‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 208 sur 851 · Luc, M. 15, 10.— 2. fclem, it · texte numérisé non relu

Luc, M. 15, 10.— 2. fclem, it

Je ne sais s'il ne vaudrait pas peut-être mieux s'unir au silence de Marie, que d'en expliquer le mérite par nos paroles. Car qu'y a-t-il de plus admirable, après ce qui lui a été annoncé par l'ange, mais après ce qui s'est passé en elle-même, que d'écouter parler tout le monde, et demeurer cependant la bouche fermée? Elle a porté dans son sein le Fils du Très-Haut : elle l'en a vu sortir comme un rayon de soleil d'une nuée, pour ainsi parler, pure et lumineuse. Que n'a-t-elle pas senti par sa présence? et si pour en avoir approché , Jean dans le sein de sa mère a ressenti un tressaillement si miraculeux; quelle paix, quelle joie divine n'aura pas sentie la sainte Vierge à la conception du Verbe que le Saint-Esprit formait en elle? Que ne pourrait-elle donc pas dire elle-même de son cher Fils? Cependant elle le laisse louer par tout le monde; elle entend les bergers; elle ne dit mot aux mages qui viennent adorer son Fils; elle écoute Siméon et Anne la prophétesse ; elle ne s'épanche qu'avec sainte Elisabeth, dont la visite avait fait une prophétesse; et sans ouvrir seulement la bouche avec tous les autres, elle fait l'étonnée et l'ignorante : Erant mirantes. Joseph entre en part de son silence comme de son secret, lui à qui l'ange avait dit de si grandes choses, et qui avait vu le miracle de l'enfantement virginal. Ni l'un ni l'autre ne parlent de ce qu'ils voient tous les jours dans leur maison, et ne tirent aucun avantage de tant de merveilles. Aussi humble que sage, Marie se laisse considérer comme une mère vulgaire, et son Fils comme le fruit d'un mariage ordinaire.

Les grandes choses que Dieu fait au dedans de ses créatures, opèrent naturellement le silence, le saisissement, et je ne sais quoi de divin, qui supprime toute expression. Car que dirait-on, et que pourrait dire Marie, qui put égaler ce qu'elle sentait? Ainsi on tient sous le sceau le secret de Dieu, si ce n'est que lui-même anime la langue et la pousse à parler. Les avantages humains ne sont rien, s'ils ne sont connus, et que le monde ne les prise. Ce que Dieu fait, a par soi-même son prix inestimable que l'on ne veut goûter qu'entre Dieu et soi. Hommes, que vous êtes vains, et que vaine est l'ostentation qui vous presse à faire valoir aux yeux des hommes aussi vains que vous, tous vos faibles avantages ! Enfants des hommes , jusqu'à quand aurez-vous un cœur pesant et charnel? jusqu'à quand aimerez-vous la vanité, et vous plairezvous dans le mensonge^ ? Tous les biens dont on fait parade, sont faux en eux-mêmes, l'opinion seule y met le prix ; et il n'y a de bien véritable que ce qu'on goûte seul à seul dans le silence avec Dieu. Mettez-vous dans un saint loisir pour connaître que je suis Dieu. Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux^. Aimez la retraite et le silence : retirezvous des conversations tumultueuses du monde : taisez-vous ma bouche, n'étourdissez pas mon cœur qui écoute Dieu, et cessez d'interrompre ou de troubler une attention si douce. Vacate et videte : Vivez, dit le Psalmisle, dans un saint loisir, et voyez. Et encore : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux. Et laissez parler en vous ce goût céleste. Gustatc et videte, quoniani suavis est Dominus.

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