XII« JOUR
Caractère d'humiliation et de mort dans le triomphe de Jésus. Le trouble de son âme est notre instruction, et notre remède. (Joaa., XII. 27, 28.)
JÉSUS continue à donner à son entrée glorieuse le caractère d'humiliation el de soufl"rance. « Maintenant mon âme est troublée^. » Quoi! troublée de votre gloire, donl vous venez de dire : « L'heure est venue que le Fils de l'homme va être glorifié^'. » Pourquoi? sinon, parce qu'ils voyaient, comme on vient de dire , sa gloire unie à son supplice : supplice si rigoureux el si plein d'opprobre, qu'il dit lui-môme à son approche : « Maintenant mon âme est troublée. » Voici le commencement de son agonie : de cette agonie qu'il devait souiïrir dans le jardin des Olives : de ce combat intérieur où il devait comballre contre son supplice, contre son Père en quelque façon , et contre lui-même. « Mon Père, si vous voulez : s'il se peut : non ma volonté, mais la vôtre^. » Voilà donc à ce coup une volonté dans le Fils, opposée en quelque façon à la volonté de son Père. Elle lui cède, il est vrai; mais elle est : elle se fait sentir au Sauveur : elle se déclare jusqu'aux yeux du Père céleste.
0 Jésus, mon âme est troublée de votre trouble I A qui sera noire recours, si vous êtes troublé vousmême, vous que nous réclamons dans notre infirmité? C'est le mystère : il nous porte en soi : il transporte sur lui-même notre trouble, el le porte dans sa sainte âme. Notre infirmité est passée à lui : cl c'est ainsi qu'il nous fortifie; premièrement, par l'exemple qu'il nous donne; secondement, par la force qu'il nous mérite.
Par l'exemple : car s'il n'avait senti celle répugnance naturelle à la mort, et celle horreur naturelle de la douleur cl du supplice, nous n'appren-
1. Luc, IX. 31. -- 2. Mi'iih., xvii. y. — '5 Joan., xii. l'7. — 4. Idem, 23. -- 5. MaClh., xxvi. 31».
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
tirions pas de lui à dire dans nos douleurs : « Votre volonté soit faite, et non la mienne. » Cette instruction nous manquerait.
Par le mérite : s'il ne soudYait pas, il n'offrirait point de sacrifice , ou le sacrifice ne lui coûterait rien; et ainsi il ne serait pas un vrai sacrifice.
0 mon Sauveur! par le trouble de votre sainte âme, guérissez le trouble de la mienne. Votre trouble, ni ne venait du péché, ni ne portait au péché. C'était un trouble volontaire et mystérieux. Vous portiez en vous le mystère de la puissance perfectionnée dans rinfirmité'. C'est le grand mystère de la grâce chrétienne, qui se commence dans le chef, et s'accomplit dans les membres.
XlIIe JOUR.
Trouble de Jésus. Combat et gloire, notre modèle (Jo., xli. 27, 28).
« Maintenant mon âme est troublée : et que dirai-je2? » Voilà le trouble : l'esprit flotte comme incertain de lui-même. « Et que dirai-je? » Voilà, mon Sauveur, mes incertitudes et mes agitations que vous portez. « Mon Père, sauvez-moi de cette heure? » Dirai-jc cela à mon Père? lui demanderai-je absolument de me délivrer de cette heure, de cette ignominie, de ces peines si affreuses à la nature? « Mais je suis venu pour cette heure. » Voilà l'homme faible qui s'excite, qui s'encourage lui-même : « Je suis venu pour cette heure. Je suis venu » allumer « un feu » par ma passion : « et que désiré-je : sinon qu'il prenne bien vite? J'ai un baptême où il me faut être plongé : Ah I combien suis-je pressé en moi-même jusqu'à ce que je l'accomplisses! » Voilà ce que dit Jésus dans sa force. Mais Jésus dans sa faiblesse dit : Que ferai-je? à quoi me résoudrai-je? Demanderai-je à Dieu ma délivrance particulière, ou celle du genre humain? Ecouterai-je la nature infirme par elle-même, ou la gloire de mon Père dans le salut des hommes perdus? Mon Père, votre gloire l'emporte : glorifiez votre nom : votre nom de Père , glorifiez-le en glorifiant votre Fils. Non ma volonté, mais la tôlre'' : non mon repos , mais votre gloire, et la rédemption du peuple par qui vous voulez être glorifié. Voilà le combat , voilà la victoire. Jésus a alTermi son àme invincible, ou plutôt, parce qu'elle était absolument invincible, et n'avait à combattre que pour nous, il nous a appris à combattre et à vaincre. El voilà encore, dans la victoire de l'àrae de Jésus , l'image de nos combats, et le caractère d'humiliation qui devait accompagner le Sauveur.
XlVe JOUR.
Voix du ciel rend témoignage à la gloire de Jésus dans son triomphe (Joan., xii. 28, 30.)
Afin que rien ne manque à la gloire du Sauveur dans son entrée, le ciel se joint avec la terre pour l'honorer; et à cette parole du Sauveur : « Mon Père, glorifiez votre nom; » une voix aussi éclatante que le tonnerre, vint du ciel : « Je l'ai glorifié, cl je te glorifierai encore^. »
Trois voix sont venues du ciel , et de la part du Père céleste, pour honorer le Fils de Dieu. Le jour de son baptême, devant qu'il commençât son ministère, le Père le fit connaître, et lui donna, pour ainsi
1. //. Cor., XII. 9. — 2. Joan., xii. 27, 28. -- 3. Lkc. , xir. 49, 5(). — 1. Idem, XXII. 42. — 5. Jonn.. xii. 28.
parler, sa mission parcelle voix : » Celui-ci est mon Fils bien-aimé, dans lequel j'ai mis ma complaisance*; » ou, comme le rapporte saint Luc : » Vous êtes mon Fils bien-aimé, j'ai mis ma complaisance en vous 2. »
La même voix fut ouïe encore à la transfiguration, et pendant que Moïse et Elle entraient dans une nuée lumineuse qui les environna, cette voix sortit de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé dans lequel j'ai mis ma complaisance : écoutez-le^. » Celte parole, écoutez-le, fut ajoutée à ce qui avait été ouï dans le baptême.
La troisième voix est celle que nous lisons aujourd'hui dans saint Jean : « Je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore'' » J'ai glorifié mon nom de Père, en honorant mon Fils unique : je l'ai glorifié dans l'éternité, je le glorifierai dans le temps. Je l'ai glorifié lorsque j'ai fait éclater tant de merveilles dans sa naissance, dans son baptême, dans le cours de son ministère; maintenant même en inspirant tant d'admiration pour lui aux Juifs et aux gentils, qui commencent déjà à le vouloir voir : et je le glorifierai encore lorsque je lui donnerai après sa résurrection, la gloire dont il a joui dans mon sein avant que le monde fût; et que l'exaltant comme Dieu au-dessus des cieux, je remplirai toute la terre de son nom.
La seconde de ces trois voix, à la transfiguration, n'a été ouïe que de trois disciples choisis; mais nous devait être rapportée par eux, après sa résurrection, comme l'a fait en effet l'apôtre saint Pierre^.
Pour les deux autres, elles sont venues dans des occasions très-importantes. La première, pour préparer les esprits à la prédication du Sauveur, dès le commencement de son ministère. La seconde , à la veille de sa mort, pour soutenir la foi contre l'ignominie de la croix.
L'Evangile ne marque pas ce qu'opérèrent ces voix : et pour en juger par l'événement, leur grand effet ne s'est fait paraître qu'après la résurrection. Pour celle de ce jour, saint Joan remarque qu'elle causa la dissension parmi ceux qui l'ouïrent, la troupe disant : « C'est le tonnerre; les autres disaient : Un ange lui a parlé". » Il semble qu'ils ne voulurent point croire que Dieu se fut déclaré par celte voix. C'est un tonnerre; c'est un bruit confus qui ne signifie rien. Et pour ceux qui disaient le mieux : C'est un ange, disaient-ils, qui luiaparlé : soit qu'ils ne voulussent pas remonter plus haut , par un esprit d'incrédulité; soit qu'ils crussent de bonne foi que Dieu lui avait parlé par un ange; comme il avait fait aux patriarches; et à tout le peuple sous Moïse. Quoi qu'il en soit, Jésus leur dit : Cette voix n'est pas pour moi , mais pour vous^. » Et il leur en expUipia le mystère. Appliquons-nous à l'entendre : et en attendant, puisque Jésus-Christ nous déclare que cette voix est pour nous, prenonsla donc pour nous, et glorifions Jésus en nousmêmes. Il est lui-môme la voix, ou plutôt le Verbe qui nous parle. N'écoutons i)oint sa voix comme un tonnerre, comme un bruit confus ; entendons qu'on nous a parlé très-distinctement de sa gloire et de la nôtre; et que la vérité nous a été très-clairement annoncée. Ne disons point qu'un ange a parlé pour
1. Mcitth., III. 17. —2, Luc, m. 22. —3. Mallh., xvii. 5. — 4. Joan., XII. 28. — 5. II. Peir., i. 16, 17, 18. — 0. Joan., xn. 28, 29.-7. l'Iem, 30.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
nous au Sauveur, puisque Dieu. « qui parlait autrefois par les auges, parle niaiuteuanl par sou Fils'. » Ecoulez-le, nous dil-on : réglez vos actions et toute voire conduite par sa doctrine. Rendons gr;\ces au Père céleste de ce (lu'il a glorilié son saint Fils Jésus, puisque sa gloire rejaillit sur nous, et qu'il a dit lui-niénie : « Je leur ai donné la gloire que vous m'avez donnée-. » Mais entendons toujours en quelle conjoncture on lui proniel cette gloire : c'est lorsqu'il va mourir. Passons donc à la société de sa gloire, par celle de ses souffrances et de ses opprobres.
XVe JOUR.
Mystère de la vou céleste : Le monde va être jugé en jugeant Jésus-Christ. (Joan., xu. 31, 34.)
Jésus-Christ va expliquer le mystère de celte voix céleste : « C'est maintenant que le monde va èlre jugés. „ Comment? En exerçant son jugement sur Jésus-Christ, dont il jugera si mal, que son jugement et ses maximes demeureront à jamais condamnés. Qui peut juger avec le monde que les biens de la terre sont les seuls qu'il faut désirer, et que les maux de la terre sont les seuls qu'il faut craindre; si Jésus, privé de tous les biens, et charge de lous les maux de la terre par le jugement du monde, demeure toujours la vérité même, et le bienheureux Fils de Dieu? Qui osera, encore un coup, juger avec le monde, qu'il faut soutenir ses inlérèls, sa domination , sa gloire propre, au préjudice de tout; si à la fin , Jésus-Christ se trouve condamné par ses maximes'? Le monde est donc jugé par le jugement qu'il a porté de Jésus-Christ. Le Sauveur a jugé le monde en se laissant juger par le monde; et l'iniquité de ce jugement anéantit lous les autres à jamais.
Le monde, à vrai dire, ne sera juge qu'à la fin des siècles. Mais saint Augustin distingue ici deux sortes de jugements, celui de condamnation à la fin des siècles, celui de discernement dans celui-ci. Il applique au dernier cette parole du Psalmiste : 0 Jugez-moi, Seigneur, et discernez ma cause de celle de la nation qui n'est pas sainte *. » Ce discernement se fait clairement, par bien entendre le jugement que le monde a porté de Jésus-Christ. Le monde veut être llallé : le monde ne veut pas qu'on lui déclare ses vices : le monde ne veut jtas qu'on condamne ses maximes : le monde ne veut pas qu'on ne vive pas comme le monde, parce que par là on le condamne. Tout cela a fait que le monde a con- •lamné Jésus-Christ. Quiconque suit les maximes par lesquelles on a condamné le juste ne se discerne pas du monde, el il est jugé avec le monde. Sois attentif, chrétien! et discerne-toi de la nation qui n'est pas sainte, en condamnant en loi-mème de bonne foi toutes ces maximes.
XV le JOUR.
Vertu de la croix. Jétun tire tout par la croix. Le suivre juifju'à ta croix, (ibi'i.)
Lr prince de ce monde , le démon qui en est le maître par l'idolàlric , ta être chasaé'', el les fausses di^ ' idonnées. Mais ce n'est pas assf;/, de
cbi .mon, il faut rendre l'empire à Dieu par
Jé8U8-Chrisl, FA moi, dit-il', aprh que j'aurai ûd
I. //*6., II. 2, 3, — 2. Joan.,x\i\. 22. —3. Idem, xii. 31.— 4. /'«., XI.II. 1. — .V Joan., xii. 31. •- :,. Idem, :t2.
éleré de terre sur la croix, je tirerai tout à moi : j'entraînerai à moi toutes choses. II y a dans la vertu de la croix, de quoi attirer tous les hommes. Il y aura des hommes de toutes les sortes , el non-seulement de tout sexe, mais encore de toute nation, de tout génie, de toute profession, de tout état, qui seront si puissamment attirés, qu'ils viendront en foule à Jésus. El de celle bienheureuse totalité, que Dieu a unie par son éternelle et miséricordieuse élection, aucun ne demeurera. L'action du crucifiement semble avoir élevé Jésus pour être l'objet de tout le monde : il est en bulle à toute contradiction d'un côté; eldc l'autre, il est l'objet de l'espérance du monde. Il fallait qu'il fût élevé comme le serpent dans le désert , afin que tout le monde pût tourner les yeux vers lui , comme il dit lui-même '. La guérison de l'univers a été le fruit de celle cruelle et mystérieuse exaltation. Allez au pied de la croix, el dites-y au Sauveur avec l'Epouse : Tirez-moi, nous courrons après vous^. La miséricorde qui vous fait subir le supplice de la croix , l'amour qui vous fait mourir, et qui sort par toutes vos plaies, est le doux parfum qui s'exhale pour attirer tous les cœurs. Tirez-moi, de celle puissante el douce manière dont vous avez dit, que votre Père tire à vous tous ceux qui viennent'^. Tirez-moi de celle manière toute puissante qui ne me permette pas de demeurer en chemin. Que j'aille jusqu'à vous, jusqu'à votre croix : que j'y sois uni, percé de vos clous, crucifié avec vous, en sorte que je ne vive plus pour le monde, mais pour vous seul. Quand dirai-je avec votre Apôtre : « Je vis : non plus moi, mais Jésus-Christ en moi. » El encore : « Je vis en la foi du Fils de Dieu qui m'a aimé, et s'est livré pour moi^. » El encore : « Je suis attaché à la croix avec Jésus - Christ. » Et encore : « La charité de Jésus-Christ nous presse; estimant ceci, que si un est mort pour lous , tous aussi sont morts en un seul. Jésus-Christ est mort pour tous; afin que ceux qui vivent, ne vivent plus à eux-mêmes, mais à celui qui est mort el ressuscité pour eux^. » C'est ainsi que Jésus-Christ nous attire. Il fallait, comme il vient de dire, que ce grain de froment tombât à terre pour se multiplier*^. Il fallait qu'il se sacrifiât lui-même, pour nous faire tous en lui-même une offrande agréable à Dieu. Le nouveau peuple devait naître de sa mort.
Le Sauveur avait déjà dit : « Il faut que le Fils de l'homme soit exalté comme le serpent '^. » Il avait dit : « Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, vous connaîtrez qui je suis*. » La connaissance de la vérité était attachée à la croix.
Je tirerai : j'entraînerai : considérez avec quelle douceur, mais ensemble avec quelle force se fait celte opération. Il nous lire, comme on vient de voir, par la manifeslalion de la vérité. Il nous tire par le charme d'un plaisir céleste; par ces douceurs cachées que personne ne sait que ceux qui les ont expérimentées. Il nous lire par notre propre volonté , qu'il opère si doucement en nous-mêmes, qu'on le suit sans s'apercevoir de la main qui nous remue, ni de l'impression qu'elle fait en nous. Suivons, suivons; mais suivons jusqu'à la croix. Car
1. Joan., ii\. M, 15. — 2. Canl., i. 3. — 3. Joan., vi. 41. -- 4. CJal. II. 10, 20. -- 5. //. Cor., v. 11, 15. — 6. Joun., xii. 24. — 7. Iilum, III. 14. — 8. Ihld., VIII. 28.
LA DERNIERE SEMAINE DU SAUVEUR
comme c'est de là qu'il tire, c'est jusque-là qu'il le faut suivre. Il le faut suivre jusqu'à expirer avec lui, jusqu'à répandre tout le sang de l'âme, toute sa vivacité naturelle; et se reposer dans le seul Jésus. Car c'est se reposer dans la vérité, dans la justice, dans la sagesse, dans la source du pur et chaste amour. 0 Jésus! que tout est vil à qui vous trouve; à qui est tiré jusqu'à vous, jusqu'à votre croix! 0 Jésus! quelle vertu vous avez cachée dans cette croix ! faites-la sentir à mon cœur. Quand je serai élevé de terre. Je ne veux d'autre élévation que celle-là : c'est la vôtre : que ce soit la mienne. Songez que tout ceci se dit à l'occasion de l'entrée de Notre Seigneur, et peut-être le propre jour ou le lendemain qu'elle se fit. Admirez, encore un coup, comme il conserve à ce beau triomphe le caractère de croix et de mort.
XVIIe JOUR.
Les incrédules n'ouvrent point les yeux à la lumière : ils marchent dans les ténèbres. (Joan., xn. 34, 37.)
« Comment dites-vous qu'il faut que le Fils de l'homme soit élevé* » de terre? Il avait parlé si souvent de cette exaltation mystérieuse; il avait d'ailleurs si souvent parlé de la croix et de la nécessité de porter sa croix pour le suivre; qu'à la fin le peuple s'était accoutumé à l'entendre. C'est ce qui cause cette parole : « Nous avons appris par la loi, que le Christ demeure éternellement. Et comment donc dites-vous que le Fils de l'homme doit être élevé, » c'est-à-dire, crucifié. « Qui est ce Fils de l'homme 2? » Il y avait de la vérité et de l'erreur dans ce discours. Ils avaient raison de dire, que le Christ devait demeurer et régner éternellement; mais ils ne voulaient pas entendre, par où il lui fallait passer, pour arriver à son règne. Le maître était au milieu d'eux, et il n'y avait qu'à le consulter, après que Dieu avait attesté sa mission par tant de miracles. Et c'est pourquoi Jésus leur dit : « La lumière est encore au milieu de vous pour un peu de temps*. » Je m'en vais; et cette lumière ne sera plus guère avec vous : servez-vous-en pendant que vous l'avez : a Marchez à la faveur de cette lumière, de peur que les ténèbres ne vous environnent, » ne vous surprennent, ne vous enveloppent : « et lorsqu'on est dans les ténèbres, on ne sait où Ton va : » on se heurte à toutes les pierres : on tombe dans tous les abîmes; et non-seulement le pied manque, mais la tète ne peut se défendre.
Jésus est la lumière à ceux qui ouvrent les yeux pour le voir : mais à ceux qui les ferment, il est une pierre où l'on se heurte et on se brise. Faute d'avoir voulu apprendre de lui le mystère de son infirmité, ils s'y sont heurtés et brisés, et ne le connaissent pas; et ils demandent : Qui est ce Fils de l'homme, qui doit être crucifié, et par là tirer toutes choses? Est-ce vous que nous voyons si faible? Comment tirerez-vous à vous-même tout le monde, dont vous allez être le rebut par votre croix? Aveugle, ne voyez-vous pas à la majesté de son entrée, qu'il ne tiendrait qu'à lui d'avoir de la gloire : qu'il ne la perd donc pas par faiblesse, mais qu'il en dilfère par sagesse le grand éclat? Il vous dirait cette vérité, si vous la lui demandiez humblement : mais vous laissez échapper la lumière : et celui qui était