XXVIII" JOUR
Du Jeûne. (Matth., vr. 16, 17, 18.)
Jési's-Christ joint ici la doctrine du jeune à celle de l'oraison et de l'aumône. Ce sont trois sacrifices ([ui vont ensemble, selon cette sentence de Tobie* : « L'oraison est bonne avec le jeune et l'aumône. » Par l'aumône , on sacrifie ses biens : par le jeune ,
1. Matth., XXVI. 41. — 2. Jac, i. 13. — 3. /. Cor., x. 13. — 1. Jac, 1. U. — 5. Tob., xii, S.
M Ê D 1 T AT IONS SUR L' É VA N C ILE
on immole son corps : par l'oraison, on olYre à Dieu les atleolions, et, pour ainsi dire, le plus pur eucens de son esprit.
Ce qui est dit ici du jeûne, est semblable à ce qui est dit de l'oraison et de laumone ; qu'il ne laul le l'aire que pour Dieu seul , et à ses yeux , sans aucune vue des hommes. Lors pourtant qu'on a mal éditié l'Eglise, en négligeant ce qu'on devait observer, il est bon de l'édilier sans alTectalion par des observances plus sévères. Mais cela demande beaucoup de précaution, et il y faut éviter l'oslenlalion, comme la peste des bonnes œuvres.
Par le jeune , il faut entendre toutes les autres austérités par où l'on mortilie son corps. Il les faut soigneusement cacher, « et n'avoir pas un air triste comme les hypocrites : mais oindre sa lèle et laver sa face : » témoigner à tout le monde de la douceur et de la joie : n'être pas comme ceux qui , portant impatiemment les austérités, semblent s'en prendre à tous ceux à qui ils parlent, en les traitant durement , et leur devenant fâcheux. L'austérité qu'on a pour soi-même doit rendre plus doux, plus Iraitable; corriger, et non exciter la mauvaise humeur. C'est ce que signifie cette onction de la tète , et ce visage lavé : c'est la douceur et la joie.