‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 210 sur 851 · Coloss., I. 15. —2. ni.Joan · texte numérisé non relu

Coloss., I. 15. —2. ni.Joan

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

de SCS abslinences , de ses ordonnances. Le plus dangereux prélexle de se dispenser de ce que Dieu demande de nous, est la gloire des hommes. Un lidèle vous dira : Si je m'iiumilie , si je me relâche , si je pardonne , on dira que j'aurai lorl. Un ecclésiaslique à qui vous conseillerez de se retirer durant quelque temps dans un séminaire , pour se recueillir et se redresser contre ses dissipations , vous dira : On croira qu'on me l'a ordonné par pénitence, et on me croira coupable. Mais ni Jésus, ni ^hlrie n'ont eu ces vues. Jésus ne dit pas : On me croira pécheur comme les autres , si je subis la loi de la circoncision. Marie ne dit pas : On me croira mère comme les autres , et le péché comme la concupiscence mêlé dans la conception de mon Fils, comme dans celle des autres; ce qui fera tort, non tant à moi qu'à la dignité et à la sainteté de ce cher Fils. Elle subit la loi , et donne un exemple admirable à tout l'univers , de mettre sa gloire dans celle de Dieu , et dans l'honneur de lui obéir, et d'êdilier son Eglise.

IVe ÉLÉVATION.

L'offrande des deux tourterelles , ou des deux petits de colombe.

< On olTrira un agneau d'un an en holocauste pour un fils et une fille; et un petit de colombe ou une tourterelle pour le péché : que si l'on n'a pas un agneau d'un an, et qu'on n'en ait pas le moyen, on ollrira deux tourterelles ou deux petits pigeons, l'un en holocauste, et l'autre pour le péché'. » Dieu tempère sa loi selon les besoins : sa rigueur, quoique régulière, est accommodante; et il permet aux pauvres, au lieu d'un agneau, qui dans son indigence lui coûterait trop , d'offrir des oiseaux de vil prix, mais agréables à ses yeux par leur simplicité et par leur douceur. Quoi qu'il en soit , il est constant que les tourterelles et les pigeons sont la victime des pauvres. Dans l'oblation du Sauveur, l'Evangile excluant l'agneau, et ne marquant que l'alternative des colombes ou des tourterelles , a voulu expressément marquer que le sacrifice de Jésus-Christ a été celui des plus pauvres. C'est ainsi qu'il se plail dans la pauvreté; qu'il en aime la bassesse; qu'il en étale les marques en tout et partout. N'oublions pas un si grand mystère; et en mémoire de celui, c qui étant si riche s'est fait pauvre pour l'amour de nous, afin de nous enrichir par sa pauvreté^, » aimons-en le précieux caractère.

v Pour moi, » disait Origènc', « j'estime ces tourterelles cl ces colombes , heureuses d'être offertes pour leur Sauveur; car il sauve cl les homnies et les animaux*, » et leur donne à tous leur petite vie. Allez , [letits animaux et innocentes victimes, allez mourir pour Jésus. C'est nous (jui devions mourir à cause de notre péché : sauvons donc Jésus de la mort, en subissant celle que nous avions méritée. Dieu nous en délivre par Jésus qui meurt pour nous : et c'est en figure de Jésus notre véritable victime , qu'on immole des animaux : ils meurent donc pour lui en quelque sorte, jusqu'à ce qu'il vienne ; et nous sommes exempts de la mort par son ohiation. Une autre mort nous est réservée,

1. /v.-r.,xii. e, 8. — 2. //. Cor., viii. 'J. —3. Orig. in Luc, Hom. XIV. — 4. Pt., XXXV. 7.

c'est la mort de la pénitence, la mort aux péchés; la mort aux mauvais désirs. Par nos péchés et nos convoitises nous donnons la mort à Jésus : et noua le crucifions encore une fois*. Sauvons au Sauveur cette mort seule affligeante pour lui. Mourons comme des tourterelles et des colombes, en gémissant dans la solitude et dans la retraite : que les bois, que les rochers, que les lieux seuls et écartés retentissent de nos cris, de nos tendres gémissements. Soyons simples comme la colombe, fidèles et doux comme la tourterelle , mais ne croyons pas pour cela être innocents comme le sont ces animaux : notre péché est sur nous; et il nous faut mourir dans la pénitence.

Ve ÉLÉVATION.

Sur le saint vieillard Siméon.

(( Il y avait dans Jérusalem un homme juste et craignant Dieu, nommé Siméon, qui vivait dans l'attente de la consolation d'Israël, et le Saint-Esprit était en lui : et il lui avait été révélé par le Saint-Esprit, qu'il ne mourrait point, qu'auparavant il n'eût vu le Christ du Seigneur^. » Voici un homme admirable, et qui fait un grand personnage dans les mystères de l'enfance de Jésus. Premièrement c'est un saint vieillard qui n'attendait plus que la mort : il avait passé toute sa vie dans l'attente de la céleste consolation. Ne vous plaignez point, âmes saintes, âmes gémissantes, âmes qui vivez dans l'allenle : ne vous plaignez point si vos consolations sont dilTérées. Attendez : attendez encore une fois : Expecta : reexpecta^. Vous avez longtemps attendu, attendez encore; expectans , expectavi Dominum^. Attendez en attendant : ne vous lassez jamais d'attendre. Dieu est fidèle^, et il veut être attendu avec foi. Attendez donc la consolation d'Israël. Et quelle est la consolation du vrai Israël? C'est de voir une fois, et peut-être à la fin de vos jours , le Christ du Seigneur.

Il y a des grâces uniques en elles-mêmes, dont le premier trait ne revient plus, mais qui se continuent ou se renouvellent par le souvenir. Dieu les fait attendre longtemps pour exercer la foi, et en rendre l'épreuve plus vive. Dieu les donne quand il lui plaît, d'une manière soudaine et rapide : elles passent en un moment; mais il en demeure un tendre souvenir et comme un parfum : Dieu les rappelle, Dieu les multiplie. Dieu les augmente; mais il ne veut pas qu'on les rappelle comme de soi-même par des efi'orts violents : il veut qu'on l'attende toujours : et on ne se doit permettre que de doux et comme insensibles retours sur ses anciennes bontés. Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, écoutent^. Telle sera, par exemple, une certaine suavité du Saint-Esprit : un goût caché de la rémission des péchés : un pressentiment de la jouissance future : une impression aussi efficace que sublime de la souveraine majesté de Dieu, ou de sa bonté et de sa communication en Jésus-Christ : d'autres sentiments que Dieu sait, et que saint Jean dans l'Apocalypse appelle la manne cachée'', la consolation dans le désert, l'impression secrète dans le fond du cœur, du nouveau nom de Jésus-Christ,

1. I[r.b.,\i. G. —2. Luc.,n. 25. 20. — 3. Is. 4. Pi., XXXIX. 2. —5. //. Theas., m. 3. —6 7. Apoc, II. 17.

xxviu. 10. 13. — Luc, XIV. 35. —

DIX-HUITIÈME SEMAINE

que nul ne connaît que celui qui Va reçuK C'est la consolation de Siméon dans ce mystère. Tous les fidèles y ont part, chacun à sa manière, et tous doivent le comprendre selon leur capacité.

0 Dieu et père de miséricorde, faites-moi entendre ce nouveau nom de voire Fils : ce nom de Sauveur, que chacun de nous se doit appliquer par la foi , lorsque Dieu dit à notre âme : Je suis ton salut ^. La voilà la consolation de Siméon : voyons comme il y est préparé.

Vie ÉLÉVATION.

Dernière préparation à la grâce que Siméon devait recevoir : le Saint-Esprit le conduit au temple.

Il vint donc au temple par un mouvement de l'esprit de Dieu^. L'attente de Siméon était une préparation à la grâce devoir Jésus : mais cette préparation était encore éloignée. La dernière et la plus prochaine disposition , c'est qu'après avoir longtemps attendu avec foi et patience , tout d'un coup il sent dans son cœur une impulsion aussi vive que secrète, qui le pressait à ce moment d'aller au temple, sans qu'il sût peut-être distinctement ce qu'il y allait trouver : Dieu se contentant de lui faire sentir que ses désirs seraient satisfaits. Il vint donc eu esprit au temple : il y vint par une sécrète instigation de l'esprit de Dieu. Allons aussi en esprit au temple, si nous y voulons trouver Jésus-Christ. N'y allons point par coutume, par bienséance : Les vrais adorateurs adorent Dieu en esprit et en vérité'^. C'est le Saint-Esprit qui les meut; et ils suivent cet invisible moteur.

Le temple matériel, l'assemblée visible des fidèles, est la figure de leur invisible réunion avec Dieu dans l'éternité. C'est là le vrai temple de Dieu. Le vrai temple de Dieu, où il habite, c'est la sainte et éternelle société de ses saints, réunis en lui par Jésus-Christ. Ainsi aller au temple en esprit, c'est s'unir en esprit à ce temple invisible et éternel, cil Dieu, comme dit l'Apôtre, sera tout en tous^. '

Allons donc en esprit au temple; et toutes les fois que nous entrons dans ce temple matériel , unissons-nous en esprit à la sainte et étemelle Jérusalem^ où est le temple de Dieu, où sont réunis les saints purifiés et glorifiés , qui attendent pourtant encore à la dernière résurrection leur parfaite glorification, et l'assemblage consommé de leurs frères qui manquent encore en leur sainte société , et que Dieu ne cesse de rassembler tous les jours.

Là donc on trouve Jésus-Christ, mais Jésus-Christ entier; c'est-à-dire, le chef et les membres; mais il ne sera entier, que lorsque le nombre des saints sera complet. Ayons toujours la vue arrêtée à cette consommation de l'œuvre de Dieu; et nous irons en esprit au temple pour y trouver Jésus-Christ.

VIP ÉLÉVATION.

Heureuse rencontre de Siméon et de Jésus.

Il vint en esprit au temple au moment que le père et la mère de Jésus l'y portaient , selon la coutume prescrite par la loi''. Heureuse rencontre,

1. Apoc, n 17. —2. Ps., XXXIV. 3.-3. Luc, n. 27. — 4. Joan., IV. 24. — 5. /. Cor., xv. 28. — 6. Heb., xii. 22. — 7. Luc, u. 27.

mais qui n'est pas fortuite ! Heureuse rencontre de venir au temple au moment que Joseph et Marie y ! portaient l'enfant! C'est pour cela que les anciens Pères grecs ont appelé ce mystère , la rencontre. Mais la rencontre parmi les hommes parait au dehors comme un effet du hasard : il n'y a point de hasard, tout est gouverné par une sagesse dont l'infinie capacité embrasse jusqu'aux- moindres circonstances. Mais surtout l'heureuse rencontre de Siméon avec Jésus porté dans le temple par ses parents, est dirigée par un ordre spécial de Dieu.

Dieu déterminale moment où l'on se devait rencontrer. Par quel esprit Jésus vint-il au temple? S'il est écrit que le Saint-Esprit le mena dans le désert*, ne doit-on pas dire de même que le Saint- Esprit le mena dans le temple; qu'il y mena aussi Joseph et ]\[arie? Voici donc l'heureuse rencontre conduite par le Saint-Esprit; le même Esprit qui mena au temple Joseph, Marie et Jésus, y mena aussi Siméon. Il cherchait Jésus; mais plutôt et premièrement Jésus le cherchait, et voulait encore plus se donner à lui , que Siméon ne voulait le recevoir.

Mettons-nous donc en état d'être menés par le même esprit qui mène Joseph, qui mène Marie, qui mène Jésus; et pour cela dépouillons-nous de notre propre esprit; car ceux qui sont conduits par leur esprit propre , ne peuvent pas être conduits par l'esprit de Dieu et de Jésus-Christ.

Mais qu'est-ce que cet esprit propre? apprenons à le connaître. Cet esprit propre consiste dans la recherche de ses avantages; et l'esprit de Jésus- Christ consiste aussi à se réjouir des avantages, si l'on peut ainsi parler, et de la gloire de Dieu en Jésus-Christ.

Si vous m'aimiez , vous vous réjouiriez de ce que je retourne à mon Père, parce que mon Père est plus grand que moi^; et que retourner à lui , c'est retourner à ma naturelle et originaire grandeur : c'est là se réjouir de la gloire et des avantages de Jésus-Christ. D'autres sont dévots dans la maladie, dans les grandes affaires du monde, afin qu'elles réussissent. Que de messes, que de prières, que de billets dans les sacristies, pour engager Dieu dans leurs intérêts, et le faire servir à leur ambition? Ceux-là n'entrent pas au temple dans l'esprit de Jésus-Christ, et ne l'y rencontrent pas. Laissons là ces dévots grossiers : en voici de plus spirituels. Ce sont les apôtres, qui semblent se réjouir en Jésus- Christ même, et qui touchés de sa douce conversation, ne peuvent se résoudre à le voir partir. Ce sont de faibles amis qui aiment leur joie plus que la gloire de celui qu'ils aiment. Ils quitteront l'oraison , pour peu qu'elle cesse à leur apporter ces délectations sensibles. Ce sont ceux que Jésus-Christ appelle disciples pour un temps, qui reçoivent d'abord la parole avec joie, mais à la première tentation l'abandonnent^. La vérité ne les règle pas, mais leur goût passager et spirituel.

Que dirons-nous de ceux qui viennent dire au Sauveur avec un mélange de joie sensible et humaine : Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en votre nom''. Ils semblent se réjouir de la gloire de Notre Seigneur, au nom duquel ils rap-

1. Luc , IV. 1.— 2. Joan., XIV. 28. — 3. Luc, viii. 13. — 4. Idem, X. 17.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

portent cet otVol miraculeux. Mais parce qu'ils y mêlaient par rapport à eux une complaisance trop humaine, Jésus-Chrisl leur dit : Il est vrai : je roiis ai donné ce pouvoir sur les démons : néanmoins ne TOUS réjouisse:; pas de ce qu'ils cous sont soumis; mais réjouissez-vous de ce que vos nomx sont écrits dans le ciel^: et ce discours se termine à rendre gloire à Dieu de l'accomplissement de sa volonlô : // est ainsi, mon Père, parce que ça été votre bon plaisir-.

Ceux aussi dont parle saint Paul», qui donneraient tous leurs biens aux pauvres , et leurs membres mêmes au martyre , ne seraient pas dépourvus de quelque joie, en faisant à Dieu ce sacrifice apparent : et néanmoins, s'ils n'avaient pas la charité et celte céleste délectation de l'accomplissement de la volonté de Dieu, ils ne seraient rien. Cherchons donc à nous réjouir en Jésus-Christ de ce qui a réjoui Jésus-Christ même; c'est-à-dire, du bon plaisir de Dieu, et mettons là toute notre joie. Alors, guidés au temple par l'esprit de Jésus-Christ, nous le rencontrerons avec Siméon, et la rencontre sera heureuse.

Ville ÉLÉVATION.

Qu'est-ce que recevoir Jésus-Christ entre ses bras?

Il prit l'enfant entre ses bras'^. Ce n'est pas assez de regarder Jésus-Christ; il faut le prendre , le serrer entre ses bras avec Siméon, afin qu'il n'échappe point à notre foi.

Jésus-Christ est la vérité : le tenir entre ses bras, c'est comprendre ses vérités; se les incorporer; se les unir; n'en laisser écouler aucune; les goûter; les repasser dans son cœur; s'y alîeclionner; en faire sa nourriture et sa force; ce qui en donne le guùt, et les fait mettre en pratique.

C'est un défaut de songer seulement à la pratique : il faut aller au principe de l'alTection et de l'amour. Lisez le Psaume cxvni, tout consacré à la pratique de la loi de Dieu : Heureux ceux qui marchent dans la loi de Dieu^. Mais que fait David pour cela? Il la recherche, il l'approfondit; il désire qu'elle soit sa règle; il désire de la désirer; il s'y attache par un saint et fidèle amour; il en aime la vérité, la droiture; il on chante les merveilles; il use ses yeux à la lire nuit et jour; il la goûte : elle est un miel céleste à sa bouche. C'est ce qui rend la pratique amoureuse et persévérante.

Combien plus devons-nous aimer l'Evangile? Mais pour aimer l'Evangile il faut primitivement aimer Jésu.s-Chrisl, le serrer entre ses bras, dire avec l'Epouse : Je le tiens, et ne le quitterai pas^. Une pratique sèche ne peut pas durer ; une alTection vague se dissipe en l'air; il faut, par une forte affection, en venir à une solide pratique.

Ceux qui disent qu'il en faut venir à la pratique, disenivrai sans doute; mais ceux qui pensent qu'on en peut venir à une pratique forte, courageuse et persévérante sans l'attention de l'esprit , et l'occupation du cœur, ne connaissent pas la nature de l'esprit humain, et ne savent pas embrasser Jésus- Christ avec Siméon.

1. Auc.. X. 1&, 20.-2. I.Um, 21.-3. /. Cor., xiii. 2, 3.-4. Luc, II.».— 5. i>j.,cxviii. 1, 2*-t »«7.— 0. Canl., iir.4.

IXc ELEVATION.

Qu'est-ce que bénir Dieu , en tenant Jésus-Christ entre ses bras?

Et il bénit Dieu, et il dit : Vous laisserez maintenant aller en paix votre serviteur'. La bénédiction que nous donnons à Dieu, vient originairement de celle qu'il nous donne. Dieu nous bénit lorsqu'il nous com.ble de ses biens : nous le bénissons lorsque nous reconnaissons que tout le bien que nous avons vient de sa bonté; et que ne pouvant lui rien donner, nous confessons avec complaisance ses perfections, et nous nous en réjouissons de tout notre cœur.

Celle occupation naturelle de l'homme a été interrompue par le péché, et rétablie par Jésus-Christ; en sorte que par nous-mêmes ne pouvant bénir Dieu, ni rien faire qui lui soit agréable, nous le bénissons en Jésus-Christ : en qui aussi il nous a premièrement bénis de toute bénédiction spirituelle, comme dit saint Paul ^.

Pour donc bénir Dieu, il faut le tenir entre nos bras, qui est une posture d'offrande et un acte pour présenter à Dieu son Fils bien-aimé.

Par ce moyen nous rendons à Dieu tout ce que nous lui devons, et lui faisons une oblalion égale, non-seulement à ses bienfaits , mais encore à ses grandeurs, en lui présentant un autre lui-même. Au reste nous pouvons l'offrir, puisqu'il est à nous, de même sang, de môme nature que nous sommes; qui d'ailleurs se donne à nous tous les jours dans la sainte Eucharistie, afin que nous ayons tous les jours de quoi donner à Dieu qui nous donne tout.

L'effet dans nos cœurs, de celte bénédiction, c'est de nous dégoûter de la vie et de tous les biens sensibles. Celui-là bénit Dieu véritablement, qui attaché à Jésus-Christ qu'il présente à Dieu, et détaché de tout le reste, dit avec Siméon : Laissez-moi aller en paix : je ne veux rien , je ne tiens à rien sur la terre; ou bien avec Job : Le Seigneur a donné : le Seigneur a ôté : tout ce que le Seigneur a voulu est arrivé : le nom du Seigneur soit béni '. A lui la gloire et l'empire'' : à nous l'humilité et l'obéissance. En quelque état que nous soyons, mettons Jésus entre Dieu et nous. Vcux-je vous rendre grâces? Voilà votre Fils. Vous ai-je offensé? Voilà votre Fils, mon grand propitiateur. Voyez les pleurs de ses yeux enfantins , c'est pour moi qu'il les verse. Qui en doute , puisqu'il a bien versé. son sang? Recevez donc de mes mains le Sauveur que vous nous avez donné. C'est pour cela qu'il se met encore tous les jours entre nos mains. Mais soyons purs, soyons saints pour offrir à Dieu le Saint des saints. Levons à Dieu des mains pures, et allons en paix.

Xc ÉLÉVATION.

Le cantique de Siméon.

Le saint vieillard ne veut plus rien voir, après avoir vu Jésus-Christ'^. Il croyait profaner ses yeux sanctifiés par la vue de Jésus-Christ : cl il ne désire plus que d'aller bientôt au sein d'Abraham , y attendre l'espérance du monde , et annoncer comme

1. Luc. II. 2H,2'J.— 2. Ephes., i. :i.— 'i. JoO., 1.21. — i.Apoc, I. 0. —5. Luc, 11.20.

DIX-HUITIÈME SEMAINE

prochaine aux enfants de Dieu la consolation d'Israël.

En général, on ne doit souhaiter de vivre, que jusqu'à tant qu'on ait connu Jésus-Christ. Mourir sans l'avoir connu, c'est mourir dans son péché; mais aussi quand on l'a connu et goûté par la rémission de ses péchés, qui pourrait aimer la vie et se repaître encore de ses illusions? La vie de l'homme n'est que tentation et tromperie. Les pompes, les grandeurs, les biens du monde, qu'est-ce autre chose, qu'orgueil, concupiscence des yeux, concupiscence de la chair \ un vain faste, une vaine enflure, un amusement dangereux, un piège, un attrait trompeur pour les faibles? Fuyons , fuyons, cette Babylone, pour n'être point corrompus par ses délices^ : après avoir vu le vrai en Jésus, fuyons le faux qui est dans le monde.

Hé bien, je laisserai le monde : je m'en irai contempler les œuvres de Dieu dans la retraite : je n'y trouverai pas ce faux que j'aperçois dans le monde : quelle consolation , puisque le vrai y est encore imparfait! Les créatures peuvent être nos introducteurs vers Dieu : mais quand nous le pouvons voir lui-même, qu'avons-nous besoin des introducteurs? Fermez-vous dorénavant, mes yeux; vous avez vu Jésus-Christ; il n'y a plus rien à voir pour vous.

C'est ainsi que le juste méprise la vie, et ne la supporte qu'avec peine. Mais alors, et quand Jésus- Christ devait paraître, on pouvait désirer la consolation de le voir et de lui rendre témoignage. Maintenant, où pour le voir il faut mourir, la mort n'est-elle pas douce? Si le saint vieillard a tant désiré de voir Jésus dans l'infirmité de sa chair; combien devons-nous désirer de le voir dans sa gloire? Heureux Siméonf combien de prophètes, combien de rois ont désiré de voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu^? C'est ce que disait Jésus à ses disciples : et il ajouta : Et d'ouïr ce que vous écoutez, et ne l'ont pas ouï! Siméon n'écoutait pas sa parole , qui faisait dire à ses auditeurs, peut-être encore incrédules : Jamais homme n'a parlé comme celui-ci'' ; et néanmoins il est ravi : combien plus le devonsnous être, d'entendre sa sainte parole, et d'en attendre la dernière et parfaite révélation dans la vie future ! Siméon ne voit rien encore qu'un enfant où rien ne parait d'extraordinaire; et Dieu lui ouvre les yeux de l'esprit, pour voir que c'est la lumière que Dieu prépare aux gentils pour les éclairer, et le flambeau pour les recueillir de leur dispersion : en même temps la gloire d'Israël, et celui où se réunissent ceux qui sont loin et ceux qui sont près : en un mot l'altenlc commune des deux peuples, comme Jacob le vit en mourant, lorsqu'il vit sortir de Juda celui qui était l'espérance de tous les peuples de l'univers^.

Eclairez-nous, ô Sauveur! lumière qui éclairez tout homme venant au monde''' . Eclairez-nous, nous que votre Evangile a tirés de la gentilité : éclairez les Juifs encore endurcis; et qu'ils viennent confesser avec nous Jésus-Christ notre Seigneur. Qui verra cet heureux temps? Quand viendra-t-il? Bienheureux les yeux qui verront, après la conversion des gentils, la gloire du peuple d'Israël!

1. /. Joan., II. 19. — 2. Apoc, xviii. 4. — 3. Luc, x. 24. — 4. Joan., VM. 46. — 5. Gen., xlix. 10. — 6. Joan., i. 9.

Xle ÉLÉVATION.

Admiration de Joseph et de Marie.

Le père et la mère de l'enfant étaient en admiration de ce qu'on disait de lui^ . Nous avons déjà dit un mot de cette admiration : mais il faut lâcher aujourd'hui de la comprendre, et s'il se peut même, de la définir.

C'est donc , si je ne me trompe , un sentiment intime de l'àme, qui, pénétrée et surmontée de la grandeur, de la magnificence , de la majesté des choses qu'elle entend, après peut-être quelqu'eiTort tranquille, pour s'en exprimer à elle-même la hauteur, reconnaît enhn qu'elle ne peut pas même concevoir combien elles sont incompréhensibles ; supprime toutes ses pensées, les reconnaissant toutes indignes de Dieu ; et craignant de les dégrader en tâchant de les estimer, demeure en silence devant Dieu sans pouvoir dire un seul mot , si ce n'est peut-être avec David, qui s'écrie : Tibi silentium laus : Le silence seul est votre louange^. C'est encore ce que voulait dire David : Seigneur, notre Seigneur, que votre nom est admirable par toute la terre, parce que votre magnificence est élevée pardessus les cieux^. Les deux des deux ne peuvent pas vous comprendre''. Il n'appartient qu'à vous seul de vous louer. Ainsi mon àme étonnée, confuse, interdite, demeure en silence devant votre face. Son étonnement se tourne en amour, mais dans un amour éperdu, qui sentant qu'on ne peut pas même vous aimer assez , se perd dans vos immenses grandeurs, comme dans un abîme qui n'a point de fond, et comme une goutte d'eau dans l'Océan.

Revenons à Joseph et à Marie. Ils étaient en admiration de ce qu'on disait de lui^. Pourquoi tant être en admiration? Ils en savaient plus que tous ceux qui leur en parlaient. Il est vrai que l'ange ne leur avait pas encore annoncé la vocation des gentils. Marie n'avait ouï parler que du trône de David, et de la maison de Jacob^. Elle avait senti toutefois par un instinct manifestement prophétique et sans limitation, que dans tous les temps on la publierait bienheureuse'' : ce qui semblait comprendre tous les peuples comme tous les âges : et l'adoration des mages était un présage de la conversion des gentils. Quoi qu'il en soit, Siméon est le premier qui paraisse l'avoir annoncée : et c'était un grand sujet d'admiration.

Sans en tant rechercher les causes, le Saint- Esprit nous veut faire entendre une excellente manière d'honorer les mystères. C'est à la vue des bontés et des merveilles de Dieu, de demeurer devant lui en grande admiration et en grand silence. Dans ce genre d'oraison, il ne s'agit pas de produire beaucoup de pensées, ni de faire de grands eiïorts : on est devant Dieu : on s'étonne des grâces qu'il nous fait : on dit cent et cent fois, sans dire mot, avec David : Quid est homo"! Qu'est-ce que l'homme , que vous daigniez vous en souvenir ^1 Encore un coup : qu'est-ce que l'homme, que vous, vous qui êtes le Seigneur admirable par toute la terre, vouliez y penser? Et on s'abime dans l'ôlonnement et dans la reconnaissance, sans songer à vouloir pro-

1 Lhc, II. 33. —2. Ps., Lxiv. 2. selon l'Hehr. —3. Ps. ,viii.

6. —4. ///. Reg., viii. 27. —5. Luc, ii. 33. —6. Luc, i. 32. —

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