Mallh., XXVI
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
lait pas parler de lui-même, ni prier en son nom, comme il l'ordonne si souvent ailleurs. Mais pouvait-on plus prier par lui, et en son nom, que de dire la prière qu'il nous dicte par sa parole, et qu'il nous inspire par son esprit?
Pouvons-nous seulement nommer notre Père, sans songer au Fils unique, à qui nous sommes unis par cette nouvelle qualité?
Je m'en vais , dit-il , à mon Père , et à votre Père*. Il n'est pas fils comme nous , c'est pourquoi il use de cette distinction : à mon Père, et à votre Père. C'est le premier qui a droit de dire, Mon Père , parce qu'il est le fils par nature : c'est en lui et par lui que nous l'avons , parce que nous sommes faits en lui enfants d'adoption. C'était donc aussi à lui à nous apprendre, comme il fait dans cette admirable oraison, à appeler Dieu notre Père, C'est en envoyant en nous l'esprit de son Fils, que Dieu même nous fait dire : Abba : Père^. C'est donc en toutes façons, et au dedans et au dehors, qu'il nous forme à parler à Dieu comme ses enfants. Aimons le Père en Jésus-Christ son Fils unique, par leur esprit qui est en nous. Aimons aussi tous ceux qui sont appelés à la même grâce, et qui peuvent dire comme nous dans le même esprit : Notre Père. Ainsi toute la Trinité sera adorée et aimée ; la fraternité chrétienne sera exercée : et en disant de bon cœur dans le Saint-Esprit ce seul mot. Notre Père, nous accomplirons toute justice
LlJe JOUR.
Jésus-Christ , Médiateur , Dieu, Roi, Pontife. (.Malth., XXII. 41, 44 )
Quoique ce qui était dû à Jésus-Christ fût compris dans le précepte de l'amour de Dieu, puisqu'il est un même Dieu avec son Père et le Saint-Esprit : néanmoins il nous fallait encore expliquer ce qui était dû à Jésus-Christ, en tant que Christ, médiateur et lien de l'amour de Dieu envers nous , et de nous envers Dieu; et c'est ce qu'il fait encore avant que de mourir, de la manière la plus authentique qu'on pût souhaiter; puisque c'est en nous expliquant la plus célèbre prophétie du règne du Christ, publiée par la bouche de David qui en devait être le père.
Puisqu'une des qualités par laquelle le Christ devait être le plus connu, était celle de Fils de David, il était beau que ce fût David qui nous apprit à le connaître.
Qu'il est beau que le Christ ait été vu de ses pères ! d'Abraham , qui a vu son jour, et qui s'en est réjoui^ : de David, qui , ravi de ses grandeurs, quoiqu'il dut être son fils , l'avait appelé son seigneur''.
Comme en Abraham étaient données les promesses de la multiplication des fidèles de Jésus- Christ : en David étaient données celles de son empire éternel. Puisque Dieu lui avait promis en David , U7i trône qui durerait plus que le soleil et la lune'^ : il était beau que David, à qui ce trône était promis en figure de Jésus-Christ, fût le premier à reconnaître son empire , en l'appelant son Seigneur. Le Seigneur a dit à mon Seigneur^. Comme s'il eût
1. Joan., XX. 17. — 2. Rom., viii. 15; Gai., iv. 0. — 3. Joan., viii. 50. — 4. Ps., cix. 1. — 5. Idem, LTLWvm.Sa. —6. ibid., cix. 1.
dit : En apparence c'est à moi à qui Dieu promet un empire qui n'aura point de fin : mais en vérité, c'est à vous , ô mon Fils, qui êtes aussi mon Seigneur, qu'il est donné ; et je viens en esprit le premier de tous vos sujets , vous rendre hommage dans votre trône , à la droite de votre Père, comme à mon Souverain Seigneur. C'est pourquoi il ne dit pas en général : Le Seigneur a dit au Seigneur; mais , à mon Seigneur.
S'il est le fils de David , comment l'appelle-t-il son Seigneur ' ? Il voulait par là leur faire lever les yeux à une plus haute naissance de Jésus-Christ , selon laquelle il n'est pas Fils de David, mais Fils unique de Dieu : et ils n'avaient qu'à continuer le psaume, pour trouver cette naissance éternelle, puisque Dieu même parle ainsi dans la suite : Je vous ai engendré de mon sein devant l'aurore , dans les splendeurs des saints^.
Devant l'aurore : devant que celte lumière qui se couche , et qui se lève tous les jours, eût commencé à paraître , il y avait une lumière éternelle qui fait la félicité des saints : c'est dans cette lumière éternelle que je vous ai engendré.
Je vous adore, ô Jésus, mon Seigneur! dans cette immense et éternelle lumière. Je vous adore comme la lumière qui illumine tout homme venant au monde^ : Dieu de Dieu; lumière de lumière; vrai Dieu de vrai Dieu.
Quelle joie de voir Jésus-Christ nous expliquant lui-même les prophéties qui le regardent; et nous apprenant par là, comme il faut entendre toutes les autres !
Tout ce que nous devons à Jésus-Christ nous est montré dans ce Psaume. Nous le voyons premièrement comme Dieu; et nous disons : C'est ici notre Dieu, et il n'y en a point d'autre. Car s'il est engendré, il est Fils; s'il est Fils, il est de même nature que son Père; s'il est de même nature que son Père, il est Dieu, et un seul Dieu avec son Père : car rien n'est plus de la nature de Dieu que son unité.
Il est roi. Je le vois en esprit assis dans un trône. Où est ce trône? A la droite de Dieu : le pouvait-on placer en plus haut lieu? Tout relève de ce trône : tout ce qui relève de Dieu et de l'empire du ciel, y est soumis : voilà son empire.
Mais cet empire est sacré; c'est un sacerdoce , et un sacerdoce établi avec serment; ce qui n'avait jamais été. Dieu voulant par une déclaration plus particulière de sa volonté , nous marquer la singularité de ce sacerdoce : Dieu jure , et il ne s'e/i repentira jamais. Il n'y aura point de changement à cette promesse : le sacerdoce de Jésus-Christ est éternel : Vous êtes pontife à jamais selon l'ordre de Melchisédech'*. Vous n'avez ni commencement ni fin : ce n'est point un sacerdoce qui vienne de vos ancêtres , ni qui doive passer à vos descendants. Votre sacerdoce ne passe point en d'autres mains : il y aura sous vous des sacrificateurs et des prêtres; mais qui seront vos vicaires , et non point vos successeurs. Vous célébrez pour nous un ofiice et une fêle éternellement, à la droite de votre Père. Vous lui montrez sans cesse les cicatrices des plaies qui l'apaisent, et nous sauvent. Vous lui olfrcz nos
1. Matt/i., XXII. 44. — 2. Ps., cix. 3. — 3. Joan., i. 'J. — 4. Ps., cix. 4 ; HeO., v. 6; nIi. 17.
MEDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
prières; vous intercédez pour nos taules; vous nous bénissez, vous nous consacrez. Du plus haut des cieux vous baptisez vos enfants; vous changez des dons terrestres en votre corps et en votre sang; vous remettez les péchés; vous envoyez votre Saint- Esprit; vous consacrez vos ministres; vous laites tout ce qu'ils font en votre nom. Quand nous naissons, vous nous lavez d'une eau céleste; quand nous mourons, vous nous soutenez par une onction confortalive : nos maux deviennent des remèdes , et notre mort un passage à la véritable vie. 0 Dieu! 0 Roi! ô Pontife! je m'unis à vous en toutes ces augustes qualités; je me soumets à votre divinité, à votre empire, à votre sacerdoce, que j'honorerai humblement et avec foi, dans la personne de ceux par qui il vous plaît de l'exercer sur la terre.
Ttms vos ennemi!^ , à mon Roi! doivent être l'escabeau de tos pieds'. Ils seront réduits; ils seront vaincus; ils seront forcés à baiser vos pas, et la poussière où vous aurez marché. Qu'altendonsnous? Mettons-nous volontairement sous les pieds de ce roi vainqueur, de peur qu'on ne nous y nielle par force; de peur qu'il ne dise du haut de son trône : Pour ceux qui n'ont pas voulu que je régnasse sur eux, qu'on les fasse mourir à mes yeux-; devant ma vérité; devant ma justice clernelle. Car ce sera leur juste supplice , que la justice et la vérité les condamneront à jamais : et ce sera la mort éternelle.
Asseyez-tous en attendant dans totre trône, ô Roi de gloire ! jusqu'à ce que le temps vienne de mettre tous vos ennemis à vos pieds'^ ; c'esl-à-dire , demeurez dans le ciel , jusqu'à ce que vous en veniez encore une fois, pour juger les vivants et les morts. C'est précisément ce que nous disons tous les jours dans le Symbole : Il est assis à la droite de Dieu; d'où il tiendra jwjer les vivants et les morts. Alors donc il en sortira pour les venir juger. ]\Iais il retournera bientôt prendre sa place avec tous les prédestinés qui ne feront qu'un avec lui; et il donnera à Dieu ce royaume entier, tout le peuple sauvé; c'est-à-dire , le chef et les membres : Et Dieu sera tout en tous*.
En attendant, il ne laissera pas d'exercer son empire sur la terre : il brisera la tète des rois : un Néron, un Domiticn attaqueront son Eglise; mais il brisera leur tète superbe. Un Dioclctien , un Maxiraicn, un Galère, un Maxirnin lourmenlcronl les fidèles : mais il les dégradera, il les perdra, il les frappera d'une plaie irrémédiable, comme il fil à un Aniiochus. l'n Julien l'Apostat lui déclarera la guerre; mais il périra d'une main inconnue, peutêtre par celle d'un ange, certainement par un coup ordonné de Dieu. Tremblez donc, ô rois, ennemis de son Eglise! Mais tons-, petit troupeau, ne craifjnez rien^ : votre Roi mettra à ses pieds tous vos ennemis, fussent-ils les plus puis.sants de tous les rois.
// boira du torrent dans la voie. Il boira le calice de sa pa.ssion, mais ensuite il élèvera la tête", l'uvor lui les afflictions, les mortifications, les
hud :\i , la pénitence, la pauvreté, les mala-
1. Pi., Cfi. I ; /. Cor.. IV. 25; Ileb., i. 13; x. 13. -- 2. Luc, xis. 77. "3. /'«., crx. i; /. C'jr.,xy. Z5. — 1. /. Cor., xv. 28. — 5. Lmc, XJi. 38. — 6. Pê., cix. 7,
dies. Buvons de ce torrent avec courage : que ce torrent ne nous entraîne pas , ne nous abatte pas , ne nous abîme pas , comme le reste des hommes. Alors nous lèverons la lèle : les tètes orgueilleuses seront brisées; nous le venons de voir : mais les tèles humiliées par un abaissement volontaire seront exallées avec Jésus-Christ.
Et personne n'osa l'interroger^. Aveugles; parce que la lumière venait trop claire à leurs yeux, ils n'osaient plus l'interroger. Il fallait l'interroger, non par un esprit superbe et contentieux, mais pour èlre instruit. Venez donc ; interrogez ; profitez du temps; il ne sera plus guère avec vous. La lumière n'est plus avec vous que pour peu de temps : Marchez , interrogez , pendant que vous avez la lumière , de peur que les ténèbres ne vous environnent : celui qui est dans les ténèbres ne sait où il va-.
Mais nous , pour qui Jésus-Christ ne s'en va pas, ne cessons de l'interroger, et de consulter sa vérité éternelle, pour le connaître, et pour nous connaître. Approchons-nous de lui, et soyons illuminés'^ : fussions-nous dans les ombres de la mort : écoutons l'Apôtre, qui nous dit : 0 vous qui dormez parmi les morts ! sortez de votre tombeau, et Jésus-Christ vous éclairera^. Amen, Amen.
Lille JOUR.
Chaire de Moïse : Chaire de Jésus-Christ et des apôtres. (MaLth., XXIII. 1, 2, 3.
Après avoir confondu les pharisiens et les docleurs de la loi par ses réponses ; il commence à découvrir au peuple leur hypocrisie, pour deux raisons. La première , afin que le peuple fût prémuni contre leurs artifices; puisque ce devait èlre là le plus grand obstacle à leur foi. La seconde pour l'instruction des maîtres et des docteurs de l'Eglise; afin qu'ils évitassent soigneusement celte hypocrisie pharisaïque , qui avait fait une si grande opposition à l'Evangile , et avait mis à la fin le Fils de Dieu sur la croix. Le Sauveur ne devait pas sortir de ce monde, sans y laisser une instruction si essentielle.
Alors donc, après avoir confondu tous les docteurs de la loi et les pharisiens, Jésus s'adressa aux troupes que ces hypocrites séduisaient, afin de les détromper; et à ses disciples, de peur qu'ils n'en suivissent un jour les mauvais exemples; et leur parla en cette sorte : Les docteurs de la loi et les pharisiens sojit assis sur la chaire de Moïse ^ : et le reste ; oîi il fait trois choses; \° il élabiit leur autorité; 2° il en déclare l'abus; 3° il en prédit le châtiment.
Arrêtons-nous ici, et préparons-nous seulement à bien profiler du discours de Notre Seigneur, en sorte que nous soyons véritablement purgés du pharisaïsme; conformément à celte parole du Sauveur : Donnez-vous de garde du levain des pharisiens, qui est l'hypocrisie'^. Hélas! hélas! qu'il n'est que trop passé de ce levain jusqu'à nous! Nous Talions voir.
Jésus-Christ parle aux troupes et à ses disciples , aux peuples et aux docteurs. Que chacun soit attentif, et prenne ce qui lui convient dans cette instruction.
1. Match., XXII. 45. —2. Jonn., xii. .15. —3. Ps., xxxiii. 6. — 4. Eplies., V. 11. — 5. MuU/i., xxiii. 2, 3.-0. Idem, xvi. 0; Luc, xii. 1.
SUR LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
La première chose qui est à observer dans le sermon de Notre Seigneur, c'est qu'ayant à découvrir les abus et les corruptions qui étaient en vogue dans la Synagogue et dans ses docteurs , il commence par établir l'autorité de leur ministère, de la manière du monde la plus forte. Car autrement, en reprenant les abus , on en introduirait un plus grand que tous les autres, qui serait de se retirer de la société , et de mépriser le ministère qui est de Dieu , à cause des vices de ceux qui l'exercent. Le Docteur du genre humain ne voulait pas sortir du monde sans établir ce fondement, qui est le remède à tous les schismes futurs : et on ne peut pas l'établir avec plus de force.
Les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse* . Assis pour enseigner : ils en ont l'autorité. Sur la chaire de Moïse. Il n'y avait rien de plus grand pour l'ancien peuple, que d'être assis sur la chaire du législateur; de celui que Dieu avait établi alors, pour être le médiateur entre lui et son peuple, comme l'appelle saint PauP. C'est sur cette chaire que sont assis les docteurs de la loi et les pharisiens : ils représentent ces soixantedix sénateurs qui partagèrent l'esprit de Moïse, pour juger le peuple.
Après avoir établi leur autorité sur celle de Moïse, il conclut : Gardez donc, et faites tout ce qu'ils vous diront^. Il attribue clairement à la Synagogue une vérité infaillible; en sorte qu'il fallait tenir pour certain tout ce qui avait passé en dogme constant de la Synagogue. Car il ne donne à personne le droit de juger au-dessus d'elle; et le partage du peuple est l'obéissance : Gardez et faites.
Songeons donc à l'autorité que doivent avoir les docteurs de l'Eglise chrétienne; puisqu'ils sont assis, non pas sur la chaire de Moïse, mais sur celle de Jésus-Christ, et des apôtres'^; et qu'ils y sont établis avec une promesse bien plus authentique, que les docteurs de la Synagogue, puisque la Synagogue devait passer, et n'avait que des promesses temporelles : au lieu qu'il a été dit à l'Eglise : Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles^.
Gardez donc, et faites ce qu'ils vous diront. Mais parce que l'assistance qui leur est promise pour bien enseigner en corps, n'empêche pas la corruption qui peut être dans les mœurs des particuliers, cl même la plupart; il ajoute : Mais ne faites pas selon leurs œuvres : car ils disent et ne font pas*^. Prenez donc bien garde à vos docteurs. Ils n'oseront vous décider que ce qui a passé en dogme certain de la Synagogue; et s'ils ne le font, ils seront redressés par l'autorité de la chaire , par toute l'unité de la Synagogue. Mais la discipline pourra èlre si corrompue, qu'on ne réprimera pas les mauvaises mœurs; l'avarice, l'hypocrisie, les conduites particulières de ceux qui chercheront leur intérêt, sous couleur de religion. Ainsi , en faisant ce qu'ils disent, ne faites pas ce qu'ils font : Et prenez garde. comme disait saint Augustin, qu'en cueillant la bonne doctrine comme une fleur parmi les épines, vous ne vous laissiez écorcher la main par le mauvais exemple''.
Voilà l'abrégé de l'instruction du Sauveur. Il
1. Mnlth., XX m. 2. — 2. Gai., m. 19. — .3. MaClh., xxiii. 3. — 4. Ep/ies., II. 20. — 5. Mntlli , xxvui. 20. — 6. Idem , xxiii. 3. — 7. Serm. XLVi. in Ezech. n. ii2, et Serm, cxxxvii. de verO. Ev. Joan., n. 13.
s'expliquera davantage dans la suite. Arrêtons-nous ici, et considérons la merveilleuse conduite de Dieu, qui gouvernera tellement le corps des docteurs, qu'ils soutiendront les saintes maximes plus qu'ils ne les pratiqueront; et qu'ils ne passeront pas leur corruption en dogme : le dogme ayant par lui-même une racine si forte, qu'il se soutient comme de soi. Jésus-Christ nous prémunit donc contre les scandales qui ne seront jamais plus grands, que lorsqu'on les verra dans les docteurs et dans les pasteurs. Et il veut que nous apprenions à honorer le ministère, même dans des mains indignes : parce que l'indignité des ministres est de leur fait particulier; et le ministère est de Dieu.
LIVe JOUR.
L'autorité de la Synagogue reconnue et recommandée par .Jésus- Christ dans le temps même qu'elle conjure contre lui. (Matth., xxiii. 1, 2, 3.)
Il y a ici quelque chose d'étonnant : car Jésus- Christ savait bien que la Synagogue l'allait condamner dans trois jours, lorsque le conseil assemblé chez le souverain Pontife, déciderait : Il est coupable de mort, parce qu'il s'était dit le Christ et le Fils de Dieu*. Et la confession de la vérité lui fut imputée à blasphème. Et cependant il établit son autorité avec les paroles les plus fortes qu'on pouvait imaginer : tant il est, en tout et partout, juste et véritable.
Mais ne semblerait-il pas ici qu'il parlerait contre lui-même, et qu'il induirait le peuple à erreur^ Faites ce qu'ils vous disent. Rejetez donc le Christ : car ils vous le diront bientôt.
Bien plus : « Ils avaient déjà conspiré entre eux, que si quelqu'un confessait qu'il fut le Christ, il fût excommunié, et chassé de la Synagogue^. » Le sanguinaire conseil avait déjà été tenu , et il y avait été décide, qu'il fallait que Jésus mourût. Et il semble que la Synagogue était déjà réprouvée. Gomment donc en parler encore d'une manière si authentique, et lui donner l'autorité de la vraie Eglise? 0 Seigneur! pourquoi parlez-vous en cette sorte? Que ne déclarez-vous plutôt à toute la Synagogue, qu'elle était réprouvée? Frappons, cherchons, demandons.
LVe JOUR.
L'autorité de la Synagogue cesse à la destruction du temple, et du peuple de Dieu. Immobilité de l'Eglise chrétienne.
En cherchant donc soigneusement dans l'Ecriture, je trouve que la Synagogue ne devait être absolument réprouvée, qu'après qu'elle aurait actuellement fait mourir Jésus-Christ. Rien plus. Dieu la voulait encore attendre, jusqu'à ce qu'elle eut méprisé le grand signe qu'il lui devait envoyer, pour reconnaître le Christ, qui était celui de sa résurrection. « Cette race infidèle cherche un signe, et il ne lui en sera point donné d'autre, que le signe de Jonas le prophète, » et le reste^.
Ce n'était pas assez que le Christ fût ressuscité; il fallait que sa résurrection fîil publiée , et que la pénitence eût été prêchée en son nom, en commençant par Jérusalem; ce qui ne se commença qu'à la Pcnlecôte.
Ce n'était pas encore assez : car les apôtres ne se
1. M'iUh., XXVI. 05, 00. -- 2. Joan., ix. 22. — 3. Malth., xii. 39, 40.
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
soparenl pas encore de la communion du reste du peuple; et quoiqu'ils lissent déjà un corps à part avec leurs disciples, ils allaient au temple connue les autres, et ils étaient reçus ;\ y rendre le même culte. Car encore qu'ils s'assemblassent dans la galerie de Salomon, et que personne n'osi\l se joindre à eux; néanmoins le peuple les glorinait\ et on ne les avait pas publiquement excommuniés.
On peut donc voir maintenant que ce qui est dit en saint Jean : « qu'ils avaient conspiré entre eux, de chasser de la synagogue ceux qui reconnaîtraient Jésus pour Christ- : » était plutôt une conspiration secrète, qu'un décret public. Il en était de même du dessein de le faire mourir. Et en eflet, tant s'en faut que les apOtres fussent excommuniés et exclus du temple, Jésus-Christ lui-même y prêchait, y ordonnait, y était reçu, consulté, écouté de tout le monde. El tout ce qu'on lit après contre les apôtres par voie de fait , ne faisait pas qu'ils fussent privés du culte public, ni qu'eux-mêmes s'en séparassent, comme on vient de voir. C'était un temps d'attente, où plusieurs gens de bien, qui pouvaient n'avoir pas vu les miracles de Jésus-Christ, demeuraient comme en suspens : « On venait cependant de toutes les villes à Jérusalem, pour y apporter les malades aux apOtres : on les exposait à l'ombre de saint Pierre''; » et la Synagogue, quoique déjà sur le penchant de sa ruine , n'avait pas encore pris absolument son parti.
C'est une chose admirable, comme Dieu la supportait en patience , et combien de formalités et de dénonciations, pour ainsi dire, il pratiqua, avant que de répudier entièrement celte Epouse infidèle. Il semble que lorsqu'elle en vint à répandre le sang de saint Etienne, elle eiil rompu tout à fait avec Dieu, et Dieu avec elle. Mais non; car l'infidélité de la ville de Jérusalem n'empêchait pas que les Juifs de la dispersion n'écoutassent encore les apôtres. Ils entraient dans les synagogues où on leur offrait la parole, comme on faisait à des frères et à de vrais Juifs. On écoutait paisiblement ce qu'ils disaient de Jésus, et on les invitait à en parler encore une autre fois dans l'assemblée suivante. Et le samedi étant venu, toute la ville accourut pour entendre la parole de Dieu de leur bouche. Alors les Juifs s'émurent, et contraignirent les apôtres à leur déclarer qu'ils allaient porter aux gentils la parole qu'ils refusaient de recevoir : ce qui était une espèce de rupture, puisque les apôtres s'en allèrent, secouant contre eux la poussière de leurs pieds. Voilà ce qui arrive à Antioche de Pisidie''.
Mais la rupture n'était pas encore universelle; car ils continuaient à entrer dans les autres synagogues à leur ordinaire, et on leur y offrait encore la parole'. Ils allaient aussi comme les autres à la prière commune dans l'oratoire destiné à cet usage **. Saint Paul parla paisiblement dans la synagogue à Thessalonique, durant trois samedis^ Il était /rcoulé; et parlait aussi à Corinthc tous les samed * ' •'■chant toujours le Seigneur Jésus dans ses '' -, ''l ne s'en relirait que lorsqu'il voyait
leurs blasphèmes manifestes , leur dénonçant toujours qu'ils allaient aux gentils , qui était comme