CHAPITRE XLVII
Il estabsunle de prtteadreqoe la eon éeratloi se fait dam l'Office du Vendredi Salai pu le Pater.
Remarquons avant touleschosesla conduite de ces messieurs les protestants. Si nous entreprenions de leur prouver «pie les apôtres ont consacré L'Eucharistie en disant l'Orai6on dominicale,
qui sans doute n'a pas été dictée pour cette lin, et que nous leur alléguassions pour le prou\er, l'autorité de saint Grégoire ou de Strabo qui le suit, ils nous diraient (pièces auteurs sont venus bien lard pour nous exposer les sentiments des apôtres, dont nous ne trouvons lien dans leurs écrits. Puis donc qu'ils font tant valoir des autorites auxquelles eux-mêmes ils ne croient pas, on voil bien qu'ils n'ont d'autre but que d'cinbrouiller la inalière ou d'éblouir les ignorants. Une s'ils répondent qu'ils nous les opposent,
parce que nous les recevons, qu'ils apprennent
donc avec quel soin il les faut produire, quand on en veut taire un us ige séi ieux La première chose qu'il faut faire, c'est de bien
établir le l'ait. Par exemple, à l'occasion de saint
Grégoire, qui dans une de ses lettres dit que < les « apôtres consacraient à la seule Oraison domi- « nicale 2, » il fallait dire que ce saint Pape a écrit ces mots pour répondre au reproche qu'on lui faisait d'avoir pris dans la coutume des Grecs beaucoup de choses qu'il avait ajoutées à la liturgie. Parmi ces choses qu'on lui reprochait d'avoir ajoutées de nom eau, on y mettait celle-ci, « qu'ina continent après le canon, mox post canonem, a il avait fait dire l'Oraison dominicale. » On voit donc qu'auparavant l'Eglise romaine ne la disait pas; puisqu'on accuse saint Grégoire d'avoir introduit cette nouveauté 3. En passant, on
Tag. 24», 215, 252, 251. — • Lib. vu, ind. 2, epist. 61, nunc lib. îv, epist. 12.
•Toutes les liturgies attestent que, avant saint Grégoire, c'était une coutume de l'Eglise universelle de dire le Pater pendant la célébration de la Messe. TerlullieD, saint Cyprien, saint Cyrille de Jérusalem, saint Ambroise, saint Augustin, saint Optât et plusieurs autres, font mention de cet usage commun aux églises grecque et latine. Saint Jérôme en fait remonter l'institution aux apôtres, qu'il dit avoir appris du Seigneur à oser, dans la célébration du sacrifice, parler à Dieu, en l'appelant notre Père : Sic docuit apostolos iuos, ut quotidie in corporis tllius sacrificio credentes audeant loqui pater Noster (a).
(a) Lib. m, Advcrs. Pelag.
peut voir ici combien on était attentif aux moindres innovations qu'on faisait dans la liturgie, et combien on se serait élevé, si l'on eût ajouté quelque chose de douteux ou de suspect; puisque même ce fut un cbef d'accusation contre saint Grégoire d'y avoir ajouté l'Oraison dominicale.
«le grand Pape ne nie pas le fait, et ne se défend pas de cette addition ; mais il soutient qu'il avait eu raison de la taire, et voici commentil le prouve : « Incontinent après la prière, nous disons l'Oraison dominicale; parce que c'a été la coutume des apôtres de consacrer l'hostie que nous offrons» à cette seule oraison, n II ajoute les paroles suivantes : a II m'a semblé fort déraisonnable de dire sur l'oblatioii la prière qu'un seolastique (c'est-à-dire un homme savant) avait composée, et de ne point réciter sur le corps et sur le sang de Notre-Scigneur l'oraison que Notre-Seigneur a lui-même composée.» Ces paroles de saint Grégoire démontrent clairement, d'abord qu'il était infiniment éloigné de mettre la consécration dans l'Oraison dominicale : premièrement, parce qu'on a vu qu'il la faisait dire incontinent après la prière, moi post precem; c'est-à-dire, comme il avait dit auparavant, wconlincnt après le canon, mox post canonem, qui est encore l'endroit où nous la disons. Ce n'était donc pas son intention de la faire dire pour consacrer les mystères; puisqu'il la faisait dire après le canon, où la consécration est comprise. En effet, et c'est une seconde raison qui n'est pas moins démonstrative, saint Grégoire remarque expressément que l'Oraison dominicale se disait
Et saint Augustin nous apprend qu'on disait tous les jours l'Oraison dominicale : In ecclesia enim ad altare Dei quotidie dicitur ista domimea (Jratio [a). Il nous assure que presque toute l'Eglise termine, dans l'action du sacrifice, ses demandes et ses prières par cette oraison : Precationes accipimus dictas, quas facimus in celebrutione sacramentorum, antequam illud, quod est in Domini tnensa, incipiat benedici : Orationes, cum benedieitur et sanctificatur, et ad distribuendum commimiitur, quam totam petitionem fere omnis Ecclesia dominica Oratione conctudit (bj. Personne ne doute, selon l'observation de l'abbé Renaudot [c), qu'une discipline si générale, ubique ob^ervata, appuyée de l'exemple de tous les siècles, ne soit fondée sur le précepte même de Jésus-Christ. Cum nemo dubi'.et quin prœcepto Christi et omnium sœculorum exemplo heee disciplina stabiliatur (d). Or, est-il probable que l'Eglise romane, si attenuve à observer les traditions apostoliques, eût omis dans sa liturgie l'Oraison dominicale, qui tenait, au rapport de saint Grégoire, la principale place dans celle des apôtres. Tout ce qu'on peut donc conclure des paroles de ce saint Pape, c'est qu'il avait changé l'ordre de la prière en transposant l'Oraison dominicale qui se récitait dans quelque église, ou avant la consécration, ou avant la communion. En effet, le reproche auquel 6aint Grégoire répond ne tombait pas sur ce qu'il avait introduit l'Oraison dominicale dans la l.turgie, mais sur ce qu'il la faisait dire immédiatement après le canon : Quia orationem dominicam mox post canonem dici statuistis. Et saint Grégoire ne se justifie pas d'avoir inséré l'Oraison dominicale, mais seulement d'avoir établi qu'on la réciterait aussitôt après la prière qui forme le canon : Orationem vero dominicam ideirco mox post precem dicimus, etc. Vide. Not. ad epist. S. (ireg., nov. edit., et D. Hog. Men., Not. ad Sacrum. S. Greg.; ejusd. Oper., t. m, Liturg. Ilom. vet. Dissert., p. 55. {Ed. de Déforis.)
(a) Serm. 58, t. ▼. — (6) Epist. 119, ad Paul., n. 16. — (c) Liturg. Orient., t. 1, p. 12. — [d] lb\d., p. 21.
sur le corps et sur le sang. Ainsi, loin d'en faire jourd'hui dans notre Missel, « parce que c'est là la consécration, elle les supposait déjà consacrés. « que se font les sacrements de Notre-Seigneur : Enfin, on mettait si peu la consécration dans « et on l'appelle canon, » c'est-à-dire règle , l'Oraison dominicale, qu'il paraît même, comme « parce que c'est là que se fait la légitime et réon vient de voir, qu'avant saint Grégoire l'Eglise « gulicre consécration des sacrements. » Pour romaine ne la disait pas à la Messe, puisqu'il ce qui est de l'Oraison dominicale, il observe avoue que c'est lui qui l'y a ajoutée. Ce n'était « qu'on la met avec raison à la fin de l'action donc pas la tradition de l'Eglise romaine, que « très-sacrée; par conséquent, non pour faire la les apôtres eussent fait la consécration propre- consécration déjà faite ; « mais afin, » dit-il, ment dite de l'Eucharistie avec la seule Oraison « que ceux qui doivent communier soient puridominicale, que saint Grégoire y venait d'ajou- « fiés par celte prière, et participent dignement ter: et ainsi la consécration dont parle ici ce grand « aux choses déjà saintement faites; » c'est-à- Pape, n'est pas la consécration proprement dite, dire, « aux sacrements » et au sacrifice dont il en tant qu'elle renferme les paroles par lesquelles venait de parler. C'est donc abuser le monde et le pain et le vin sont consacrés et changés; vouloir éblouir les simples, que de faire consimais c'est la consécration dont nous avons déjà dérer l'Oraison dominicale, dans la Messe du parlé, en tant qu'elle est répandue dans toutes vendredi saint, comme devant faire, selon cet les oraisons et dans toutes les cérémonies de la auteur, la consécration proprement dite; puisliturgie mystique. qu'il explique si clairement qu'elle la suppose Il est maintenant aisé d'entendre les paroles de déjà faite. J'ai dit, la consécration propre- Valafridus Strabo, lorsque, suivant saint Gré- ment dite; car, comme il vient de reconnaître "oire, il parle ainsi » : « Ce que nous faisons dans la liturgie plusieurs consécrations, totconmaintenant par tant de prières, par tant de secrationibus, rien n'empêche que, suivant l'exchants, et par tant de consécrations, tôt con- pression de saint Grégoire, nous ne disions que secrationibus, les apôtreset ceux qui furent les l'Oraison dominicale appartient à la consécration, plus proches de leur temps le faisaient, comme on au sens que nous venons d'expliquer. Mais on croit, simplement par des prières et par la corn- voit manifestement, qu'outre ces consécrations mémoration de la mort de Notre-Seigneur, ainsi prises dans une signification plus étendue, il y qu'il l'a ordonné... Et nous avons appris, par la avait dans le canon, et avant l'Oraison dominirelation de nos ancêtres, que dans les premiers cale, une consécration proprement dite, laquelle temps on disait les Messes à la manière dont par conséquent ne pouvait pas être l'Oraison domaintenantnous avons accoutumé de communier minicale elle- même.
au jour du vendredi saint, auquel jour l'Eglise Que si l'on demande d*où vient donc que cet au-
romaine ne dit point de Messe; c'est-à-dire, teur fait mention de la communion du vendredi
qu'en disant auparavant l'Oraison dominicale, saint, à l'occasion de la Messe comme les apôtres
et, comme Notre-Seigneur l'a commandé, en la disaient; c'est qu'il en paraît quelque idée
employant la commémoration de sa mort, on dans cet office, où, pour préparer à la commu-
recevait la communion du corps et du sang de nion, on ne dit que l'Oraison dominicale, sans y
Notre-Seigneur, quand on devait, selon la rai- employer tous les chants et toutes les prières des
son, y être admis. » Cela veut dire, en un mot, autres jours.
qu'afin de rendre facile la célébration des sacre- Voilà clairement tout le dessein de Valafridus
ments, dans un temps où les Eglises persécutées, Strabo. Amalarius, qui tient un langage sembla-
ct les apôtres, accablés du soin de l'instruction, ble l, doit être entendu de même : et l'un et
avaient si peu de temps et de liberté , on se con- l'autre, après saint Grégoire, ont suivi la tradition
tentait « de l'essentiel, qui était la commémora- que nous voyons dans saint Augustin, lorsqu'il
« tion de la mort de Notre-Seigneur» renfermée, explique aux nouveaux baptisés l'ordre de cet
comme on le verra bientôt, dans le récit de Tins- endroit de la liturgie, que nous appelons à pré-
litulion, en y joignant seulement peu de prières, sent le canon: Vous savez, dit-il2, l'ordre des
et peut-être la seule Oraison dominicale. Mais « sacrements : après laprière, que nous appe-
que la consécration consistât dans l'Oraison do- Ions aujourd'hui secrète, on dit le sursum corda,
minicale, c'est à quoi Strabo n'a jamais songé, non et la suite : on fait la sanctification du sacrifice :
plus que saint Grégoire, dont il nous a rapporté et après que la sanctification du sacrifice estache-
la relation. Et cela paraît clairement par ces pa- vée, nous disons l'Oraison dominicale ; et après on
rôles du même chapitre : « Le canon s'appelle donne la paix, le saint baiser, et la communion.
« l'action *, » comme on l'appelle encore au- Nous faisons encore à présent toutes ces choses
1 De relu: cr;U*ia)t., c. 22.— 2 Lac. cit ' Lib. îv, c. 20. — } Seim. ad infant., serin. 227, in die l'asv.
PERPÉTUITÉ DF, LA TRADITION. w
dans le même ordre; tant il est vrai que dans pointdanscet office d'autres paroles consécra-
1 Eglise tout esl «mimé de lespnl de la équité : toires que l'Oraison dominicale, concluons en-
etnous suivons dislmclemenl ce que rapporte corequecela confirme ce que nous avons déjà
B^tAugustm,o^ie8lderécilerrOroiiotidomt- démontré, qu'en ce jour-là il n'y avaitnoint de
meule après la sanctification du sacrifice, consécration ; de sorte qu'on n'y prenait nue le
Si maintenant on veut savoir ce que c'était que corps déjà consacré la veille, celte sanctification, le même saint Augustin l'explique dans le même sermon parées paroles: CHAPITRE XLVIII. « Le pain <pie vous royetsur l'autel sanctifié par Dans |,orncedes présanctiflésdes Civrs.iin'y a aucune prière la parole de Dieu, est 'le corps de Jésus-Christ; L^ÏÏlï fi?! Mn]^l\ lUon- - I* doctri-
i ' , . ,', . \ , , , M constante des Grecs, et des Latins est que la consécration
le calice, ou plutôt ce qui est contenu dedans, du calice, comme celle du pain, se r.iit pur les parole» de
sanctifié par la parole de Dieu, est le sang de Jésu*-Chriat
Jésus-Christ, a Voilà une double sanctification, A l'égard de ce que dit l'anonyme1, que les
l'une du pain et l'autre du un; l'une pour laire Grecs, dans l'Office dos présanctifiés, consacrent
quele pain toit corps, l'autre pour (aire que le véritablement, parce qu'ils disent une partie «des
vin soit sang; l'une et l'autre ayant l'Oraison do- « prières qui précèdent et qui .suivent dans leur
minicale, mais l'une et l'autre par lu parole de « liturgie le récit de l'institution du sacrement,»
Dieu. Qu'on nous dise ce que c'était que cette il ,1C pouvait pas nous montrer par une preuve
parole de Dieu, par où le pain distinctement PllIS claire, que, sans rien connaître du tout
est sanctifié pour être le corps, et le vin distincte- dans leur doctrine, il jette au hasard ce qui lui
ment sanctifié pour être le tang, si ce n'est celle vient dans l'esprit, pour s'échapper comme il
que nous employons encore aujourd'hui dis- lient. Car tous ceux qui ont traité de celle ma-
tinctemenf à la consécration proprement dite : Kère parmi les Crocs, et entre autres le patriar-
« Ceci est mon corps, » sur le pain : « Ceci est che Cérularius, dont l'anonyme l'ait son fort
mon sang, » sur le calice. aussi bien que M. de la Roque, enseignent po-
Cest ce qui paraîtra bientôt avec une entière sitivement que dans l'Office des présanctifiés, évidence. Mais pour ne rien embrouiller, il nous «on ne dit aucune des oraisons mystiques et parait que saint Augustin, qui (ait précéder la sanctifiantes 2. » Le passage en a été cité dans le consécration et suivre l'Oraison dominicale, ne Traité de la communion* et il a passé sans refait que la même chose que saint Grégoire a plique. Aussi la chose parle-t-elle d'elle-même; suivie, et que Yalafridus Straho suit encore en et il est clair que si l'on avait besoin de ces suivant saint Grégoire. pi ici es sanctifiantes, ce ne sérail plus l'Office des
Que si nous voyons dans saint Grégoire l'Oral- présanctiflés. Mais afin de le mieux entendre, il
son dominicale omise dans la liturgie de l'Eglise laut savoir que parmi ces prières mystiques et
romaine, cela sert encore à confirmer ce que dit sanctifiantes, il y en a de préparatoires, il y en
le même saint Augustin, lorsque, parlant en un a de consécratoires, il y en a qu'on peut appeler
autre endroit de la bénédiction de l'Eucharistie, consommatives et applicatives. Ces trois genres
il observe que « presque toute l'Eylise la termine de prières se trouvent également dans les litur-
« par l'Oraison dominicale; » fere OMN1S Ec- gies grecques et latines. Les préparatoires sont
clesia » ; par où U fait assez entendre qu'il y celles qu'on fait lorsque les tidèles présentent
avait quelques Eglises où cela ne se faisait pas; leurs oblations, lorsqu'on les met chez les Grecs
et saint Grégoire nous apprend que l'Eglise ro- sur la prothèse ou sur la crédence, lorsqu'on
maine elle-même était de ce nombre. les apporte à l'autel et que le pontife commence
ou mit
molli i .
place où elle fût manifestement distinguée de la l'on demande que le pain soit changé au corps
consécration proprement dite, ce n'était pas une ct Ie vin au sang. Or, soit que cette prière se
chose indifférente; c'était la commune et an- fasse devant ou après les paroles de l'institution,
cienne tradition de toutes les Eglises. et soit que les paroles de l'institution soient te-
Concluons donc qu'on ne peut pas dire, sans nues essentiel les ou non, je n'ai pas besoin de
une manifeste absurdité, que le Pater se dit dans m'en enquérir pour convaincre l'anonyme ; puis-
l'Offiee du vendredi saint, pour consacrer l'Eu- qu'il est certain qu'il ne se dit rien de tout cela
charistie; et puisque notre adversaire ne trouve 1( „„ ,„. v „ , „ , „. . ,
1 Anonyme, p. 2j2. — : Mtch. Ceiul., De OJJic. prees.—* Tr. Ce lu
» lu, is:. &J, adPamli*,a. 16. comm., part. I. n. 6.
dans l'Office des présanctifiés, ni parmi les Grecs qu'il a opérée? Et ailleurs, il en dit autant du durant tout le Carême, ni parmi les Latins le sang : « Gardez- vous bien, » dit-il *, « de vous vendredi saint; d'où il s'ensuit qu'il ne se dit enivrer, et souvenez-vous que c'est des prémices aucune des paroles consécratoires. Je n'ai pas du vin que le Saint-Esprit fait le sang de Nôtrebesoin de parler des consommatives ou applica- Seigneur; » ce que ce grand homme a dit par tives; puisque, quand on les dirait, elles ne font un manifeste rapport à l'invocation du Saintrien à notre propos, et que, loin d'opérer la con- Esprit, que font toutes les liturgies grecques sécration, elles la supposent déjà faite. dans la consécration du corps et du sang. Il ne C'est donc une erreur grossière à l'anonyme, fallait donc pas s'imaginer, ni que le sang pût sous prétexte que l'antiquité grecque et latine être consacré d'une autre manière que le corps, aura mis la consécration dans la prière, de croire c'est-à-dire sans paroles, ni que toutes paroles que toute prière, et l'Oraison dominicale comme y fussent bonnes, mais croire qu'il fallait eraune autre, y soit également bonne. Car il y avait ployer les paroles spécialement destinées à cette dans l'Eucharistie, comme dans le baptême, sainte action.
une formule déterminée et de certaines paroles Quelles étaient ces paroles? saint Basile l'exaffectées à la consécration. C'est ce que dit saint plique assez dans cet excellent discours où il re- Augustin en termes formels lorsque parlant du commande si gravement les traditions non écripain de l'Eucharistie : « Notre pain, » dit-il *, tes : « Lequel des saints nous a laissé par écrit « n'est pas mystique et sacré ; mais il est fait tel les paroles d'invocation dont nous nous servons par une certaine consécration, certa consecra- en consacrant le pain de l'Eucharistie et le calice tioxe. » Saint Grégoire de Nazianze n'est pas de bénédiction; car nous ne nous contentons pas moins formel à l'endroit où il représente la Messe de celles dont l'Apôtre et l'Evangile font menque saint Grégoire , évêque de Nazianze, son tion; mais nous en ajoutons devant et après, père, vint dire, quoique malade, la nuit de Pâ- comme faisant beaucoup au mystère, et c'est de ques. « Il célébra, » dit-il 2, « les mystères en la tradition que nous les avons reçues. » Tout peu de paroles, et autant qu'il en pouvait profé- parle pour nous dans ce discours. Il y paraît rer. » Mais il ajoute distinctement qu'il dit, selon que la substance et pour ainsi dire le fond de la la coutume, les paroles de l'Eucharistie. Par là consécration est dans les paroles dont l'Apôtre et nous apprenons à la vérité, ce qui paraît encore l'Evangile font mention ; c'est-à-dire manifesleailleurs, que toutes les Eglises n'avaient pas alors ment les paroles de l'institution; et c'est cette peut-être des prières fixes qui composassent la commémoration de la mort de Notre-Seigneur liturgie, et que les évêques les composaient sui- dont, selon Valafridus Strabo, les apôtres faivant qu'ils étaient poussés par l'esprit de Dieu, saient le fond de la célébration de l'Eucharistie; ce qui leur donnait la liberté de les étendre ou mais on y joignait d'autres paroles apprises par de les abréger selon la prudence. Mais nous ap- la tradition , dont saint Basile se contente de dire prenons en même temps que pour la consecra- qu'elles font beaucoup au mystère. tion il y avait une formule fixe et des paroles Produisons encore deux témoins, saint Chryexpresses, qu'on appelait les paroles de l'Eucha- sostome pour l'Orient et saint Ambroise pour ri$tie,T<x rifeéôjflxptbriaç pourra, qu'une coutume l'Occident, qui tous deux ont illustré le même inviolable ne permettait pas d'omettre. De ces siècle. Le premier parle en ces termes2: « Ce paroles mystiques, s'il y en avait pour le corps, n'est point l'homme qui fait des dons proposés le il y en avait pour le sang, selon ce que nous corps et le sang de Jésus-Christ ; mais c'est le disait saint Augustin 3 : » Le pain que vous voyez même Jésus-Christ qui a été crucifié pour nous, sur l'autel, sanctifié par la parole de Dieu, est le Le pontife en accomplit la figure en disant ces corps de Jésus-Christ ; le calice, ou plutôt ce qui paroles ; mais la vertu et la grâce en viennent de est dedans, sanctifié par la parole de Dieu, est le Dieu. Ceci, dit-il, est mon corps : par ces parosang de Jésus-Christ. » Et afin de faire toujours les sont changées les choses poséessur la sainte marcher l'Eglise grecque avec la latine, saint table. » Visiblement ce n'est pas seulement par Isodore de Damiette, à peu près dans le même ces paroles une fois proférées de la bouche de temps, disait aux ennemis de la divinité du Jésus-Christ ; mais encore c'est par ces paroles Saint-Esprit * : * Comment osez-vous dire que le répétées à l'autel par le pontife comme accom- Saint-Esprit n'est pas égal aux deux autres per- plissant la figure de Jésus-Christ et représentant sonnes, lui qui dans la table mystique fait d'un sa personne. Il tient toujours constamment le pain commun le propre corps de l'incarnation » même langage 8 ; et si les Grecs d'aujourd'hui
1 Contra Fautl., h xx, e*p. 13. —* Or*t. 19. — a Vide sup. — * Jbid,, epist. 313. — • De prodit. Judœ., hom. 1, n. 6. — ' Hom. 2
Lia- t,«piat. 100, in II Tim., a. 81, tom. xs; in Alatth., etc.
s'éloignent de cette doctrine, ils sonl convaincus vrai. Que votre esprit confesse au dedans ce que
par celui de tous leurs Pères qu'ils ont le plus en votre bouche prononce1. »
vénération. Qui ne voit donc qu'il parle ici de ce qui se
Qui \iMit \ « i i r combien est accablant ce pas- fait dans l'Eglise à la célébration des mystères, et
sage de saint Chrysostome, n'a qu'à entendre que c'est aux paroles de Jésus-Christ, qu'on y
M. de la Roque *, lorsqu'il dit que saint Chrysos- répète, qu'il attribue la vertu? Et cependant
tome et ceux qui ont parié comme lui «n'ont l'anonyme s'emporte contremoi, comme si j'avais
attribué la consécration à ces paroles: Ceci est falsifié les paroles de saint Ambroise: «Hé donc,
mon coups, que comme à des paroles déclarati- « fout-il après avoir corrompu la foi des Pères!
ves de ce qui était déjà arrivi au pain et au « corrompre et falsifier leurs témoignages2?»
vin de l'Eucharistie. » Quoil ces paroles sacrées, Laissons-lui passer sou exclamation, pourvu du
que saint Chrysostome nous représente comme moins qu'où reconnaisse la coutume perpétuelle
accompagnées de grâce et de vertu, comme fui- des protestants de taire la contenance la plus
tant tout le changement , comme donnant toute lu triomphante, quand ils savent le moins où ils en
force uu sacrifice, ainsi que le même Père l'a- sont.
joute encore, ne seront que déclaratives, et il y Notre auteur montre bien la confusion où il
aura dans la célébration des (nystères quelque est» lorsqu'il fait semblant d'ignorer le passage
chose de plus efficace que les paroles de Jésus- du livre De$ Sacrements ; cl il dit qu'il y répon-
Christ? C'est ainsi qu'on élude tout cl qu'on dm quand j'en aurai marqué l'endroit Je l'avais
trouve tout ce qu'on veut dans tous les dis- marqué à la marge; et s'il avait seulement ou-
COUrs. Wt les yeux, il J aurait vu l'endroit que j'y ai
Ecoutons maintenant saint Ambroise dans marqué: il j aurait lu ces paroles: « Voulcz-
l'instruction admirable qu'il donne aux initiés, vous savoir comment la consécration se fait par
ou à ceux qui avaient été baptisés nouvellement, des paroles célestes? Le prêtre dit : Rendez-nous
11 dit que, dans le mystère de l'Eucharistie, cette oblation approuvée, raisonnable, ratifiée,
« c'est par la bénédiction, plus forte que la na- qui est la figure du corps et du sang3. » Le mi-
ture, que la nature même est changée ; que dans nistreacru peut-être que le mot de figure me
celle divine consécration c'est la parole de Noire- ferait peur, et que je n'oserais jamais produire
Seigneur qui opère: que cette parole de Jésus- ces paroles. Il se trompe; caria suite va faire
Christ, qui a pu faire ce qui lui a plu de ce qui voir que si avant la consécration l'ohlation n'est
n'était pas, a bien pu changer ce qui étail en ce encore qu'une figure, elle devient la vérité aus-
qu'il n'était pas 2. » Il ajoute aussitôt après que sitôt après. Carcel excellent auteur expliquant
par ces paroles célestes et par celte bénédiction la suite de la consécration , en attribue la vertu
de Nolrc-Scigneur le sang autant que le pain est aux paroles de Jésus-Christ, qu'on répèle:
consacré, et par ce moyen il nous apprend à ne Devant, dit-il, «qu'on ait consacré, c'est du
chercher pas pour le vin une autre sorte de con- pain; mais quand les paroles de Jésus-Christ
sécration. sont prononcées, c'est le corps de Jésus-Christ.»
L'anonyme répond 3 que lorsque saint Ain- II en dit autant du sang, afin qu'on ne s'aille pas broisedit que tout se fait « par la parole de Je- imaginer qu'il puisse être consacré d'une autre « sus-Christ;» c'est-à-dire «par sa vertu et selon sorte : «Devant les paroles de Jésus-Christ , « son institution. » Mais il n'a pas voulu songer poursuit ce Père , c'est un calice plein de vin et que constamment, selon saint Ambroise, on ré- d'eau : quand les paroles de Jésus-Christ ont fait pétait ces paroles de Jésus-Christ : «Ceci est leur opération, là est fait le sang de Jésus-Christ « mon corps, ceci est mon sang; » et que c'est qui a racheté le monde. Voyez donc, conclut-il à ces paroles, ainsi répétées, que ce Père attribue en combien de manières la parole de Jésusla consécration et le changement. « Jésus-Christ Christ est puissante pour tout changer. » crie : Ceci est mon coiu'S : devant la bénédiction Qu'importe que cet auteur soit un autre que de ces paroles célestes on nomme une autre saint Ambroise, ou saint Ambroise lui-même ; espèce. » c'est-à-dire du pain : « après la consé- puisqu'il est constant d'ailleurs que c'est un aucralion, on exprime que c'est le corps de Jésus- tour ancien qui n'a l'ait qu'étendre et expliquer , Christ, Il dit que c'est son sang : devant la con- niais toujours avec la même douceur et un semsécration on nomme une autre chose ; » c'est-à- blahle génie, ce que saint Ambroise a compris en dire on nomme du vin : « après la consécration moins de paroles dans l'instruction des nouveaux on nomme du sang ; et vous dites, amen, il est baptisés? Nos adversaires ne gagnent rien dans
, . . „„ , . . ^ .", . , ces disputes, et en divisant les auteurs, ils ne
1 ffist.de l Euch., part. I, ch. 7, p. 83. — J De lis quiinil. seit de r
wtysi-, c. 0, n. &o, — * Anonyme, p. 157. ' An.br., De iis, etc— s Anonyme,p. 257.-3 LU), iv, c &, t. n.
font que multiplier les témoins qui déposent force reviennent à ce paralytique. Et pour moncontre eux. Pour l'anonyme , qui fait ici sem- trer qu'il y a une vertu de commandement blant de douter de l'instruction des nouveaux dans ces énonciations de Jésus-Christ, et des hombaptisés*, et qui ne veut pas sentir saint Am- mes lorsqu'ils agissent par sa puissance, c'est broise dans un style si coulant , si doux et si qu'en môme temps qu'il dit : « Vos péchés vous plein d'une solide et tendre piété, il sait bien en sont remis*, » on entend que c'est lui qui les sa conscience qu'un tel doute est méprisé de tous remet, et qu'il exerce sa toute-puissance par ces les savants, et que la froide critique de quelques paroles. Selon celte sainte doctrine, comme il y auteurs de la religion, pour constater ce livre à a une intention de commandement dans cespasaint Ambroise, n'a servi qu'à faire voir qu'il en rôles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang,» étaient terriblement incommodé. Et après tout lorsque Jésus-Christ les prononce ; de même il y qu'y a-t-il ici de nouveau? On trouve dans ces a aussi une intention de prière, lorsque nous deux livres ce qu'on trouve dans tous les auteurs les répétons en mémoire du premier'effet qu'elles de ce temps, ce que les auteurs de ce temps ont ont eu , afin d'avoir encore la même grâce, reçu de plus haut. Saint Justin a dit, dès le com- Quand donc l'anonyme dit qu'on ne peut croire mencement du second siècle , que les aliments « que le récit de l'institution de l'Eucharistie soit ordinaires dont nos corps sont sustentés devien- invoquer Dieu; et qu'il faut avoir la cervelle vent l'Eucharistie par la prière de la parole qui troublée pour croire une telle extravagance 2, » vient de Jésus-Christ2. L'anonyme chicane ici j'entends un froid grammairien qui, servilement sur le mot de prière, parce qu'il ne veut pas en. attaché au son des paroles, dit des injures à ceux tendre qu'il y a une intention de prière dans les qui en prennent l'intention et l'esprit. Mais qu'il paroles qu'on récite pour obtenir de Dieu un dise ce qu'il lui plaira; qu'il traite d'extravacerlain effet. Mais enfin il faut céder à ces ter- gance la doctrine de tous les siècles, il ne nous mes de saint Justin, qui met la consécration de échappera pas par ce moyen : puisqu'enfin, soit l'Eucharistie dans la parole qui vient de Jésus- que les paroles de Jésus-Christ répétées opèrent Christ. C'est en ce sens que saint Irénée a répété par elles-mêmes tout le mystère , soit qu'il faille par deux fois que le calice « mêlé devin et d'eau, pour en appliquer la vertu , user d'une prière et le pain rompu, en recevant la parole de Dieu, plus expresse , toujours demeurera-t-il pour cerdeviennent l'Eucharistie du corps et du sang de tain que la parole y est nécessaire, que le calice Jésus-Chnst3. » Quelle parole de Dieu reçoit comme le pain a sa bénédiction et sa consécral'Eucharistie, si ce n'est celle que Jésus-Christ a tion particulière ; et que cette vérité est si maniproférée? Mais de quelque manière qu'on la feste, ou'il n'y a pas seulement un auteur eccléveuille prendre, toujours est-ce une parole pro- siastique où on ne la trouve très-clairement noncée sur l'Eucharistie, et autant sur le vin que exprimée ; de sorte que l'anonyme semble avoir sur le pain, qui les fait devenir le corps et le entrepris de joindre ensemble toutes les absursang. Les Pères de tous les siècles le disent éga- dites imaginables, lorsqu'il a dit que l'on consalement; et avant eux tous saint Paul avait dit : craitsans paroles, ou avec des paroles prononcées « Le calice de bénédiction que nous bénissons: » ja veille, ou enfin avec des paroles qui n'ont aucun et le Maître même a été l'original de ces paroles rapport avec l'Eucharistie, soit qu'il ait voulu y consécratoires, en ce qu'il a dit séparément sur faire servir l'Oraison dominicale ou d'autres le pain : « Ceci est mon corps; » et sur le vin : prières générales et indéfinies ; et qu'enfin tous « Ceci est mon sang; » sanctifiant chacun de ces ies protestants montrent la dernière faiblesse , aliments par sa consécration particulière. Qu'on lorsque, pressés non-seulement par l'office des ne dise plus que ces paroles : « Ceci est mon présanclifiés, mais encore par la communion docorps, ceci est mon sang,» sont des paroles mestique et par celle des malades, ils nous apporénonciatives et déclaratives. Car nous avons dé- tent pour tout dénoûment à une telle difficulté , montré cent et cent fois, et tous les siècles l'ont Une chose aussi pitoyable et aussi inconnue à cru avant nous, qu'à celui qui est tout-puissant , l'antiquité que leur consécration par le médire et opérer c'est la même chose; et que sa lange.
parole, qui est la vérité même, se vérifie toujours Jusqu'ici j'avais dédaigné de rapporter une so-
par sa propre force. Ainsi , à cette parole : lution de l'anonyme, qui ne m'avait paru digne
« Femme, tu es guérie \ ■» la maladie disparaît : que de mépris. C'est que les Catholiques romains
ainsi , à ces mots puissants : « Enée , le Sei- pourraient croire, par l'exemple de l'eau bénite,
gneur Jésus vous guérit 5, » le mouvement et la que le sang peut être également consacré et par
•Ancn., p. £97.-v^., Apoi. i, D. ce.-» w, iib. v, c. 2; n. 2 1* parole et par le mélange : « Puisque, » dit-il 3,
etsui.; l'atrol. grcec.,é(i>l. hU^ne.—' Lul., xu, 1J. — *Ac/., IX, 31. i /.«c, vu, 43. - 2 Anonyme, p. 208. —Uoid. p. 254.