CHAPITRE XXXV. Je neveux pas disputer encore avec M. de la
De lofficc des présanctifiés parmi les Grecs. -Définition de Ro(Iue' de l'antiquité de cette observance. Je me
cet office par H de la Roque, et ses deux dilftrences d'avec contente des mille ans que ce ministre accorde
le sacrifice parfait. aux Grecs 2, et qu'aussi l'on ne peut pas leur dis-
L'olïice des présanctifiés, célèbre durant le puter; puisqu'il est fait mention de l'office des
Carême dans l'Eglise grecque, nous est ainsi re- présanctifiés au concile tenu in Trullo 3cn l'an
présenté par M. de la Roque : « Les Grecs, » dit- f 07 4, comme d'une chose déjà établie dans toute
il ', « qui regardaient le Carême comme un temps
.a Rcy., par,', u. ch. 8, p. 217, 213.
B. Tom. IV. 2(j
t]lil., p. 61 — : Pag. 218. — *Can. ôj, Lalib-, tom. vr, p. 1163. 1 La lievj., par!, n. ch. 8, p. 217, 213. — ' Le P. Pagi, qui discute les aifrére'Jtes opinions sur lanucc dj la
l'Eglise orientale. Sur ce fondement et sans attribuer, quant à présent, une plus grande antiquité à cet office, j'y remarquerai seulement deux choses considérables, qui en font la différence d'avec le sacrifice qu'on nomme parfait : l'une, que l'oblalion ou la consécration y manque ; et l'autre que l'on y communie sous une seule espèce.
Il n'y a personne qui ne voie d'abord combien ces deux choses sont favorables à notre doctrine; puisque la première fait voir l'action du sacrifice comme distinguée de celle de la communion, et la seconde fait voir par tout l'Orient, il y a au moins mille ans, la communion sous une espèce, dans un office public et dans l'assemblée des fidèles, cinq jours de la semaine durant tout le temps de Carême. La liaison de ces deux choses paraîtra claire dans la suite ; mais il faut premièrement établir le fait par des preuves incontestables.
J'ai dit que la première chose qui manquait à l'office des présanctifiés était, comme l'a expliqué M. de la Roque l, la célébration et la consécration de l'Eucharistie. Encore un coup, je prie le lecteur de se bien mettre cela dans l'esprit, parce que la remarque sera de conséquence dans la suite. « Les Grecs, » dit ce ministre 2, « ne célébraient et ne consacraient que deux « jours delà semaine, » de sorte qu'aux cinq autres jours de la semaine il n'y avait ni célébration ni consécration. C'est ce que les anciens avaient appelé, et ce que nous appelons après eux, Yoblation et le sacrifice. Mais comme M. de la Roque n'a pas voulu se servir de ces mots, et qu'il est d'un? extrême conséquence pour toute cette matière qu'ils soient bien entendus, nous trouverons un autre ministre qui nous le dira. Ce sera M. le Sueur, dans son Histoire ecclésiastique, où nous avons une explication de la célébration de l'Eucharistie, dont on verra résulter de grandes choses, et en général pour toute notre croyance, et en particulier pour la question dont il s'agit.
Voici donc par où commence ce ministre : « C'était, » dit-il 3, « la coutume ancienne des fidèles d'apporter sur la table eucharistique du pain et du vin et d'autres choses, pour prendre une partie de ce pain et de ce vin qui avaient été offerts, afin d'en faire le sacrement de l'Eucharistie. Ces choses, présentées et offertes par le peuple, étaient nommées oblations, offrandes,
tenue de ce concile, regarde comme une chosecertaine, d'après les preuves qu'il apporte, que ce concile a été commencé l'an 691. Bossueti qui le place ici en 707, le met plus bas en 6S2. Mais Pagi nous paraît bien prouver que l'un et l'autre .sentiments sont aussi mal fondés. — Voy. Crilic.in Annal. Baron., t. m, p. 129 et seq. (Ed-de Dé/orin.) — « La Roi]-, p. 61. — J Pag. 218. — * Tom.iv, p. 156.
sacrifices, et quelquefois holocaustes : » mais» de peur qu'on croie que le sacrifice de l'Eucharistie ne consistât dans ces offrandes du peuple, ce ministre ne tarde pas d'ajouter ces mots l : « Après cette première oblation que nous avons «représentée» (qui était celle du peuple lorsqu'il apportait sur l'autel du pain et du vin), « on faisait une seconde oblation en les présentant et consacrant a Dieu » parla prière qu'on lui adressait, afin qu'il lui plût de répandre sa vertu dessus, pour les rendre salutaires, comme on le peut voir au VIIIe livre des Constitutions apostoliques, chap. 12. La troisième oblation se faisait, quand, après la consécration des symboles, on les présentait à Dieu, comme on le peut voir par toutes les anciennes liturgies, et particulièrement par celles de l'Eglise romaine. Il cite ici les paroles notre canon; et sans disputer avec lui, puisque ce n'est pas de quoi il s'agit, si ce qu'on présentait à Dieu était le vrai corps et le vrai sang, je me contente, quant à présent, de ce qu'il avoue 2, que « le pain et le « \in consacrés sont le sujet et la matière de « cette oblation et de ce sacrifice qu'on présen- « tait à Dieu. » Enfin il est donc constant qu'on présentait à Dieu le pain et le vin pour les consacrer, et qu'après qu'on les avait consacrés, on les lui présentait encore, comme nous faisons; de sorte qu'on ne peut rien disputer pour l'action que nous appelons l'oblalion et le sacrifice.
Mais on va voir ici les artifices des ministres, lorsqu'ils paraissent agir avec le plus de sincérité. M. le Sueur, qui semble en effet nous accorder de si bonne foi tout ce que nous pouvons souhaiter sur le sacrifice, dissimule ce qu'il y a de plus fort. Car, en marquant les paroles du livre des Constitutions apostoliques, il dit seulement qu'on y présentait et qu'on y consacrait à Dieu le pain et le vin, « afin qu'il « répandît sa vertu dessus pour les rendre sa- « Maires à son peuple. » Mais voici ce qu'il fallait dire, et ce que nous lisons tout du long à l'endroit que ce ministre a coté 3 : « Nous vous offrons, ô Seigneur! ce pain et ce calice, en vous rendant grâces de ce que vous nous avez faits dignes d'assister en votre présence , pour exercer cette sacrificature; et nous vous prions, ô Dieu ! qui n'avez besoin de rien, que vous regardiez favorablement ces dons qui sont mis devant vous, et que vous y preniez votre plaisir à l'honneur de votre Christ, et que vous envoyiez sur ce sacrifice votre Saint-Esprit, témoin de la passion du Seigneur Jésus, pour faire ce
1 La Roq., tom.
lib. vin, c. 12.
iv. p. 170. — 2 Tag. 171. — ï Consl. ojr:i!.
pain le corps de votre Christ, et ce calice son nait être noire victime, n'a pu offrir à son Père
sang, afin que ceux qui y participent soient seulement du pain et du vin : d'où il s'ensuit
confirmés dans la piété, et obtiennent la remis- qu'il ne lui a offert le pain et le vin qu'en tant
sionde leurs péchés. » De peur qu'on ne me qu'il les a changés en son corps et en son sang
clûcane sur la version, j'avertis que je transcris pour les lui offrir. C'est ce qui parait clairc-
eelledeM.de la Hoque. En bonne foi, M. le nient dans les paroles de saint Cyprien, que le
Soeur, qui voulait décrire le sacrifice de l'Eu- minisire a un peu déguisées, mais que nous
charistie, comme il était offert par les anciens, allons traduire de mot a mot : « Car si Jésus-
et qui citait pour cela \cs Constitutions apostoli- Christ notre Seigneur et notre Dieu, est lui-
ipies, ', devait-il en émettre les principales pa- même le Souverain Pontife de Dieu le Père; si
rôles? Et puisque, peur confirmer ce qu'il disait JesusChristus Dominut noster ipse est Summus
dn sacrifice, il alléguait, comme un monument Sacerdos Dei Patois; et s'il s'est offert lui—
digne de croyance, les anciennes liturgies, et même le premier en sacrifice à son Père, et
en particulier celle de l'Eglise romaine, (allait- s'il a commandé de faire la même chose en sa
il taire qu'on trouve partout dans ces liturgies, mémoire : et sacrifieium Patri ttipsum primus
comme dans les Constitution* apostoliques, cette obtulit, et hoc jieri in sui commemorutionem pne-
prière de faire avec le pain et le vin, le corps et le cepU : certainement le vrai sacrificateur, qui
sangde Jésus-Christ, ou, comme porte une de fera la fonction de Jésus-Christ, sera celui qui
ces anciennes liturgies ', d'en faire le propre imitera ce qu'il a l'ail; utique ille sacerdos vice
corps etle propresang de Jésus-Christ^ieucove, Chtisti vere funyitur, qui id quod Chrislus fecit
en les changeant par le Saint-Esprit, c'est-à-dire itnitatur : et alors il offre dans l'Eglise à Dieu
par une efficace et une opération également le Père, un vrai el plein sacrifice, s'il offre selon
sainte et toute-puissante? Si ce ministre avait qu'il voit que Jésus-Christ a offert : etsacri/icium
rapporté tontes ces choses, peut-être n'aurait-il verum et plénum tune offert in Ecclesia Deo /'</-
pas dit, avec autant d'assurance qu'il a fait, que tri, si sic incipiat offerre secundum quodipsum
les paroles de la liturgie ne se peuvent dire du Christum vident obtulisse. » Saint Cyprien pose
propre coi'ps de Jésus-Vhrist.Mii\$eniii),iW\ncii' donc pour fondement «pic, pour offrir comme il
rons-en à ce qu'il nous donne, et reconnaissons faut à Dieu le Père le sacrifice de l'Eucharistie,
la consécration ou ohlation de l'Eucharistie, il faut y offrir ce que Jésus-Christ y a offert, et
comme une action distinguée de la commu- ce qu'il nous a commandé d'y offrir à son exem-
nion. pic. Or, ce qu'il y a offert, scion saint Cyprien,
Et de peur qu'on ne veuille croire que ce « c'est lui-même, sacrifieium Patrt seipsum obqu'avoue M. le Sueur, du IVe et du V siècle, tulit; et c'est aussi ce qu'il nous a commandé ne se trouve pas dans les siècles précédents, un d'offrir, et hoc fiai in sui commemorutionem autre docteur protestant va nous aider à le faire prœcepit. » Il parait donc, comme nous venons remonter plus haut; c'est l'anonyme lui-même, de le dire, qu'il n'a offert à son Père du pain et qui, dans l'espérance de s'appuyer de l'autorité (ll> ^in> (lue Paice qu'en les changeant en son de saint Cyprien, a traduit toute la lettre de ce corps et en son sang, en les offrant à son Père, grand martyr a Cécile 3. Le sujet en est impor- d s'y est aussi offert lui-même. Voilà qui est contant. Ce saint homme entreprend ceux qui, vaincant, sans doute, mais en attendant que au lieu d'offrir du pain et du vin dans le sa- IU)S adversaires reconnaissent cette vérité, du crificepour en faire le corps et le sang de Noire- moins seront-ils forcés d'avouer que dès le Seigneur, y offraient du pain et de l'eau, et il temps de saint Cyprien, on croyait que le Fils les confond par ces paroles : « Qui est celui de Dieu, en instituant l'Eucharistie, n'avait pas « qui mérite mieux d'être appelé le souverain seulement présenté un don céleste à ses dis- « sacrificateur de Dieu, que Notre-Seigncur ciples, mais encore qu'il avait offert un sacri- « Jésus-Christ, qui, offrant un sacrifice à son h ce à son Père; et qu'ensuite, lorsqu'on célé- « Père, a offert la même chose que Melchisé- brait l'Eucharistie dans l'Eglise, il fallait oh- «dech, à savoir du pain et du vin, c'est-à-dire server, comme deux actions distinguées, le a son corps et son sang «î » Encore une fois, sacrifice offert à Dieu, et la communion donnée Messieurs, ce n'est pas de la réalité que nous au peuple.
disputons; et s'il en fallait disputer, nous vous 0r> c'etait cctte oblation en laquelle, comme
ferions voir que Jésus-Christ lui-même, qui ve- on a vu» consistait la consécration, qu'on omettait dans l'office des présanctifiés : et c'est en
« Hitt.uci ..part i. c. 7,P 75. -* LUurg, Basil oPer. ■ *. „. quoi on le distinguait du sacrifice parfait, où
jljVeiN/.P- 669. — 'Anonyme, part, n, p. 271. — » d/p., epi^t. 6J, *-..., , ,, ,, .- i
6dc\rai.,p. io9. l'on faisait la consécration et 1 oblation avec »u
communion de l'Eucharistie. Car, comme nous venons de le voir, dans le sacrifice parfait, lorsqu'on apportait d'abord les dons à l'autel, ils n'étaient pas encore consacrés, et on les y consacrait. Mais dans le service des présanctifiés, le mystère était déjà consommé et parfait; c'està-dire qu'on apportait le pain déjà consacré; et c'est pourquoi on lui rendait une adoration parfaite, comme l'explique Cabasilas i, célèbre interprète de la liturgie parmi les Grecs. Telle était donc la première différence de l'office des présanctifiés d'avec le sacrifice qu'on nommait entier ou parfait.
De cette première différence il en naissait une seconde, qui fait davantage à notre sujet : c'est que dans l'Office des présanclifiés, et cinq jours de la semaine durant tout le Carême, on communiait dans l'Eglise même et à l'assemblée des fidèles, sous la seule espèce du pain. J'ai dit que cette seconde différence venait de la première, et la raison en est assez aisée à entendre. Car, selon toute la tradition, le sacrifice de l'Eucharistie dépend tellement de la consécration des deux espèces, qu'on ne lit jamais aucun exemple où l'on n'y en voie qu'une seule. Si donc l'Office des présanctifiés eût été un sacrifice parfait, il eût fallu nécessairement qu'on y vît paraître les deux espèces, puisqu'on les y aurait nécessairement consacrées. Mais parce qu'on n'y consacrait pas, et qu'à vrai dire on n'y offrait pas le sacrifice, on n'y était pas astreint aux deux espèces; de sorte qu'on y communiait comme dans la communion domestique, comme dans celle des malades, en un mot comme dans les communions qui se faisaient ordinairement par la réserve, avec la seule espèce du pain. De là vient, comme il a été remarqué dans le Traité de la communion 2, et comme on le peut voir dans l'Eucologedes Grecs 3, que la première chose qu'on voit dans l'Office des présanclifiés, est la manière dont les pains qu'on y employait doivent avoir été consacrés dans un sacrifice précédent. On voit donc qu'on ne conserve et qu'on ne réserve que le pain : on apporte ce qui s'appelle a'pTÔcpopiov, c'est le vaisseau où l'on réserve le pain sacré, et on y met ces pains consacrés, qui doivent servir dans les jours suivants. Quand on commence l'office des présanctifiés, il est dit qu'on apporte le pain consacré sur la patène sacrée avec grande vénération 4 : on l'encense , on le couvre selon la coutume , on l'élève sans le découvrir, le prêtre en « approche sa main avec une grande révé-
1 Nk. Cabai., Exp. lit., c. 2i, tom. n ïïibl. PP. Gr.-L. — ' Tari, i, n. 6. — ' Euehol. ijruca ; Gonr, Ilibt. PP. (,r. L., tom. n, p. lvo. — » nid., p. l'JJ.
rence, et prend le pain sacré avec beaucoup de vénération et de crainte i. » Et après : « mettant la main sur les dons divins qui sont couverts, il touche le pain vivifiant avec grande révérence et tremblement , et ensmte le découvrant il achève la communion des dons divins. »
Il est vrai qu'on voit aujourd'hui dans la rubrique de l'Office des présanctifiés, qu'en consacrant les pains qu'on doit réserver, on met avec la cuiller du sang précieux en forme de croix sur chaque pain2. C'est ce que je n'ai pas dissimulé dans le Traité de la communion 3. Car s'il faut écrire, ce doit être pour rendre témoignage à la vérité, et non pas pour remporter la victoire à quelque prix que ce soit. Mais j'ai fait voir clairement qu'avec ces gouttes de sang sur chaque pain qu'on réservait, notre argument n'en est pas moins fort, pour deux raisons.
La première, c'est que quelques gouttes de sang sur un pain entier sont un trop faible secours pour donner la communion sous les deux espèces après la réserve de quelques jours , et après encore que, selon la coutume des Grecs, on a fait passer les pains consacrés sur le réchaud, pour y dessécher entièrement ce qu'il y aurait de liqueur. Il paraît donc clairement, comme je l'ai remarqué, ' que les Grecs n'ont pas en « vue, dans ce mélange, la communion sous les deux espèces, qu'ils eussent données autrement s'ils les avaient crues nécessaires; mais l'expression de quelque mystère, tel que pourrait être la résurrection de Notre-Seigneur, que toutes les liturgies grecques et latines figurent par le mélange du corps et du sang; parce que la mort de Noire-Seigneur étant arrivée par l'effusion de son sang, ce mélange du corps et du sang est très-propre à représenter comment cet Homme-Dieu reprit la vie. »
Mais la seconde raison est encore plus décisive; puisque j'ai prouvé clairement que cette légère infusion du sang de Notre-Seigneur sur son sacré corps n'est pas ancienne parmi les Grecs4. Car Michel Cérularius, patriarche de Constantinople, qui vivait dans le milieu du XIe siècle, écrivait encore dans la Défense de l'Office des présanctifiés, « qu'il faut réserver pour cet Office les pains sacrés qu'on croit être et qui sont en effet le corps vivifiant de Notre-Seigneur, sans répandre dessus aucune goutte de sang précieux. » Et l'on trouve dans Harménopule 5, célèbre canoniste de l'Eglise de Constantinople, que selon la doctrine du bienheureux Jean, patriarche de Constantinople (soit que ce soit saint Jean Chrvsostome.^ou saint Jean l'Aumônier, ou
1 Ibi t., p. 192. - » Ibid., p. 90. — » Part. I, n. 6. — • Tr. ds la
comm., p. i, n. C. — s //mm., Epi.it. can., sect. 2, lit. 6.
tint Jean le Jeûneur, ou quelque autre , Une faut l'oint répandre /<• tanç précieux sur 1rs présanctiûés qu'on wut réseï ver; ri c'< -t. dit il, ■ la pratique de notre Eglise. i Ces deux passages, cités dans le Traité de la communion, .sont demeurés suis réplique. Comme «loue ni .M. de la Roque, ni L'anonyme, de si rigoureux censeurs, n'ont rieu en à j opposer, le (ail demeure pour avéré, Ainsi, quoi que puissent dire les Grecs modernes, leur tradition est contre eux,
cl il doit passer [unir constant que If pain sacré
se réservait seul dans L'Office des présanctifiés.
Aussi le patriarche Cérularius a-t-il pris une autre méthode, pour trouver 1rs deux espè dans cet Office; et .M. .le la Roque produit avec moi un passage de ce patriarche dans l'ouvrage que nous venons de citer, où il dit qu'on nul « le pain saint présanctifié, et auparavantdevenu ^parlait,» c'est-à-dire déjà consacré, dans le « calice mystique; et ainsi le vin qui 3 1 . est « changé au sacré sang du Seigneur; 1 et L'on croit « qu'il y est changé, » sans qu'on ail dit suret' vin, de l'aven de ce patriarche et de M. de la Roque, « aucune des oraisons mystiques et t sanctifiantes; » par où il parait clairement que Michel Cérulai Lus ne niellait pas la communion des deux espèces dans L'infusion, qu'on lait à présent parmi les Crées, de quelques gouttes de sang sur un pain consacré.
he dire qu'il la Taille mettre dans la consécration du vin, qui se ferait par le mélange du corps, c'est ce que nous détruirons bientôt pailles raisons si démonstratives, que j'espère qu'il n'\ aura aucune réplique; observant seulement en attendant, que le premier qui ait écrit (pie le Vin est changé au sang par le mélange du cor| 5, est le patriarche Michel, environ en l'an 1051 Notre Seigneur, sans que -AI. de la Roque, qui nous vante ici l'antiquité grecque et latine, ait pu nommer un seul auteur ni grec ni latin qui ait dit la même chose avant ce temps.
Et sans aller plus avant ni approfondir davantage la question, on voit déjà L'absurdité de celle doctrine : puisque par une telle imagination le patriarche Michel détruit l'Office des présanctifiés, qu'il avait dessein d'établir. Car cet Office consiste à donner sans consécration les mystèresdéjà consacres dans le sacrifice précédent. 31. de la Roque en est convenu, comme on l'avu;et c'est la même déiinition qu'il nous a donnée de cet office, disant en ternies formels qu'on l'appelle l'Office ou la liturgie des dons prcsanetifics, à cause qu'on n'y faisait pas de nouvelle consécration. Or, pour conserver cette notion des mystères présanctifiés, il ne fallait non plus consacrer le sang que le corps; et l'on
ne voit pas comment b consécration de l'un
S'accommodait mieux que celle de l'autre à la sainte tristesse du jeune; outre qu'on nr voit Micun exemple, dan, toute l'histoire ecclésiastique, où l'on ait jamais consacré une des espècesde L'Eucharistie, sans en même temps consacrer l'autre. C'est donc une illusion contraire
a toute la tradition, et contraire en particulier
au dessein des présanctifiés, que de s'imaginer ni la consécration du vin par le mélange du pain consacré; cl. M. île la Roque, qui croit se sauver par une si mauvaise défaite, ntredit ouvertement lui-même.
Concluons donc que le service des présanctifiés était un service ou, publiquement et dans L'assemblée des fidèles, comme nous l'avons déjà dit, à chaque semaine du carême, tout le clergé «■t le peuple communiaient cinq Fois sous la seule espèce du pain, il \ a pour le moins mille ans.