‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 253 sur 851 · Matth., XI. 41 4. Ps., cxvii · texte numérisé non relu

Matth., XI. 41 4. Ps., cxvii

— 2. Marc, xii. 7. — 3. Luc, xx. ICi. —

MKDITATIO.NS SUR L'ÉVANGILE

piorre principale était sans doute le Christ. Or cette pierre devait ôtre rejelée. Le Christ devait donc t^lre rejeté : par qui, sinon par ceux à qui il venait"? Il n'y eiit rien eu de merveilleux, qu'il ne fût pas écouté ni reçu de ceux à qui il ne parlait pas, tels qu'étaient les gentils. Mais les Juifs qui devaient bilir l'édilice spirituel, réprouvèrent celle pierre, •lui devint par ce moyen la pierre de l'angle, qui unit dans un seul bâtiment les Juifs et les gentils. • El c'est ce qui nous a paru merveilleux; et un ouvrage que Dieu seul pouvait accomplir'. »

Voici encore un passage d'un autre prophète, ou plutôt deux passages prononcés par le même esprit, et pour cela unis en un : « Je poserai dans les fondements de Sion une pierre, une pierre choisie et éprouvée ; une pierre angulaire, précieuse, fondée sur le fondement-, » sur Dieu même. Et cette pierre si précieuse et si importante pour construire l'édilice, n'y sera pas mise sans contradiction. Car pour vous, ô enfants de Dieu, tirés des gentils selon les conseils de sa prédestination éternelle, ce vous sera une pierre de sanctilication, semblable à celle sur laquelle Jacob avait dormi de ce sommeil mystérieux, et qu'il sacra avec de l'huile pour être un monument de la gloire de Dieu^. Mais ce sera une pierre contre laquelle on se heurtera ; « et une pierre de scandale aux deux maisons d'Israël, et qui les fera tomber : un piège et une ruine aux habitants de Jérusalem : plusieurs s'y heurteront, et seront brisés, et ils tomberont, et ils seront pris dans le piège, et ils y seront enlacés*. » Le Christ devait être celle pierre unique et fondamentale ; cl néanmoins en même temps il devait être un scandale à Jérusalem : scandale aux Juifs , disait saint PauP. « Celui qui se heurtera contre celte pierre, ou qui tombera dessus, sera brisé; et celui sur qui elle tombera, sera écrasé et mis en poudre de son poids, dit le Sauveur**.

Jésus-Christ est noire règle el notre juge. On tombe sur celle pierre , et on se heurte contre celle règle, quand on pèche : elle tombe sur nous quand il nous punit : l'un suit de l'autre. Le pécheur qui s'est brisé, et a perdu toute sa force en transgressant la loi de Jésus-Christ, est écrasé par sa juste el éternelle vengeance. Mais on peut s'unir à cette pierre d'une manière plus heureuse el plus convenable. « Approchez-vous, » dit saint Pierre^; « de celle pierre vivante , réprouvée des honmies , mais honorée de Dieu. Etablissez-vous sur celte pierre ; et entrez dans la structure de ce b;\timcnt comme des pierres vivantes, el devenez la maison de Dieu; » étant unis par la foi el à la [ucrre fondamentale, qui est Jésus-Christ, el à tout le corps des fidèles qui sont les pierres dont est composé ce saint édifice. « Prenez donc garde, » continue l'Apolro , " que Jéâus-Chrisl ne vous soit comme aux infidèles, une pierre contre laquelle on se brisera, en se heurtant contre sa parole. /<

Si le fondement est solide, bAlissez dessus sans

" ' ' ■'••z-y votre ajipui ; ne craignez pas;

; la pierre esl ferme : ferme à ceux

qui s'y appuient, pour les soutenir; ferme à ceux

qui 8C heurtent contre, pour les mettre en pièces.

1 r*.,tTi.u sn — 2. /«.. xxvrii. 10. 3. Oen., rxviii. II. 17, I». — t. /«..Mil. 11. 15. —0. /. Cor.-i.OT. — 6. Lur. XX. 18. — "7. /. Pttr.. II. 4. 5, 6, 7,8.

XXXIo JOUR.

Parabole du festin des noces. Les Juifs sont les conviés qtii refusent d'y venir. (Matlh., x.kii. 1, 15; Luc, xiv. 16, 20.)

On voit avec quelle convenance la Sagesse éternelle arrange les choses. Rien n'était plus convenable, dans le temps qu'on machinait la mort du Sauveur , que de parler comme il a fait aux chefs d'une si noire conspiration, en leur faisant voir quels en seraient les effets, et combien funeste à eux-mêmes el à toute la nation. Il était bon aussi de prévenir le scandale de la croix, et faire voir que si le Sauveur était rejeté , s'il devenait un scandale aux Juifs , il n'en serait pas moins , suivant les anciennes prophéties , la pierre de l'angle , le fondement de tout l'édifice, et l'espérance du monde. Le Fils de Dieu enseigne toutes ces vérités deux jours avant celui de sa mort. Rien n'était plus capable, ni de corriger la malice de ses ennemis , ni de prévenir le scandale de ses disciples. Ce qu'il va encore ajouter n'est pas moins à propos.

Et Jésus répondant leur dit ' : ce mot de répondre pourrait marquer qu'il continuait son discours. Le Fils de Dieu, qui voyait le fond des cœurs, répondait souvent aux pensées secrètes de ceux qui l'écoutaient , comme il paraît par plusieurs endroits de l'Evangile. Après avoir ouï qu'il se choisirait un autre peuple, il n'y avait rien de plus naturel que de rechercher en soi-même les causes les plus générales qui feraient abandonner les Juifs, et les moyens qu'il aurait pour remplir sa maison. C'est ce qu'il explique par la parabole suivante :

« Le royaume des cieux est semblable à un roi, qui fait à son fils un festin de noces^. » Jésus-Christ était l'Epoux de cette noce : Celui qui a l'épouse est l'époux, disait saint Jean-Baptiste 3, en parlant de lui. C'est lui qui était venu pour épouser son Eglise, la recueillir par son sang , la doter de son royaume, la faire entrer en société de sa gloire. Il fait un grand festin quand il donne sa sainte parole pour être la nourriture des âmes; et qu'il se donne luimême à tout son peuple comme le pain de vie éternelle.

« Il envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux qui y étaient conviés; mais ils refusèrent d'y venir. Il envoya encore d'autres serviteurs avec ordre de dire : Tout esl prêt, venez aux noces''. » Ceux qui étaient invités, et qui refusaient de venir, étaient les Juifs (lu'il avertit par lui-môme, et qu'il fit avertir par ses apôtres que l'heure du festin était venue, qu'ils vinssent promptemcnt, ou ([u'il en appellerait d'autres. Cela regardait les Juifs; mais cela nous regarde aussi. Nous sommes à présent les invités; et nous devons apprendre ce qui empêche les hommes de venir à ce céleste festin.

La cause la plus générale, c'est l'occupation, el, pourainsi dire, l'enchantement des affaires du monde. Jésus ne ra[)j)orlepas les ad'aires extraordinaires qui surviennent dans la vie. C'est le train commun des affaires qui occupe el qui enchante les hommes, de manière (ju'ils ne se donnent pas le loisir de penser à leur vocation, ni d'écouler Jésus-Christ qui les afipelle à son festin. « Tous négligeaient sa parole; l'un allait à sa métairie, l'aiilre à son négoce, » el

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