I . Jo'in. , III
SERMON DE NOTRE SEIGNEUR SUR LA MONTvVGNE.
péché mortel, que la résistance qu'on apporte à une disposition et impression si mauvaise : car lorsqu'elle domine dans le cœur, la charité s'y éteint.
Le second degré de supplice est le conseil; ce qui se dit par rapport à la police des Juifs. Audessus du jugement où l'on punissait les crimes particuliers jusqu'à la mort, s'il le fallait, il y avait le sanhédrin ou le conseil suprême de la nation ', qui était d'autant plus sévère qu'on y jugeait les crimes publics, qui regardaient l'état du peuple de Dieu dans la religion, et dans le gouvernement, sans aucun appel. Pour exprimer le juste supplice de celui qui s'emporterait au second degré de colère , (c'est-à-dire, jusqu'à témoigner sa haine par quelque parole de fureur ou de mépris) , Jésus-Christ va de ce degré à ce qu'il y a de plus rigoureux, et de plus inévitable parmi les hommes, qui est la rigueur extrême du souverain conseil de la nation.
Le dernier degré suit après cela; qui est de dire des injures atroces, comme d'appeler son frère fou : et pour cela, il n'y a plus rien parmi les hommes, par où l'on puisse exprimer la vengeance qui en sera faite, qu'une vallée auprès de Jérusalem, qu'on réputait abominable , et qu'on appelait la Vallée des Cadavres et des Gendres : parce que c'était celle où, du temps des idolâtries du peuple de Dieu, les Israélites brûlaient leurs enfants en l'honneur de l'infâme idole de Moloch, et où on jetait leurs cendres et leurs cadavres à demi-brùlés.
La tradition enseignait encore que les cadavres des soldats de Sennachérib y avaient été jetés à tas; de sorte qu'elle fourmillait de vers qui sortaient de ces cadavres : les marques du feu étaient dans les cendres, et dans les cadavres à demi-brùlés^. Cette vallée s'appelait la vallée du fils d'Ennom, Ben- Ennom^ : en changeant le B en G, Gehennom, Gehenna. Géhenne. Par où l'on exprima ensuite l'enfer; le feu dont les damnés y sont dévorés, et les vers qui les y rongent, dont le Sauveur dit : « Leur ver ne meurt point, et leur feu ne s'éteint jamais'*. »
C'est donc à cette Vallée des Cadavres, qu'on appelait aussi la Vallée de la Mort, que Jésus-Christ compare le supplice affreux de ceux qui traitent leurs frères d'insensés et de fous. Que s'il ordonne ce supplice pour les injures, combien seront tourmentés ceux qui frappent, ceux qui tuent? Le Fils de Dieu n'en parle pas, comme ne voulant pas supposer que cela puisse arriver parmi les siens; et laissant assez entendre combien les actions violentes seront punies, si les paroles le sont avec une si terrible rigueur.
Pesons donc toutes nos paroles, puisqu'elles sont pesées avec une telle rigueur dans le souverain jugement de Dieu.