‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 92 sur 313 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Que le vin n'est point eooueré dans le mélange du rorps.

Les paroles de l'Ordre romain que nous avons récitées, font conclure à M. de la Roque et à l'anon} me qu'on croyait alors la consécration du vin par le mélange l ; et pour agir en tout de bonne foi, je veux bien leur avouer que quelques-uns le croyaient ainsi, déçus par l'autorité de cette rubrique mal entendue. Mais que ce fût l'intention de l'Ordre romain, ou de l'Eglise romaine, ou des auteurs tant soit peu instruits des sentiments de l'Eglise, je démontre que cela n'est pas possible : premièrement par Alcuin même, qui le premier nous a rapporté ces paroles de l'Ordre romain. Car lui-même dans ce même ouvrage, en continuant l'explication du divin service, et expliquant le canon de la Messe, en vient enfin à ces paroles * qui pridie quant pateretur, etc. ; c'est-à-dire, la veille de sa passion Jésus-Christ pritdupain de ses mains sacrées, etc., et dit : Ceci est mon corps. » Puis prenant ce sacré calice, etc., il dit : « Ceci est mon sang, « etc., faites ceci en mémoire de moi. » Après quoi Alcuin poursuit ainsi : « Les apôtres ont

1 la Roi , Rêp„ part, k.c'.i. 7,pag. 241. — - Aie , Dt dis. Jx , cap Dcaltbr misse. Falrol. tom. x, edit. Mignc.

usé de ces paroles incontinent après l'ascen- qui nous a le premier parlé de la rubrique dont

sion de Noire-Seigneur, afin que l'Eglise sût par ils abusent? Pouvait-il décider plus clairement

où elle peut célébrer la perpétuelle mémoire de qu'on ne peut consacrer le sang sans la parole,

son Rédempteur. Jésus-Christ l'a montré à ses qu'en disant, comme il vient de faire, que sans

apùlres, et les apôtres à toute l'Eglise, par ces ces paroles: « Ceci est mas corps, ceci est mon

paroles, sans lesquelles nulle langue, nul pays, sang, nulle ville, nulle partie de l'Eglise n'a ja-

nulle ville, nulle partie de l'Eglise ne peut con- mais pu consacrer? »

sacrer ce sacrement. » Et incontinent après : Qu'un ne m'aille pas chicaner sur ce qu'on « C'est donc par la vertu et par les paroles de prétend que cet Alcuin n'est pas l'Alcuin pré- Jésus-Christ qu'on a consacré au commencement cepteur de Charlemagne. C'est tout ce que l'aie pain et le calice, qu'on le consacre à présent, nonyme a su répondre à ce passage. Mais que et qu'on ne cessera de le consacrer ; parce que ce soit cet Alcuin ou un autre , quoi qu'il en soit, Jésus-Christ prononçant encore par les prêtres il est constant que c'est un auteur du temps : ces mêmes paroles, fait son saint corps et son que c'est le premier dont nous avons cette rubrisaint sang par une céleste bénédiction. » C'est que de l'Ordre romain : que Remy d'Auxerre, donc croire que l'on consacre le sang aussi bien auteur du temps, a transcrit de mot à mot ce que le corps; et Alcuin n'a pas entendu qu'on chapitre de la célébration de la Messe dans l'oupùt consacrer le sang par le seul mélange sans vrage qu'il a composé sur la même matière l : prononcer aucune parole, ni que ce fût le sens que Florus, autre auteur du temps, très-célèbre de la rubrique qu'il rapportait. par sa piété et par son savoir, en a fait autant2;

Ici M. de la Roque se tait: il ne dit pas un seul et qu'il n'y a rien de plus constant que cette docmot à ce passage d'Alcuin, quoique je l'eusse trine.

rapporté: sentant bien en sa conscience qu'il Amalarius n'égale pas le savoir de Florus ni n'y a point de meilleur interprète d'Alcuin, ni d'Alcuin: mais, soutenu par le même esprit de de la rubrique qu'il nous a rapportée le pre- la tradition, il assure, en expliquant le canon, mier, qu' Alcuin même. Il s'ensuit donc claire- que la consécration s'y fait par le prêtre, en faiment que si l'on prend le pain sacré dans du sant ce qu'a fait Jésus-Christ, en prenant comme fin, c'est une espèce d'ablution pour en faciliter lui du pain et une coupe pleine de vin et d'eau, le passage, et entraîner toutes les parcelles de en les bénissant à son exemple, en répétant ces l'Eucharistie qui pourraient rester dans la bou- paroles, Verba dominica, à l'endroit où nous les che; et que s'il est dit que le vin soit sanctifié répétons encore: « C'est, » dit-il3, « ici que la par le mélange du pain sacré, c'est de cette nature simple de pain et de vin est changée en sanctification extérieure, où les choses qui ne une nature raisonnable; c'est-à-dire au corps et sont pas saintes par elles-mêmes le deviennent au sang de Jésus-Christ: » paroles si expresses en quelque façon par l'attouchement des choses et si convaincantes, que ni M. de la Roque, ni sacrées, comme le calice, le corporal et les au- l'anonyme n'ont pas seulement tenté d'y réponses vaisseaux sacrés sont sanctifiés et cessent dre. L'anonyme dit seulement4: « Cela peut d'être profanes par l'attouchement du corps et être: j'aurais seulement souhaité que M. Bossuet du sang. C'est ainsi, dit saint Bernard », «que nous eût rapporté les termes d'Amalarius. » le vin mêlé avec l'hostie consacrée, quoiqu'il ne Aussi l'avais-je faits ; et outre cela, j'avais exsoit pas consacré de cette manière solennelle et pressément marqué l'endroit où il les aurait particulière qui le change au sang de Jésus- pu trouver; mais il ne fait pas semblant de voir Christ, ne laisse pas d'être sacré en touchant le tout cela, et voilà ce qu'on appelle répondre à corps de Notre-Seigneur. » un livre.

Quand j'explique decette sorte avec saint Ber- Quand nous n'aurions que ces deux auteurs, nard cette sanctification du vin mêlé avec le qui dans toute l'antiquité eussent seuls fait mencorps de Notre-Seigneur, l'anonyme, contre la tion de l'Ordre romain, c'en est assez pour découtume des autres ministres, qui témoignent û'uire cette consécration faite le vendredi saint peu de déférence pour ce saint dévot à la Vierge, par le mélange. Mais il fautencore ajouter qu'elle dit que « quand Bernard de Clairvaux aurait été répugne à l'esprit de cet Office. Car le dessein dans le sentiment de l'Eglise romaine d'aujour- qu'on a eu, en le faisant, est d'éviter, dans la d'hui, il faut voir ce qu'en croyait l'Eglise ro- tristesse où l'on est, à cause de la mort de Notremaine d'alors2. » Que ne répondait-il donc à Seigneur, la célébrité de la consécration. Les l'autorité si expresse d'Alcuin, auteur du temps, ministres de l'Eglise interdits et comme dissipés

•E| ist. W, n. 2. l'aboi., toni. cxxxxit. Aligne. — - Anonyme, ' PahvL, tom. cxxxi,édit. Mignu. — '-' Ib'd. — *AmaL, l. ni —

* Anonyw.c, p. 153. — s Tr. de la comm., n. 6.

.i\*<i- les apôtres, frappés d'étonnement el plongée dans la douleur, semblent avoir oublié la plus divine de leurs fonctions, qui est la consécration dos saintsmystères. Que si celle du corps sacré n'est pas de ee jour, (•clic du sur n'eu est pas davantage; el ■ l'on eût l'ailla dernière, l'autre n'eût pas dû être omise. Aussi voyonsnous que tous les auteurs nous disent unanimement, «pie l'on ne faisait ni rime ni l'autre. Kt Raban, archevêque de Mayence, le plus savant homme d'alors, dit « qu'en ce jour du vendredi saint on ne célèbre en aucune sorte les sacrements; m.ii-; . dit-il '. après avoir achevé les leçons el tes oraisons avec la salutation de la croix, on reçoit l'Eucharistie consacrée au jour de la Cène deNotre-Seigneur. » Il est donc clair, quand il dit qu'on ne célèbre les sacrements m u 1 1 ni Bonne, qu'il ne l'entend pas de la communion, comme en le faisait du moins à Rome du temps de saint Innocent, puisqu'il raconte la manière dont on communiait avec l'Eucharistie consacrée la veille: mais de la consécration, qui par conséquent, selon lui, ne se taisant en aucune sorte le vendredi saint . celle qu'on imagine par le mélange demeure tout à fait exclue. Amalai ius marque aussi, comme une chosequi répugnée la tristesse de ce jour, d'y faire le corpt deNotre- Seigneur * ; et comme il n*j répugne pas moins de l'aire le sang, il dit que ceux « qui consacrent, » c'est-à-dire qui croient consacrer le mélange, » car pour lui nous venons de \ h combien il est éloigné de ce sentiment : « ceuxlà, « dit-il ■, « n'observent pas la tradition de « l'Eglise dont parle le pape Innocent, qui dé- « fend de célébrer en aucune si nie les sacre - « ments, » c'est-à-dire de les consacrer, comme Raban do- Mayence nous l'a fait entendre.

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