‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 151 sur 851 · I. ÉPITRE DE SAINT JEAN · texte numérisé non relu

I. ÉPITRE DE SAINT JEAN

LXVIIô PASSAGE.

Il n'y a point de crainte où est l'amour; mais l'amour parfait bannit la crainte, I. Joan., iv, 18, où la note porte : C'est-à-dire , celui qui aime Dieu véritablement , ne craint point de souffrir pour lui.

REMARQUE

Il ne s'agit point ici de souffrir pour Dieu : l'Apôtre venait de dire au t. précédent : « L'amour » que nous avons pour Dieu est parfait en nous, » lorsque nous avons confiance au jour du juge- » ment, » en sorte que nous n'en soyons point troublés; ainsi la crainte que saint Jean a dessein d'exclure, est celle du jugement, qu'il veut que nous attendions avec plus de confiance que de frayeur. Il nous montre donc l'amour parfait comme le principe de la confiance qui bannit la crainte inquiète des sévères jugements de Dieu : c'est le sens qui se présente d'abord , et oîi nous mène la suite du discours : toute la théologie adopte ce sens après saint Augustin , qui l'appuie en cent endroits; mais le traducteur lui préfère une autre explication moins convenable , et ôte à l'école un passage dont elle se sert pour expliquer la nature de l'amour parfait, qui inspire la confiance et qui exclut la terreur.

LXVni" PASSAGE, ET REMARQUE.

Il s'agit ici du fameux passage : Très sunt qui testimonium dant in cœlo : Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, I. Joan., v, 7, sur lequel il ne remarque autre chose, sinon, que « cer- » tains critiques de Rome, sous le pape Urbain » Vni, quoiqu'ils ne trouvassent dans aucun ma- » nuscrit grec toutes ces paroles, ont jugé qu'il » les fallait conserver. » C'est en vérité trop alfaiblir ce passage, que de n'alléguer pour le soutenir, que le sentiment de ces censeurs romains qu'on ne connaît pas.

Si l'auteur voulait alléguer quelque autorité des derniers siècles, il avait devant les yeux l'inviolable autorité du concile de Trente et celle de la Vulgate; s'il voulait remonter plus haut dans la tradition , il n'ignorait pas les passages exprès de saint Fulgence, qui confirment la leçon commune. El ce qui est encore de plus important, il n'ignorait pas cette

INSTKLCÏIONS SL'U LA VKllSION DU NOUVEAU TESTAMENT.

célèbre oonfossioii de loi de toute lEglise d'Afrique, au roi Ihineric', où ce texte de saint Jean est employé de mol à mot. Un passage positif vaut mieux louî seul que cent omissions, surtout quand cesl un passage d"une aussi savante église ijue celle d'Afrique, qui, des le cinquième siècle, a mis ce passage en preuve de la foi de la Trinité contre les hérétiques qui la combattaient. On ne doit pas oublier qu'une si savante Eglise allègue comme inconlestable le texte dont il s'agit ; ce qu'elle n'aurait jamais fait s'il n'avait été reconnu, même parles hérétiques. Il n'y a rien qui démontre mieux l'ancieinie tradition qu'un tel témoignage; aussi vientelle bien clairement des premiers siècles; et on la trouve dans ces jiaroles de saint Gyprien au livre de l'Unité de l'Eglise. « Le Seigneur dit : Moi et » mon Père nous ne sommes qu'un; et il est encore » écrit du Père, du Fils et du Saint-Esprit : et ces » trois sont un, et hi très iinum sunt : » oii cela est-il écrit nommément et distinctement du Père, du Fils et du Saint-Esprit, sinon en saint Jean, au lexte dont il s'agit'? Le môme saint Gyprien se sert encore du même passage- pour appuyer son senliûieul sur la nullité du baptême de tous les hérétiques; a si celui, dit-il, qui est baptisé par les hé- » rétiques (marcionites) est fait le temple de Dieu, » je demande de quel Dieu? Si c'est du Créateur, » il ne peut pas en être le temple, puisqu'il ne le • reconnaît pas; si c'est de Jésus-Christ, il n'en » peut non plus être le temple, lui qui nie que » Jésus-Christ soit Dieu; si c'est du Saint-Esprit, » puisque ces trois ne sont qu'un, cùm hi très unum » sint, comment le Saint-Esprit peut-il être ami de » celui qui est ennemi du Père et du Fils. »

Voilà donc un second passage de saint Gyprien, pour démontrer qu'il a lu dans saint Jean, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont expressément les trois qui ne sont qu'un ; ainsi la leçon commune est établie au troisième siècle, et se trouve dans deux passages exprès d'un aussi grand docteur que saint Gyprien; les Anglais mêmes l'avouent dans la dernière édition de ce Père; cl il ne faut pas s'étonner qu'une leçon si ancienne se trouve établie au cinquième siècle dans l'autorité où nous l'avons vue.

Si j'avais à traiter ce passage à fond, il me serait aisé de démontrer par la suite du texte de saint Jean, qu'il y manquerait quelque chose, si cet endroit en était oté: mais il me suffit d'avoir montré le mauvais dessein du traducteur, (jui n'a voulu que faire douter, comme il avait toujours fait , du texte de la Vulgate, puisqu'il s'attacbe encore à lui opposer le Grec et quelques autres versions. Voilà comme il se corrige, en laissant dans son Nouveau T- 1. lin monument immortel de ses premières

r-:, ...... ..ices.

SALNT JUDE.

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