PRÉFACE
Qui contient la régie qu'on a suivie dans ces Remarques', et le sujet important des Instructions suivantes.
On continue avec l'espérance du secours divin , à examiner les passages particuliers où la version de Trévoux est digne d'être reprise. Il n'est pas croyable combien il s'en trouve où la foi est attaquée. S'il y en a qui ne soient pas de même importance, c'est que le dessein de ces Remarques est de faire sentir aux fidèles qu'il n'y a aucune parole sortie de la bouche de Jésus- Christ, et dictée par son Esprit-Saint, qui ne doive être traitée avec révérence et religion , sans qu'il soit permis d'y altérer ou affaiblir un seul trait , et encore moins d'y mêler ses propres imaginations ; ce qui ne serait rien moins qu'une corruption et une dégradation du Texte sacré.
L'intention n'est donc pas tant de reprendre les mauvaises traductions et explications dont on a déjà peut-être assez découvert les sources empoisonnées, que d'apprendre à ceux qui s'exercent dans la lecture des livres sacrés, en profitant des chutes de l'auteur, à peser toutes les paroles de ces divins écrits , à consulter attentivement la tradition des saints que l'Eglise nous a donnés pour interprètes, et à croire enfin, comme dit saint Pierre, avant toutes choses, que de même que les saints hommes de Dieu n'ont point parlé par la volonté humaine, ni par celle d'autrui , ni par la leur propre, mais par le Saint-Esprit ; ainsi nulle prophétie de l'Ecriture, nulle parole dictée par le mouvement de cet esprit prophétique, ne s'explique par une interprétation particulière , ii. Pet., i, 20, t\, de sorte i(u'il ne faut rien prendre dans son propre esprit, mais prendre celui des Pères, et suivre le sens que l'Eglise dès son origine et de tout temps a reçu par la Tradition.
C'est de là qu'on puisera des principes inébranlables,
dont il n'y aura qu'à suivre le fil par une théologie , qui ne soit ni' curieuse, ni contentieuse, mais sobre, droite, modeste, plutôt précise et exacte, que subtile et rafiinée ; et qui , sans perdre jamais de vue la convenance de la foi, la suite des Ecritures, et le langage des Pères , en quoi elle fait consister la véritable critique, craigne autant de laisser tomber la moindre partie de la lumière céleste, que de pénétrer plus avant qu'il n'appartient à des mortels.
Pour procéder avec ordre dans cette discussion , je n'ai rien trouvé de plus simple et de plus net que d'examiner passage à passage les endroits qui seront dignes de quelques remarques , selon que la lecture les présente, et d'écrire précisément sur chacun ce que décide la Tradition , et la saine théologie qui en est tirée.
On s'apercevra aisément que faute de s'être attaché à cette règle , notre auteur qui n'a cherché qu'à se signaler par des nouveautés , est tombé dans les égarements dont on n'a pu voir encore qu'une partie dans l'Instruction précédente , et n'a jamais pu parvenir à l'explication saine et suffisante de la sublime nativité du Fils de Dieu ; ni à Tintelligence des prophéties que les apôtres ont alléguées; ni à celle des caractères divins du Saint- Esprit , marqués si clairement dans l'Evangile; ni à ces douces insinuations de la grâce qui fléchit les cœurs , qui les remplit et les meut dans l'intérieur : ce qui rend ses notes comme ses traductions sèches , sans onction et sans piété.
Destitué de cet esprit de charité et de paix , il n'a songé dans ce dernier livre , non plus que dans ses critiques précédentes , qu'à mettre aux mains les saints Pères les uns contre les autres , principalement sur la matière de la grâce et du -libre arbitre : pernicieuse invention des derniers critiques, qui se joignent aux protestants par cet endroit-là, comme ils font par beaucoup d'autres , et ne craignent pas de leur donner cet avantage contre l'Eglise.
Le ministre Basnage en triomphe dans son Histoire ecclésiastique * ; et trop faible pour excuser les variations de sa prétendue Eglise , il ne trouve plus de ressource , que de reprocher à l'Eglise chrétienne d'avoir varié elle-même dès son origine sur la matière de la grâce. J'avais posé ce fondement inébranlable de mon Histoire des Variatio7is, que l'Eglise portant toujours sa foi formée dans le cœur, elle n'a jamais varié ni pu varier. C'est sur un si beau fondement que ce ministre me prend à partie en ces termes : Si , dit-il , M. de Meaux a fait voir c/ue les Pérès grecs et latins qui ont vécu avant saint Augustin aient toujours enseigné la même doctrine sur la grâce, je lui promets de reco7inaitre la vérité des maximes qu'il a posées : mais s'il succombe sous le fardeau, il faut qu'il permette au public de croire que son Histoire des Variations est inutile , puisqu'elle est appuyée sur des raisons qui ne sont pas vraies ; c'est-à-dire , sur le principe de la perpétuelle immobilité de la doctrine de l'Eglise.
Puisqu'il fait consister en ce seul point la victoire de la vérité , et promet de la reconnaître à ce prix, la charité m'oblige à le satisfaire : je ne quitterai pas pour cela les nouveaux critiques , puisqu'au contraire ils paraîtront d'autant plus coupables, qu'ils se trouveront convaincus d avoir fourni des armes aux ennemis déclarés de l'Eglise catholique. Je m'engage donc à soutenir dans mes Intructions suivantes contre eux et les rotestants unis ensemble, l'invariable perpétuité de la oi de l'Eglise chrétienne ; et puisque la matière de la grâce et du libre arbitre est celle qu'on veut regarder comme le sujet de la division , c'est sur ce point que je promets , avec le secours d'en-haut , de démontrer plus facilement et aussi plus briè\ement qu'on ne le peut croire , le consentement des anciens Pères avec leurs successeurs de l'Orient et de l'Occident, et des Grecs avec saint Augustin et ses disciples.