‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 172 sur 851 · Ps., xi.viii, 13. 21. — 2. Gen., i. 26. — 3. niem · texte numérisé non relu

Ps., xi.viii, 13. 21. — 2. Gen., i. 26. — 3. niem

créature, autant que la condition de la créature le pourra permettre.

S'il faut distinguer ici l'image et la ressemblance; ou si c'est, comme on vient de le proposer, pour inculquer davantage celle vérité, que Dieu emploie ces deux mots à peu près de même force, je ne sais si on le peut décider. Quoi qu'il en soit. Dieu exprime ici toutes les beautés de la nature raisonnable, et à la fois toutes les richesses qu'il lui a données par sa grâce : entendement, volonté , droiture innocence, claire connaissance de Dieu, amour infus de ce premier être, assurance de jouir avec lui d'une même félicité, si on eût persévéré dans la justice où l'on avait été créé.

Chrétiens, élevons-nous à notre modèle, et n'aspirons à rien moins qu'à imiter Dieu. Soyez miséricordieux, dit le Fils de Dieu, comme votre Père céleste est miséricordieux^ Dieu est bon par sa nature, il ne fait que le bien, et ne fait du mal à personne que forcé. Ainsi , « faisons du bien à tout le monde, et même à tous nos ennemis, comme Dieu , qui fait luire son soleil sur les bons et sur les mauvais , et pleut sur le champ du juste comme sur celui du pécheur^. » Dieu est indulgent, et s'apaise aisément envers nous, malgré notre malice : pardonnons à son exemple. Il est saint ; Soyez saints comme je suis saint , moi le Seigneur votre Dieu^. En un mot, il est parfait : Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait'' . Qui peut atteindre à la perfection de ce modèle ? Il faut donc croître toujours, et ne se donner aucun repos, ni aucun relâche, c'est pourquoi saint Paul s'aia?ice ioMJowrs dans la carrière : oubliant ce qu'il laissait derrière, et ne cessant de s'étendre en avant^ par de nouveaux et continuels efforts. Pesez toutes ces paroles , cet oubli , cette extension , cette infatigable ardeur. C'est au bout d'une telle course, qu'on trouve la couronne et le prix proposé par la vocation divine en Jésus-Christ. Que nul chrétien ne s'imagine être exempt de ce travail ; ou que cette perfection n'est pas pour lui. Cette voie demande, dit saint Augustin , « des gens qui marchent sans cesse; elle ne souffre pas ceux qui reculent ; elle ne souffre pas ceux qui se détournent; enfin elle ne souffre pas ceux qui s'arrêtent, pour peu que ce soit. » En quelque point qu'ils s'arrêtent, là les prend l'orgueil, là les prend la paresse : ils pensent avoir avancé, ou avoir fait quelque chose; et dans ce relâchement , leur pesanteur naturelle les entraîne en bas, et il n'y a plus de ressource.

VIP ÉLÉVATION.

L'image de la Trinité dans l'âme raisonnable.

F.usoNS l'homme^ : nous l'avons dit, à ces mois l'image de la Trinité commence à paraître. Elle reluit magnifiquement dans la créature raisonnable : semblable au Père, elle a l'être : semblable au Fils, ellea l'inlelligence : semblable au Saint-Esprit, elle a l'amour : semblable au Père, au Fils et au Saint- Esprit, elle a dans son être, dans son intelligence, dans son amour, une môme félicité et une même vie. Vous ne sauriez lui en rien ôler, sans lui ôter tout. Heureuse créature , et parfaitement semblable, si elle s'occupe uniquement de lui. Alors parfaite

1. Luc, VI. 36. — 2. Matth., v. 44, 45. — 3. Le\sU., xix. 2. — l Matlh., V. 48. — 5. Philip., m. 13, 14. — 6. Gen., i. 20.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

dans son tMre, dans son intelligence, dans son amour, elle entend tout ce qu'elle est , elle aime tout ce qu'elle entend : son être el ses opérations sont inst^parables : Dieu devient la perfection de son C-tre , la nourriture immortelle de son intelligence , el la vie de son amour. Elle ne dit comme Dieu qu'une parole , qui comprend toute sa sagesse : comme Dieu, elle ne produit qu'un seul amour, qui embrasse tout son bien : et tout cela ne meurt point en elle. La grûce survient sur ce fond, et relève la nature : la gloire lui est montrée , et ajoute son complément à la grAce. Heureuse créature encore un coup, si elle sait conserver son bonheur ! Homme, lu l'as perdu. Où s'égare ton intelligence, où se va noyer ton amour? llélas, hélas! et sans lin hélas ! Reviens à ton origine.

Ville ÉLÉVATION.

L'empire de l'homme sw soi-même.

« Faisons l'homme à notre image el ressemblance, afin qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux botes el à toute la terre, et à loul ce qui se remue ou rampe dessus'. » Troisième caractère particulier de la création de l'homme : c'est un animal né pour le commandement : s'il commande aux animaux, à plus forte raison, se oommande-l-il à lui-même, el c'est en cela que je vois reluire un nouveau trait de la divine ressemblance. L'homme commande à son corps , à ses bras, à ses mains, à ses pieds; el dans l'origine nous verrons jusqu'à quel point tout était soumis à son empire. Il lui reste encore quelque chose du commandement absolu qu'il avait sur ses passions. Il commande à sa propre intelligence qu'il applique à quoi il lui plail : à sa propre volonté par conséquent, à cause de son libre arbitre, comme nous verrons bientôt : à ses sens intérieurs el extérieurs, et à son imagination qu'il tient captive sous l'aulorilé de la raison , et qu'il fait servir aux opérations supérieures. Il modère les appétits qui naissent des images des sens; el dans l'origine il était maître absolu de toutes ces choses. Car telle était la puissance de l'image de Dieu en l'àme, qu'elle tenait tout dans la soumission el dans le respect.

Travaillons à rétablir en nous-mêmes l'empire de la raison : contenons les vives saillies de nos pensées vagabondes; par ce moyen nous commanderons en quelque sorle aux oiseaux du ciel. Empêchons nos pensées de ramper toujours dans les nécessilés corporelles, comme font les reptiles sur la Icrre; par ce moyen nous dominerons ces bas •ienlimenls, cl nous en corrigerons la bassesse. Ceux-là s'y laissent dominer, qui toujours occupés flo leur santé, de leur vie mortelle, cl des besoins "Je leurs corps, .sont plongés dans la chair cl dans le sang, el se remuent sur la terre à la manière des reptiles; c'csl-à-dire, qu'ils n'ont aucuns mouvemeots , que ceux qui sont terrestres cl sensuels. Ce sera dompter des lions que d'a«sujélir noire impétueuse colère. Nous dominerons les animaux venimeux, quand nous saurons réprimer les haines, les ja' 'l b;"* médisances. Nous mettrons le frein

à . iio d'un cheval fougueux, quand nous ré-

primerons en nous les plaisirs. Quelle nécessité de pousser plus loin la similitude, ni de nous appli-

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