Luc, XIX. 45. — 2. rdem, \1, 44. — '.i. Ihid
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
Ve JOUR.
Dernier séjour de Jésus-Christ en Jérusalem , plus digne de remarque. (Lisez JMatth., xxi. 10, 13; Marc, xi. 11, 18; Luc, XIX. 45, jusqu'à la fin.)
Toute la ville est émue pendant que Jésus la traverse en triomphe : « Qui est celui-là? Et les peuples qui accompagnaient le nouveau roi, répondaient : C'est Jésus, le prophète de Nazareth de Galilée^ »
Jésus-Chrisl avait commencé sa prédication en Galilée , à Capharnaiim et aux environs , conformément à la prophétie d'Isaïe, rapportée en saint Matthieu 2. Nazareth était la demeure de ses parents el la sienne; mais depuis sa prédication, il s'établit avec les siens à Capharnaûra. Cette ville avec les villes et contrées voisines virent la plupart de ses miracles, et ouïrent la plus grande partie de ses instructions. C'était môme dans la Galilée qu'il avait choisi ses apôtres : la troupe de ses disciples était presque toute de ce pays : et en entrant avec lui dans Jérusalem, ils faisaient honneur à leur patrie du nom d'un si grand prophète.
Cependant le nom du Sauveur n'était pas moins célèbre dans Jérusalem, oîi le bruit de ses miracles s'était porté de toutes parts : en sorte que dans le temps qu'il prêchait en Galilée, « une grande troupe venue de Jérusalem et de la Judée le suivait^. »
Il ne manquait point de venir à Pâques, selon l'ordonnance de la loi, dans cette ville et au temple ; et il y venait aussi à d'autres solennités principales. Il y faisait éclater sa doctrine et ses miracles d'une manière admirable, et autant ou plus qu'en aucun autre endroit de la Terre sainte, comme dans la ville royale, où Dieu avait établi son nom, et qui était le siège et le chef de la religion. La résurrection du Lazare avait été faite à la porte de Jérusalem en Béthanie : la troupe qui l'accompagnait au célèbre jour de son entrée, était grossie par les habitants de Jérusalem, qui avaient vu cette étonnante résurrection; comme il est aisé de le conclure de saint Jean \
Ce qui obligeait le Sauveur à demeurer ordinairement en Galilée, c'était que les pontifes, et les autres qui machinaient sa mort, n'avaient pas le môme pouvoir, ni les mêmes moyens d'exécuter ce noir dessein en ce pays-là , que dans Jérusalem et aux environs. C'est aussi ce qui donna lieu à l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe qu'on vient de voir : et tout se faisait convenablement, puisque Jésus devait passer toute sa vie dans la persécution, dans les périls, avec des précautions , et pour ainsi dire, dans une fuite continuelle, à cause de la haine des Juifs. Et néanmoins quand il fallait, et dans les temples les plus solennels, il paraissait dans Jérusalem, afin que la lumière de l'Evangile se répandît de là dans tout le pays, comme du chef sur les membres.
Admirons les douces voies de la sagesse de Dieu, qui ne veut point que son Fils fasse tout par miracle et par puissance : premièrement, pour accomplir les mystères de son humiliation : secondement, pour apprendre par son exemple à ses disciples, les précautions el la prudence avec lesquelles ils doivent agir en toutes choses.
Suivons Jésus à Jérusalem, où il va parailrepour
1. Mntlh., XXI. 10, 11. — 2. Is., ix. 1,2; MHUh.,\\. 13, 15-lo. — 3. Afaltli., IV. 25. — 4. Joan.. xi. 18, 20; et xii. 17, 18.
la dernière fois, et où aussi il va donner les instructions, et accomplir les mystères les plus essentiels. C'est aussi pour cette raison qu'il y entre à celte fois avec plus d'éclat que jamais; pour rendre les peuples, et de ce temps, et de tous les siècles, plus attentifs à tout ce qu'il y allait dire et faire. Voyons donc avant toutes choses ce qu'il fera dans le temple : car c'est là qu'il va descendre.
Vie JOUR.
Caractère d'autorité dans le triomphe de Jésus-Christ. Son zélé pour la sainteté du temple. (Ibid.)
JÉSUS va descendre au temple, comme les triomphateurs le pratiquaient ordinairement, même parmi les peuples idolâtres. Car il y avait une notion dans tout le genre humain, qu'il fallait rapporter à la divinité toute la gloire : que ce qu'il y avait de plus élevé parmi les hommes devait s'abaisser à ses pieds; et qu'à vrai dire, c'était à Dieu seul qu'appartenait le triomphe. C'est pourquoi il est appelé, le Triomphateur d'Israël^. Allez donc , ô Sauveur! portez à votre Père dans son temple, la gloire du plus beau triomphe qu'on ait jamais vu parmi les hommes, et la figure de tous les autres que vous devez remporter dans le ciel, sur toute la terre et sur les enfers.
Jésus-Christ devait paraître dans le temple, nonseulement pour y rendre à Dieu le culte suprême , mais encore comme son fils : comme le fils de la maison^ : pour y ordonner ce que son Père, qui l'y envoyait, lui avait prescrit.
Ainsi, d'abord qu'il y entre, il regarde tout, et de tous côtés, selon la remarque de saint Marc 3.
Comme il était tard, il se retire pour ce jour; mais il y revient le lendemain. Il en chasse avec autorité les vendeurs et les acheteurs : il renverse leurs bureaux, leurs tables, leurs chaises, leurs marchandises, leur argent : il n'épargne pas les personnes, qu'il chassa du saint lieu; apparemment à grands coups de fouet, et avec des cordes ramassées, comme il avait fait autrefois, en leur disant : « Otez tout cela d'ici, et ne faites pas une maison de trafic de la maison de mon Père\ » Il parle donc, et il agit encore un coup, comme le fils de la maison, et avec une pleine autorité, sans que personne le contredise.
En même temps pour montrer cette autorité, il fait dans le temple ses guérisons orflinaires : « il y guérit les aveugles et les estropiés qui se présentèrent^ » Il confirme ce qu'il avait fait par l'Ecriture : « Il est écrit , » dit-il , « Ma maison est une maison de prières'' : » c'est ce que Dieu avait dit par la bouche d'Isaïe. Il y ajoute le reproche : « Et vous, » dit-il, « vous en faites une caverne de voleurs : » ainsi que Jérémie l'avait prédite
Alors donc fut accompli cet oracle de David : « Et moi j'ai été établi de Dieu comme roi sur Sion sa sainte montagne, annonçant et prêchant ses pré ceptes". » On vit dans son temple le Dominateur et l'Ange du testament , que Malachie avait prédit". Jésus-Christ y exerce de plein droit toute raulorilô de son Père : « Il ne souITrait pas, » dit saint Marc '", « qu'on passât avec un vaisseau pour le temple, » ni qu'on fit servir de chemin public un lieu si
1. /. lieg., XV. 29. — 2. Hfb., m. 6. — 3. Marc, xi. 11. — 4. Joan., II. 15. 16. — 5. 3/««/t.,xxi. 14. — 6. Ts., i.vi. 7. — 7. Matlh.. XXI. 13; Jerem., vu. 11. —8. Ps., 11. 0. -- 'J. Malach.,iu. 1. -- 10. Marc.,\i. 16.
Ml-DITATIONS SUR L'EVANGILE.
sailli. L'Evangilo no dit pas qu'il le dofomlait, mais qu'il ne le soullVail pas ; el c'est-à-dire, à en jupcr par le reste de ses actions, qu'il les repoussait el les chassait; du moins qu'il les reprenait avec menaces. S'il n'avait fait qu'ordonner, ce serait un acte d'autorité; mais il agit, il renverse, il Trappe : ce qui est encore un acte de zèle. Ce qui fait aussi que saint Jean, et tous ses disciples appliquèrent à celle action, cette parole de David : « Le zèle de votre maison m'a dévoré*. »
Le zèle est une ferveur de l'amour de Dieu, trop vif pour attendre le secours d'aulrui , ni pour s'astreindre aux formes ordinaires; mais agissant par lui-même, et au-dessus de ses forces, avec une espèce d'excès, par une absolue confiance en la puissance de Dieu : c'est ce qui parait dans celte action du Sauveur.
Remarquez ces paroles : Une caverïie de voleurs: qui doit faire trembler tous ceux qui trafiquent; puisqu'elle leur fait sentir, que dans l'usage commun, et si l'on n'y prend garde, le trafic n'est qu'un tissu de mensonge , de tromperie et de vol.
Remarquez aussi avec tous les interprètes, que ce qu'on vendait dans le temple, était des bœufs, des brebis, des colombes; toutes choses qui servaient aux sacrifices : et néanmoins Jésus chasse tout : non que ces ventes fussent mauvaises; mais parce que ce n'était pas le lieu de les faire. Que ferait-il des discours, des irrévérences, el de tant de choses infâmes qu'on fait dans le temple?
Remarquez encore, qu'il parle en particulier à ceux qui vendent des colombes. Ce que les saints ont entendu des simoniaques qui vendent le Saint- Esprit et ses grâces; qui entrent par d'indignes commerces dans les emplois ecclésiastiques et spirituels; et qui, en quelque façon que ce soit, négocient pour avoir les voix de ceux qui les donnent. Otez, ôtez tout cela, dit le Sauveur.
Le temple allait périr; et Jésus qui le va prédire, comme nous verrons, ne l'ignorait pas : et cependant il en défend avec tant de zèle et d'autorité la sainteté, pendant qu'il subsiste. C'est donc pour apprendre aux chrétiens ce qu'ils doivent aux nouveaux temples, dont le temple de Jérusalem n'était qu'une faible et imparfaite figure, et infiniment au-dessous des mystères des chrétiens, dont Jésus- Christ est le fond, el où se trouve son saint corps el son sang précieux. Tremblons, tremblons à la seule vue et à l'approche de ce sanctuaire.
Mais nous atons toujours un temple'^. Notre âme en est un : nos corps en sonl un : respectons ce temple si saintement consacré, et inséparable de nous-mêmes. N'y laissons entrer, ni môme passer rien d'impur ni de profane. Gardons-nous bien de le faire .servir à aucun indigne tralic. Respectons ce temple, et le Saint-Esprit qui y habile'^.
Vile .JOUR.
Caractère d'humiliation dann le triomphe même du Sauveur. Jalomie de* pharitien$. fjoan., xii. 18, et suiv.; Mattti., xxi. 15, IC; Luc, XIX. .'jO, 40.)
Le règne du Sauveur devait être glorieux et éclatant, quoique d'une autre gloire et d'un autre éclat que celui que les Juifs charnels s'étaient imaginé.