CHAPITRE XXXII
De la nécessité de la communion des petits enfants : si elle a été crue dans l'ancienne Eglise, et si, en tous cas, elle fait quelque chose contre nous en cetteoccasion.
C'est à nos adversaires une malheureuse nécessité de joindre toujours leur défense avec l'accusation de l'antiquité chrétienne. Ainsi M. du Bourdieu, cité dans le Traitéde la communion l, n'a pascraint de traiter d'abus l'ancienne coutume de communier les petits enfants2 : ainsi M. de la Roque, dans son Traitéde l'Eucharistie*, a dit que cet abus était fondé sur la grande et dangereuse erreur de la nécessité de l'Eucharistie, qu'il attribue à presque tous les Pères, à commencer par saint Cyprien et saint Augustin, et qu'il appelle l'erreur non-seulement de plusieurs Pères, mais encore de plusieurs siècles. Il soutient dans sa Réponse, la même accusation de l'antiquité4 : l'anonyme se joint à lui, et il appelle une erreur si faussement attribuée aux Pères, l'erreur des six premiers siècles, et l'erreur de l'ancienne Eglise.
C'eût été m'éloigner trop de mon dessein, que d'entreprendre de justifier sur ce point l'ancienne Eglise, dans le Traité de la communion, sous les deux espèces, dont le titre seul faisait voir qu'il avait un autre but; et toutefois, pour ne pas laisser nos réformés dans des sentiments si préjudiciables à la piété et à l'honneur de l'antiquité chrétienne, je leur avais indiqué un endroit de saint Fulgence 5, où l'on trouve un si parfait dénoùment de toute la difficulté, qu'il n'y a plus après cela qu'à se taire. Que fait ici M. de la Roque 6? Entêté qu'il est de ses préventions contre saint Augustin et l'ancienne Eglise, il dissimule un passage que j'avais si expressément marqué ; et, sans faire seulement semblant d'y avoir pris garde, il me répond froidement 7 a qu'il eût souhaité qu'en parlant de ceux qui ont combattu la nécessité de l'Eucharistie, M. de Meaux ne fût pas descendu si bas que Hugues de Saint-Victor, le seul auteur qu'il nomme ; car il vivait au XIIe siècle. »
• Part.l, n. 3. — 2 Du Bourd., rép. 1, pag. 36. — 3 Hpt.del'Euch., part. I, c. 2, p. 236 "et suiv. — * Rép., part, i, ch. 5 p. 114 ; part, n, ch. 4, p 197. . — » Part. I, u. 3. — « Xa Rorj., p. 110.— Ub., p. 115.
J'avoue que Hugues de Saint-Victor, très-propre à prouver le sentiment de son ciècle, pour lequel aussi je l'avais produit, ne l'était pas à prouver celui du pape saint Innocent I et celui de saint Augustin ; mais saint Fulgence, ce savant disciple de saint Augustin, et saint Augustin lui-même, si fidèlement rapporté par saint Fulgence, n'étaient-ils pas suffisants pour faire entendre saint Augustin et les auteurs du même âge? Pourquoi donc dissimuler l'endroit de mon livre où j'avais expressément cité saint Augustin et saint Fulgence, et oser dire que Hugues de Saint- Victor est le seul auteur que je nomme ?
Afin donc que ceux de nos frères qui liront cet écrit ne tombent pas dans la même faute, et qu'ils se désabusent de la mauvaise opinion qu'on leur a voulu do mer de l'ancienne Eglisejeveux bien leur épargner le travail d'allerchercher saint Fulgence, et je transcrirai ici, de mot à mot, tant ce que dit ce grand homme, que ce mot qu'il a copié de saint Augustin. Il fautdonc savoir, avant toutes choses, qu'un Ethiopien qui avait reçu le baptême, étant mort sans qu'on eût le loisir de lui donner l'Eucharistie, le diacre Ferrand, célèbre par ses écrits, consulta saint Fulgence à l'occasion de ce baptême, pour savoir ce qu'il fallait croire du salut de ceux qui, prévenus de la mort incontinent après leur baptême, sans avoir été communies, semblaient être condamnés par cette sentence de Noire-Seigneur : « Si « vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et « ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en « vous-mêmes. » Voilà donc précisément notre question, et voici la réponse de saint Fulgence 1 : « Si quelqu'un qui aura reçu le baptême, est prévenu de mort avant que d'avoir mangé le corpsetbulesangduSauveur.lesfidèlesnedoivent pas en être émus sous prétexte que Notre-Seigneur a prononcé cette sentence : Si vous ne mangez la chair, etc. Car quiconque regardera ces paroles, non pas selon les mystères dont la vérité est enveloppée, mais selon la vérité même qui est enfermée dans le mystère, il verra que cette parole de Notre-Seigneur est accomplie dans le baptême. Que fait-on en effet dans le baptême, si ce n'est de faire de tous les croyants autant de membres de Jésus-Christ, et de les incorporera l'unité ecclésiastique? car c'est à eux que saint Paul écrit : « Vous êtes le corps de Jé- « sus-Christ, et un de ses membres; » et le même Apôtre fait voir non-seulement qu'ils par. ticipent au sacrifice, mais encore qu'ils sont eux-mêmes le sacrifice, lorsqu'il leur adresse ces pai oies : « Je vous conjure, mes Frères, que « vous fassiez de votre corpsunehostie vivante*2.»
1 Fulg., epist. 12 Ad Feir. de lapL. <elh., c. 2, n,24— '.Ro»». xn. !•
Ce grand homme fait voir ensuite, par d'antres passages, que nous devenons un seul corps, un seul esprit el un seul pain (le Jésus-Christ, son saci Iflce, son temple, el un membre de son corps, « quand nous sommes unis à Jésus-Christ comme à notre chef dans le baptême. Celui doue, continue-t-il, qui est l'ait un membre de Jésus- Christ dans le baptême, peut-il ne recevoir pas ce qu'il devient? Puisqu'il est l'ait le vrai mem» lue du corps, dont le sacrement se trouve dans le nacrifloe, il devient donc pour la régénération du saint baptême, ce qu'il doit recevoir ensuite dans le sacrifice de l'autel. »
Saint Fulgcnee démontré par là qu'il ne faut pas être en peine du salut d'un Domine baptisé, quand il m airrait sans communier, puisqu'il a reçu par avance dans le baptême ce qu'il v a de principal dans la communion, qui esl d'être incorporé à Jésus-Christ, el par conséquent participant du salut que trouvent en lui ceux qu'il fait les membres de son corps. Mais afin qu'on ne pensât pas que celle doctrine lui fût particuliers, il insère dans sa lettre un sermon de saint Augustin aux enfants, c'est-à-dire aux fidèles nouvellement baptisés, où cet incomparable docteur leur enseigne : « qu'ils sont le c corps de Jésus-Christ, qu'ils sont un seul pain, » et que cela leur est donné par le baptême : qu'ils \ sont moulus connue le grain : « qu'ils v « sont comme pétris par l'eau baptismale : qu'ils « y sont cuits par le feu du Saint-Esprit : que par là ils sont ce qu'ils voient sur l'aide et « qu'ils y reçoivent ce qu'ils sont. » Que nos adversaires n'aillent pas ici sortir de la question, et songer aux dillicullés qu'ils se forgent dans ce passage, contre la présence réelle, pendant qu'il s'agit de vider ce le de la nécessité de l'Eucharistie. On ne peut ni on ne doit tout dire à toide occasion et en tout lieu ; et tout ce que je prétendsid, c'est de conclure, avec saint Pulgence : « qu'il s'ensuit indubitablement de ces paroles de saint Augustin, que chaque fidèle participe au corps et au sang de Jésus-Christ, quand il est fait membre de Jésus-Christ par le baptême, et qu'il n'est pas privé de la communion de ce pain et de ce calice, encore qu'il meure sans en avoir ni mangé ni bu. Car il ne perd point la communion el le fruit de ce sacrement, puisqu'il se trouve être déjà ce que ce sacrement signifie; » c'est-à-dire qu'il est lui-même le corps de Jésus- Christ à sa manière, comme étant un membre vivant du corps de l'Eglise, dont Jésus-Christ est le chef1.
i BosMiet remarque, à la marçe de son manuscrit, nue saint Augustin purle dans son sermon £U a 'un enfan mor catéchumène, et ressuscité à la prière d c sa mèr. et q'iele ta utuucteur, <n racontant tous les sacrements qu'on oopo» à cet enfant ressuscité, ne dit pas un mot de l'Eucharistie. {E . deiJu. .j.)
Il faut donc conclure de là, que selon la doctrine de saint Augustin, tout baptisé, quia reçu le fruit du baptême, a reçu au fond dans le même temps la grâce du sacrement de l'Eucharistie, et par conséquent avec la vie nouvelle le gage du salut éternel.
Saint Fulgence aurait pu conclure la même chose de cent autres passages de saint Augustin, où il enseigne, après l'Ecriture, que par le baptême nous sommes régénérés, renouvelés, jusliliés, adoptés, cl enfants de Dieu : que la rémission de nos péchés v est donnée, L'image de Dieu réformée en nous, sa grâce répandue dans nos' cœurs, el d'autres choses semblables, qui l'ont voir que le baptême est suffisant par lui-même pour assurer notre saint; puisqu'il n'est pas possible, je ne dis pas que saint Augustin et les autres Pères, mais qu'aucun homme, quel qu'il soit, ait pu s'imaginer qu'on fût damné avec tous ces dons. Toul cela n'empêche pourtant pas que sur le fondement de celle parole : « Si vous ne « mange/ la chair du fils de l'homme el ne bu
« vez son sang, vousn'aUrei pas la vie cuvons,» les Pères n'aient pu dire que l'Eucharistie était nécessaire, el même absolument nécessaire, au même sens qu'on dit que la nourriture l'est aussi; niais non pas absolument de la même aorte et au même sens que le baptême. Le ba leme nous est nécessaire pour nous donner la vie, li nourriture céleste de l'Eucharistie est nécessaire pour l'entretenir. Ainsi elle la suppose, et l'on peut vivre, du moins quelque temps, sans l'Eucharistie, connue on peut vivre quelque temps sans nourriture. N'importe que la ressemblance ne soit peut-être pas toul à fait exacte. Poussera bout l'exactitude de la ressemblance, el la prendre en toute rigueur dansées matières morilles, c'est faire dégénérer la théologie en chicane. Il suffit qu'en général il soit vrai de dire que le baptême donne la vie, comme l'Eucharistie l'entretient, et que, toutes proportions gardées, elle esl aussi nécessaire pour l'entretenir (pie le baptême pour la donner. C'en est assez pour vérifier ce que les Pères ont dit de la néce>silé île l'Eucharistie. Ilsn'ont paseu besoin de descendre ail degréde nécessité, nia l'exacte comparaison de la nécessité des deux sacrements, à cause que de leur temps on lesdonnail tous deux ensemble. Biais cinq raisons démontrent invinciblement qu'ils ont eu en toui el partout la même croyance que nous. La première, qui seule serait décisive, c'est que, lorsque laqueslion leur est ex. pressément proposée, ils réponuent, comme nous faisons sur les principes de tradition, ainsi qu'on vient de le voir dans saint Eulgence. La seconde, qu'ils ontposéesi clairement la panade
justification et rémission des péchés par le seul intérêt qu'ils ont à décrier l'ancienne Eglise, qui
baptême, qu'ils n'en ont pu ignorer une cotisé- les condamnant en tant de cho<e% les condamne
quence aussi claire quecelle du salut deceuxàqui en particulier dans la matière que nous traitons,
tous les péchés étaient pardonnes. La troisième, par la communion qu'elle a donnée aux entants,
qui revient à la même chose, mais que nous pou- tantôt sous la seule espèce du pain, tantôt sous
vous distinguer pour un plus parfait éclairasse- celle du vin aussi toute seule. C'est ce qui attire
ment, qu'ils supposent si bien avec nous tous les aux anciens les mépris que les protestants leur
péchés pardonné^dansle baptême, que comme témoignent tout ouvertement, et ce qui fait dire
nous ils enseignent qu'on reçoit l'Eucharistie in- à ces messieurs, avec un air presque triom-
dignement quand on la reçoit dans le crime. La phant, ces odieuses paroles : « C'est l'erreur des
quatrième, qui dépend aussi du même principe, « six premiers siècles, c'est l'erreur de l'antienne
qu'ils conviennent avec nous dans la commune « Eglise. » notion de l'Eucharistie comme nourriture, qui
par conséquentsupposela personne déjà vivante, CHAPITRE XXXIII.
puisqu'elle ne t'ait qu'entretenir la vie. La CÏn- De la communion donnée sous la seu'e espèce du pain aux
guième, qui est une suite Je tOlll le reste, qu'en enfants plus avancés en âge. — Histoire rapportée par Eva-
effet lorsqu'ilSOntparlédece qui est absolument grius et par Grégoire de Tours. -Second concile de Mâcon.
et indispensablement nécessaire, ils n'ont mar- J'ai l'ait voir, dans le Traité de la communion,
que que le baptême, ce qui parait en ce que le que l'Eglise qui approuvait la communion sous
baplème,comineabsolumentnécessaire,aétémis une espèce, en donnant le sang tout seul aux
dans le cas de nécessité entre les mains de tous les petits enfants dans le berceau, ne lui donnait pas
fidèles, dont il y a, comme on sait, une infinité une moindre approbation en donnant le corps
de témoignages dans les Pères, et en particulier seul aux autres entants un peu plus avancés en
beaucoup de très-exprès dans saint Augustin, âge, et je me souviens d'avoir promis tout à
Or, jamais ils n'ont mis la consécration et la dis- l'heure de confirmer clairement cette vérité. Il
iribution de l'Eucharistie entre les mains de me sera maintenant aisé de tenir parole, en fai-
tous les fidèles ; mais ils l'ont toujours réservée sant voir les faibles réponses de mes adversaires,
à l'ordre sacerdotal. Ils n'ont donc jamais connu Je leur avais proposé1 « l'ancienne coutume
le cas où l'Eucharistie fût d'une même néces- « de l'Eglise de Conslanlinople, » comme l'ap.
sité que le baptême. pelle Evagrius2, de donner à de jeunes enfants
C'en est assez pour une question qui n'est pas « ce qui- restait des sacrées parcelles du corps de notre dessein, et dont nous avons à dire « immaculé de Notre-Seigneur, s'il y en avait d'autres choses en un autre lieu. J'ajouterai seule- « un grand nombre. » C'est qu'après la Consentent que, de quelque manière qu'on décide la cration, et pour faire la distribution du pain, on question de la communion des petits enfants, le partageait en morceaux ou en parcelles. Si l'argument que nous en tirons est toujours éga- après la communion il n'en restait que trèslement invincible. Car comme je l'ai déjà dit peu, le clergé suffisait pour le consumer; que dans le Truite de la communion » : « Lorsque s'il en restait beaucoup à consumer, on y appert l'Eglise a communié les peiits enfants sous la lait les enfants; et comme il ne pouvait man- « seule espèce du vin, » et en d'autres occasions quer d'arriver souvent qu'il y en eût beaucoup sous celle du pain, « ou elle jugeait ce sacrement de reste, cette sorte de communion sous une « nécessaire à leur salut, ou non : si elle ne le espèce était très-ordinaire. Elle doit aussi être « jugeait pas nécessaire, pourquoi se presser de regardée comme très-ancienne, et Evagrius la « le donner, pour le donner mal ? Si elle le ju- remarque déjà comme ancienne dès le temps de « geait nécessaire, c'est une nouvelle démons- Justinien et du patriarche Alennas, c'est-à-dire « tration qu'elle crojait tout l'effet du sacrement au VIe siècle. On ne peut nier non plus qu'elle ne « renfermé sous une seule espèce. » fut très-célèbre et connue par toutes les Eglises,
Voilà en effet une pariaite démonstration, ou à cause du miracle arrivé à un enfant juif, qu'E-
jamais il n'y en aura en matière de théologie, vagrius raconte dans le même endroit. Ce jeune
Aussi vois-je que mes adversaires n'ont rien à enfant ayant communié en celte manière avec
y répondre ; de sorte que ce qu'ils disent du les autres enfants de son âge, en haine de cette
sentiment des anciens sur la nécessité de l'Eu- action fut jeté par son père, vitrier de profes-
charislie, n'est qu'un pur amusement, pour dé- sion, dans la fournaise brûlante, où il fut mira-
tourner les esprits de la question pi incipale, ou culeusement conservé; et ce miracle, écrit e.i
plutôt et à dire vrai, c'esl l'effet du malheureux Orient, par Evagrius, est rapporté en Occident
1 Part. I,», 3. » Part, i, n. 3. — ■ Evugr., Bis', .des., 1. iv, c. 36.
a peu près dans le même temps, par saint Gré- rolos d'Evagrius, qui appelle ces précieux resles,
poire de Tours i, Us particules sacrées de Notre-Seigneur,ûu môme
A cette occasion j'ai rapporté une coutume nom dont on appelait ce qu'on donnait aux fidèsemhlable de l'Eglise de Fra ce , marquée dans les pour leur communion ; coinmeon l'a pu voir k cél bre canon du second concile de Maçon en divers passages (pie nous avons cités, et enen 585 , où il est poi lé que tous les restes du tre autres dans celui de la lettre de saint Basile lacriiice, après la Messe achevée, seraient don- à Césarius. C'était donc nue véritable et parfaite nés, arrosés du vin, le mercredi et le vendredi, communion.
à des enfants innocents, à qui OU ordonnerait de Secondement, loin qu'il faille croire qu'elle
jeûner [tour les recevoir. » l'ar où l'on voit cour fut extraordinaire, elle était si ordinaire et si
bien était ordinaire celte communion ; et qu'elle fréquente, qu'on lui assignait des jours réglés,
avait ses jours réglés à chaque semaine, c'est-à- et encore deux jours par semaine, à savoir le
dire le mercredi et le vendredi. mercredi et le vendredi, connue il parait par le
Il est bon de considérer ce que disent ici les canon de M&con.
protestants. Premièrement, le docte Saumaise, Troisièmement, il parait encore par se canon
dan> le traité qu'il a composé contre Grotius, que ces parcelles étaient restées du sacrifice; et
De la tranuubstantiation \ sous le nom de Sun- par conséquent qu'elles avaient été consacrées
plicius Verinus, décide de son autorité, et sans avec celles dont ou avait communié les autres
en alléguer aucun témoignage, qu'en général fidèles. Or que la consécration eût un effet per-
on pourrait montrer que l'Eucharistie se donnait manent dans la croyance de l'ancienne Eglise,
quelquefois aux catéchumènes et aux pauvres, ta communion domestique el la communion des
Il ajoute, au sujet des enfants dont Evagrius a malades ne permettent pas d'en douter ; et loiu
parlé, « que leur âge ne leur permettant pas de qu'on puisse montrer que le pain une fois con-
commumer au corps de Jésus-Christ, ils rece- sacré pût perdre sa consécration, nous avons vu
vaienl des morceaux de l'Eucharistie comme du saint Cyrille qui traite d'insensés ceux qui le
pain commun, et non pas du inoins connue croient. Ces parcelles dont il s'agit étaient donc
élant le sacrement de son corps. » véritablement consacrées à la matière d'une véri-
M. delà Roque semble avoir suivi ce scnli- table communion,
ment, et, quoi qu'il en soi!, il assure qu'en don- Quatrièmement, on voit la môme chose par la
nant ces restes aux enfants, « on ne songeait à précaution qu'on prend par le canon de Mà-
■ rien moins qu'à les communier; a ou, connue cou, de donner aux enfants ces restes sacrés,
il s'explique un peu après, que ce n'était « rien que lorsqu'ils seront à jeun, qui était la précau-
« inoins qu'une communion légitime, » ne crai- lion ordinaire et universelle dans la communion
gnant pas même de l'appeler « une communion véritable.
« imaginaire6. » Cinquièmement, la suite du même canon le
Toute la raison qu'il en allègue6, c'est pre- démontre d'une manière à ne laisser aucune mièrement que. selon Evagrius, on ne donnait réplique. Car voici comme il commence1 :« Nous aux enfants ces parcelles du corps de Notre- ordonnons que nul prêtre n'ose célébrer la Messe Seigneur qu'en cas qu'il y en eût beaucoup de après avoir mangé ou bu; car il est juste que reste; d'où ce ministre conclut qu'on n'avait l'aliment co. porel aille après le spirituel. La donc pas dessein de communier ses enfants, mais chose a déjà été définie dans le concile de Carde consumer ces resles; el secondement, qu'on thage. et nous joignons notre décret à celle déles leur donnait ai rosés de vin. finition, ordonnant avec ce concile que le sacre-
Par cette dernière remarque, on pourrait croire ment de l'autel soit toujours célébré à jeun, si
que l'on n'avait pas dessein de communier les ce n'est au jour du jeudi saint. » Après quoi ils
malades, h qui l'on donnait le pain sacré dé- ajoutent, comme un accessoire de ce décret, ce
trempé de la même sorte dans du vin ou dans que nous venons de dire des enfants : qu'il leur
quelque liqueur commune : chose ridicule et l'ait donner les restes du sacrifice, en leur or-
qui tombe par elle-même. Mais en général on donnant d'être à jeun, indicto jejunio : ce qui
va voir que le dessein de consumer les restes montre qu'ils regardaient celle communion
s'accordait très-parfaitement avec celui de coin- comme de même nature que toutes les autres,
munier les enfants. et comme devant être prise avec la même véné-
C'esl ce qui parait en premier lieu par les pa- ration et la même préparation.
Sixièmement, la même chose paraît encore
« Drçhr m*,L, îiv. i. cap- io. -' 7v. de h comm part, r, ... 3. par ja précaution que l'on prend de ne donner
— s Conc. Mut:*., il, eau. 6, Lulib. tom. v, col. 9t2. — ' De l/anssub. r < T r
an 1C46. — s La Moque, p. 150, 158 — e Pag. 157. i Conc. Mat:;., can 6.
ces restes sncrés qu'à des innocents, c'est-à-dire Grégoire de Tours rapporte que l'enfant inter-
de ne les donner qu'à ceux dont l'Age innocent rogé sur sa conservation miraculeuse, répondit
et exempt de crime conservait la grâce du bap- « que celte femme qu'on voit assise sur une
tême entière; de peur qu'Us ne mangeassent leur chaise avec un petit entant sur son bras dans
jugement, faute de discerner le corps du Seigneur, l'Eglise où il avait pris le pain avec les autres
comme dit saint Paul. entants à la table, l'avait enveloppé de son man-
En septième lieu, ce sens est confirmé mani- teau pour le défendre des flammes. » Mais c'est festemenl par le dix-neuvième canon du troi- trop visiblement se moquer de nous, que de nier sième concile de Tours l : « Il faut avertir les sous ce prétexte que les auteurs dont nous apprêtres, qu'après avoir achevé la Messe et com- prenons ce merveilleux effet, ne l'aient pas attriînunié, ils ne donnent pas indifféremment le bué principalement à la communion, puisqu'ils corps de Notre-Scigneur aux entants ou aux le posent au contraire comme le fondement de auires personnes présentes ; de peur qu'au lieu tout le miracle, le reste n'étant récité que comme d'un remède, ils ne s'acquièrent la damnation, le moyen de l'exécution, s'ils se trouvent coupables de grands péchés : » Onzièmement, et quand M. de la Roque dit précaution qui revient, en ce qui regarde les que celte circonstance que fui tue, de la femme enfants, à celle du concile de Mâcon, où, pour vêtue de pourpre, détournera de celte narration consumer ce qui restait après le sacrifice et la toutes les personnes raisonnables, je vois bien ce communion, on choisit des entants innocents, qui l'a piqué. C'est qu'il est fâché de voir avec Et c'est à quoi regardait ce second concile de la communion sous une espèce tant d'autres Tours, lorsqu'il défendait de donner, après le choses qui le blessent; comme, par exemple, sacrifice et la communion, le corps de Notre- l'intervention de la sainte Vierge dans un lel mi- Seigneur indifféremment à toutes sortes d'en- racle. Il y faut encore ajouter qu'il arriva dans fants, ou à toute autre personne qu'on présumait la basilique qui portait son nom; car c'est aussi n'être pas innocente. ce que remarque Grégoire de Tours : que son
En huitième lieu le miracle même raconté par image y était en lieu éminent, d'où la vue en
Evagrius. répété par saint Grégoire de Tours, avait frappé le jeune enfant, quand il s'appro-
et célébré par toutes les Eglises, fait bien voir cha de la table : qu'elle y était revêtue de pour-
qu'on regardait celle communion comme véri- pre; et que lout cela parait au Ve siècle. Si j'ai
table et parfaite ; puisqu'on lui attribue un aussi omis ces circonstances, qui n'élaient assurément
grand miracle que celui de conserver un enfant guère néeessaires à mon dessein, je ne suis pas
dans une fournaise ardente : effet que les Chré- fâché maintenant que M. de la Roque m'ait
tiens n'auraient jamais attribué à une commu- obligé à les dire.
nion imaginaire, comme M. de la Roque ose la Enfin Grégoire de Tours ne nous permet pas
nommer. . de douter qu'il ne s'agisse en ce lieu d'une véri-
En neuvième lieu, il paraît de là que ce mi- table communion; puisque, répétant ce que
nistre ne peut tirer aucun secours du doute qu'il raconte Evagrius de cet enfant juif, qui reçut
veut répandre sur un fait si miraculeux et si avec les autres enfants « les parcelles du corps
célèbre. II suffit que les Chrétiens l'aient cru, « immaculé de Notre-Seigneur, » il ditqu'il reçut
pour faire voir qu'ils regardaient ces sacrées avec eux « le corps glorieux et le sang de Notre-
parcelles comme le corps de Notre-Scigneur :et « Seigneur, » où il ne faut pas s'imaginer qu'il
quand les ministres voudraient répondre que, ait voulu parler des deux espèces; car jamais
pour croire un si grand miracle, il suffit qu'ils on n'entend parler dans l'antiquité des restes
regardassent ces parcelles comme le simple sa- du sang précieux. Si l'on en demande la rai-
crement du corps, c'en est assez pour conclure son, nous la dirons peut-être en lieu plus pro-
que c'était donc selon eux le vrai sacrement, et pre; mais enfin le fait est constant. C'est du
que jamais on n'aurait attribué une pareille vertu corps seul qu'on consumait dans le feu les pré-
àdes parcelles retournées à leur simple nature deux restes, dans l'Eglise de Jérusalem, selon
de pain commun, ou qui auraient perdu leur Hésychius : c'est du corps d:nt on donnait
consécration. aux enfants les sacrées parcelles dans les conci-
En dixième lieu, il ne sert de rien de dire, avec les de Mâcon et de Tours : c'est du corps immole même ministre 2, que ce miracle est attribué, culé dont parle Evagrius ; et les protestants qui non à celte communion imaginaire, mms h une fourrent partout, si l'on me permet de parler femme vêtue de pourpre, c'est-à-dire à la sainte ainsi, leur synecdoche, ne se sont pas avisés de Vierge. En effet, Evagrius le raconte ainsi; et l'employer en ce lieu. On peut donc tenir pour » T«mii conc. Gait. an. 813, Lab., t. vu.- ' La Roq. P. 167. certain que c'est le corps seul, ou plutôt la seule
espèce du pain, que cet lutteur appelle le corps peuple ; mais qu'après 1â consécration on en ait
M le sang, i > .- 1 1 - une locution dontnous avons jamais (ait un tel usage, c'est un prodige inouï à
déjà \u plusieurs exemples, mais celui-ci est tous ceux qui ont quelque idée des antiquités
formel et incontestable, C'est pourquoi Grégoire ecclésiastiques.
de tours fait dire à l'enfant qu' « il avait pris le
« pain à la table avec les autres enfants ; »> et il CHAPITRE XXXIV.
est digne de remarque qu'en taisant parler UIl De la eommunionsousunees|>ére<lnn<lofnce public de l'R^lise.
enfant juif, ignorant des mystères aussi bien que a mesure que nous avançons dans ce traité, du langage de l'Eglise, il lui l'ait nommer sim- nos preuves se fortifient visiblement , et celle plemenl le pain. Mais lui qui était évêque , et que nous allons rapporter est tout ensemble la qui nomme naturellement, non le signe, mais plus importante et la plus claire. J'ai soutenu la chose môme, parle .selon la pbrase crelésias- aux ministres, avec tous les auteurs catholiques tique, et l'inséparable union du corps et du .sang que la communion était si indifférente sous une lui fait joindre les noms de tous les deux par ou sous deux espèces, que dans l'Eglise même et rapport à une seule espèce. dans l'olfice public, où l'on présentait l'une et Il est donc plus clair que le jour qu'on croyait l'autre, il clail Mine de n'en prendre qu'une véritablement communier ces entants, encore seule; cl la chose va maintenant paraître si qu'on ne les communiât que sous une espèce, claire après les réponses de mes adversaires, (l'est une erreur insensée, selon les Pères , de qu'il n'\ aura plus moyen d'en douter, croire que la consécration eût cessé dans les II s'agit, avant toutes choses, d'un passage de précieuses parcelles qu'on leur donnait; et les pa- saint Léon cl d'un autre de saint Gélase, son rôles que nous avons rapportées de M. Saumaise disciple et son successeur. Mais avant que de nous font bien voir ce (pie c'est que ces grands rapporter celui de saint Léon, et pour eu bien savants, lorsqu'elles des sciences humaines , ils pénétrer le sens, il sera bon de remarquer, avec entreprennent de décider, par leur propre sens, M. de la Roque *, « que Léon parle contre les de la tradition de l'Eglise. Ce docte Saumaise ne manichéens, qui avaienten horreur le vin, qu'ils dit pas un mot qui ne soit, je ne dirai pas à un regardaient connue une production du diable, tel homme une ignorance grossière, mais la et qui niaient que le Fils de Dieu eût versé son marque d'une pitoyable prévention. Croirait-on sang pour noire rédemption, croyant que ses qu'un tel docteur, qui sans cesse feuilletait les souffrances n'avaient qu'une illusion et une livres où l'on trouve partout la communion des apparence trompeuse. » C'était pour ces deux petits enfants, ait pu dire que les petits enfants raisons que ces hérétiques ne communiaient n'avaient pas la permission de communier , et pas au sang de Noire-Seigneur, et qu'ils le rcqu'on leur donnait, à la place, des morceaux de tranchaient de l'Eucharistie, ce que je prie le l'Eucharistie réduite à n'être plus que du pain lecteur de bien remarquer. « Cependant,» pourcommun? Hais quelle audace d'appeler du pain suitM.de la Roque, « pour n'être pas découcouuuun, ou en tout cas quelque chose qui ne verts, ils se mêlaient avec les fidèles dans l'élut pas regarde comme le sacrement du corps , glise, et approchaient de la sainte table ; mais ce que l'auteur qu'il produit appelle les sacrée* après avoir reçu le pain, ils exilaient adroilcparcelles du corps immaculé de l\olre-Seigncur f ment la communication du calice. » C'csl contre Quelle précipitation à un homme qui dévorait c ces hérétiques que saint Léon parle en ces. terretenait dans sa mémoire tant de livres, de ne mes2 : « Pour couvrir leur inq.iélé, ils ont la harpas songer seulement aux canons de Maçon et diesse d'assister à nos mystères et voici comment de Tours, où sa prétention est si visiblement ils se gouvernent en la communion des sacrecondamnée? Elquel prodige enfin de dire qu'on ments. Pour se cacher plus sûrement, ils reçoidonnail l'Eucharistie aux catéchumènes et aux vent avec une bouche indigne le corps de Jésuspauvres, taule d'avoir distingué l'ordre des nivs. Christ ; mais ils évitent absolument de boire du tères ? Car il est vrai, connue lest porté dans sang de notre rédemption. C'est pourquoi nous l'Ordre romain ', qu'avant la consécration « le voulons que votre sainteté le sache, alin que ces « pontife ou l'officiant regardait ce qu'il y avait sortes d'hommes vous soient manifestés par ces o d'oblation dans les vaisseaux qui servaient à marques, et que ceux dont la dissimulation sa- « cet usage, afin que s'il y en avait trop on la crilége aura été découverte, soient marqués et a mit en réserve, » pour en faire le pain bénit, chassés de la société de* saints par l'autorité saconune il est porté en d'autres endroits, et pour cerdolale. » être employée à la subsistance du clergé et du Pour accommoder le discours de cegrand Pa^e
> Ori. Rom-, tom I, BM. PP., col. 9. « La Roq., part. II, cA. 7, p. 188. - > Serm. 4, De Qi^tf^cap. 5.
à la discipline de son temps, il faut de nécessité L'anonyme, selon sa coutume, entre plus
faire concourir ces deux choses à l'égard des franchement dans la difficulté; mais aussi, selon
manichéens : la première, qu'ils aient pu se sa coutume, il découvre plus clairement et plus
cacher dans rassemblée des fidèles, en n'y com- tôt le faible de sa cause l. Premièrement, il me
muniant que sous une espèce: laj'seconde, qu'ils fait dire que dans l'assemblée des fidèles plu-
aienl pu être découverts avec le temps. J'ai par- sieurs ne «communiaient ordinairement que
faileincnl satisfait à ces deux besoins, en disant, « sous la seule espèce du pain. » Mais encore
d'un coté, que, dans l'assemblée des fidèles , il qu'il le répèle deux ou trois fois, je ne l'ai pas
était libre de communier sous une ou sous deux dit une seule. J'ai dit seulement qu'il était libre
espèces, sans quoi les manichéens n'auraient de communier sousune espèce ou sous deux ; et
pas pu s'y cacher ; et, de l'autre, que la perpé- j'avouerai même, si l'on veut, ce que je crois aussi
tuelle affectation d'éviter la communion du sang le plus raisonnable, qu'on recevait plus com-
de Notre-Scigneur ne pouvait manquer dans la munément les deux espèces qu'une seule. Mais
suite de les faire découvrir. si on les recevait nécessairement toutes deux, où
M. de la Hoque perd ici beaucoup de paroles se cachaient les manichéens? et comment n'é-
pour me plaindre du malheur que j'ai de faire , laienl-ils pas découverts d'abord? « C'est aussi
« des réflexions si peu solides ; et j'avais, » dit-il J ce qui arriva, » réplique l'anonyme. Il se trompe.
« attendu tout autre chose de M. de Meaux. » Je Saint Léon dit bien qu'ils furent découverts ;
reconnais ici la méthode ordinaire des ministres, mais il paraît, par tout son discours, qu'ils ne
C'est quand ils sont aux abois qu'ils tàchenl d'à- le furent aisément ni d'abord. Que si l'on veut
muser le monde par ces belles et éblouissantes supposer que la communion d'une espèce ne fût
figures. Au lieu de ces vains discours, il fallait jamais libre, encore un coup , où se cachaient
songer à mettre l'espèce d'une si grave ordon- ces hérétiques? et pouvaient-ils un seul jour
nance de saint Léon. Ce grand Pape , qui, selon tromper les yeux de toute l'Eglise ?
M. de la Koque, était un homme de mérite'1 (car «Plusieurs se cachaient, dit l'anonyme2,
c'est la fade louange que lui donne ce ministre), parce que ce n'était pas une même personne
ne discourait pas en l'air ; et il faut trouver un qui donnait le pain et le vin ; mais l'évèque ou
cas conforme à la discipline du temps, qui s'a- le prêtre donnait premièrement le pain ; ensuite
juste avec son discours. Je l'ai posé clairement, un diacre portait à chacun en son rang la coupe
ce cas nécessaire; puisqu'en supposant qu'il sacrée. » Je l'avoue, et je ne sais plus, dans celte
était libre de prendre oude ne pas prendre le sang supposition, où l'anonyme pourra cacher les
de Noire-Seigneur, je suppose en même temps manichéens. Car enfin ce diacre voyait bien
qu'il était pris très-souvent et même ordinaire- d'abord si quelqu'un refusait la coupe. C'était
ment par ceux qui n'y entendaient pas la même fait d'eux aussitôt, et les voilà découverts dès le
finesse que les manichéens, Que le ministre ne premier jour. L'anonyme , aussi convaincu par
travaillait-il à poser de son côté un cas qui con- ses propres mots, lâche ici de faire passer douce-
vint avec sa croyance? 11 n'y songe seulement ment une autre manière de communier, où le
pas, tant il a désespéré de le trouver: il ne di< fidèle qui avait reçu le pain sacré « allait prendre
pas un seul mot, ni pour expliquer comment les « la coupe à une autre table : ce qui faisait, »
manichéens auraient pu, ne prenant qu'une poursuit-il, « qu'on ne pouvait pas toujours si
espèce, se cacher dans une assemblée où tout le « bien observer ceux qui refusaient le calice. »
inonde prenait nécessairement toutes les deux , Mais cette double table est clairement une pure
ni comment ils auraient pu s'empêcher d'être fiction que les ministres ont prise dans leur
découverts à la longue, par une perpétuelle af- cène. L'Eglise ancienne n'en connaissait qu'une
fiectalion d'éviter une chose , non-seulement d'où l'on donnât aux fidèles le corps et le sang
bonne, mais encore très-commune dans l'Eglise, qu'on \ avait consacrés. La communion se don-
C'e.st ce que j'avais objecté : c'est à quoi ce mi- naît, comme l'anonjme l'a dit d'abord , natu-
nistre ne réplique rien; et après avoir dit, sans rellement. On le voit dans l'Ordre romain, où
preuve, « qu'il ne pouvait accorder à M. de Meaux ceux à qui l'officiant venait de porter le pain,
« une liberté qui ne fut jamais, et une difficulté reçoivent la coupe sacrée du diacre qui le sui-
» imaginaire et sans fondement 3, » encore que vait. Ainsi, quelque confusion que l'anonyme
le fondement en soit dans les paroles de saint ait voulu ici se figurer dans la multitude, le
Léon même, il passe insensiblement au passage diacre, soit qu'il n'y en eût qu'un, soit que dans
de saint Gelase, où il espère trouver plus d'à- les églises nombreuses plusieurs se partageassent
vanlage. comme par cantons, en allant de rang en rang,
! Ta Soç.,Mép.,p.taO. — a La Jiog., iCp. p. 192.— ? Pag. 193. •Anonyme, part. 1*11, car. 6, p. 233, 234.— ' Anonyinc,p.234, 236.
3fn
M permettait à personne d'échapper à la vue, et la réception du sang n'étail pas moins éclairée que celle du corps. Or, l'anonyme suppose qu'on remarquai! distinctement tous ceux qui recevaient le corps : et, en effet . saint Léon reoonnall que les manichéens le prenaient tous. On remarquait donc aussi distinctement ceux qui recevaient le sang ; et si tous étaient obligés de le recevoir, il ne restait plus d'évasion aux manichéens.
Plus l'anonyme avance, plus il s'embarrasse : car roici sa dernière mite ' : « Il pouvait encore v en avoir qui ne faisaient pas difficulté de s'approcher de la communion du calice , et OU faisaient semblant d'en boiie, ou en buvaient un peu qu'ils retenaient à la bouche pour le rejeter, ou lorsqu'on leur présentait la coupe, s'excusaient BUT l'impossibilité naturelle de boire du vin, ce qui paraissait une légitime excuse. ■ Tout le monde voit assez où l'on en est, quand on a recoins à ces subterfuges. Car, premièrement, pour ceux qui n'auraient l'ait , pour ainsi dire, que loucher la coupe du bout des lèvres sans rien avaler, leur artifice trop grossier n'aurait jamais imposé aux diacres, qui levaient eux-mêmes la coupe pour en (aire boire, et qui, dans la distribution d'un si grand mystère, étaient très-attentifs à ee qu'ils faisaient. Pour les autres, qu'on veut su] poser avoir pris du \in dans la bouche, et l'avoir ensuite secrètement rejeté, si c'eût été de ceux-là qu'en eu à la fin découverts . saint Léon n'aurait pas manqué de leur reprocher ce nouveau genre de sacrilège. Ce n'est donc point de tels gens qu'il veut qu'on remarque ; puisqu'aussi bien on se sciait trop vainement tourmenté à les remarquer. C'est , comme disait saint Léon , « ceux « qui recevaient avec une bouche indigne le « corps de Noire-Seigneur, el évitaient absolu- « ment de boire son sang. » 11 est clair qu'on leur voyait aussi ouvertement laisser le sang, qu'on leur voyait ouvertement recevoir le corps; et s'il eût été question de la secrète profanation dont l'anonyme les accuse, il eût été aussi aisé de la leur imputer à l'égard du corps qu'à l'égard du sang, puisqu'il n'eût rien paru de l'une non plus que de l'autre. Ainsi tout ce que dit l'anonyme est imaginaire. Car, pour ce qui est du dernier refuge qu'il s'imagine trouver dans ceux qui auraient pu prétexter l'impossibilité de prendre du vin, qui ne voit qu'un cas aussi rare, et dont à peine on trouverait un ou deux exemples dans les assemblées les plus nombreuses, aurait paru une excuse trop visiblement affectée pour tous les manichéens ? Il
n'\ a donc visiblemeut aucune ressource dans toutes les suppositions de nos adversaires, pendant que tout est clair dans la nôtre ; puisque la liberté de communier sous une ou sous deux espèces cachait d'abord les manichéens, el que l'affectation de n'en prendre qu'une les découvrait dans la suite.
Le décret tant vanté du pape Célase confirme notre sentiment. En voici les propres paroles i : « Nous avons été informés (pie quelques-uns, après avoir pris une parcelle du corps sacré, s'abstiennent du calice du sacré sang ; lesquels certes, puisqu'on sait qu'ils sont attachés à je ne sais quelle superstition, nescio qua slpkrstitiom: ihh:i ntlii adstui.nc.i ; ou qu'ils prennent les sacrements tout entiers, ou qui s en soient tout à fait privés, parce que la division d'un leul et même mystère ne se peut faire sans un grand sacrilège. »
loua les protestants triomphent de ce passage, et M. de la Roque en particulier triomphe des paroles de Cassander , « qui , » dit-il 2 , « ne « nous permet pas de douter du vrai sens du « témoignage de Léon, ni du décret de Célase ; » comme .si. dans la recherche que nous laisorsde la tradition ancienne, les paroles d'un auteur si récent et si ambigu, étaient une loi pour nous. Quelle illusion ! Mais puisqu'il estime tant cet auteui . qu'il écoute ce qu'il a dit sur le décret de Célase , dans le dernier ouvrage où il a parlé de la maliè e des deux espèces 3 : « Ce qu'on objecte de Célase » , que la division d'un seul et même mystère ne se peut faire .sans un grand sacrilège, >■ regarde ceux qui refusaient ■ dans la communion publique le calice qu'on « leur présentait, parce qu'il? croyaient que le « corps de Notre Seigneur n'avait point de sang.» Ainsi, ce refus du sang, qui lait un même mystère avec le corps , faisait qu'on niait en Jésus- Christ un vrai sang naturel ; ce qui était sans doute un grand sacrilège.
Ce n'est point par l'autorité d'un auteur mouerne, mais par l'évidence de sa raison, qu'on est forcé de meltic/fl division du mystère que saint Célase a réprouvée, non pas à prendre le corps sans prendre le sang, ce qui se Durait innocemment en tant de rencontres que nous avons vues ; mais à nier le sang de Jésus-Christ, et à le retrancher du mystère , comme ne pouvant en faire aucune partie , et comme n'appartenant pas à l'institution de Noire-Seigneur.
En effet, le pape Célase fonde la condamnation de ces hérétiques, qu'il accuse de diviser le corps et le sang, non sur une raison générale,
'ApiU Orat., Deconsecr.. dist. 2. c. 12. — J La Roq., p. 193. — 5 Coiu '■;>. Cas;., art. 22,Di uU spec.
398 COMMUNION SOÏIS TINF, ESPÈCE.
mais sur leur particulière superstition ; « les- pape Gélase, convient manifestement à cette
quels certes, » Uil ce grand Pape, « puisqu'on hérésie, pleine d'observances et d'abstinences
sait qu'ils sont attachés à je ne sais quelle super* superstitieuses; et c'en était l'un des caractères,
tilion, ou qu'ils prennent les sacrements tout que saint Augustin et les autres Pères ne cessent
entiers, ou qu'ils en soient tout à l'ait privés. » de leur reprocher. Les ariens, les pélagiens, les
La queslion est décidée en no re laveur par ce nestoriens, el les autres hérésies de ce temps-là,
puisque du pape Gélase. Aussi M. du Bouidieu n'avaient point ce caractère. Si saint Gélase
l'ôte-t-il de sa traduction, et voici comment il l'appelle je ne sais quelle superstition, ce n'est
traduit : v< Je ne sais à quelle superstition ils sont point par ignorance, comme nos ministres le
attachés : qu'ils prennent les sacrements entiers, veulent croire ; c'est par mépris, ou parce qu'il
ou qu'ils soient privés des sacrements entiers. » n'était pas nécessaire de l'expliquer davantage
La liaison l'incommodait, et il ne pouvait souffrir dans un court décret.
que la condamnation de ce grand Pape se trouvât Personne ne doutera donc , comme je l'avais seulement tondée sur une superstition qui assu- remarqué1, que ces superstitieux de Gélase rément ne nous convient pas. Cependant quand n'aient été des restes cachés de ces manichéens je lui reproche une si honteuse et si manifeste que saint Léon avait découverts; et soit que son corruption du texte, M. de la Koque le trouve ordonnance, qui ne tendait, comme on a pu voir, mauvais : « En un autre, dit-il J , que M. de qu'à taire que l'on prit garde aux manichéens, Meaux, j'appellerais cela vétiller et chicaner ; ne fût pas encore assez précise ; soit que, durant mais le respect que j'ai pour lui m'empêchera trente à quarante ans qui s'écoulèrent depuis toujours d'user de ces termes à son égard. J'aime son ponliiicat jusqu'à celui de Gélase, l'obsermieux dire qu'il y a dans ses remarques un [jeu vance s'en lût relàcbée, ou qu'on crût avoir extrop de délicatesse et de subtilité. » Alalgié son lirpé la maudite secte, il en fallut venir à un fade compliment, on voit bien qu'il veut me traiter ordre plus particulier de refuser absolument la de vélillard el de chicaneur ; et moi, sans m'en communion à ceux qui obstinément et par des émouvoir, je rapporte ce passage entier, afin raisons sacrilèges en rejetaient une espèce. Alors seulement qu'une bonne lois on apprenne à con- on ne peut douter que, pour éviter tout soupçon, naître les ministres, qui n'insultent jamais les fidèlesn'aient reçu lesdeux espèces; mais pour davantage que lorsque leur tort est plus visible, en faire une loi, il fallut et une ordonnancée! un Car le moyen de détendre unelausseté si com- moiil particulier; et quelle que lût la secte qui plèle ? Si le puisque ne taisait rien dans le texte donna lieu à cette ordonnance, soit celle des made saint Gélase, pourquoi M. du Bouidieu l'eût- nicheens, soit celle des encraliles ou abstinents, il ôté ? IS'esl-ce rien laire dans un corps humain que l'anonyme dislingue en vain du manichéisque d'en ôler les nerfs et les ligaments? C'est me 2, puisqu'ils en étaient une branche, ou celle un pareil allenlat d'ùler à un discours les parti- desaquariens, ou enfin des superstitieux, tels que culcs qui en lont la connexion. Uue la supers- voudront les ministres, « qui fuyaient le vin tilion qui l'ait ici le sujet particulier du pape «comme une chose dangereuse 3: » toujours Gélase, soit celle des manichéens ou non, comme demeurera-t-il pour indubitable, et que nousre le veut l'anonyme après Calixle et du Bourdieu, sommes pas de ces gens-là, et qu'en tout cas il il ne nous importe : il nous subit que le puisque fallait que la communion sous la seule espèce du restreigne la condamnation à ce cas particulier, pain fût permise môme dans les assemblées, quoiqu'au fond il n'y ait pas lieu de douter que puisque, pour l'en exclure tout à fait, on a eu ces superstitieux, dont parle Géla.e ne fussent besoin d'une occasion et d'une défense particules manichéens. On les voit dans la même erreur lière.
et dans la même pratique que saint Léon a\ait Qu'il me soit ici permis de faire observera nos remarquée dans ces hérétiques. Du temps du frères les artifices dont on s'est servi pour leur Pape saint Gélase, ces hérétiques continuaient à cacher une chose claire. D'abord leurs ministres se cacher dans Home ; et il est expressément triomphent de l'autorité de deux Papes, qui pourmarqué dans sa Vie, « qu'il découvrit à Kome tant sont contre eux. M. de la Roque, pour leur des manichéens, qu'il les envoya en exil, et faire accroire que la chose est décidée contre qu'il lit brûler leurs livres devant l'église de nous, emploie, comme un moyen péremploire, Sainte-Marie *. » C'était l'un des caractères des la plus mince autorité qui fut jamais; et c'est manichéens de se mêler seci élément parmi les celle de Cassander. Ce Cassander, dans le fond tidèles , pour les inlecler insensiblement de leur et dans son dernier ouvrage, est contraire à ses erreur. Le terme de superstition dont se sert le prétentions. Pour faire valoir contre nous le
'ia Roq. p. 107. — ' Anatt. Bibl., Vil. Gelas. ■ Tr. de la com. — » Anonyme, p. 237. —3 pag. 23£.
PErUJiJ.liAE bL LA UlADliloN.
passage de saint Gélnse, M. du ftourdiou le tronque, et M. de la Roque excuse une fausseté si manifeste. Malgré tous leurs vains efforts, ces ministres ne peuvent trouver aucun cas où les paroles de ces deux grands Papes cadrent à leurs h\ polhèses. Elles conviennent parfaitenienl avec la nôtre, et nous rendons une raison Irès-claire tant delà dissimulation que delà découverte des manichéens. On se jette après tout cela dans des discussions Inutiles, pour rechercher l'hérésie que saint Gélase réprouve; cl enfin, quelle qu'elle soit, notre cause demeure toujours également bonne ; et la communion sons une espèce paratl tellement permise en elle-même, qu'on ne la blâme qu'en eeuz qui s'j engageaient par des erreurs particulières que nous délestons. Voilà quelle est la doctrine dont on nous veut
taire à présent le principal motif de séparation, et le principal objet de toute la Réforme.
Que si, pour achever do se convaincre, on veut voir dans d'autres exemples la liberté que nous soutenons de communier sous une ou sous deux espèces, même dans les assemblées de l'Egli B, en voici un du tempsde saint Chrysoslome ; c'est" à-dire du IVg siècle, et près de cent ans avanl saint Léon. Il est célèbre, et le voici comme il est rapporté par Sozomène '. « Un homme de la secte des macédoniens (c'est celle où l'on m it la divinité du Saint-Esprit] avait une femme de sa religion. Converti par les soi m >ns de sai .t Chrysoslome, il la menaça de se séparer d'avec elle, si elle ne communiait avec lui aux saints mystères. Elle le promit, el le temps des mystères étant arrivé Mes fidèles entendent ce que je veux dire), la femme retint ce qu'on lui avait donné (c'était le pain consacré), et prit en cachette ec que sa servante lui avait secrètement apporté de la maison (c'était du pain commun quelle voulait prendre ;\ la | lace du sacré corps ; mais elle n'y eut pas plutôt enfoncé la dent, qu'il devint dur comme une pierre. La femme s'approche en tremblant du sai t prélat : elle lui montre la pierre avec la marque de la morsure. » L'artifice de cette femme pouvait réussira l'égard du pain sacré qu'on mettait entre les mains des fidèles, pour le prendre quand on te voulait; mais qu'eutelle fait pour se garantir du calice, que le diacre portait lui-même dans leur bouche, si l'on suppose la nécessité de communier sous les deux espèces?
Ces cas arrivés en différents temps et en lieux divers à ces trois grands hommes, saint Chrysoslome, saint Léon, saint Gélase, nous t'ont voir en Orient et en Occident, dès les premiers siècles, la liberté que nous soutenons, même dans
1 Wst. eccles., c. 6.
les assemblées des fidèles. Mars ce qui était libre pour les doux espèoos se déterminait a la seule espèce du pain, dans les pays où il ne croit point de vin, comme en Angleterre. La terre n'en produisait pas, le commerce était languissant ; et comme on avait à peine ce qu'il en fallait pour le sacrifice, la communion du peuple se taisait avec le pain soûl. Do là vionteeque nousvoyons
dans l'histoire du Vénérable Bède ', touchant les trois (ils du roi Sabareth, prince chrétien, mais donl les enfants n'avaient pas suivi l'exemple. Ils assistaient à la .Messe de saint Meililus, archevêque de Cantorbéry; et, lui voyant distribuer l'Eucharistie au peuple, ils lui demandèrent avec un orgueil et une ignorance brutale: « Pourquoi ne nous donnez-vous pas ce pain blanc el propre que vous donniez à notre père, et que vous continues de donner au peuple? Le saint homme leur répondit : Si vous voulez être purifiés de l'eau salutaire dont votre père a été lavé, vous pourrez participer comme lui au pain sacré; que si vous refusez ce sacré lavoir, vous ne pourrez pas recevoir ce pain de vie. A quoi ils lui répartirent : Nous ne voulons point entrer dans cette fontaine dont nous n'avons pas besoin ; mais nous voulons et e nourris de ce pain. Mais l'évoque ne cessait de les avertir que, sans celle sacrée purification, ils ne pourraient avoir part à l'oblalinn sacrée. » Je ne sais si l'on peut voir le pain sacré, OU, ce qui osl la même eliose, l'ohlalion sacrée, continuellement inculpée el répétée h ioutc> les lignes sans aucune mention du vin, et s'imaginer cependant qu'on distribuait également l'un et l'autre. Au contraire, on voit (pie ces liai baies, comme les appelle Bède, sans son- : :er à la s\ necdoclie, parlaient naturellement de ce qu'ils avaient vu donner et de ce q.ii avait frappé leurs sons; qu'on leur répondit de même, et ainsi qu'on supposait avec eux que le pain seul était distribué dans les assemblées de l'Eglise, Ce n'est pus qu'il lût Impossil le d'avoir du vin pour la communion, puisqu'il fallait bien en faire venir pour le sacrifice; mais c'est qu'on ne croyait I as avoir besoin d'une impossibilité absolue, pour se dispenser de prendre l'espèce du vin ; et que la seule difficulté était jugée suffisante: d'où aussi il esl arrivé que le cardinal Hosius, Polonais, homme docte et de bonne loi, dit qu'on n'a pas de mémoire qu'on ait communié dans son pays autrement que sous l'espèce du pain, depuis que le christianisme y a été établi.
Une autre sorte de nécessité, qui n'était pas plus invincible que les précédentes, n'a pas laissé de taire établir la communion sous une espèce, dans l'Eglise et dans la province de Jérusalem,
• Ilisl., 1. H, c. 5.
tant il est vrai, encore im coup, que la chose province de Jérusalem. Ses paroles sont remar-
clail réputée libre. La preuve que nous avons quables : « Dans ces Eglises, » dit-il, « on met
d'un fait si illustre est tirée de la célèbre conté- les oblalions saintes, saines et entières sur les
ronce tenue à Constanlinople entre les Latins et saintes patènes : on ne les perce pas avec une
les Grecs au commencement du XIe siècle, et à la lance de 1er, comme font les Grecs on y élève
naissance du schisme, sous le pape saint Léon la sainte oblalion avec la sainte patène : on
IX et le patriarche Michel Cérularius. Les tenants ne se sert point decuillers pour donner la com-
dans celte importante conférence étaient , de munion, parce qu'on ne mêle point Poblalion
notre côté, le cardinal Humbert, évèque de la sainte, mais on y communie le peuple avec l'o-
Forèt-Blanche, légat du Pape; et pour les Grecs, blation seule. » Je ne pense pas qu'à cette fois,
Nicélas Pectoratus, député par le patriarche et il prenne envie de chicaner sur la signification
par l'empereur. On ne peut voir une action plus du terme d'oblalion sainte. La suite fait assez
célèbre, et où l'on connaisse mieux les rites et voir qu'il signifie le pain seul, comme nous
les sentiments des deux Eglises. On accourt à l'avons démontré par tant d'autres exemples.
Jérusalem, de tous les côtés du monde chrétien, C'était donc avec le pain seul que l'on commu-
pour y honorer les mystères de Noire-Seigneur, niait tout le peuple. Le cardinal met encore en
et principalement celui de sa passion et de sa fait que la coutume en était si ancienne dans ces
résurrection, dans des temples aussi augustes Eglises, qu'on n'en voyait pas le commencement;
que magnifiques, qu'on avait bâtis dans les pro- de sorle que les Chrétiens de ce pays-là l'attri-
pres lieux où ces oavrages divins s'étaient accom- huaient aux saints apôtres. N'importe qu'à cet
plis. L'abord était si grand et le nombre des égard ils poussassent peut-être les choses trop
communiants était par conséquent si peu réglé, avant; c'est assez qu'en cet exemple nous ayons
qu'il n'était -pas possible d'y proportionner la pour nous une coutume immémoriale de l'Eglise
quantité des hosties qu'il fallait consacrer pour de Jérusalem, toute la chrétienté pour témoin,
cette immense multitude qu'on y communiait et les Grecs mêmes pour approbateurs ;pu"sqi 'ils
tous les jours (car la communion était le sceau ne blâment non plus la conduite d'une E^.se si
d'un si saint pèlerinage). Cette dévotion qu'on vénérable, qu'ils contredisent le fait avancé par
vit commencer aussitôt que les Chrétiens, affran- le cardinal.
chis de la tyrannie des persécuteurs, jouirent de Mes adversaires, qui ont vu cette preuve illa liberté de leur culte, loin de s'affaiblir avec lustre très-amplement expliquée dans le Traité le temps, s'augmentait et s'échauffait tous les de la communion l, n'y ont pas répond j. un seul jours. Les parcelles qui restaient de la commu- mot; de sorte que je pourrais en demeurer là et nion étaient infinies : il ne fut plus question de regarder le fait pour avoué, si la bonne foi ne les biûler, comme on faisait autrefois lorsqu'il m'obligeait à proposer de moi-même ce qu'on en restait moins : en faire consumer par le cler- y pourrait répondre. On pourrait donc dire que gé, ou même parles enfants, comme on le l'ai- le cardinal, en disant que l'on communiait le sait ailleurs, un si grand nombre, ce n'était pas peuple avec le pain seul, ou, pour me servir de une chose possible. On les réservait donc pour la ses paroles, avec V oblalion seule, entendait qu'on communion du lendemain; et, sans mêler les la donnait sans la mêler, comme font les Grecs, espèces, comme on avait commencé defairedans avec l'autre espèce, et non pas qu'on la donnait les autres Eglises d'Orient, on donnait la commu- toute seule, comme nous f.iisons à présent, sans nion sous la seule espèce du pain. C'est ce que donner le sang après. Mais si quelqu'un se série cardinal Humbert posait en fait, comme la vait ou se contentait de celte réponse, il ferait coutume ancienne et constante de l'Eglise, et voir peu d'attention au fond de la chose. Car, de la province de Jérusalem : c'est ce que son dans celte immense multitude, il eût été aussi adversaire ne lui nie pas : c'est ce qui parconsé- peu possible de se mesurer pour le vin que pour quent demeura pour avéré d'un commun accord; le pain consacré : et s'il eût été absolument néet la conjoncture fait voir combien cet aveu est cessaire que tout le monde prit également des décisif en celle cause. Le cardinal Humbert, deux espèces, comme on voit des restes du pain après avoir essuyé les vains reproches des Grecs consacré, on en verrait aussi du sacré bieuvagc. sur les azymes, leur reproche de son côté leur Le cardinal aurait parlé de ceux-ci comme il a mélange, leur Eucharistie broyée dans le calice, parlé des autres. D'ailleurs on verrait aussi claileur cuiller pour la distribuer au peuple : chose rement comment on donnait le sang, que l'on en effet très-nouvelle, et que l'Eglise d'Occident voit comment on donnait Je corps. Car l'un et ne connaissait pas. Le cardinal appuyait les cou- l'autre servaient également à l'intention du cartuines des Latins par celle de l'Eglise et de la i part a. n. u.
dînai, qui éteH el de rejeter la coutume de l'K- de tristesse et de mortification, et la célébraliou
glisegrecque, et de confirmer la coutume de de l'Eucharistie comme un sujet de joie, ne cé-
l'Eglise romaine, par la pratique de l'K-lisc de lébraient et ne consacraient, durant tout le Ca-
Mrusalem. Quand doue le cardinal a dit, nue rême, que deux jours de la semaine, le samedi
par l'ancienne coutume de l'Eglise el de la pro- et le dimanche; de sorte qu'on gardait pour la
vmee de Jérusalem, on ne distribuait au peuple communion des autres jours les dons qu'on avait
•in»' f ablation génie, c'est-à-dire lr seul pain cou- consacrés le dimanche et qu'on appelait à cause
sacré, ou, comme nous appelons, la seule hostie, de cela la liturgie des présanctifiés ; « c'est-à-
c*est pour dire qu'en effet on la donnait seule, dire, comme il parait par le mot môme, sancti-
et sans donner le sang après. fiés et consacrés auparavant.»VoiIa comment M.
Voilà donc l'Egiise de Jérusalem, el avec clic de la Roque explique la liturgie des dons pré-
toufe la chrétienté qui ne cessait d'\ aborder de sanctifiés', et il ajoute, dans un autre endroit ',
toutes paris, dans la pratique de la communion « que les Grecs appelaient ainsi cette liturgie, a
sous une espèce. Les Romains te posent en l'ail, cause qu'on n'j faisait pas de nouvelle conséem
et les Grecs en demeurent d'accord : mais peu- lion: • paroles que lecteur doit soigneusement
dant que les Romains blâment dans les Grecs le observer. En effet, elle fait très-bien entendre
mélange des espèces, ilsapprouvent expressé- ce que c'est que cet office ; et pour en donner
ment la communion sous une rcule; cl enfin ils une pleine idée, il ne Fallait qu'ajouter que c'é-
aiment mieux qu'on prenne uni' seule espèce à tait dans les jours de jeune que l'on ne consa-
part, que de prendre les deux mêlées ensem- crait pas: et que si, durant le carême, l'on con-
l)le. sacrait le samedi aussi bien que le dimanelie,
Que si l'on vient maintenant à considérer en c'est à cause qu'en Orient ce n'était pas la couquel temps se disent ces choses, la preuve sera tumede jeûner en ces deux jours, encore plus convaincante. Bérenger n'avait pas 11 importe de remarquer en ce lieu, avec M. encore paru, et, selon lesprotestants, la présence delaRoque, que ce n'était pas la communion, réelle, qu'ils regardent comme la source de la niais ht consécration de l'Eucharistie que l'Eglise communion sons une espèce, n'était pas encore orientale trouvait peu convcnal le a la mortificadéddéedans l'Egiise. Et quand ils voudraient tion et à la tristesse du Carême. On voit en effet supposer, selon leur vaine hypothèse, que depuis que l'on communiait en ces jours destinés à la Paschase Radbert, c'est-à-dire depuis cent cin- tristesse et au jeûne; mais qu'on n'y consacrait qualité ans, elle avait commencé à prévaloir en l,;,s« parce que c'était la consécration qui attirait Occident, ils ne veulent pas qu'on croie qu'elle avec v^c> dans la parfaite célébration du saciiait jamais eu aucun lieu en Orient, el moins en- Ace, la célébrité et la joie que Ton voulait éviter coréen ces temps-là, où il n'y avait point de ces durant ces jours. Le sacrifice de l'Eucharistie «eus latinisés et nourris dans' les séminaires ou «* "" sacrifice d'actions de grâces, et le mot dans les collèges de Rome, que les ministres ne même l'emporte, puisque c'est là ce que veut cessent de nous alléguer pour toute défense, dire Eucharistie. L'Egiise donc, dans son saquand nous leur montrons tant d'auteurs, tant crbV*, °nVc a Dieu avcc ,e corps et le sang d'évêques, tant de patriarches qui parlent et qui de Jésus-Christ des actions de grâces pour enseignent comme nous, même dans des conci- lous - c>s bienfaits; et ces actions de grâces dcles. Voilà néanmoins la communion sous une mandent une allégresse et des cantiques de espèce approuvée des Grecs, et par l'ancienne Joio <lll° l'Eglise orientale jugeait peu conformes coutume d'une Eglise qu'on n'accuse pas d'avoir avoc les gémissements de la pénitence et du varié, sansque personney ait jamais rien trouvé ieune- c'cst donc pour celte raison que l'on ne d'étrange. Quelle preuve plus manifeste peut- consacrait pas, c'est-à-dire que l'on n'offraitpàs, on apporter d'une tradition constante? ct fll,e r°n donnait la communion avec les dons
offerts et consacres au samedi ou an dimanche.