OINT, ON NOUS JUGE DIGNES DU SANG PRÉCIEUX
<l e M. de ftleaux, ■dit-il ', « nelriomphe point, qu'il écoule ce qui suit: Moïse, figurant ces choses, lave premièrement d'eau ceux qu'il consacre (pour le sacerdoce), puis il les ha-
DILLE, IL LES OINT, IL LES ARROSE DE SANG, ET LES CONDUIT A LA PARTICIPATION DES PAINS, a Je
confesse que ces paroles suivent celles que j'ai rapportées, et que Jobius y \eut faire voir quelque sorte de ressemblance entre la consécration des sacrificateurs de l'ancienne loi décrite dans* Vi'.iode', el la nôtre, ce qui n'est pas déraisonnable, puisque nous sommes tous par le baptême des sacrificateurs spirituels, comme dit sainl Pierre3. Or Jobius fait consister cette ressemblance en ce qu'à l'exemple des sacrificateurs que Moïse consacrait, ceux qui parmi nous oui reçu l'eau, l'habit blanc, l'onction et la communion du sau<z , reçoivent ensuite le pain de l'Eucharistie. Je le confesse, il> le reçoivent en leur temps et dans le progrès de l'âge; mais ilfj.ul, pour accomplir la ligure , qu'ils aient, selon Jobius, reçu le sang avant le pain : ce qui ne serait pas arrivé, si à celle première fois on eût donne* l'un el l'autre. Car enfin, pourquoi eût-on renversé l'ordre, cl dans une même communion donné le sang avant le corps? On ne donnait donc (pie lesan^ à la première communion, qui était celle des pelils enfants nouvellement baptisés; el, dans celle suite de passage, Jobius ne fait qu'appuyer ce qu'il avait avancé d'abord.
Mais, dit M. de la Roque4, il traite visiblement des adultes. L'anonyme lui répondra bientôt qu'il parle des petits enfants. Voyons donc sur quoi se fonde M. de la Roque pour assurer avec tant de confiance que Jubius traite visiblement des adultes. Pour cela, il produit ces paroles de noire auteur: Ceux qui ont été illuminés (c'està-dire bap lises, connue le ministre l'explique lui-même] portent des habits blancs durant sept jours. Est-ce là un caractère d'adultes? Les pelils enfants baptisés n'étaient-ils pas appelés , comme les autres, illuminés ? Comme les autres, ne portaient-ils pas un babil blanc durant sept jours? Le ministre ne l'ignorait pas; et c'est pourquoi, après avoir lui même traduit Jobius, comme je vien: de le rapporter, il se fonde sur la version du Jésuite Sehottus, qui tourne ainsi: « Les caléchumènes qui ont élé baptisés marchent sept jours durant avec des babils blancs. » Mais en-
1 Le. Bo q., p. 126. — • c \s;>\ — '/ P t. \ :>.--■ ' il
fin, ni le grec ne parle de catéchumènes , ni il ne dit que les baptisés marchent avec des habits blancs: il «lit simplement qu'ils les portent, Xapirpwpopovot, Us portent des habits éclatants; et le ministre lui-même reconnaît qu'il fallait traduire ainsi. Pourquoi donc alléguer celte traduction, si ce n'est pour embrouiller une chose claire? Quoi! parce que M. de la Roque ne trouve rien dans l'original de ce qu'il prétend, faudra-t-ilque la version l'emporte sur le texte? Mais quelle misère d'opposer ici, comme lait ce ministre, les catéchumènes aux petits enfants; comme si les petits enfants, qu'on exorcisait, qu'on bénissait, qu'on oignait pour lebiplènie, n'avaient pas toujours été appelés catéchumènes, et ne l'étaient pasencoredans nos Rituels! Mais enfin , de quelque manière qu'on le veuille prendre, toujours faut-il nous rendre raison pourquoi, dans la communion dont nousa parlé Jobius, il n'a nommé que le sang, qui , n'a\ant aucun sens dans la communion des adultes, n'a de lieu que dans celle des petits enfants.
Que ^ert aux ministres que Jobius ait voulu confirmer cette coutume par des passages de l'Ecriture, peut-être mal appliqués, et par des subtilités que l'holius ne juge pas dignes de la gravité de la théologie *? Je n'ai pas besoin de soutenir tous les laisonnements de Jobius: je n'ai besoin que d'un lait, d'un point de coutume qu'il rapporte, coutume que l'holius ne contredit pas, qui était donc très-constante, elqui ne peut plus être contestée.
Voilà pour ce qui regarde M. de la Roque. L'anonjme parait procéder plus sincèrement, et il avoue, contre M. de la Roque, qu'il s'agit du baptême des petits enfants. Mais, dans la suite, il ne fait que brouiller ; et, forcé de rendre raison pourquoi Jobius n'a exprimé que le sang, il a voulu, sans en apporter la moindre preuve, imaginer une différence entre les enlants et les adultes, en ce que donnant le corps et le sang aux uns et aux autres , aux adultes on commençait par le corps, et aux enfants par lesang; ce qu'il prétend sufiisanl pour donner lieu à Johius de nommer le sang tout seul. Mais jamais il n'y eut réponse plus vi>ib!emenl illu.^oire que cellelà. Car si, comme l'anonyme le suppose, on voulait donner aux enfants non-seulement le sang, mais encore le corps du Sauveur, quelle finesse trouvait-on à commencer par le sang et à remerser l'ordre de l'institution? L'anonyme tombe ici dans le trouble, et la manière dont il s'explique est si pleine de contradictions, qu'elle montre bien qu'il ne sait oui] en est. « L'on commençait, y> dit-il 2, « la nourriture mystique des
%Ibi4. Ai.oi.jme, p. 203.— : Anonyme,] £02.
enfants que le breuvage du sang de Jésus-Christ • mais qui n'était jamais séparé du pain que l'on donnait devant ou après, ou même dans le vin. » Qui vit jamais une confusion semblable? Le même homme dire en trois lignes qu'on donnait le vin le premier, et néanmoins qu'on donnait le pain devant, ou après, ou dans le vin ! Combien faut-il être frappé d'un passage, quand on tombe, pour y répondre, dans un désordre si visible! Mais laissons à partie désordre elles contradictions de l'auteur. Vovons la chose en
elle-même. Donnait-on le corps devant lesang? Cela ne se peut , puisqu'on demeure d'accord que c'est par le sang que l'on commençait. Le donnait-on après? Mais quelle raison de renverser l'ordre? Le donnait-on avec et mêlé dedans? Mais pourquoi donc nommer le sang et non le corps? Tout. 's les fois qu'on fait cette question à l'anonyme, il retombe dans le trouble. «Jobius, » dit-il, « ne parle que du sang , parce que c'était le sang qu'on donnait le premier, et que le pain ne se donnait qu'en petite quantité, et encore, selon toute apparence, détrempée et dissoute dans le vin. » Que de suppositions bâties en l'air, et, qui pis est, discordantes! Car comment estce que le sang qu'on suppose donné le premier, se trouve tout d'un coup mêlé avec le corps? Mais quel vestige trouve- l-on alors de ce mélange , que l'Eglise grecque n'a connu que plusieurs siècles après * ? Ce n'est pas assez à l'anonyme de mettre
' Ce rite de l'Eglise grecque, de mêler les deux espèces dans le calice, pour la communion des fiièlcs, ne parait pas s'être introduit vers ie temps de son sc.isme, comme Bossuet l'a cru. Dans tous les pro ets de réunion entre ies Eglises grecque et latine, on n'a jamais exuè que la première abandonnât sa pratique sur ce point ; et les théologiens de Rome, fort attentifs jusque surles moindres choses' et qui ne pardonnaient rien aux Grecs, ne formèrent aucune objection sur ce sujet (a). La réunion se fit sans que le Pape entreprit d'y donner atteinte: les Grecs réunis l'ont conservé en Grèce et en Italie, aucune opposition. Aussi le cardinal Bona désapprouve-t-il la vivacité avec laquelle le cardinal Humbert reprenait cette discipline (o). qui méritait d'être respectée. Mais écoutons M. Renaudot (c). « Pour commencer ).i.r '.es Grecs, » dit ce savant abbé, • ils ont cette coutume si ancienne qu'on peut certainement marquer le commencement, que, pour la communion des la ques, ils rompent plusieurs particules du pain consacré, qu'ils mettent dans e caiiee. Ensuite ils ont une petite cuiller, avec laquelle le prêtre prend une de ces particules trempées dans le sang précieux, et il la donnp ainsi aux communiants. Il n'y a que les prêtres et les diacres assistants à la liturgie, auxquels ondonne le calice. Les Grecs prétendent que saint ean Chrysostc.me établit l'usage de cette cuiiier; mais il n y en a aucune preuve certaine dans les auteurs ecclésiastiques. Cependant on doit reconnaître que cet usage est fort ancien, et au moins avant la concile d'Eplièse. parce que les nestoriens, qui. s'élant séparés de l'Egii^e catholique dans ce temps-là, conservèrent la discipline qui subsistait a. ors, donnent la communion de cette manière, qui es aussi un usa„'e parmi lesjacobites syriei.s et coplites, les éthiopiens, les arméniens et tous les Chrétiens du rite oriental. Il s'en suit donc d'abo d, qu'avant le v« siècle, le calice a été retranché aux laïc ues sans aucun trouble et sans aucune plainte de leur part, personne ue croyant que cette nouvelle discipline fût contraire à l'instruction de Jésus-Christ. Il ne parait pas que les uns ni les autres aient eu sur cela ie moindre scrupule, ni que les laïques se soient plaints de§ ecclésiastiques, et on n'en peut imaginer aucune raison, sinon qun tous étaient persuadés qu'on recevait également l'Eucharistie en:
(a) Perprt. de la Foi, t. v, p. £70. — (b) Ber. Liiur., lib. n, c, 18. o. 3. — (c) iiid., p. 554.
id. sans aucun témoin, sur une simple apparence comme il le confesse, le pain dans le vin sacré; il faut qu'il y soll dissout, et comme réduit en liqueur. On ne le peu! trouver dans ce passage qu'en le rendanl insensible. Esl ce ainsi qu'on mange le corps du Seigneur? Les ministres ne pressent-ils si violemment la rigoureuse observance de ces paroles évangéliques : Mangez et buvet, que pour en venir à ces minuties! On a peine à souffrir aux Grecs modernes ces extravagantes subtilités : hudra-t-il, pour expliquer Jobius, les placer dans les premiers siècles!
Que si tout ce qu'on réponde eel auteur, de quelque côté qu'on le tourne, est visiblement ridicule, on ne peut plus contester que la coutume de communier les enfants sous la seule espèce du vin ne se trouve tiès-elairenienl établie dans l'Eglise orientale. Quand Théodore de Mopsueste nous ferait voir une autre pratique en quelques Eglises1, comme l'anonyme le prétend; tout ce qu'on en pourrait conclure serait quelque diversité dans une chose indifférente, ce qui suMit pleinement pour notre dessein : puisque les Eglises qu'on supposerait avoir eu sur ce sujet différentes pratiques , n'en vivaient pas moins dans une parfaite unité, et ne songeaient pas seulement à s'inquiéter l'une de l'autre : d'où résulte , sinon la pratique , du moins l'approbation de la communion sous une espèce dans toute l'Eglise. Car de conclure, avec l'anonyme, qu'il but suppléer, par Théodore de Mopsueste, ce qui manque à Jobius, c'est un raisonnement évidemment faux , puisqu'il ne peut rien manquer h Jobius, qui, expliquant de dessein formé l'ordre des mystères, assure positivement que l'on commençait parle sang, et suppose par conséquent qu'on ne donnait point le corps, puisque, si l'on eût eu à le donner, on aurait constamment commencé par 15. Il n'y a
selon son institution, quoique actuellement on ne reçût pas le ca'ica. On ne trouve pas que. pendant pus de douze cent» ans, ces paroles t Buvt-en tous, que les calvinistes croient si claires, pour établir la nécessité de boire le calice, aient été entendues dans le sens qu'il! leur donnent, puisqu'on ne peu) nier que recevoir avec une pe'ita cuiller une particule trempée, n'est pas hoire le calice. Il rst vtal qui n cette minière les Grecs et les Oriennu'" reçoivent les deux espèces, quoi nie autrement que selon la première institution ; maii on n'y peut fonver une entiè e conformité avec cette cène apostolique, don' les protesrants parlant toujours, et sur laquelle ils n'ont jamais pu s'accorder ; tant de formes si ilinVrenes de l'a mintstratiou de leur cène faisant assez voir qu'ils ont une i ée fort conlose de l'onsinal. Les Giecs ion hnnent que la man ère dont ils adminstrent la communion aux laïques a été établie afin de prévenir l'eflYis.ou du calice ; donc ce ne sont pas les Latina seuls qui ont eu de pareilles précautions, pour empêcher la profmaiion de l'Eu hanstie; et si «lies sont une preuve certaine de l'opinion de la présence rei le,
comme les minisires en conviennent il faut que la présence réella
ait ée crue plusirurs se les avant toutes les époques qu'ils or.t inventées d'un prétendu chi jjement de créance, dont on leur a démo t'é llmposftibtlité • Pi-ti et de la Foi, t. v, I vih. c. i, j-ait. ">i8 549. Vov aus«i du même auteur, Litwg Qrirnl Cul/ect., tom i, pag 2>2, 283 et Goar., Not. ad £ucliulug., p. Ii2 et. seq. [Ed. (te Uefuris.)
' TAeod.j episc. Mops., ap. Pool., cod. 117.
donc rien a suppléer dans Jobius; et tout ce qu'on peut accorder à Théodore de Mopsueste, C'est peut-cire qu'il aura vu d'autres pratiques en d'autres Eglises : ce qui ne fait rien contie nous. Je dis peut-être, parce qu'après tout il se pourrait taire que les enfants dont il parle, à qui, selon lui , on donne le corps sacré , ne seraient pas des enfants nouvellement nés, mais des enfants an peu avancés en Age, et qui commençaient à manger. A ceux-là il est véritable qu'on leur donnait, comme nous verrons, le pain sacré; et cela suffit pour vérifier re que Théodore dit en passant. Car il n'avait pas besoin, comme Jobius, qui explique de dessein l'ordre des mystères, d'entrer davantage dans [e détail, et le corps lui était aussi bon que le sang pour ce qu'il voulait. Mais au fond, cela n'importe point du tout, et je donne le choix aux ministres des deux réponses que je leur propose.
Pour ce qui esl du prétendu Denis Aréopagite, allégué par M. de la Roque ', le passage qu'il en lapporte visiblement ne décide rien , puisqu'il nousdit seulement, par une expression ^én «raie qu'on admettait les enfants aux sacrés symboles; Les symboles, les sacrements, les mystères sont comme nous avons vu , des termes généraux, qu'on niellait indiféremment au pluriel et au singulier. Pour savoir précisément ce qu'ils signifient, si c'est le corps seulement, ou le sang seulement, ou tous les deux , c'est la suite du discours, ou la coutume du temps el des lieux qui en décident Jobius n'est pas éloigné du temps où les écrits de saint Denis ont commencé à paraître, cl l'on sail qu'il en est parle pour la première lois à l'occasion des sévériens, c'est-àdire de ces hérétiques par lesquels nous avons lixé la date de Jobius. Ainsi, les expressions générales de saint Denis peuvent être déterminées par celles de Jobius, qui nous montre les enfants communies, avec le sang seul, sans que Pholius, sévère censeur, qui critique expressément cet endroit, l'en ait repris : de sorte qu'on peut conclure que la pratique endurait encore, du moins dans une partie de l'Eglise grecque , où en effet nous ue voyons pas qu'elle ait jamais été changée.
Il n'en a pas été ainsi dans l'Eglise latine. Aux VIII8 et l\e siècles on donnait aux petits enfants, ou les deux espèces, ou quelquefois même le corps seul, ce qui n'est pas moins pour nous, que si on leur eût donné le sang sans le corps. Témoin le livre Des divins offices (n'importe qu'il soitd'Alcuin ou d'un autre auteur du même âge), où l'on communie l'enfant avec cette formule : « Le corps de Notre-Seigneur vous garde
« La Roque, p. 118, Dion. Areop., De Eccle. Hier., c. 7, i 2.
« pour la vie éternelle1. » Nous avons vu la môme formule, usitée envers les entants qu'on baptisait dans la maladie, à qui l'on disait simplement : «Le corps de Notre -Seigneur vous « gante. » Et l'on lit aussi, dans l'Ordre romain, comme M. de la Roque et l'anonyme le reconnaissent1, qu' « on ne doit pas , sans une ex- « trème nécessité, donner la mamelle aux ente fants, avant qu'ils aient reçu le corps du « Seigneur.» M. de ia Roque prétend 3, en vertu de la synecdoche, que par le corps on désigne ici le sa crement entier. Mais il le dit sans raison. On ne voit point, dans ces Rituels, de ces choses sous-entendues : on y explique les choses nettement, et tout du long, parce qu'on y veut instruire de tout l'ordre des cérémonies ceux qui avaient à les pratiquer; ei toute cette diversité concourt à faire voir (ce que nous voulons) une parfaite indifférence dans toutes ces choses.
Que sert donc à l'anonyme de nous alléguer Charlemagne, Théodulphe, Jessé d'Amiens, et les autres du VIIIe et du IXe siècle, avec les Sacramenlaires de saint Grégoire, pour nous dire comment on en usait en ce temps-là? Pour défendre notre croyance, je n'ai pas besoin de soutenir qu'on ait communié les petits enfants sous la seule espèce du vin. J'ai même montré qu'il n'était pas impossible de leur faire prendre du pain, si l'on eut voulu*. Si dans une chose indifférente l'Eglise a varié au VIIIe siècle, loin de vouloir détruire par là ce qu'on a trouvé établi dans les premiers siècles, et dès le temps de saint Cyprien, au contraire on revient, dans la suite, à l'ancienne coutume. M. de la Roque assure que le Pape Pascal II permit de communier les enfants aussibien queles malades avec levinseul~° . Et quoi qu'il en soit, il est certain que, dans le siècle où mourut Pascal, c'est-à-dire dans le XIIe Guillaume de Cham peaux, évèque de Chàlons \ dont j'ai produit le passage eniier dans le Traité de la communion6 , et Hugues de Saint- Victor, enseigne qu' « il faut donner la communion aux enfants avec le calice seul ; » ou, comme dit Hugues de Saint-Victor, l'un des plus célèbres théologiens de son temps, « sous la seule espèce « du sang, au bout du doigt, parce qu'il leur est « naturel de sucer;» et cela, diiee graveauleur, « selon la première institution de l'Eglise1. »
M. de la Roque prétend b que cette première institution, dont parle Hugues de Saint- Victor, regarde le décret de Pascal; mais il se moque.
1 Aie, Div. off., Palrnl., tom. c, édit. M igné, tit. De Sab., |>ass.; Miss. Gui. jam. ritat. — 2 La Roq., Rp., p. 123 ; Anonyme, p. 159; Oïd. Rom. .tit. De bapt., tom. x, Bit.l. PP.—*Itnd., p. 123. * Tr. de la connu , p. 494. . — ' l'use., Il, epist. 32, tom. x (Jonc; 656; LaRoo, Rép., paj. 90; Hisl. aela comm., pag. 2ô. — 1 Part. I. — ' Lib. i Deeaer., cap. 20, tom. X. — » LaRoq., p. ICO.
Appellerait-on la première institution de l'Eglise un décret donné seulement au XIIe siècle, et peu d'années auparavant? Il parait donc, au contraire, que l'expérience ayant appris que les enfants rejetaient le peu qu'on leur donnait de pain sacré, on crut qu'il était mieux d'en revenir à la premièreinstitution , qui avait été en vigueur dès le temps de saint Cyprien, encore qu'elle eût été interrompue durant quelques siècles; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que Hugues de Saint-Victor,quoiqu'on ne donnât que le sang, ne laisse pas d'enseigner, après saint Cyprien et saint Augustin, qu'on satisfaisait à ce précepte, qui ordonne de manger la chair et de boire le sang pour la vie l : tant celte tradition était constante.
Nous avons donc une claire démonstration de la vérité, dans la pratique des premiers siècles, qu'on voit revivre dans les derniers; et tout ce qu'on peut conclure de la variation qu'on voit entre deux, c'est l'indifférence que nous prétendons.
Pour les Grecs, si nos adversaires n'en veulent pas croire les auteurs catholiques, je les renvoie à M. Smith, prêtre protestant de l'Eglise d'Angleterre, qui, en expliquant les rites de l'Eglise grecque moderne, avec beaucoup de sincérité et d'exactitude, a écrit naturellement qu'on y communiait les enfants sous une seule espèce du vin 2. II est vrai qu'il a depuis changé d'avis, dans la seconde édition de son livre, et je ne m'en étonnerais pas, s'il avait apporté des preuves capables de faire changer un homme comme lui ; mais puisqu'il nous donne , pour toute raison, des auteurs grecs , suspects autant que récents, on peut craindre qu'il y ail eu plus de complaisance que de raison dans son changement; et ce qui nous confirme dans cette pensée, c'est qu'il se fonde principalement sur le témoignage d'un archevêque de Samos , qui nous disait le contraire pendant qu'il était ici. M. Smith reconnaît lui-même l'insigne duplicité de son auteur dans un livre qu'il vient de publier, sous le titre d'OEuvr es mêlées. «L'archevêque de Samos,» dit-il3, « a eu honte d'avoir, par une trompeuse fiction, corrompu la vérité, quand je la lui avait demandée à Paris, lorsqu'il y était, dans le dessein de s'établir en Fiance. Mais depuis, étant arrivé à Londres, ne pouvant excuser sa dissimulation, il a reconnu qu'il m'avait trompé par la précipitation de sa langue, et faute d'attention, et il a volontairement corrigé son erreur. »
Mais enfin, quelles paroles nous a-t-il rappoitees de cet auteur? Celles du ue têtue uù cet
' Juan . vi. — ' Mil. Smit/i, De Eccl. Grœc. st-it. hod , p. 104. — 3 Ali c.;'. Lond., an. !UaO; Proœm , De in/, comm. apud Or.
archevêque lui écrit qu'après le baptême', le ger aussi bien que boire, si Ton regarde ces deux prêtre, « tenant le calice où est le sang de notre choses comme inséparables? Le lecteur peut Sauveur, avec le corps réduit en petites par icu- maintenant juger si je n'avais pas raison de dire les. y prend, dans une petite cuiller, une g lutte dans le Traité de la communion », que M. Smith de ce sang ainsi mêlé ; de sorte qu'il se trouve eût aussi bien fait de demeurer dans son sentidans cette cuiller quelques petites miettes du ment, que de se corriger de cette sorte sur des pain consacré, ce qui suffit à l'enfant pour par- fondements si légers, et pour ne dire au fond que ticiper au corps de Nolre-Sekneur. » la même chose.
.Nous confessons ce mélange, et, en cela, l'ar- Au reste, je me sens obligé de répéter encore
chevêque n'a pas trompé M. Smith II. ne l'a pas une fois ce que j'ai dit, et ce que je prouverai en
trompe non plus en lui disant : «qu'on voit son lieu, que dans le VII" siècle le mélange n'é-
« nagerdans la liqueur sainte des particules dont tait pas encore connu parmi les Grecs. Il s'y est
« on communie les adultes; a c'est ce (pie les coulé insensiblement, sans que, dans une chose
(hecs appellent lies marguerite* ou de* perle* : et si indifférente, on se soit opposé au changement,
11. Smith demeure d'accord que ce n'est pas de ou qu'on ait pris soin de le remarquer. Pour
celles-là qu'on donne aux entants, ce qu'il tau- moi «lu moins, je n'en sais autre chose, si ce
•irait faire, toutefois, si l'on voulait leur donner n'est qu'il était établi au &* siècle, et que je n'en
aussi bien le corps que le sang. On se contente trouve rien, ni à l'égard des adultes, ni à l'égard
de présumer qu'il s'attache à la cuiller de l'en- des enfants, dans tous les siècles précédents : ce
tàolquelquesparticule* du pain consacré, comme qui montre que le mélange qu'on a voulu ima-
M. Smith les appelle. Voilà comment, selon lui, giner pour se sauver île Johius, est absolument
on communie les enfants sous les deux espèces, chimérique.
Il persiste dans ce sentiment ; et dans VAver- Il nous reste encore à résoudre une légère ob-
tissement de son dernier ouvrage, ou, après jection de l'anonyme s. Cet homme, peu attentif
avoir vu ce que j'avais dit sur son changement '•, à ce que je dis, suppose (pie je reconnais qu'on
il s'explique définitivement sur la coutume tic réservait le sang pour les entants, et prétend dé-
l'Eglise grecque ; voici ce qu'il écrit3 : « Le pain bruire par là ce que je soutiens, que la réserve
consacré, hrisé avec grand soin en petites par- ne se taisait qu'avec le seid pain. Mais il n'a pas
lies, est mêlé avec le fin consacré, alin de coin- considéré que si la petite tille, dont j'ai rapporté
munier les laïques de ce mélange. Dans le calice l'exemple reçut le sang de Noire-Seigneur, ce
ainsi préparé, selon la coutume, le piètre prend l'ut dans le sacrifice, et qu'il n'y avait aucun lieu
avec la cuiller ce qu'il doit donner aux coininu- à la réserve. Les autres entants communiaient de
niants; et ce n'est point d'un autre calice, où il même. Le baptême leur était donné à la Messe,
n'y ait point de marguerites, qu'on communie le samedi saint, comme tous les sacramentaires
les enfants. Qu'on suppose donc, alin que mon le font voir; et s'il n'y avait quelque autre em-
argument soit plus fort, que le creux de la cuit- pêchement, on pouvait alors leur donner le sang
1er soit humecté du sang seul, sans qu'il s'y at- sans qu'il y eût été réservé, ou même les deux
tache aucune miellé, quoiqu'il y en puisse avoir espèces nouvellement consacrées. Mais quand ils
d'insensibles, et que cela puisse facilement arri- étaient malades, cl qu'il les fallait baptiser à la
ver, lorsqu'on brise du pain le\é. Si c'est le sen- maison, sans avoir le temps de dire la Messe,
Binent de l'Eglise grecque qu'on puisse conunu- nous avons vu que, comme aux autres malades,
nier sous une seule espèce, qu'esl-il nécessaire de on ne leur donnait que le corps , ce qui achève
les mêler toutes deux, et de ne donner la coin- de démontrer que la réserve ordinaire ne se
munion que de ce seul mélange? » Voilà tout faisait qu'avec l'espèce solide. Que si, dans qucl-
l'argument de M. Smith. Mais je lui demande à ques endroits, après qu'on eut pris la résolution
mon tour: Si c'est l'intention de l'Eglise grecque je ne leur jamais donner le pain sacré, on les
de donner aux enfants les deux espèces du sacre- attendait quelque temps avec le sang de Notre-
ment, et aussi bien ce qu'on y nia ge que ce Seigneur, de peur de les priver tout à fait de la
qu'on y boit, pourquoi, dis-je, choisit-on pour communion; Hugues de Saint-Victor, qui seul
eux la liqueur seule, pendant qu'on donne aux parle de celle courte réserve, ajoute que : « s'il
adultes les particules sensibles du pain sacré? « y a du péril ou à garder le sang, ou à le don-
Que ne coule-l-on dans la bouche de l'enfant « ner, il tant surseoir; » c'est-à-dire ne commu-
quelqu'une de ces marguerites, comme ils les ap- nier pas les entants : de sorte que, quelque désii
pellenl? et, en un mot, que ne les fait-on man- qu'eût l'Eglise de leur donner la communion,
elle aimait mieux les en priver que d'exposer le
' Ptaf., 2« edit. Smith. — 2 IV. de la corn., p. 495. — ' Miscel.,
Proœni. De in/, corn. ' Pag. 496. — J Anonyme, p. 102.
sang de Notre-Seigneur au péril, ou d'être altéré en le gardant trop longtemps, ou d'être répandu à terre, en le donnant à l'enfant. Voilà toutes les objections des ministres parfaitement éclaircies; et enfin j'ai démontrédès les premiers siècles de l'Eglise, la solennelle communion des petits enfants sous la seule espèce du vin : coutume si peu blâmée parmi les fidèles, que l'Eglise latine la reprit vers le XIIe siècle, et que l'Eglise grecque y persiste encore dans le fond.