ititnUd. c. vn. — 2. Lw., il. H
sensibilité , par indolence , par négligence, et pour éviter le travail , mais par la foi, que nous rejetions tout sur Dieu*. Les âmes molles et paresseuses ont plutôt fait en disant tout à coup, que Dieu fasse ce qu'il voudra; et ne se soucient que de fuir la peine et l'inquiétude. Mais pour être vériiablement conforme à la volonté de Dieu , il faut savoir lui faire un sacrifice de ce qu'on a de plus cher, et avec un cœur déchiré, lui dire : Tout est à vous, faites ce qu'il vous plaira. Ainsi que le saint homme Job , qui ayant perdu en un jour tous ses biens el tous ses enfants, comme on venait coup sur coup lui en rapporter la nouvelle , se jetant à terre adora Dieu et dit : « Le Seigneur m'avait donné tout ce que j'avais; le Seigneur me l'a ôté : il en est arrivé ainsi qu'il a plu au Seigneur : le nom du Seigneur soit béni 2. » Celui qui adore de cette sorte , est le \Tai homme de bonne volonté, et élevé au-dessus des sens et de sa volonté propre , il glorifie Dieu dans les lieux hauts. C'est ainsi qu'il a la paix : il lâche de calmer le trouble de son cœur, non point à cause que ce trouble le peine , mais parce quil empêche la perfection du sacrifice qu'il veut faire à Dieu; autrement il ne chercherait qu'un faux repos : el voilà ce que c'est que la bonne volonté.
La bonne volonté, c'est le sincère amour de Dieu ; el comme parle saint Paul : « C'est la charité d'un cœur pur, d'une conscience droite , et d'une foi qui ne soit pas feinte^. » La foi est feinte en ceux où elle n'est pas soutenue par les bonnes œuvres; et les bonnes œuvres sont celles où l'on cherche à contenter Dieu , et non pas son humeur, son inclination, son propre désir. Alors quand on cherche Dieu avec une intention pure, les œuvres sont pleines : sinon l'on reçoit de Jésus-Christ ce reproche : « Je ne trouve pas vos œuvres pleines devant mon Dieu*. »
Xe ÉLÉVATION.
Commencement de l'Évangile.
Le commencement de l'Evangile est dans ces paroles de l'ange aux bergers : Je tous annonce , de mol à mot, Je tous e'vangélise , je tous apporte la
' bonne noutelle qui sera le sujet d'une grande joie; et c'est celle de la naissance du Sauteur du monde''. Quelle plus heureuse nouvelle que celle d'avoir un Sauveur? Lui-même dans la première prédication quil fit dans la synagogue au sortir du désert, nous explique ce sujet de joie par les paroles d'Isaïe, qu'il trouva à l'ouverture du livre : « L'esprit du Seigneur est sur moi : c'est pourquoi il m'a consacré par son onction : il m'a envoyé annoncer l'Evangile aux pauvres, el leur porter la bonne nouvelle de leur délivrance; pour guérir ceux qui ont
! le cœur alTligc; pour annoncer aux captifs qu'ils
' vont être mis en liberté, el aux aveugles qu'ils
\ vont recevoir la vue; renvoyer en paix ceux qui sont accablés de maux; publier l'année de miséricorde et le pardon du Seigneur, el le jour où il rendra »
' aux gens de bien « leur récompense", » comme le
! châtiment aux autres.
I Quelle joie pareille pouvait-on donner aux hommes de bonne volonté , el quel plus grand sujet de
1. /. Pet.,v. 7. —2. Job., I. 21, 22. —3. //. Tint., i. 5. — 4. .ipoc. II. 2. —5. Luc., II. 10. —a. Idem, iv. 18, 19; /»., lxi. 1.2.
SEIZIÈME SEMAINE
joie? Mais n'est-ce pas en même temps le plus grand sujet de glorifier Dieu? Et que peuvent désirer les gens de bien, que de voir Dieu exalté par tant de merveilles? Voilà donc ce que c'est que l'Evangile : c'est en apprenant l'heureuse nouvelle de la délivrance de l'homme, se réjouir d'y voir la plus grande gloire de Dieu. Elevons-nous aux lieux hauts, à la sublime partie de nous-mêmes; élevonsnous au-dessus de nous, et cherchons Dieu en luimême, pour nous réjouir avec les anges de sa grande gloire.
Xle ÉLÉVATION.
Les bergers à la crèche de Jésus-Christ.
Après le cantique des anges , les bergers se disaient les uns les autres : Allons à Bethléem. Et s'élant hâtés de partir, ils trouvèrent Marie et Joseph, et r enfant couché dans la crèche^. Le voilà donc ce Sauveur qu'on nous a annoncé! Hélas I à quelle marque nous le fait -on connaître! A la marque d'une pauvreté qui n'eut jamais sa semblable. Non, jamais nous ne nous plaindrons de notre misère : nous préférerons nos cabanes aux palais des rois : nous vivrons heureux sous notre chaume, et trop glorieux de porter le caractère du Roi des rois. Allons répandre partout cette bienheureuse nouvelle : allons partout consoler les pauvres en leur disant les merveilles que nous avons vues.
Gomme Dieu prépare la voie à son Evangile! chacun était étonné d'entendre ce beau témoignage de ces bouches aussi innocentes que rustiques. Si c'étaient des hommes célèbres, des pharisiens ou des docteurs de la loi, qui racontassent ces merveilles, le monde croirait aisément, qu'ils voudraient se faire un nom par leurs sublimes visions. Mais qui songe à contredire de simples bergers dans leur récit naïf et sincère? La plénitude de leur joie éclate naturellement, et leur discours est sans artifice. Il fallait de tels témoins à celui qui devait choisir des pêcheurs pour être ses premiers disciples et les docleurs futurs de son Eglise. Tout est, pour ainsi parler, de même parure dans les mystères de Jésus- Christ. Tâchons de sauver les pauvres , et de leur faire goûter la grâce de leur état. Humilions les riches du siècle, et confondons leur orgueil. Si quelque chose nous manque; et à qui ne manquet-il pas quelque chose? aimons, adorons , baisons ce caractère de Jésus-Christ. Ne souhaitons point d'être riches : car que gagnons-nous? puisqu'après tout, quand nous aurons entassé dignités sur dignités, terres sur terres, trésors sur trésors, il faut nous en détacher, il en faut perdre le goût, il faut être prêt à tout perdre, si nous voulons être chrétiens,
Xlle ÉLÉVATION.
Le silence et l'admiration de Marie et de Joseph.
Nous avons vu les bergers s'en retourner glorifiant Dieu , et le faisant glorifier à tous ceux qui les écoulaient. ]\Iais voici quelque chose encore de plus merveilleux et de plus édifiant : Marie conservait toutes ces choses , les repassant dans son cœur. Et dans la suite : Le père et la mère de Jésus étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui'^.