Joan., XII. 31. — 2. Idem. — .3, Ibid.,3o
venu pour vous éclairer, vous sera à scandale : scandale aux Juifs, dil saint Paul', et folie aux Gentils.
Pesons ces paroles ! « La lumière n'est plus avec vous que pour un peu de temps 2. « Concevons un certain état de l'àme où il semble que la lumière se retire. A force de la mépriser, on cesse de la sentir : un nuage épais nous la couvre : nos passions , que nous laissons croître , nous la vont entièrement dérober : marchons tant qu'il nous en reste une petite étincelle. Quelle horreur d'être enveloppé dans les ténèbres, au milieu de tant de précipices? C'est ton état, ô âme, si tu laisses éteindre ce reste de lumière qui te luit encore pour un moment.
« Qui marche dans les ténèbres, ne sait où il va^. » Etrange état! on va : car il faut aller; et notre àme ne peut pas demeurer sans mouvement. On va donc; et on ne sait où l'on va : on croit aller à la gloire, aux plaisirs, à la vie, au bonheur; on va à la perdition et à la mort. On ne sait où l'on va, ni jusqu'à quel point on s'égare. On s'éloigne jusqu'à l'infini de la droite voie , et on ne voit plus la moindre trace ni la moindre route par où l'on y puisse être ramené. Etat trop ordinaire dans la vie des hommes. Hélas! hélas! c'est tout ce qu'on en peut dire. C'est par des cris , c'est par des gémissements et par des larmes, et non point par des paroles qu'il faut déplorer cet état.
Il ne sait où il va. Aveugle, où allez-vous? Quelle malheureuse route enfilez-vous? Hélas! hélas! revenez pendant que vous voyez encore le chemin. Il avance : ah! quel labyrinthe et combien de fallacieux et inévitables détours va-t-il rencontrer! Il est perdu : je ne le vois plus; il ne se connaît plus luimême, et ne sait où il est : il marche pourtant toujours, entraîné par une espèce de fatalité malheureuse , et poussé par des passions qu'il a rendues indomptables. Revenez : il ne peut plus; il faut qu'il avance. Quel abîme lui est réservé ! quel précipice l'attend! de quelle bête sera-t-il la proie! Sans secours, sans guide, que deviendra-t-il? Hélas ! hélas !
XVIIIe JOUR.
Etat de ceux de qui la lumière se retire. Jésus se cache d'eux. Merveilles de cette journée de triomphe. (Ibid.)
« JÉSUS dit ces choses, et il se relira et se cacha d'eux''. » Quel état! quand non-seulement on se retire de la lumière : mais qu'à son tour, par un juste jugement, la lumière se retire; et non-seulement se retire, mais se cache! C'est l'état de ceux « dont l'entendement est enveloppé et obscurci de ténèbres; par l'ignorance qui est en eux, à cause de l'aveuglement de leur cœur : qui désespérant de leur retour, se livrent à toute impureté et à toutes actions impudiques, » comme à l'envi, et à qui pis fera. « Ahl ce n'est pas ainsi que Jésus-Christ vous avait enseigné : si toutefois vous l'avez ouï^, » si sa voix est parvenue jusqu'à vous.
Ce verset de saint Jean semble répondre à celui de saint Matthieu, où il est porté, que Jésus après avoir répondu aux reproches que les pharisiens lui faisaient sur son entrée, « les laissa là, et sortit de la ville pour se retirer en Réthanic'', » où il demeurait. C'est ce que saint Jean appelle s'en aller et se cacher d'eux. Sa retraite était donc à Réthanie :
1. /. Cor., I. 23. Jofin., xii. 35. — 3. Idem, 35. —4. Ibid., 30. — 5. Ephes.. IV. 18, 19, 20. --6. Malth..\\i. 17.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
c'est là qu'il se oaoliait chez quolquos-iins de ses amis et de ses disciples; et apparemmeiil dans la maison de Lazare, de Marie et de Marthe, ou chez quelque autre. De là on peut conclure que tout ceci s'est passé au jour de l'entrée du Sauveur ; que c'est à ce jour que le Père lit entendre du ciel cette voix que nous avons ouïe : que c'est alors que Jésus développa tout le mystère de son exaltation, et de la propagation de sadoctrine , et de sa gloire après sa mort. Que celte journée est magnifique! Quel concours de mervoillos! que de douces consolations! que d'étonnantes menaces! Quel recueillement, quelle frayeur, quel doux étonncnient, quelle attention, quel mélange de crainte et d'amour ne doit pas inspirer celle journée! Que si l'on veut différer jusqu'au lendemain une partie de ces choses, comme il pourrait y en avoir quelque raison; c'était toujours une suite du triomphe de Jésus, puisque ce fut à ce jour qu'il purgea le temple avec tant d'autorité et de zèle , des voleurs qui en faisaient leur caverne.
0 jour admirable! je n'avais pas encore vu toutes vos lumières, ni compris toutes les merveilles dont vous êtes plein.