‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 177 sur 851 · Oen., II. 9. — 2. Idem , ii. 16, 17. — 3. Ibid., m · texte numérisé non relu

Oen., II. 9. — 2. Idem , ii. 16, 17. — 3. Ibid., m

0 Dieu! je me soumets à vos défenses; je renonce à toute science curieuse, puisque vous m'en défendez l'usage : je ne dois savoir par expérience que le bien : je me suis trop mal trouvé d'avoir voulu savoir ce que vous n'aviez pas voulu m'apprendre : et je me contente de la science que vous me voulez donner. Pour l'arbre de vie , vous m'en aviez permis l'usage, et je pouvais être immortel avec ce secours, et maintenant vous me le rendez par là croix de mon Sauveur. Le vrai fruit de vie pend à cet arbre mystérieux-, et je le mange dans l'Eucharistie de dessus la croix, en célébrant ce mystère selon le précepte de Jésus-Christ, en mémoire de sa mort, conformément à cette parole : Faites ceci en mémoire de moi^ ; et celle-ci de saint Paul : Toutes les fois que vous mangerez de ce pain céleste, et que tous boirez de cette coupe bénite, vous annoncerez , vous publierez, vous célébrerez la mort du Seigneur'^. C'est donc ici un fruit de mort et un fruit de vie; un fruit de vie, puisque Jésus-Christ a dit : Vos pères ont mangé la manne et ils sont morts : mais quiconque mangera du pain que je vous donnerai , ne mourra jamais^. L'Eucharistie est donc un fruit et un pain de vie. Mais en même temps c'est un fruit de mort, puisqu'il fallait pour nous vivifier que Jésus goiUât la mort pour nous tous^ ; et que rappelés à la vie par cette mort , nous portassions continuellement en nos corps la mortification de Jésus^, par la mort de nos passions, et en mourant à nous-mêmes et à nos propres désirs , pour ne vivre plus qu'à celui qui est mort et ressuscité pour nous^. Pesons ces paroles et vivons avec Jésus-Christ , comme lui , mortifiés selon la chair, et vivifiés selon l'esprit, ainsi que disait saint Pierre'.

Ve ÉLÉVATION.

Dernière singidarité de la création de l'homme dans son immortalité.

Nous ne comptons plus les admirables singularités de la création de l'homme , tant le nombre en est grand; mais la dernière est l'immortalité. 0 Dieu, quelle merveille! tout ce que je vois d'animaux autour de moi sont sujets à la mort; moi seul avec un corps composé de mêmes éléments, je suis immortel par mon origine.

Je pouvais mourir cependant, puisque je pouvais pécher; j'ai péché, et je suis mort : mais je pouvais ne pas mourir, parce que je pouvais ne pas pécher, et que c'est le péché seul qui m'a privé de l'usage de l'arbre de vie.

Quel bonheur! quelle perfection de l'homme! Fait à l'image de Dieu par un dessein particulier de sa sagesse; établi dans un paradis, dans un jardin délicieux où tous les biens abondaient, sous un ciel toujours pur et toujours bénin; au milieu des riches eaux de quatre fleuves ; sans avoir à craindre la mort, libre, heureux, tranquille, sans aucune difformité ou infirmité, ni du côté de l'esprit, ni du côté du corps; sans aucun besoin d'habits, avec une pure et innocente nudité; ayant mon salut et mon bonheur en ma main; le ciel ouvert devant moi pour y être transporte quand Dieu voudrait, sans

1. Luc, XXII. 19. —2. /. Cor., xi. 26. — 3. Joan., vi. 49, 50. — -1. Heb., II. 9. — 5. //. Cor., iv. 10. — 6. Idem, v. 15. — 7. I. Pet., III. 18.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

passer par les ombres alVreuses de la mort! Pleure sans lin , homme misérable qui as perdu tous ces biens, et ne te console qu'en Jésus-Christ qui te les a rendus; et encore dans une plus grande abondance !

SIXIÈME SEMAINE

Élévations siu- la tentation et la chute de riiomnie. «

PREMIÈRE ÉLÉVATION

Le set-peiit.

Le serpent était le plus fin de tous les animaux*. Voici dans la faiblesse apparente d'un commencement si étrange du récit do nos malheurs, la profondeur admirable de la théologie chrétienne. Tout parait faible; osons le dire, tout a ici en apparence un air fabuleux; un serpent parle; une femme écoute; un homme si parfait et très-éclairc se laisse entraîner à une tentation grossière; tout le genre humain tombe avec lui dans le péché et dans la mon : tout cela parait insensé. Mais c'est ici que commence la vérité de cette sublime sentence de saint Paul : « Ce qui est en Dieu une folie (apparente) est plus sage que la sagesse des hommes; et ce qui est en Dieu une faiblesse apparente , est plus fort que la force de tous les hommes-. »

Commençons par la finesse du serpent ; et ne la regardons pas comme la fine se d'un animal sans raison , mais comme la finesse du diable, qui, par une permission divine, était entré dans le corps de cet animal. Comme Dieu paraissait à l'homme sous une figure sensible, il en était de même des anges. Dieu parle à Adam, Dieu lui amène les animaux, et lui amène sa femme qu'il venait de tirer de luimême; Dieu lui parait comme quelque chose qui se promène dans le paradis. Il y a dans tout cela une figure extérieure , quoiqu'elle ne soit point exprimée : et il était juste, l'homme étant composé de corps etd'àme, que Dieu se fit connaître à lui selon l'un et l'autre, selon les sens comme selon l'esprit. Il en était de même des anges qui conversaient avec l'homme en telle forme que Dieu permettait, et sous la figure des animaux. Eve donc ne fut point surprise d'entendre parler un serpent, comme elle ne le fut pas de voir Dieu même paraître sous une forme sensible; elle sentit qu'un ange lui parlait, et seulement il parait qu'elle ne distingua pas assez si c'était un bon ou un mauvais ange, n'y ayant aucun inconvénient que dès lors l'ange de ténèbres te transfigurât en ange de lumière^.

Voilà donc de quoi s'élever à quelque chose de plus haut rjue ce qui parait : et il faut considérer dans cette parole du serpent, une secrète permission de Dieu, par laquelle l'esprit tentateur se présente à Eve s^jus cette figure.

Pourquoi il détermina cet ange superbe à paraître sous celle forme, plutôt que sous une autre; quoiqu'il ne «oit pas nécessaire de le savoir, l'Hcrilure nous l'in.-inue, en di-,aiit que le serpent était le plu» fin de tous h» animaux; c'est-à-dire, celui qui s'insinuait de la manière la plus souple et la

I. G<n., ii(. 1. i t. C->,-,, ,. vn. 3. //. Cor., x/. 11.

plus cachée, et qui pour beaucoup d'autres raisons que la suite développera, représentait mieux le démon dans sa malice, dans ses embûches, et ensuite dans son supplice.

Les hommes ignorants voudraient qu'Eve au lieu d'entendre le serpent, se fût d'abord elTrayée , comme nous faisons à la vue de cet animal ; sans songer que les animaux soumis à l'empire de l'homme, n'avaient rien d'alfreux pour lui dans l'origine; au contraire, pour ainsi dire, rampaient devant lui, aussi bien que le serpent, par une marque divine comme imprimée sur sa face qui les tenait dans sa sujétion. Le démon n'avait donc garde de se servir de la forme du serpent pour effrayer Eve , non plus que pour la Héchir à ses volontés par une espèce de force : mais cet esprit cauteleux alla par adresse , et par les subtiles insinuations que nous allons voir.

Jusqu'ici il ne paraît rien que d'excellent dans la nature de l'homme , à qui tous les animaux paraissent soumis, et même ceux qui à présent nous font naturellement le plus d'horreur. Jésus-Christ a rétabli cet empire d'une manière plus haute, lorsqu'il a dit, racontant les prodiges que fera la foi dans ceux qui croient : Us dompteront les serpents ; et les poisons qu'ils boiront ne leur nuiront pas\ Ce miracle s'accomplira en nous d'une façon admirable , si parmi tant d'erreurs , tant de tentations , tant d'illusions, et, pour ainsi dire, dans un air si corrompu, nous savons, avec la grâce de Dieu, conserver notre cœur pur, notre bouche simple et sincère , nos mains innocentes.

Ile ÉLÉVATION.

La tentation ; Eve est attaquée avant Adam.

Seigneur, faites-moi connaître les profondeurs de Satan, et les finesses malignes de cet esprit, à qui il vous a plu de conserver toute sa subtilité, toute sa pénétration, toute la supériorité naturelle du génie qu'il a sur nous, pour vous en servir aux épreuves où vous voulez mettre notre fidélité, et faire connaître magnifiquement la puissance de votre grâce.

Voici le premier ouvrage de cet esprit ténébreux. Sa malignité et sa jalousie le portent à détruire l'homme que Dieu avait fait si parfait et si heureux , et à subjuguer celui à qui il avait donné tant d'empire sur toutes les créatures corporelles; afin que ne pouvant renverser le trône de Dieu en luimôme , il le renverse, autant qu'il peut, dans l'homme qu'il a élevé à une si haute puissance.

Nous avons donc à considérer par quels moyens il a réussi dans cet ouvrage, afin de connaître ceux par lesquels nous lui devons résister, et nous relever de notre chute; c'est-à-dire, relever en nous l'empire de Dieu abattu.

Nous étions à la vérité au-dessous de l'ange , mais comme nous avons vu, un peu au-dessous^ ; car nous lui étions égaux dans le bonheur de posséder le souverain bien; et nous avions comme lui une intelligence et un libre arbitre aidé de la grâce, capable avec cette grâce de s'élever à cette bienheureuse jouissance. Nous pouvions donc aisément résister à Satan, qui l'avait perdue, et qui voulait nous la faire perdre. Quelque avantage qu'il eût

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