LVII^ PASSAGE, ET REMARQUE
1. Règle pour la traduction. — Sur le chap. i^"" t. 15, un fidèle traducteur ne se serait jamais permis de supprimer dans le texte le terme de premier-né, ou l'équivalent, puisqu'il est du Grec et de la Vulgate , et qu'il se trouve consacré dans les versions, pour mettre à la place premier seulement, contre la foi des originaux. Le premier objet d'un traducteur, c'est d'être fidèle au texte , sans lui ôter un seul trait, ni la plus petite syllabe. De telles suppressions font imaginer aux ariens qui abusent de ce passage, qu'il est véritablement pour eux, puisqu'on est contraint de le changer : il faut éloigner de telles idées, et ne pas autoriser la coutume de mêler son commentaire à l'original.
2. Ce mot de saint Paul, premier-né, mal expliqué par l'auteur : quelle en est la force. — Pour expliquer ce mot, premier-né , l'auteur a recours à un hébraïsme, et prétend que chez les Hébreux, ce terme signifie souvent celui qui est éminent au-dessus des autres. C'est peu donner au Fils de Dieu, que de le rendre éminent au-dessus des créatures : le sens de saint Paul est plus profond, et veut dire que celui qui est né , primogenitus , c'est-à-dire , le Fils de Dieu, précède de nécessité, et par sa nature, jusqu'à l'infini, tout ce qui a été fait; ce que saint Paul exprime en ajoutant, que « toutes les « créatures qui sont dans le ciel et sur la terre ont » été faites par lui , soit visibles, soit invisibles, » trônes, dominations, principautés, puissances, » tout a été créé par lui et pour lui ; en sorte qu'il » est avant tous , et qu'il n'y a rien qui ne subsiste » par lui : » Col., i, 16, 17.
3. Il fallait traduire premier-né tout du long. — Il ne fallait donc point hésiter à traduire ici tout
INSTIirCTlONS Sril [.A VKKSION DU NOUVEAU TESTAMENT.
ilu lonjr. que Jésus-Christ est le prcmier-nc , ni approhondor que par ce moyen il se Irouvât en quelque sorte rangé avec les créatures qui sont son ouvrage qu'il a tiré du néant par sa puissance; puisqu'après tout , quand saint Paul dit de Jésus- Chrisl qu'il est l'unique, ou, ce qui est la même chose, le premier-ne, sans second, avant toute créature, il ne fait que répéter ce que Salomon a vu en esprit dans ses Proverbes, que la sagesse éternelle, qui est le Verbe, éliùloujendn'c, conçue et enfantée' au sein de son Père avant tous les temps, lorsqu'il a commencé ses voies , et produit au jour ses ouvrages; ce qui est si grand, qu'il ne faut pas craindre que la majesté et léternitc du Fils de Dieu en soient rabaissées.