Mais voici le comble de l'illusion:

entre la gorge et l'estomac, elle se sentit aussitôt « M. Bossuct a vu qu'on pouvait dire que le dia-

oppressée et étouffée avec une extrême vio- cre qui présentait la coupe aux fidèles, quand il

lence. » Cette adulte devait recevoir non seu- la présentait aux petits enfants que leur âge ne

lement le sacré breuvage, mais encore la viande, permettait pas encore de pouvoir manger du

cibum, comme parle saint Cyprien, et la partie pain, en mêlait un peu dans le calice, afin de le

solide du sacrement. C'est aussi en recevant leur faire avaler plus aisément. » Il s'abuse en

cette viande qu'elle en ressentit la force, funeste méprenant ici à témoin. Jamais je n'aurais

aux indignes et aux sacrilèges. Suivons encore pensé qu'on pût imaginer de telles choses, dans

saint Cyprien. « Une autre reçut dans ses mains un passage où parait tout le contraire, si je ne

profanes la chose sainte de Notre-Seigneur, » les avais vues dans les écrits des ministres. Car

c'est le corps que l'on mettait dans les mains ; pour ne pas ici répéter que du temps de sainl

1 S. Cyp., De laps., toco sup. cit. ' Anonym'. p. 194.

Cyprien, le mélange dont on nous parle était in- de prendre le corps et le sang, en ne mangeant

connu, il suffit que saint Cyprien n'attribue le ou en ne buvant que l'un des deux, à cause que

miracle qu'au sang tout seul. C'est le sang qui la vertu et la grâce, aussi bien que la substance

ne peut demeurer dans ces entrailles souillées ; des deux, est répandue sur un seul. Des passa-

c'est le breuvage sanctifié1 parle sang de Notre- ges formels et précis, où un fait est expliqué

Seigneur, qui cause ces convulsions à cet enfant, clairement dans toutes ses circonstances, sont

Le calice, dont on lui fit prendre quelques goût- le naturel éclaircissement de tout ce qui se dit

tes, lui fut présenté, comme aux autres, pur et ailleurs en termes plus généraux ; et la pratique

sans mélange. C'est ce calice qui fit ce terrible des Pères ne permet pas de douter du sens que

effet, dont le récit nous fait encore trembler ; et nous donnons à leurs paroles.

nous ne pouvons pas douter que, du temps de II ne sert de rien d'objecter aux passages de

saint Cyprien, la communion sous une espèce ne saint Cyprien et de saint Augustin ceux de saint

fût non-seulement établie dans la sainte Eglise Paulin, évêque de Noie, et de Gennade, prêtre

d'Afrique, mais encore n'y ait été confirmée par de Marseille. Car, quand on aurait trouvé dans

un miracle. ces deux auteurs la communion donnée aux en-

II y a plus : saint Augustin a transcrit, dans fants sous les deux espèces, de leur temps, et

une de ses lettres, tout ce passage de saint Cy- dans d'autres Eglises que celle d'Afrique ; l'au-

prien 2, sans y rien trouver d'extraordinaire ; et torité de l'Eglise d'Afrique, ou même de l'Eglise

la communion sous une espèce, qu'on y voit de Carlhage, quand on la voudrait réduire au

très-expressément, ne lui a point paru étrange, seul temps de saint Cyprien, est pleinement suf.

Pourquoi, si ce n'est, comme je l'ai dit dans le fisante pour prouver en cette matière l'indiffé-

Traité de la communion 3, qu'on ne peut nulle- rence que nous soutenons. Mais au fond ces

ment douter que « l'Eglise d'Afrique, où saint deux passages ne prouvent rien. M. de la Roque

Augustin était évêque, n'eût retenu la tradition objecte < des vers que saint Paulin envoie à son

que saint Cyprien, un si grand martyr, évêque ami Sulpice Sévère, pour mettre au bas des

de Carthage et primat d'Afrique, lui avait lais- images dont il avait orné son baptistère. Là, dit-

sée?» A ce passage de saint Augustin, par il, saint Paulin représente le prêtre retirant de la

où j'avais démontré si clairement la suite de la fontaine baptismale « les enfants blancs comme

tradition, les ministres se sont tus, et leur si- la neige dans leur corps, dans leur cœur et dans

lence confirme que ce raisonnement est sans leurs habits ; » ensuite de quoi « il range ces

réplique. nouveaux agneaux autour des autels sacrés, et il

II est vrai qu'ils nous objectent des passages remplit leur bouche des aliments salutaires, sa-

de saint Augustin 4, où ce grand homme nous lutiferiscibis2. «Mais de là quelle conséquence?

représente les petits enfants baptisés, comme Ce ministre ignore-t-il le langage commun de

ayant accompli dans leur communion le pré- l'Eglise, qui, à l'exemple de saint Pierre s, ap-

cepte de manger et de boire le sang de Notre- pelait tous les nouveaux baptisés, et les adultes

Seigneur ; mais c'est ce qui achève- de les con- autant que les autres, des enfants nouvellement

fondre. Car saint Cyprien en dit bien autant, lui nés? Saint Paulin a suivi ce sens, en continuant

qui constamment, comme on vient de voir, dans ainsi sa pieuse poésie : « La troupe des anciens

son traité De lapsis 5, ne leur donnait que le sang fidèles se réunit avec la nouvelle qu'on lui asso-

seul . II ne laisse pas de dire, dans le même traité, cie : le troupeau bêle a la vue de ce nouveau

qu'on les privait du corps et du sang de Notre- chœur, et lui chante, Alléluia : » par où ce saint

Seigneur, en les amenant aux idoles; et il dit homme, nous représentant d'une manière si

ailleurs s, que tous ceux dont Jésus-Christ est la tendre la joie commune des anciens et des nou-

vie (ce qui sans difficulté comprend les enfants veaux baptisés, montre assez qu'il veut parler

baptisés), ont accompli ce précepte de son Evan. principalement des adultes capables de joie, et

gile : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez touchés de Y Alléluia de leurs frères. Et encore

« mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous 7. » qu'on mêlât les petits enfants avec les nouveaux

C'est par où nous démontrons que ces grands baptisés, il ne faudrait pas s'étonner que saint

hommes croyaient qu'on satisfaisait au précepte Paulin désignât le nouveau troupeau par les

• s,nctiflé dan, u «ng de Notre-Se gneur qui le complu, c'e.t adultes, qu'on y voyait principalement éclater,

le feus des expressions de saint Cyprieu, que Bossuet a voulu rendre phlS enCOre par Un transport de leUl" joie, que

par cere phrase : Svctificatu, in Domini sanguine potus de pMutis , hpailié flp ]piir<5 hîlhik hlinps ni mi'iî »,*,»

vhce'ibus erupit. [Ed. de Déforis.) — ■ Epist. 98, ad Bonif. episc, Par la nedUlt Ue leurs liaDUS DianCS, ni qU 11 eut

am. 23, n. 3. — • Part, n, p. sa. — kLa Roq., RéP., P. 119; attribué aux uns et aux autres les aliments sa-

Anonyme, p. 198; Aug., epist. 217, ad Vit., al. 17; De prœdest,

tanct., c. 12; De pecc. tnerilU, c. 21.— ' S. Cyp., De laps., loc. cit. * La Roq., p. 1 18. — • Paulin., epist. 12, ad Se», al. 21, al.

— ' Tetlim., 1. m, n. 23, 26. — ' Joan., vi, 54. epist. 32, n. 5. — * / Petr., h, 2.

tutaires, en entendant Détmnoin8, sans avoir heloiii d'exprimer tout ce détail dans sa poésie, qu'on les donnait à ehaeun convenablement, et selon (|iie la coutume les j admettait.

Quand le prêtre Gennadius, que M, de la Roque objecte encore ', nous bit voir les pelils entants fortifiée par l'imposition des mains et le chrême, et admis aux mystères de? Eucharistie* , il ne dit rien contre la pratique dont nous [tarions. Cf^i être admis aux mystères que de recevoir le sang de Noire-Seigneur; on le prend du même autel que le corps, et on participe à tout le sacrifice. Ainsi l'on ne voit rien jusqu'ici, dans l'Eglised'Orient, qui s'éloigne de la tradition dont nous avonsvu le témoignage dans saint Cyprien. L'Eglise grecque n'avait pas une autre pratique, et le passage de Jobius va le taire voir clairement.

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