‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 227 sur 851 · Luc, XX. 'iô. — 2. Matth., v. 10. — 3. Idem, v. 11, l · texte numérisé non relu

Luc, XX. 'iô. — 2. Matth., v. 10. — 3. Idem, v. 11, l

^[l:DITAT10NS SUR L'ÉVANGILE.

larmes ou le dégoût de la vie présente, la miséricorde, l'amour de la justice, la pureté de cœur, l'amour de la paix, la soulVrance pour la justice.

Trois de ces caractères paraissent assez semblables, la douceur, la miséricorde, l'amour de la paix : néanmoins ils ont chacun leur propriété. C'est autre chose d'être pacilique, et de savoir finir toutes les querelles qu'on nous fait, et qu'on fait aux autres : autre chose, d'être doux sans jamais otVenser ni aigrir personne : autre chose, d'être bienfaisant et miséricordieux.

Les caractères opposés aux huit qu'on vient de voir, sont : l'esprit de propriété ou de richesses, l'aigreur, l'amour du plaisir, l'injustice, la dureté, la corruption du cœur, l'esprit de querelle et de brouillerie, l'impatience dans les alTlictions, et la crainte qui fait abandonner la règle de la vérité et de la justice.

Nous trouverons dans saint Luc* l'abrégé des béatitudes réduites à quatre : d'être pauvre, d'être alTiimé , de pleurer, d'être haï et persécuté pour l'amour du Fils de Dieu. A ces quatre béatitudes, Jésus-Christ joint quatre malédictions contre les hommes du monde'- : « Malheur à vous, riches; car vous avez votre consolation. Malheur à vous qui êtes contents et rassasiés des biens de la terre ; parce que viendra le temps que vous aurez faim, et que vous manquerez de tout. Malheur à vous qui riez, et qui vous laissez emporter aux joies du siècle ; car vos joies seront changées en pleurs. Malheur à vous, lorsque les hommes vous applaudissent; c'est ainsi qu'on faisait aux fauxprophôtes. » Craignons donc d'avoir notre consolation sur la terre, craignons de la chercher, craignons de la recevoir, craignons les louanges et les applaudissements du monde. Aimons cet enchaînement de béatitudes, qui de l'amour de la pauvreté nous pousse jusqu'à celui des souffrances; et par celui des souffrances nous ramène jusqu'à celui de la pauvreté et nous fait trouver le même royaume des cieux dans l'un et dans l'autre.

Pour conclusion, la doctrine des béatitudes qsI renfermée dans ces trois mots, que je vous laisse à peser.

Toute la doctrine des mœurs tend uniquement à nous rendre heureux. Le maître céleste commence par là. Apprenons donc de lui le chemin du vrai et éternel bonheur.

Xle .JOUR.

Quatre caractères du chrétien. (Matlti., v. 13-20.)

Après cet abrégé du christianisme, que Jésus- Christ prépare à ses disciples, il nous marque trois caractères éminents de ses disciples' : « IJ'ètre le sel de la terre : d'être la lumière du monde : d'être d'une extrême exactitude flans l'observance des commandements : » le goiitvif de la piété, l'exemple, la régularité et l'exactitude. Il en ajoute après un quairièmf, qui est l'éminence et la perfection. Si totre juHtice n'abonde : cl voilà l'idée entière de la justice chrétienne.

Le sel assaisonne les viandes; il en relève le goût; il en empêche la fadeur; il en prévient la corruption. Ainsi la conversation du vrai chrétien doit ra-

l . Lw., VI. 2f>, 21. 22, 23. - i. Idem, 21, etc. — 3. Matth., v. 13, «/«i/ir

nimer dans les autres le goîil de la piété. C'est ce qui a fait dire à saint Paul' : Que votre discouru soit plein de grâce , et assaisonné de sel. Et c'est de quoi sont bien éloignés ceux qui n'ont que de la langueur et de la mollesse dans toute leur conduite. Il faut dans les paroles du chrétien, une sainte vivacité; il faut reprendre avec force, et quelquefois piquer jusqu'au vif, comme fait un grain de sel. Mais ne mettez point trop de sel ensemble : au lieu de piquer la langue pour réveiller l'appétit , vous mettriez en feu toute la bouche.

Etre la lumière du monde, est un degré encore au-dessus du précédent; car il emporte l'exemple qui édilie et qui éclaire la maison de Dieu. C'est ce que nous nous devons les uns aux autres. Et au contraire , si nous nous sommes à scandale les uns aux autres, cette malédiction du Sauveur tombera sur nous : « Malheur au monde à cause des scandales » qui arriveront. « Il est impossible qu'il n'arrive des scandales : mais malheur à celui par qui ils arrivent : il vaudrait mieux pour lui qu'on le jetât dans la mer avec une meule de moulin autour du col^. » Pesez, pesez ces paroles, chrétiens, qui ne craignez pas de scandaliser les infirmes et les petits de l'Eglise.

Vous êtes la lumière du monde : cela s'entend , non-seulement des pasteurs, mais encore de tous les chrétiens. Saint Paul le dit ainsi' : « Vous devez luire au milieu d'une nation mauvaise et corrompue, comme étant les luminaires dont le monde doit être éclairé. Si quelqu'un parle, » comme dit saint Pierre'% « que ce soit comme des discours de Dieu : » comme si Dieu parlait par sa bouche. Saint Mathias disait , ainsi que le rapporte saint Clément d'Alexandrie, que lorsque quelqu'un faisait mal dans le voisinage d'un chrétien, il fallait s'en prendre à ce voisin , qui ne lui donnait pas assez bon exemple.

Enfin , la vie chrétienne demande une extrême exactitude. Il faut prendre garde aux moindres préceptes, et n'en mépriser aucun. Le relâchement commence par les petites choses, et de là on tombe dans les plus grands maux. Qui méprise les petites choses, tombe peu à peu^.

Pour établir celle exactitude de la justice chrétienne, Jésus-Christ pose un beau principe : que la parole de Dieu est inviolable, et s' accomplira jusqu'au moindre trait.

Il regarde ici en particulier ce qui avait été prédit de lui dans la Loi cl dans les Prophètes, et c'est pourquoi il dit : Je viens tout accomplir. Dans ce qui a été prédit dans la Loi , il y a les grands traits : la naissance de Jésus-Christ, sorti d'une vierge, ses souffrances, sa croix, sa résurrection, la conversion du monde cl des gentils, avec la réprobation et le juste châtiment des Juifs. Voilà les grands traits; mais ce n'est pas tout. Il y a l'tofa, et les moindres traits qui doivent aussi s'accomplir. Il faut qu'on divise ses vêtements : il faut qu'on joue sa tunique sans coulure. Voyez quelle précision dans une distinction si subtile et si exacte : c'est Viola, c'est le petit trait. Il sera vendu; ce peut être un grand trait : mais ce sera trente deniers; maison achètera le champ d'un potier : c'est Viota,

1. Colon., IV. 0. — 2. M'iUli., XVIII ; Marc, ix. 41 ; f,uc., xvii. 1. .'{. l'hilip.. II. l.'i. —4. T. P"l., IV. 11. — r> Hccli.., xix. 1

SERMON DE NOTRE SEIGNEUR SUR LA MONTAGNE

c'est le petit trait , qui ne doit point échapper non plus que les autres. C'est ainsi qu'il faut qu'il ait soif, et qu'il soit abreuvé de vinaigre. Il souffrira : voilà le grand trait; mais ce sera hors la porte de la ville : voilà l'iota. Il sera immolé comme l'agneau pascal; mais ses os ne seront pas brisés sur la croix, non plus que ceux de cet agneau : voilà l'iota, et ainsi du reste. Jésus-Christ veut dire encore plus généralement, que tout ce qui est dit en figure et en ombre dans la Loi , sera accompli en vérité dans l'Evangile, jusqu'aux moindres circonstances. Tout jusqu'aux moindres choses, est significatif dans la Loi : tout jusqu'aux moindres choses, sera accompli dans l'Evangile : « Vous ne lierez pas la bouche du bœuf qui foule le grain'. » Saint Paul l'applique aux prédicateurs^. Il en est ainsi de ces autres traits : « Vous ne ferez point cuire l'agneau dans le lait de sa mère. Quand vous prendrez la mère dans le nid, vous la laisserez aller en gardant ses petits'. Que vos habits ne soient point tissus de laine et de lin. Ayez des bordures et des franges dans vos habits^. » Tous ces petits traits ont de grandes significations, pour inspirer aux chrétiens la douceur, la modération , la simplicité , la droiture, et toutes les autres vertus.

Et ce que Jésus-Christ conclut de là, c'est qu'il ne faut pas oublier les moindres préceptes : car si tout ce que Dieu dit pour son Fils, doit être accompli jusqu'au moindre trait, et qu'il n'en doive échapper aucun; il faut aussi accomplir tout ce qu'il a dit pour nous.

Et voyez jusques à quel point. « Le ciel et la terre passeront : mais mes paroles ne passeront pas5. » Si le soleil tout d'un coup allait disparaître; et que ce flambeau du monde s'éteignît au milieu du jour : si le ciel se mettait en pièces, ou se retirait comme un rouleau qui se renveloppe en luimême : si la terre manquait sous nos pieds, et qu'un fondement si solide fût tout d'un coup réduit en poudre : quel malheur! tout serait perdu pour nous. Le malheur est bien plus grand, et tout est perdu bien davantage si le moindre des commandements de Jésus-Christ n'est pas observé.

Que si on ne les observe pas, Jésus-Christ qui a dit qu'ils seraient inviolablement observés', sera-t-il menteur? A Dieu ne plaise : car il y a une condition, que si on manque à les observer, on sera puni. Donc si vous faites la faute, et que vous évitiez le châtiment, Jésus-Christ se sera trompé : mais si vous ne faites pas la moindre faute, dont il ne soit parlé au jugement, et qu'il y faille rendre raison, non-seulement des paroles d'injustice et de médisance, mais encore des inutiles : la vérité de Jésus- Christ demeure ferme.

La peine rectifie le désordre : qu'on pèche, c'est un désordre; mais qu'on soit puni quand on pèche, c'est la règle. Vous revenez donc par la peine dans l'ordre que vous éloigniez par la faute. Mais que l'on pèche impunément, c'est le comble du désordre : ce serait le désordre, non de riiomine qui pèche, mais de Dieu qui ne punit pas. Ce désordre ne sera jamais , parce que Dieu ne peut être déréglé en rien, lui qui est la règle.

Gomme cette règle est parfaite, droite parfaite-

1. Dette, XXV. 4. — 2. /. Tim., v. 18. — 3. Deut., xiv. 21. — 1. Idem, XXII. 0, 7, 11, 12. - 5. Matllt., xxiv. 25.

ment, sans la moindre courbure : tout ce qui n'y convient pas , y est brisé; et sentira l'effort de l'invincible et immuable rectitude de la règle.

Mais si les menaces sont accomplies, les promesses le seront aussi. Viens, chrétien , à ton crucifix : regardes-y toutes les prédictions accomplies jusqu'aux plus petites. Dis donc en toi-même : Tout s'accomplira, et le bonheur qui m'est promis ne me manquera pas. Je verrai Dieu, je l'aimerai , et je le louerai durant les siècles des siècles : et tous mes désirs seront rassasiés, toutes mes espérances accomplies : Amen, amen.

Xlle JOUR.

Excellence de la justice chrétienne au-dessus de celle des païens et des Juifs. (Matth., v. 20-47.)

Jésus-Christ, qui jusqu'ici a donné plus en général la forme et les caractères de la vie chrétienne, commence ici les préceptes particuliers : et il donne pour fondement cette belle règle ', que la justice chrétienne doit surpassser celle des plus parfaits d'entre les Juifs et les docteurs de la loi. Prenons donc garde ici à bien entendre la perfection de la loi évangélique, dont nous avons juré l'observation dans notre baptême.

Pour nous y obliger, Jésus-Christ a pris soin de nous élever à la perfection de la justice chrétienne par trois degrés.

Premièrement, il faut s'élever au-dessus des plus sages des païens. C'est pour cela qu'il a dit : Les païens ne le font-ils pas ^ ! Voulant dire , vous devez donc faire davantage. On vous parle de mépriser les richesses : les sages païens ne l'ont-ils pas fait? D'être fidèle à vos amis : les païens ne l'ontils pas été? D'éviter les fraudes et les tromperies : les païens ne les ont-ils pas détestées? De fuir l'adultère : les païens les plus licencieux n'en ont-ils pas eu de l'horreur?

Le second degré est, de s'élever au-dessus de la justice de la loi, et de ceux qui connaissent Dieu. Et cela encore par trois degrés, en évitant trois défauts de la justice judaïque. Le premier, c'est qu'elle n'était ((u'extérieure : « Vous autres pharisiens, vous êtes soigneux de laver l'extérieur du vaisseau : » et c'est pourquoi il les appelait « des sépulcres blanchis'. » Voyez la justice de ce pharisien dans saint Luc : « Je ne suis pas , » disait-il ^, « comme le reste des hommes. » Et en quoi excellez-vous donc? « Je jeûne deux fois la semaine : je paie la dîme de tout ce que j'ai de bien. » Il ne vante que l'extérieur : et ceux-là lui ressemblent, qui ne s'attachent qu'aux observances extérieures. Dire son bréviaire, aller à l'église, assister au sacrifice, à matines, à l'oraison, prendre de l'eau bénite, se mettre à genoux, sans prendre l'esprit de tout cela; c'est une justice pharisaïque qui semble avoir quelque exactitude, mais qui s'attire de Jésus- Christ ce juste reproche : « Ce peuple m'honore des lèvres; mais son cœur est loin de moi 5. » C'est une fausse justice. Mais que dirons-nous de ceux qui n'ont pas môme cette justice et celte exactitude extérieure, si ce n'est qu'ils sont pires que les pharisiens et que les Juifs?

Le second défaut de la justice judaïque : c'est

1. Matth., V. 20. —2. Idem, 47. —3. Ibicl., xxiii. 25, 27. - I i. Luc.,x\ui. 11, 12. --5. j\ralth.,\v. 8.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

coiunie dit saint PaiiP, qu'en ignorant la jiidice par laquelle Dieu nous lait justes , et cherchant à établir leur propre justice , se croyant justes par oux-niônies , ils ne se sont point soumis à la justice de Dieu : parce qu'ils ont cru l'aire le bien par euxmènies ; au lieu de reconnaître que c'est Dieu qui l'opère en eux.

Saint Paul avait eu cette justice : mais voyez comment il en parle- : « Ma conduite était sans reproche selon la justice de la loi. » Remaniuez ces paroles : sans reproche; on ne pouvait ce semble, porter la perfection plus loin; et cependant il ajoute aussitôt après : « Mais ce qui m'était un gain » selon la loi, « je l'ai estimé une perte à cause de la connaissance éminenle que j'avais de Jésus-Christ, pour qui tout m'a été une perte, cl comme du fumier et de l'ordure; alln de gagner Jésus-Christ , et avoir en lui, non pas ma propre justice qui vient de la loi, mais de la justice qui vient de la foi en Jésus-Christ; justice qui vient de Dieu par la foi. »

Voilà donc le second défaut de la justice judaïque : c'est qu'on se croyait juste par soi-même : ce qui fait que cette justice est impure, et n'est qu'ordure selon saint Paul , parce qu'elle n'est (ju'orgueil. Etudions-nous donc à l'éviter, en rapportant humblement à Dieu le peu de bien que nous faisons.

Mais le troisième défaut de la justice des Juifs : c'est que les œuvres en étaient fort imparfaites, en comparaison de la perfection où l'homme est élevé par l'Evangile. On y est obligé à une plus grande perfection que ceux qui faisaient bien. Et pourquoi? .1 cause de la connaissance éminente qu'on a de Jésus-Christ, disait saint Paul : et c'est une des vérités que Jésus-Christ renferme dans cette parole : a Si votre justice n'est plus abondante que celle des docteurs de la loi et des pharisiens*, etc. »

Voilà donc la justice chrétienne élevée de deux degrés, au-dessus de la justice des sages païens, audessus de la justice des Juifs. C'est pourquoi et les païens et les Juifs s'élèveront contre nous, les Ninivites, la reine de Saba, Sodome et Gomorrhe , dont nous aurons surpassé les iniquités; nous qui devions surpasser la justice des plus sages. C'est ainsi qu'il se faut former une grande idée de la justice chrétienne.

Mais voici encore quelque chose de plus excellent, et c'est le troisième degré et la perfection. C'est que la justice chrétienne se doit élever au-dessus d'elle-même. « Non, mes frères, » disait saint Paul*, « je ne crois pas encore avoir atteint la juslice où je tends; ni que je sois parfait : je poursuis ma course, « comme un homme qui ne croit pas avoir obtenu ce qu'il souhaite. Unum autem; mais tout ce que je fais, tout mon but, toute ma pensée : • C'est qu'oubliant ce qui est derrière moi : » voyez : tout le progrès qu'il a fait ne lui est rien : il ne s'y arrête pas , il ne s'y repose pas : « Je m'étends à ce qui est devant. » Entendez ce mot, il s'étend : il fait c.ÏÏDTl : il sort en quelque manière de lui-même : il se disloque lui-même, en quelque sorte, par l'efforl qu'il fait pour s'avancer.

Voilà donc le vrai chrétien, le vrai juste. Il croit n'avoir rien fait : car s'il croit être sulïisamment

I. Rom..x.3. —2 Philii'p., m. 0, 7, 8,9. —.3. MatlU., v. ■»i. - I. Philip., m. U, n. '

juste, il ne l'est point du tout. Il faut donc toujours avancer et sortir conlinuellcmentde son état. « Soyez parfaits comme votre Père céleste'. » Ayez-en du moins la volonté : car c'est renoncer à la justice que de se reposer dans celle qu'on a; comme si on était assuré qu'elle fût suffisante; d'autant plus que si vous n'avancez-, vous reculez. « Vous regardez en arrière , » contre le précepte de l'Evangile. Et que décide le Sauveur? que vous « n'èles pas propre au royaume de Dieu 2. «

Voilà pourquoi il disait, qu'il fallait « avoir faim et soif de la justice. » Ce n'est pas un désir ordinaire; c'est un désir comme celui qui nous porte à nous nourrir et à vivre : désir ardent et invincible , que vous devez sans cesse exciter. En quelque état que vous soyez, vous devez toujours avoir celte faim et cette soif : parce que la capacité de voire intérieur est inlinie, comme l'est aussi la justice que vous cherchez.

Sur ce fondement de la perfection de la justice chrétienne, Jésus-Christ bâtit tout l'édifice, c'està-dire, tous les préceptes de son évangile, pour nous élever au-dessus des païens , des Juifs cl de nous-mêmes. Ce qu'il a compris dans cette parole : « Soyez parfaits comme votre Père céleste : » et ce que son Apôtre a exprimé de la manière que nous avons vue.

XIIIc JOUR.

Haine, colère, parole injurieuse : quelle en est la punition. (iMatth., V. 21, 22.)

Après cette belle préparation , après celte belle idée de la justice chrétienne, Jésus-Christ commence à régler ce qu'on doit au prochain, et il nous apprend jusqu'où l'on doit éviter de lui nuire. Saint Jean dit que « celui qui hait son frère est un meurtrier*. » Jésus-Chrisl le réputé tel. C'est pourquoi il dit, que ce n'est pas seulement en le luant « qu'on se rend digne d'èlre puni par le jugement; » mais encore « si on se fâche contre lui. » El, que « si on témoigne son indignation par quelque parole de colère ou de mépris, on mérite d'être condamné par le conseil, » on est digne d'une plus grande peine; « mais que si on s'emporte jusqu'à l'appeler insensé, on n'évitera pas le feu éternel '*. »

Il faut ici peser ces trois degrés , se mettre en colère; témoigner sa colère par quelque parole d'emportement; dire des injures atroces, et traiter son frère de fou; et les comparer avec les trois peines : le jugement , le conseil , le feu.

Le jugement emportait la peine capitale, puisqu'il est attribué, selon les anciens, au meurtre, que la loi punissait de mort irrémissiblement. Mais Jésus-Christ, pour faire voir combien la justice humaine était faible en comparaison de la divine qu'il venait déclarer aux hommes, met le jugement, c'està-dire, la peine capitale des jugemcnls humains, pour le plus faible degré, qui est la colère. Il veut donc dire, que la colère contre un frère, est par elle-même un péché digne de mort devant Dieu. El ainsi il ne faut pas douter qu'on ne commette un péché mortel, lorsqu'on demeure volontairement aliéné de son frère : ce qui arrive lorsqu'on demeure fâché contre lui; parce qu'alors la colère s'est tournée en haine. En cet étal, rien n'excuse de

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