‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 254 sur 851 · Joan., m · texte numérisé non relu

Joan., m

LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR

personne ne l'écoutait. « Quelques-uns prirent ses serviteurs; et après leur avoir fait toute sorte de mauvais traitements, ils les tuèrent'. » C'est en effet ce qui arriva au Sauveur. Les uns ont résisté ouvertement à la prédication de l'Evangile; mais la cause la plus générale de le rejeter, fut la négligence, neglexerunt , causée par l'occupation des affaires de la vie. Jésus-Christ avait déjà fait cette parabole en une autre occasion; et saint Luc, qui nous la rapporte, nous rapporte en même temps les vaines excuses de ceux qui ne venaient pas au festin. « Les uns disaient : J'ai acheté une métairie; les autres : J'ai acheté des bœufs pour le labourage; les autres : Je me suis marié ^. » Ceux-là ne méprisaient pas ouvertement la parole; mais occupés des soins du monde, ils allaient et venaient, sans songer à rien qu'à leurs affaires. Ils ne disaient pas : Je n'ai que faire de vous ni de votre festin; ils s'excusaient avec une espèce de respect. Je vous prie , disaient-ils , excusez-moi pour celte fois. C'était plutôt un délai qu'un refus : telle est la vie. On venait dire aux Juifs, aux Romains, à tout le monde : Une grande chose est arrivée à Jérusalem; la vérité s'y est manifestée; et la voie a été ouverte pour le bonheur de la vie future. Que m'importe? chacun passait son chemin, et allait à ses affaires; l'un à la ville, l'autre à la campagne : chacun avait son plaisir ou son petit intérêt. Combien plus étaient enchantés ceux qui n'étaient pas seulement occupés de leur domestique comme les particuliers , mais qui attachés à ce qu'on appelle les grandes affaires du monde, ne disaient pas seulement : J'ai acheté une métairie, ou j'ai pris une femme; mais : J'ai une province, j'ai une armée, j'ai une importante négociation, j'ai l'empire entier à conduire. Qui se souciait en cet état de ce qu'avait dit Jésus-Christ? ou qui se mettait en peine de s'en informer?

« Il en est ainsi arrivé aux jours de Noé : Ils mangeaient, ils buvaient, ils se mariaient, ou ils mariaient leurs enfants les uns aux autres ; et le déluge vint tout à coup, » lorsqu'on y pensait le moins, « et ils y périrent tous. Ainsi aux jours de Lolh dans Sodome, ils mangeaient, ils buvaient, ils achetaient, ils vendaient, ils plantaient, et ils bâtissaient; et tout d'un coup » un autre déluge, « un déluge de soufre et de feu tomba du ciel , et ils périrent tous. Ainsi en sera-t-il dans les jours du Fils de l'homme^. » Il ne dit pas : Ils tuaient, ils pillaient, ils commettaient des adultères : l'occupation des affaires les plus innocentes suffit pour nous assourdir, pour nous aveugler, pour nous enchanter. Il n'allègue pas non plus les grandes affaires , les grands emplois , les grandes charges : les soins les plus ordinaires suffisent pour nous étourdir, et nous ôter tout le loisir de penser à nous; et la mort vient toujours imprévue : et pendant qu'à la manière de ces oiseaux niais, nous nous repaissons de ce qu'on présente pour nous amuser; le lacet vient tout à coup, nous sommes pris, et il n'y a plus moyen d'échapper. 0 pauvre nature humaine! ne faut-il qu'un si faible appât pour t'amuscr? Ne faut-il qu'un charme si faible pour t'endormir? une si faible occupation pour l'aveugler, et t'ôter le souvenir de Dieu et de ses terribles jugements? Aucun

1. Matth., XXII. 5, 0 — 2. Luc, xiv. 14, 16, 18, 19, 80. — 3. Idem, XVII. 26, 27, 28,29,30.

de ceux qui sont invités ne goûtera mon repas*; c'est la sentence du juge. Si peu de chose les a détournés et déçus! Où trouverons-nous des larmes pour déplorer notre aveuglement et notre faiblesse !

Telle est la parabole que Jésus-Christ avait faite, et qu'il trouva à propos de répéter peu de jours avant sa mort. Il y ajouta pour les Juifs, l'endroit qui les regardait, et les noires machinations qu'ils faisaient entre eux pour le perdre. « Quelques-uns firent mourir ses serviteurs qui les appelaient au festin , et le roi en colère envoya ses armées , et perdit ces meurtriers, et mit le feu à leur ville qui fut réduite en cendres^. » Encore un coup, appliquons-nous tout. Qui conspire contre la justice, en quelque manière que ce soit, conspire contre Jésus- Christ : qui opprime le pauvre, l'attaque : qui n'est pas avec lui, est contre lui : qui néglige ses commandements et les foule aux pieds, le crucifie, et tient son sang pour impur. Lisez : vous en trouverez la sentence, aux Hébreux, vi, G; x. 29.

XXXIIe JOUR.

Les pauvres et les infirmes sont les conviés au festin. Forcezles d'entrer. (Matth., x.xii. 8, 9; Luc, xiv., 21, 23.)

« Le festin est prêt : mais ceux qui y étaient invités, n'en ont pas été jugés dignes. » Où trouverat-on des convives? « Allez dans les coins des rues, et amenez-moi tous ceux que vous trouverez^; les bons, les mauvais, les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux'*... Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs^. » Les pharisiens et les docteurs de la loi, qui présumaient de leur justice, ont été exclus : car ils se sont heurtés contre la pierre, et ils ont trébuché, en venant à moi, non point par la foi, mais comme par leurs œuvres^, et par leurs propres mérites : en recherchant , non point un médecin qui les guérît, et un Sauveur qui les délivrât; mais un flatteur qui applaudit à leur fausse vertu. Je n'en veux i)oint : ils s'en iront vides, ceux qui viennent à moi comme pleins et comme riches par eux-mêmes : divites dimisit ina- NES, comme chante la sainte Vierge'^. Amenez-moi les premiers venus : s'ils sont vides, je les remplirai ; s'ils sont pauvres, je leur ferai part de m.es richesses ; je les redresserai, s'ils sont boiteux; je les éclairerai, s'ils sont aveugles; je leur ouvrirai l'oreille, s'ils sont sourds : c'est pour cela que je suis venu. Lisez-le dans saint Matthieu : Je suis venu, afin que ceux qui ne voient pas soient éclairés, et que ces superbes clairtoijants qui s'imaginent tout voir par eux-mêmes, et sans ma lumière , soient aveuglés^. Venez, faibles; venez, pécheurs; ne rougissez pas d'apporter ici vos pieds engourdis, cl vos membres lors : la grâce de Jésus-Christ vous redressera.

Les pharisiens ne se laissaient approcher que de ceux qu'ils croyaient justes; ils disaient : Ne me touchez pas , ne m'approchez pas : « Si celui-ci était un prophète , il saurait que celle femme qui l'approche, et qui lui baise les pieds, est pécheresse". » Mais il n'en était pas ainsi de Jésus-Christ et des apôtres : ils amenaient au festin tous ceux qu'ils trouvaient, bons et mauvais, les bons pour les con-

1. Luc, yii\\2i. — '2. MaUli.,\\n. 6,7.-3. Hem, 8, 9. — 4. Luc, XIV. 21. -- 5. Matth.. ix. 13. — 6. Rom., ix. 32, 33. — 7. Luc, i. 53. — 8. Matth., xi. 5, 15; xv. 30, 31; Luc, iv. 18; Joan., IX. 39. — 9. Luc, vii. 39.

MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE

Uriner, los mauvais pour les convertir : et c'est ainsi qu'ils rempliront la maison de Dieu.

Forcez-les d'entrer*. S'il n'y avait pas dans la grâce, une espèce de violence, Jésus-Christ ne dirait pas : » Personne ne vient à moi que mon Père ne le lire. » Et encore : « Quand j'aurai été enlevé de terre, je tirerai tout à moi-. »

Les prédicateurs de l'Evangile doivent user au dehors d'une espèce de force : « Pressez, priez, reprenez, corrigez, non-seulement avec toute patience et toute doctrine , mais encore avec tout empire : parlez à propos et hors de propos : ne soufl'rcz pas qu'on vous méprise'. » Cette force est salutaire, et la faiblesse humaine en a besoin.

Les tldèles, grands et petits, se doivent servir du pouvoir qu'ils ont, avec prudence toutefois et modération, pour réprimer les scandales , et abattre le régne de l'iniquité. Les hommes veulent quelquefois être forcés, et une douce violence prépare les esprits à écouler.

Enlin forcez-vous vous-même : n'agissez point mollement : employez tout pour dompter votre corps rebelle, et vous engager dans la voie étroite, en sorte, s'il se peut, que vous ne puissiez reculer.

XXXIIIe JOUR.

Robe nuptiale, le festin est prêt; préparation ù la sainte Eucharistie ; noces spirituelles.

Pre.vez garde*. N'y a-l-il donc qu'à entrer dans le festin dés qu'on y est appelé, et la vocation fait-elle toul? Gardez-vous bien de le croire. Le roi va entrer dans la salle du banquet; et celui qui n'aura pas l'habit nuptial sera honteusement chassé. On appelait anciennement l'habit nuptial, une sorte de parure que devaient avoir ceux qui accompagnaient l'époux et l'épouse, lorsque celle-ci passait de la mai.son paternelle en celle de l'époux. Il fallait, pour honorer la solennité, être paré d'une certaine manière : et on portait cet habit magnifique dans le festin nuptial. De là vient que le Fils de Dieu, qui prend ses comparaisons des usages les plus solennels et les plus connus de la vie humaine, allègue ici l'habit nuptial , pour expliquer les ornements intérieurs qu'il faut apporter à son banquet.

Ces ornements sont, premièrement l'innocence et la sainteté baptismale. On donnait autrefois l'eucharistie incontinent après le baptême. Il fallait toujours en conserver la grAce : et il ne faut point douter que la sainteté baptismale ne soit la disposition , et, pour ainsi dire, la parure naturelle qu'il fallait toujours apporter au festin de l'Epoux. Mais la parabole du Prodigue nous fait voir que les prand.s pécheurs, qui ont été assez malheureux pour déchoir de leur innocence , et souiller celle robe blanche qu'on leur avait donnée dans le baptême, ne laissent pas d'être admis au banquet du père de famille, après qu'il leur a fait rendre leur première robe : Apportez, dit-il,*, sa première robe, et l'fn rerHez, rendez-lui la grAce qu'il a perdue : ft mettez-lui un anneau au doifjl, et des souliers à te» pieds; et amenez le teau fjras et le tuez : mangennt et faisf/ns bonne chère. Venez donc, âmes innocentes; venez du baptême à la sainte table : ve-

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