XXVII« JOUR
A'e nous induisez point en tentation : mais délivrez-nous du mal. (Matth., vi. 13.)
« Ne nous induisez point en tentation. On ne prie pas seulement pour s'empêcher de succombera la tentation , mais pour la prévenir, conformément à cette parole : « Veillez et priez, de peur que vous n'entriez en tentation'. » Non-seulement de peur que vous n'y succombiez , mais de peur que vous n'y entriez.
Il faut entendre par ces paroles la nécessité de prier en tout temps, et quand le besoin presse, et avant qu'il presse. N'attendez pas la tentation; car alors le trouble et l'agitation de votre esprit vous empêchera de prier. Priez avant la tentation, et prévenez l'ennemi.
« Dieu ne tente personne, » dit saint Jacques^. Ainsi, lorsque nous lui disons : « Ne nous induisez point en tentation; ):■ visiblement il faut entendre : ne permettez pas que nous y entrions. C'est aussi comme parle saint Paul^ : « Dieu est fidèle en ses promesses; et il ne souffrira pas que vous soyez tentés par-dessus vos forces ; » mais nos forces consistent principalement dans nos prières.
« Délivrez-nous du mal. » L'Eglise explique ; délivrez-nous de tout mal, passé, présent et à venir. Le mal passé, mais qui laisse de mauvais restes, c'est le péché commis; le mal présent, c'est le péché où nous sommes encore : le mal à venir est le péché que nous avons à craindre. Tous les autres maux ne sont rien qu'autant qu'ils nous portent au péché par le murmure et l'impatience. C'est principalement en cette vue que nous demandons d'être délivrés des autres maux.
« Délivrez-nous du mal. » Délivrez-nous du péché et de toutes les suites du péché; par conséquent de la maladie, de la douleur, de la mort; afin que nous soyons parfaitement libres. Alors aussi nous serons souverainement heureux.
Une autre version porte : « Délivrez-nous du mauvais ; » c'est-à-dire , du démon notre ennemi , et de toutes ses tentations.
Quand nous demandons des forces contre la tentation, ce n'est pas seulement contre le démon, c'est encore contre nous-mêmes, selon ce que dit saint Jacques : « Chacun est tenté par sa propre concupiscence, qui l'attire et qui l'emporte ■* : » c'est la grande tentation, et le démon même ne nous peut prendre que par celle-là. Quelle est donc notre faiblesse, puisque nous sommes nous-mêmes nos plus grands ennemis! Et nous ne craignons pas! et nous dormons ! et nous négligeons notre salut I et nous ne concevons pas la nécessité de prier!