‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 246 sur 851 · Cor., m · texte numérisé non relu

Cor., m

Nous avons même vu que Jésus satisfaisait en quelque façon , même à celle attente grossière d'une royauté sur la terre, par la pompe de ce jour; et leur montrait que rien ne lui était plus aisé que de se faire reconnaître pour roi par tous les peuples, et qu'il y avait à cela des dispositions merveilleuses. Mais afin de ne point sortir de ce caractère d'humiliation el de persécution, qui devait le suivre partout jusqu'au dernier jour, il fallait qu'il y eût de la contradiction dans son triomphe; et ce caractère y paraît dans la jalousie des pontifes, des pharisiens, el des docteurs de la loi. Cette jalousie nous est expliquée par cette parole de saint Jean; pendant que tout le monde allait au devant du Sauveur, et lui applaudissait, les pharisiens se disaient les uns aux autres : « Que ferons-nous : tout le monde court après lui'? » C'est ce qu'ils ne pouvaient soufi'rir; et c'est ce qui leur fit dire deux paroles qui sonl marquées dans les Evangiles.

La jalousie les dévorait ; el pendant que jusqu'aux enfants, tout criait qu'il était le fils de David, ils lui disaient : « Alaitre , réprimez vos disciples. Entendez-vous bien ce qu'ils disent? » Il leur répondit deux choses, l'une : « N'avez-vous jamais lu ce qui est écrit : Vous avez tiré la louange la plus parfaili de la bouche des petits enfants, et de ceux qui sont à la mamelle 2? » Vous devez-vous donc étonner, se dans un âge plus avancé les enfants rendent à Dieu en ma personne des louanges el un témoignage plus éclatant? Si vous aviez la simplicité et la sincère disposition d'un âge innocent, vous loueriez Dieu comme eux; comme eux vous honoreriez celui qu'il envoie : mais votre envie, votre fausse gloire, votre hypocrisie et votre fausse politique vous en empêchent. Dépouillons-nous de tous ces vices, et revêtons-nous de l'innocence el de la simplicité des enfants, pour chanter sincèrement et purement les louanges de Jésus-Christ.

L'autre réponse du Sauveur sur ce reproche des pontifes et des docteurs de la loi : « Si ceux-ci se taisent, » leur dit-il ', « les pierres mêmes crieront ! Dieu est assez puissant, » disait Jean -Baptiste'', « pour faire naître de ces pierres , les enfants d'Abraham , » et des cœurs les plus endurcis , en faire de vrais fidèles. Le temps devait venir, et il était venu, que la gloire de Jésus-Christ retentirait si hautement par toute la terre , que les gentils s'assembleraient à celte voix; et que Dieu serait adoré par un peuple, qui jusqu'alors ne le connaissait pas, et qui dormait endurci dans son péché. 0 pierres, ô cœurs endurcis , évcillcz-vous, attendrissez-vous à cette parole du Sauveur.

Ville JOUR.

Le milme sujet. (Ibid.)

Pendant que les peuples applaudissaient au Sauveur, et en portaient les louanges jusqu'au ciel, ses ennemis, non contents de faire paraître dans leurs paroles, leur envie qu'ils ne pouvaient retenir, faisaient de secrètes menées pour le perdre, et y étaient même animés par la gloire d'un si beau jour. C'était encore un trait de ce caractère de persécution qui le devait suivre, et qui le suivit en eflet jusqu'à la fin.

\. Jo'in.,v.u. 19. — 2. Luc, xix. 39; MaUh., xxi. 15, 10; r»., VIII. 3. —3. Luc, XIX. 40. — 4. Matlh.,ui. 9.

LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR

Contemplons ici les effets de la jalousie : c'est une des plus grandes plaies de notre nature. Jésus- Christ, qui était venu pour la guérir, en devait sentir toute la malignité; et les soulTrances que l'envie lui devait causer, devaient servir de remède à son venin. L'envie , c'est le noir et secret efTet d'un orgueil faible, qui se sent ou diminuer, ou effacer par le moindre éclat des autres , et qui ne peut soutenir la moindre lumière. C'est le plus dangereux venin de l'amour-propre, qui commence par consumer celui qui le vomit sur les autres, et le porte aux attentats les plus noirs. Car l'orgueil naturellement est entreprenant , et veut éclater : mais l'envie se cache sous toute sorte de prétextes, et se plaît aux plus secrètes et aux plus noires menées. Les médisances déguisées, les calomnies, les trahisons, tous les mauvais artifices en sont l'œuvre et le partage. Quand par ces tristes et sombres artifices elle a gagné le dessus, elle éclate , et joint ensemble contre le juste, dont la gloire la confond, l'insulte et la moquerie , avec toute l'amertume de la haine, et les derniers excès de la cruauté. 0 Sauveur! ô Juste! ô le Saint des saints! c'est ce qui devait s'accomplir en votre personne.

Déracinons l'envie : et dans le moindre de ses effets que nous ressentirons dans notre cœur, concevons toute la malignité et toute l'horreur d'un tel poison.

IXe JOUR.

Jésus donne luirtnême à son triomphe le caractère d'humiliation et de mort qu'il devait avoir. Effets différents qui fait le triomphe de Jésus-Christ dans les Juifs et dans les gentils. (Joan., XII. 19-27.)

Saint Jean nous fait remarquer deux effets bien différents du triomphe de notre Sauveur. Dans les pharisiens il excita les sentiments de la jalousie, et les noirs complots que nous avons vus. « Les pharisiens se disaient les uns aux autres : Que feronsnous ; tout le monde court après lui'? » Mais en même temps, et durant ces criminelles menées des enfants d'Abraham contre le Christ qui leur était promis ; les gentils qui n'étaient pas de cette race bénie , et qui aussi étaient étrangers de cette sainte alliance, furent touchés d'une sainte admiration pour l'auteur de tant de merveilles. Quelques gentils, dit saint Jean^, qui connaissaient Dieu, quoiqu'ils ne fussent pas Juifs, puisqu'ils venaient adorer à la fête , s'adressèrent à Philippe un de ses apôtres, -ef lui dirent avec respect : Seigneur, nous souhaitons de voir Jésus. Ce n'était pas simplement le voir : car tout le monde l'avait assez vu dans cette journée, et tout le monde le voyait quand il prêchait; mais ils le voulaient voir en particulier et jouir de son entretien , qui est proprement ce qu'on appelle venir voir un homme.

A cette approche des gentils qui voulaient le voir, Jésus arrête aussitôt sa pensée sur la vocation des gentils, qui devait être le fruit de sa mort. Ces grandes prophéties où les nations lui sont données comme son héritage et sa possession, lui sont présentes : dans le petit il voit le grand. Ce que les Mages avaient commencé dès sa naissance, qui était la conversion des gentils en leurs personnes, ceux-ci le continuent, et le figurent encore vers le temps de sa mort : et le Sauveur voyant concourir dans les

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