‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 262 sur 851 · T lî, Vi,e(e. - 2. Joan.. ix. 22. — 3. Ad., v · texte numérisé non relu

T lî, Vi,e(e. - 2. Joan.. ix. 22. — 3. Ad., v

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le signal de la rupture : saint Paul demeurant pourtant toujours auprès de la synagogue, sans doute pour la fréquenter à son ordinaire, autant qu'on l'y recevrait'.

Ce qui se passa à Ephèse sent un peu plus la rupture : car saint Paul y ayant prêché trois mois durant dans la synagogue avec une pleine liberté; le blasphème de quelques-uns qui entraînèrent les autres, fit qu'il sépara ses disciples, et continua ses discours dans l'école d'un certain nommé Tyran 2. Mais ce n'était rien moins encore qu'une rupture absolue avec la Synagogue, puisqu'après tout cela le même saint Paul étant arrivé à Jérusalem , par le conseil de saint Jacques et de tous les prêtres, se joignit à quatre fidèles qui avaient fait un vœu , et se sanctifiant avec eux, entra dans le temple , où ils ofi'rirent leurs oblalions, et accomplirent leur vœu , en témoignage de leur communion avec le service dn Temple, et le peuple qui le fréquentait^, qui par conséquent n'était pas encore manifestement réprouvé. Et pour pousser tout d'un coup la chose jusqu'à la fin des Actes, les Juifs que saint Paul trouva à Rome, lui déclarèrent que les frères de Judée contents alors de l'avoir chassé du pays, ne leur avaient rien écrit, ni rien fait dire contre lui. Ce qui fit qu'ils l'écoutèrent encore un jour entier, depuis le matin jusqu'au soir^.

Pendant ce temps-là, les gentils venaient en foule à l'Eglise, qui se formait tous les jours de plus en plus. La persécution s'éleva de tous côtés à l'instigation des Juifs qui allaient partout pour animer les gentils, jusqu'à ce qu'ils excitèrent Néron à celte première et grande persécution, où les deux apôtres saint Pierre et saint Paul moururent. Ce fut là comme le terme fatal marqué à la Synagogue : car elle avait pris alors universellement parti contre les fidèles. Les apôtres en allant au supplice, leur dénoncèrent le châtiment qui leur allait arriver. Dieu semblait les avoir attendus jusque-là en patience , et leur avait donné tout ce temps-là pour faire pénitence du déicide commis en la personne du Fils de Dieu. Mais enfin, n'ayant écouté ni lui, ni ceux qu'il leur envoyait pour les obliger à se repentir, il lança le dernier coup, où l'on sait que la cité sainte fut mise en feu avec son temple, avec toutes les marques de la dernière extermination que Daniel avait prédite. Ce fui alors que le peuple Juif cessa absolument d'être peuple, conformément à ce qu'avait dil le même prophète : Et il ne sera plus le peuple de Dieu^.

On voit donc l'élal de l'Eglise dans cet intervalle. L'Eglise chrétienne commençait par la prédication de la vérité , que Jésus-Christ et ses apôlres établirent par tant de miracles, et surtout par celui de la résurreclion de Jésus-Chrisl, qui était, qu'il le fallait reconnaître pour le vrai Christ. Alors cependant la Synagogue n'élail pas encore cntièrcmonl répudiée , ni n'avait pas loul à l'ail perdu le titre d'Eglise, puisque les apôtres communiquaient encore avec elle , à son temple et à son service. C'était comme un temps d'attente, durant lequel se faisait la publication de l'Evangile. Il y en avait alors, qui peut-être n'ayant pas vu par eux-mêmes les miracles de Jésus-Chrisl et de ses apôlres, et ne

1. Acl., XVIII. 7. —2. Iilem, xix. 8, 9. — 3. Ihid., xxi. 23, el auiv.— 4. lOid., xxviii, 21, 23. — 5. Dan., ix. 26,

LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR

sachant encore que penser, voyant ainsi qu'il se remuait dans le monde quelque chose d'extraordinaire, demeuraient comme en suspens, attendant du temps le dernier éclaircissement, et disant comme Gamaliel : « Si ce conseil n'est pas de Dieu, il se dissipera de lui-même; s'il est de Dieu, vous ne pourrez pas le dissiper'. » Ceux qui demeuraient dans cette attente, dociles à recevoir la vérité quand elle serait entièrement notifiée, pouvaient encore être sauvés, comme leurs prédécesseurs, en la foi du Christ à venir ; parce qu'encore qu'il fût arrivé , la promulgation de sa venue n'avait pas encore été faite jusqu'au point que Dieu avait marqué, et après laquelle il ne voulait plus tolérer ceux qui n'ajouteraient pas une foi entière à l'Evangile. En attendant l'Eglise judaïque demeurait encore en état. Le Fils de Dieu lui donnait toujours la même autorité qu'elle avait , pour soutenir et instruire les enfants de Dieu; ne lui dérogeant la créance, que dans le point que Dieu avait révélé par tant de miracles. Car la croyance qu'il donnait par ces miracles à l'Eglise chrétienne, ne dérogeait qu'à cet égard à la foi de l'Eglise judaïque. L'Eglise chrétienne naissait encore, et se formait dans le sein de l'Eglise judaïque , et n'était pas encore entièrement enfantée, ni séparée de ce sein maternel. C'était comme deux parties de la même Eglise, dont l'une plus éclairée répandait peu à peu la lumière sur l'autre. Ceux qui résistaient ouvertement et opiniâtrement à la lumière, périssaient dans leur infidélité; ceux qui demeuraient comme en suspens , en attendant le plein jour, disposés à le recevoir aussitôt qu'il leur apparaîtrait, se sauvaient à la faveur de la foi au Christ futur, à la manière qu'on l'a vu; la Synagogue leur servait encore de mère, et tenait encore la chaire de Moïse jusqu'à un certain point. Qu'on demandât : Quel Dieu faut-il croire? Les docteurs de la loi vous répondaient : Celui d'Abraham , qui a fait le ciel et la terre. Que faut-il faire pour son culte, et qu'en ordonne Moïse? Telle et telle chose. Faut-il attendre un Christ? Sans doute. Oii doit-il naître? En Bethléem-, tout d'une voix. De qui doit -il être fils? De David, sans hésiter s. Mais ce Christ, est-ce Jésus? Dieu le déclarait ouvertement; et on n'avait pas besoin à cet égard de l'autorité de la Synagogue : car il s'élevait une autorité au-dessus de la sienne , qu'il n'y avait pas moyen de méconnaître absolument. Ceux qui attendaient néanmoins ce que le temps devait faire, pour la déclarer davantage , et qui se gardaient en attendant, à l'exemple d'un Gamaliel, de participer aux complots des Juifs contre Jésus-Christ et ses apôtres , faisaient ce que disait le Sauveur : Faites ce qu'ils disent; suivez ce qui a passé en dogme constant : mais ne faites pas ce qu'ils font. Ne sacrifiez pas le juste à la passion et à l'intérêt de vos docteurs corrompus. L'autorité naissante de l'Eglise chrétienne suffît pour vous en empêcher. La Synagogue elle-même n'a pas encore pris parti en corps, puisqu'elle écoute tous les jours les apôtres de Jésus-Christ, et demeure comme en attente : Dieu le permettant ainsi, pour ne laisser pas tomber tout à coup dans la Synagogue le litre d'Eglise, et pour donner le loisir à fEglisc chrétienne de se former peu à peu. La Synagogue s'aveugle à mesure que

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