‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 148 sur 851 · Prm.,nn. ti. U · texte numérisé non relu

Prm.,nn. ti. U

pas le Fils de Dieu comme les anges , qui sont quelquefois appelés fils de Diou, mais qu'il l'est d'une manière spéciale.

REMARQUE

Il devait donc dire, que jamais les anges ne sont appelés de ce nom en celte sorte , ni au nombre singulier et par excellence. On ne leur a jamais dit, ni je vous ai engendré, ni que c'a été aujourd'hui ; ce qui dénote le jour de l'éternité , selon l'explication des deux Cyrille et des autres Pères. L'auteur ne sait qu'alVaiblir les passages qui établissent la divinité, et c'est le fruit qu'on peut retirer de ses critiques. Par cette même raison, il se contente de dire, que Jésus-Christ est Fils de Dieu d'une manière spéciale, ce que les sociniens ne refusent pas, comme nous l'avons souvent remarqué : mais pour parler en théologien et en catholique, il fallait encore ajouter que cette manière spéciale d'être fils, est d'être vraiment fils , vraiment engendré, et né de la substance de son père ; autrement on supprime les vrais caractères personnels et substantiels du Fils de Dieu. On va voir encore d'autres efl"els de cet afTaiblissement de la saine théologie, par rapport à la divinité de Jésus-Christ.

LXni«' PASSAGE.

Dans la môme note sur le t. 5 : Je vous ai engendré aujourd'hui : saint Paul, dit le traducteur, applique avec les Juifs de son temps au Messie, par un deras, ou sens sublime et spirituel , ce qui s'entendait à la lettre de David élevé sur le trône.

REMARQUE

1 . L'auteur entre dans l'esprit d'éluder les prophéties et la véritable génération du Fils de Dieu. — On voit ici un effet de l'esprit des sociniens et de Grotius qui éludent les prophéties au sens véritable , et les réduisent en un sens mystique et spirituel : le critique entre ici trop visiblement dans cet esprit , faute d'expliquer, comme il devait , que son deras, ou sens sublime et spirituel, est souvent le sens véritable, et que celui de saint Paul en cet endroit est proprement et directement de la première intention du Saint-Esprit; puisque même l'élévation de David à la royauté n'épuise pas la grandeur de cette expression : Dieu m'a dit, à moi proprement et uniquement, vous êtes mon fils, unique par excellence : Je vous ai, non pas adopté, mais, engendré de mon sein; et le reste que je ne dois pas prouver, mais supposer en ce lieu; puisque môme je l'ai démontré ailleurs'.

Ainsi ceux qui ne voient ici que David proprement et naturellement, ne prennent que l'écorce de la lettre, et en abandonnent l'esprit; comme il paraît par la suite du texte, tant du psaume que de saint Paul, et par la tradition de toute l'Eglise, ainsi (pi'on le i)ourra voir dans notre exposition sur ce psaume^, si on daigne y jeter les yeux.

2. L'auteur affaiblit la tradition des Juifs. — Selon ces principes , qui sont de la foi et de la tradition expresse de l'Eglise, il ne faut pas dire avec l'auteur ([uc saint Paul applique ce passage à Jésus- Christ avec les Juifs de son temps; c'est trop resserrer la tradition, que de la réduire au temps de Jésus-Christ : ce n'est pas ici une af)i)lication à Jésus-Christ, comme à un sujet étranger au texte;

1. VoijKz Hnppl. in l's"l.. fl la Dls'teri.. Prélimin. sur Grotius, — 2. Voyez in Pu. ii, et Suppl. in Psal.

SECONDE INSTRUCTION

mais une explication naturelle et véritable , qui étant du dessein premier et principal du Saint- Esprit, .a été transmise de main en main aux Juifs spirituels , et en effet s'est conservée par une tradition dont les Juifs ne marquent point d'origine , jusqu'au temps de Jésus-Christ et au delà.

C'est une chose à déplorer, que l'explication ennemie des prophéties, soit insinuée si fortement dans une traduction du Nouveau Testament, qu'on met entre les mains du peuple, et qu'on lui apprenne, conformément à l'ancien esprit des critiques précédentes', à éluder les prophéties qui sont le fondement de notre foi.

LKIY*" PASSAGE.

Dans la note sur le t. 6 , du môme chapitre i, de l'Epitre aux Hébreux, « il explique le premier-né, » c'esl-à-dire , le Fils unique , ce qu'il a de plus » cher; et saint Paul prouve encore parla, que » Jésus-Christ est le Fils de Dieu d'une manière » spéciale, et non comme les anges'. »

REMARQUE

Il ne dira donc jamais qu'il est Fils unique, parce que seul il est engendré de la substance de son Père, et de même nature que lui : et il ne sera Fils unique, que parce qu'il est le plus cher, sans vouloir sortir à cet égard des idées des sociniens par aucune remarque précise.

Nous avons souvent remarqué que la manière spéciale des sociniens pour la tlliation de Jésus- Christ, c'est que Dieu, en lui donnant une mère Vierge, a suppléé par son Saint-Esprit la vertu d'un père charnel, et seul lui tient lieu de père :.ce qui suffit bien pour le distinguer des anges, mais non pour le faire Fils de Dieu par nature et proprement. Si nos critiques ignorent un si grand mystère , ou ne daignent en faire mention, pourquoi font- ils les maîtres en Israël , et s'ingèrent-ils à expliquer l'Evangile.

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