Luc, XXI
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
rusalem sous Tite, où elle périt sans ressource. Car les évangélisles disent ici : Quand vous verrez ces idoles , ce siège , fuyez dans les montagnes. Or depuis le siège de Tite, il n'y avait pas moyen de fuir, ni de sortir de la ville : car elle était tellement serrée de tranchées , de murailles et de forteresses, qu'il n'y avait plus aucune issue. C'est ce siège par "Tite que le Sauveur avait prédit en entrant dans Jérusalem, lorsqu'il disait avec larmes : Ville infortunée, les ennemis V enmronneront de tranchées, et te fermeront de toutes parts*. Aussi ne leur parlet-il pas alors, comme ici, de prendre la fuite; car il savait bien qu'en cet état il n'y en aurait plus aucune espérance : mais d'une perte totale et d'un entier renversement , et pour la ville et pour ses enfants^. Ici donc il parle d'un autre siège, qui arriva à Jérusalem quelques années avant celui de Tite, lorsque Ceslius Florus l'investit. Ces deux sièges sont bien marqués dans Josèphe, et trèsnettement distingués dans l'Evangile. Dans le premier, dont il est parlé dans les chapitres que nous méditons 3, on ne voit ni tranchées ni forts; mais seulement une armée qui se répand aux environs, et ce qu'elle avait de plus détestable, c'était ses idoles. Dans le second, on voit des forts , des tranchées, et un siège dans toutes les formes. On pouvait échapper dans la première occasion; car les troupes n'arrivent pas tout à coup , et la garde n'est pas si exacte : dans la seconde , il n'y a rien à attendre qu'à périr.
On voit là deux états de l'âme. Lorsque le péché commence à l'investir, pour ainsi dire , et à répandre de tous côtés, comme des idoles, les mauvais désirs; cette armée impure ne fait que nous entourer, de manière que nous pouvons encore échapper. Les tranchées, les forts, le siège en forme, c'est le vice fortifié par l'habitude. Fuyons dès le premier abord , dès que nous voyons paraître l'étendard du péché : car si nous lui laissons élever ses forts, et former ses habitudes, il n'y a presque plus rien à espérer.
LXXIIe JOUR.
Réflexions sur les maux extrêmes de ces deux sièges. (Ibid.)
Si à ce premier abord de l'armée romaine , à cette première apparition de ses étendards et de ses idoles autour de Jérusalem , on ne prend la fuite vers les montagnes : si , sans en faire à deux fois , on n'emporte d'abord tout ce qu'on pourra, et do la ville et de la campagne : si l'on ne sort promptcmenl de cette ville réprouvée, ou que ceux qui sont dehors osent y entrer; on sera ravagé par l'épée : on sera traîné en captivité par toute la terre''. La famine sera si horrible, que les mères malheureuses verront périr leurs enfants entre leurs bras. C'est en effet ce qui arriva à Jérusalem dans un si grand excès, que l'univers n'avait jamais vu rien de semblable.
Jésus-Christ prédit encore la même calamité allant au supplice. « Filles de Jérusalem , ne pleurez pas sur moi , mais pleurez sur vous et sur vos enfants : parce qu'il viendra des jours où l'on dira : Bienheureuses les stériles ; bienheureuses les entrailles qui n'ont pas engendré, et les mamelles qui n'ont pas
1. Luc, XIX. 43. —2. Idem, 44. — 'i. .V»»/;., xxiv ; Marc xiri ; Luc, xxi. — 4. Luc, xxi. 24.
nourri'. » Qui est précisément la môme chose qu'il marque ici par ces mots : Malheureuses les mères; malheureuses les nourrices 2; et pour montrer l'excès de cette misère, il finit par ces paroles : « Alors ils commenceront à dire aux montagnes : Tombez sur nous ; et aux collines : Couvrez-nous : car si l'on fait ainsi au bois vert, « à la justice, à la sainteté, à Jésus-Christ même, « que fera-t-on au bois sec^, qui n'est plus bon que pour le feu ; et aux pécheurs destitués de tout sentiment de piété, qui n'ont plus à attendre que le dernier coup?
Méditons ceci en tremblant, pécheurs malheureux I Pesons les maux qui nous sont prédits. Tout l'univers renversé sur nous, en sorte que les montagnes nous écrasent, et que les collines nous enterrent, ne sont rien en comparaison. Ce renversement, qui en lui-même paraît si alTreux , devient désirable, à comparaison des maux qui nous attendent. Tombez sur nous, montagnes; enterrez-nous, coteaux. Plut à Dieu que nous en fussions quittes pour cela ! De plus grands maux nous sont préparés : Dieu déploiera sa main vengeresse par des coups plus insupportables. En voici la raison : Si Jésus-Christ a tant souffert pour avoir seulement porté la ressemblance du péché ; que sera-ce de nous, en qui il a versé tout son venin, qui en portons au dedans de nous toutes les horreurs ?
0 Seigneur ! chantait le Psalmiste , vous avez donné un signe à ceux qui vous craignent, afin qu'ils pussent éviter l'arc tendu contre eux''. 0 Seigneur! vous avez aiguisé vos flèches, elles ne respirent que le sang : votre arc est prêt à tirer, et nos coeurs seront percés de vos coups : mais avant que de lâcher la main, vous menacez, vous avertissez, afin qu'on fuie votre colère menaçante : c'est le signe de salut que vous nous donnez. Mais vous ne le donnez qu'à ceux qui vous craignent : les autres endormis dans leurs péchés, ne veulent pas seulement vous entendre, ni écouler d'autre voix que celle qui les porte au plaisir; mais ceux à qui il reste encore quelque crainte de vos jugements , ô Dieul qu'ils tremblent à vos menaces, afin qu'ils évitent vos coups.
Serpents, engeance de vipères, qui vous apprendra à fuir la colère qui vous poursuit^? C'est ce que saint Jean disait aux Juifs. Jésus-Christ leur en dit encore beaucoup davantage; et il redouble ses menaces à la veille de sa mort , qui devait causer tous ces maux à son peuple ingrat. Il leur avait montré tant d'amour ; il avait confirmé sa mission par tant de miracles; il leur dénonce encore le terrible châtiment qu'ils avaient à craindre, pour n'avoir pas profité du temps où il les acait visités^. Il leur prédit ces maux avec larmes, afin de leur faire voir qu'il n'en faisait pas seulement une sèche prédiction. Ils sont insensibles : nous nous en étonnons; mais notre étourdissemcnt n'est pas moins grand que le leur; étonnons-nous de nous-mêmes.
LXXIIIc JOUR.
Suite des réflexions sur les mêmes calamités. (Ibid.)
« Ce sont ici les jours de vengeance, pour accomplir tout ce qui a été écrit : Malheur aux femmes
1. Luc, xxiii. 28, 29. — 2. Idem, xii. 21, 23. — 3. Ibid., XXIII. 30,31. —4. Ps., MX. 6. — 5. Mallh., >-t Luc, m. 7. — 6. r,uc, XIX. 41,42, 43, 4t
MÉDITATIONS SUR L'ÉVANGILE
grosses, et à celles qui nourrissent. Car il y aura de grandes nécessités, et une grande colère se déploiera sur ce peuple : ils passeront par le lil de l'épée : ils seront emmenés captifs par toutes les nations : et Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils, jusqu'à ce que le temps des gentils soit accompli'. » Après que cette ville aura été investie, après qu'elle aura été assiégée régulièrement, et euviromiée de tranchées et de forteresses , trois plaies tomberont sur elle : l'épée, la famine, la captivité.
L'épée : c'est la blessure de l'Ame , la division entre ses parties, nulle continuité, nulle union : le sang de l'àme s'écoulera par cette ouverture, toutes ses forces se dissiperont, elle n'aura plus de résistance. Ah quel étal! On ne résiste plus aux tentalions, le péché emporte toui. C'est la faiblesse de l'àme à qui tout échappe, et qui s'échappe à ellemême.
Les chutes sont continuelles et irréparables : on ne se peut plus relever. Telle est la plaie de l'épée : le cœur est ouvert , et ne relient plus ni la grâce ni la vérité.
La famine ; c'est la soustraction des aliments : non-seulement quand ils manquent; mais encore, ce qui est bien pis, quand le principe pour en pro- Gter manque tout à fait. Tout abonde autour du malade; les restaurants sont tout prêts : mais ou on ne peut les prendre; ou l'estomac contraint par force à les recevoir, ni ne les digère, ni ne les distribue, ni n'en profile. Au milieu des sermons, des bons exemples, des saintes lectures, des observances d'une vie toute consacrée à Dieu, on périt, on demeure sans nourriture. La vérité ne fait plus rien à cette àme : elle ne s'en nourrit pas : elle n'en vil pas. Ses œuvres, qui sont les enfants qu'elle nourrit, tombent en langueur; tout y dépérit visiblement : ou elle ne produit rien de bon; ou, si elle produit, ce bien ne se soutient pas. Hélas! hélas! qu'y a-l-il de plus déplorable que celte famine?
La captivité : Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils : l'âme abattue par tous les vices; accablée de fers, qu'elle ne peut porter ni rompre : elle est traînée en captivité d'objet en objet : toutes les passions la dominent cl la tyrannisent tour à tour. Elle pense être en repos contre l'amour des plaisirs : l'ambition la met sous le joug, l'avarice i'assujétit, et ne lui laisse pas le temps de respirer; lanl elle l'accable d'aiïaires, de soins, de travaux. Hélas! hélas! où en es-tu, âme raisonnable, faite à l'image de Dieu? blessée, percée de tous côtés : cuire cela affamée : pour comble de maux, captive, sans force, sans nourriture pour te rétablir, sans liberté : ah! quel malheur est le tien!
Il faut remarquer ce dernier mol : Jusqu'à ce que les temps des nations soient accomplis'^. Il y a un temps des nations : un temps que les gentils doivent persécuter l'Eglise: un temps qu'ils y doivent entrer. Après ce temps, les Juifs que les nations devaient ju«qu'aIors fouler aux pieds, reviendront; et après que Ut plénitude des fjentils sera entrée, tout Israël, loul ce qui en restera, sera sauté^. L'aveuglement 'l'Isrard n'a été permis que pour préparer les voies à l'accomplirrcuient d'un si grand mystère.
I. Luc . l»l. », Zi , n. — 2. ffUm . XXI. 21. — 3. ffom., x(.
Ame pécheresse! il y a pour toi, malgré les péchés . une ressource infaillible : l'excès môme de ton malheur peut être, comme à Israël, le commencement de ton retour. Israël fatigué de ses révoltes, de ses malheurs, de sa vaine crédulité, el de ses frivoles espérances; las de toujours attendre sans rien voir, de soupirer après un Messie qui ne vient point, parce qu'il est déjà venu, se réveillera : il commencera à connaître combien il avait tort de se consumer en espérances frivoles, au lieu de jouir de son Christ, qu'il avait si longtemps méconnu; et déplorant l'excès de son aveuglement, il ouvrira enfin les yeux à la véritable lumière. Fais ainsi , àme chrétienne I Le péché a eu son temps : le temps que tu y as consumé te sufïll pour contenter des désirs frivoles, el nourrir des espérances trompeuses. En un mot, comme dit saint Pierre', le temps passé est plus que suffisant pour accomplir la volonté des gentils; pour mener une vie païenne, selon les désirs de la chair, comme si on n'avait point de Dieu, el qu'on ne connût pas Jésus-Christ. Nous avons passé assez de temps dans la débauche, dans la convoitise, dans le vin, dans la bonne chère , dans l'ivresse , dans le culte des idoles : nonseulement de celles que la gentililé adore, mais encore de celles que nos passions érigent dans notre cœur. Il est temps de revenir de si grands excès : l'égarement a été assez grand, pour être enfin aperçu : il faut maintenant revenir à soi, et qu'où le péché a abondé, la grâce surabonde^ à son tour.
LXXIVe JOUR.
Réflexions sur les circonstances de la fin du monde. La terreur de l'impie. La confiance du fidèle. (Matth., xxiv. 27-31 ; Luc, XXI. 25-28.)
Voila ce qui regardait Jérusalem désolée, et danssa désolation la figure de l'àme livrée au péché. Ce qui regarde la fin du monde, c'est l'obscurité dans le soleil : celle de la lune : le dérangement dans les étoiles : le signe du Fils de l'homme, c'est-à-dire, comme l'interprèlcnl les saints docteurs, l'apparition de sa croix : sa descente sur les nuées, en grande puissance et majesté : la trompette de ses anges qui citeront tous les hommes à son jugement : le recueillement de ses élus : l'assemblée de tous les aigles , c'est-à-dire , de tous les esprits élevés autour du corps du Sauveur^ : le bruit de la mer et des flots, avec la commotion de tout l'univers, et des puissances célestes qui sont préposées à sa conduite : les iiommes séchés de frayeur, dans l'allenle de ce qui devait arriver au monde'' après tant de mouvements également violents et irréguliers. Pesez toutes ces ^ choses. Et afin de voir combien est ferme l'espérance du chrétien, et combien il est au-dessus de tous les troubles et de tout le monde; accoisez tous les mouvements de votre intérieur, pour écouler celle parole : Quand toutes ces choses arriveront; (juand toute la nature, déconcertée par des agitations si imprévues, ne nous menacera de rien moins que d'une perte inévitable, regardez alors : vous qui n'osiez seulement lever les yeux, levez la tête; j comme pour vous élever au-dessus des flots et des j tempêtes; parce qu'alors votre rédem,ption appro ■ che'^.
1. /. P.t., IV. .s. - 2. Rom , V. 20. — 3. Matth., xxiv. 27, 2«, 2!), :-!«, 31. .- \ Luc, XXI. 25, 2«. -- 5. /dem, 28.
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
A quelle épreuve ne doit pas être la confiance du chrétien; si la dernière révolution du monde loin de le troubler, ne lui inspire que de l'espérance et du
courage
LXXVe JOUR.
Le même sujet.
Sans lecture, sans raisonnement étudié, je demande seulement ici que l'on considère, d'un côté, la main puissante de Dieu, qui pousse à bout toute la nature, les astres, les terres, les mers, et le courage de l'homme qu'il fait sécher de frayeur^ ; et de l'autre, la même main, qui dans ce renversement universel relève de telle sorte le courage de ses enfants, que non-seulement ils ne tombent pas dans ce choc que souffre le monde, mais ils s'élèvent audessus de ses ruines. Regardez^ : loin de vous cacher dans cette tempête, comme un autre Jonas, ouvrez tout, et considérez ce tumulte avec un regard assuré : loin de vous laisser abattre, levez la tête : et voyez tout au-dessous de vous.
Tel qu'un homme qui lève la tète au milieu des flots : tel que celui qui demeure ferme au milieu d'une maison qui tombe : ou celui qui voit d'un œil tranquille le chariot où tu es , que des chevaux emportés , après avoir secoué les rênes , et brisé leur mords, traînent deçà et delà; tel est le fidèle toujours immobile et inébranlable, au milieu de la nature troublée, et de ses mouvements déconcertés; parce que le Dieu de la nature le tient par la main. Tu crains, Pierre, au milieu des flots, et tu ne connais pas celui qui te tient! Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté^?
« Celui qui se fie en Dieu, est comme la montagne de Sion : celui qui a sa demeure dans Jérusalem , ne sera jamais ébranlé. Gomme les montagnes sont à l'entour de Jérusalem, ainsi Dieu esta l'entour de son peuple pour le protéger^. » La sainte montagne de Sion, inébranlable par la puissance de Dieu qui l'affermit , communique son immobilité et sa tranquillité à ses habitants.
Chantez aussi le psaume cxx : Levavi ogulos; et apprenez à ne rien craindre sous la main de Dieu.
LXXVIe JOUR.
Ces prédictions certaines : leur accomplissement proche : leur jour inconnu,. (.Matth., xxiv. 34, 35, 36; Marc, xiu. 30, 31, 32.)
« En vérité, en vérité, je vous le dis : Cette génération-ci ne linira point, jusqu'à ce que toutes ces choses-ci soient accomplies : le ciel et la terre passeront; mais mes paroles ne passeront point. Mais pour ce jour et cette heure-là, ni les anges mêmes qui sont dans le ciel, ni le Fils, ne la savent pas; ni personne que mon Pcre^. »
Voilà deux temps bien marqués : Hœc , et illa, en grec comme en latin, marquent deux temps opposés , l'un plus proche, l'autre plus éloigne. Cette génération-ci verra toutes ces choses-ci accomplies :
GENERATIO H.EC : OMNIA H.EC : OMNIA ISTA : Mais
pour ce jour-là, pour cette heure-là : De dieaute.m iLLA ET HORA : pcrsonm ne la sait. Comme s'il disait : Je vous ai parlé de deux choses : de la ruine de Jé-
1. Luc, XXI. 25, 29. —2. Idem, 28. — .3. Matth., xiv. 31. — 4. Ps. ,cxj.i\. 1,2. — 5. Matlli., xxiv. 34, 35, '.iO; Marc, xiii. .30, 31, 32.
rusalem, et de celle de tout l'univers au jugement. Ce qui doit arriver dans la génération où nous sommes , et dont les hommes qui vivent doivent être les témoins, je vous en marque le temps; et cette génération ne passera pas, qu'il ne s'accomplisse. Voilà pour l'événement auquel nous touchons. Mais pour ce jour-là, ce jour où je viendrai juger le monde; personne n'en sait rien, et je ne dois pas vous le découvrir. Il est donc marqué clairement que la chute de Jérusalem était proche : et l'Eglise le devait savoir. Mais pour ce jour-là, pour ce dernier jour, où tout l'univers sera en trouble, et où le Fils de l'homme viendra en personne, on n'en sait rien : on ne sait, ni s'il est loin, ni s'il est près : et le secret en est impénétrable, et aux anges qui sont dans le ciel , et à l'Eglise même, quoiqu'elle soit enseignée par le Fils de Dieu.
Il faut donc entendre ici , par les choses que le Fils ne sait pas, celles qu'il ne sait pas pour son Eglise , ni dans son Eglise , et qu'il ne doit point lui révéler, conformément à cette parole : Vous êtes mes amis, et je vous ai fait connaître tout ce que j'ai ouï de mon Père* ; tout ce que j'ai ouï pour vous, tout ce qui était compris dans mon instruction. Ou , comme il dit ici : Je vous ai tout prédit^, tout ce que je devais vous prédire. Le reste, je le sais bien par l'étroite société qui est entre mon Père et moi : mais je ne le sais pas par rapport à vous, et selon le personnage que je suis venu faire parmi les hommes.
Adorons l'impénétrable secret de Dieu, et renfermons-nous dans les bornes où il a voulu terminer les lumières de son Eglise.
Le Fils de Dieu doit venir comme un voleur. Mille ans de délai , c'est devant lui le délai d'un jour ^. Ce n'est point en devinant les moments que vous éviterez la surprise : il viendra de nuit , parmi les ténèbres, et sans bruit, comme un voleur'^; deux choses qui rendent sa marche impénétrable. Voulez-vous donc n'être pas surpris? veillez toujours : ne dormez jamais pour votre salut; et vivez comme des enfants de lumière , sans participer aux œuvres infructueuses des ténèbres^.
LXXVIIe JOUR.
Le jour du jugement dernier n'a pu être inconnu au Fils de Dieu. (Marc, xiii. 32.)
Sans entrer dans un esprit de curiosité et de dispute , permettez-moi, ô Jésus! de vous demander, d'où vient que vous avez dit que personne ne connaît l'heure du jugement dernier, non pas même les anges, ni le Fils? Car vous n'avez pas ignoré combien on abuserait de cette parole qui a fait dire aux ariens, ennemis de votre divinité, que vous ignoriez quelque chose , même comme Dieu et comme Verbe : et que vous n'étiez pas de même science , et par conséquent de même perfection ni de môme nature que votre Père. Et néanmoins en nommant ceux qui ne savent pas la dernière heure, il vous a plu non-seulement de nommer les anges; mais encore votre évangélisle saint Matthieu n'ayant nommé qu'eux, votre évangéliste saint Marc instruit par saint Pierre, le prince de vos apôtres et le chef visible de votre Eglise, et votre Esprit qui les
1. Joan., XV. 15. — 2. Marc, xm. 23. —3. //. Pel., m. 8, 10. — 4. /. Thess.,v.2, 4. — 5. Eph., v. 8, 11.
Ml' DITATIUNS SUll LÉVAiNlULE.
conduisait , a voulu que nous sussions, que vous avez dit : M le Fils, ni autre que le Père*.
Pour moi, mon Dieu! jo conrossc avec voire apôtre saint Thomas, que « vous êtes mon Seigneur el mon Dieu- : » avec voire apolre saint Paul, que « vous ùtes égal à Dieu^; et Dieu boni au-dessus de tout* : » et avec votre apôtre saint Jean, que t vous (Mes le Verbe, qui était au comniencenienl avec Dieu, et qui était Dieu lui-même^ : » et que « vous êtes le vrai Dieu, et la vie éternelle" : » el enlin, avec toute voire Eglise catholique, que vous êtes le Fils unique de Dieu, coélernel el consubslanliel à votre Père. El loin de croire que comme Verbe vous ayez pu ignorer quelque chose, et ignorer en particulier le jour du jugement, je ne veux même pas croire que vous ayez pu l'ignorer comme homme, el selon la dispensation de votre chair.
Et premièrement malheur à ceux qui osent dire, que vous qui êtes le Verbe, la parole, la raison, l'intelligence, la sagesse de votre Père; celle sagesse < qui lui assistiez lorsqu'il a créé l'univers, avec laquelle il disposait et composait toutes choses^ par (jui toutes choses ont été faites^, » n'avez pas su, de toute éternité, ce qu'il devait faire par vous. Or, il devait faire par vous toutes choses , et plus encore , s'il se peut, le siècle futur que le siècle présent; puisque vous êtes celui dont il est écrit : que par vous il a fait même les siècles^. Car n'est-ce pas dire clairement, que tous les siècles se développent par votre ordre, et sont disposés dès l'éternité par votre volonté? Et si c'est par vous que tous les siècles sont faits, le dernier jour ne sera-l-il pas aussi votre ouvrage? Et ce jour auquel aboutit tout votre ouvrage, qui en est la consommation, qui en esUla lin, sera-t-il le seul que vous n'aurez pas fait? Ou l'ayant fait, sera-t-il le seul que vous n'ayez pas connu ? Et ce jour, qui est le terme où se rapportent tous vos conseils, n'aura-t-il pas entré dès le commencement dans vos desseins? Ou, y aura-l-il quelque chose que Dieu n'ait pas disposé par sa sagesse, ni ordonné par sa parole? quelque chose (ju'il ait caché à celui qui est sa sagesse el son con- .seil ? Et le Fils unique qui réside dans le sein du Père, n'y a-t-il pas vu ce secret? Personne n'a vu Dieu que lui, et c'est lui-même qui est venu nous l'annoncer"^. Mais y a-t-il queUiue chose dans le sein de Dieu, qui lui ait été caché? Erreur, impiété, blasphème; relirez-vous : rentrez dans l'enfer dont vous êtes sortis. Car faudrait-il dire encore que le Saint-Esprit, qui sonde, qui pénètre tout, et même les secrets et les profondeurs de Dieu ' ' , ce qu'il y a de plus caché dans ses desseins, n'aura pas vu un secret si important, ni connu le dernier jour? ou, que cet Esprit l'aura vu, pendant que le Fils du qui il prend, comme du Fère*^, l'aura ignoré? •Vbsurdité par-dessus rim[nélé : ([uo l'Esprit qui nnnf/nce Vatenir, et qui distribue Cfjmme il veut les fUmn et lea amnaissances*^ , n'ait pas tout dans la perfection qui convient au principe et à la source. «iar il faudrait l'excepter comme Fils, s'il fallait prendre à la rifrucur ce que vous avez prononcé :
1. iftrr , XIII. 32. — 2. Joan., xx. 28. — .3. Philip., ii. 0. — ■». Rom., ix. h. — 5. Jo'tn., 1. 1. — fl, idum, v. 20. — 7. Sap., ix. 4.9. — ». Joan., i. ?.. — U. //««.., i 2. - 10 Joan.. i, 1«. -- II. /. Cor., II. 10, 11. — 12. Joan., xvi. 1.',. — 13. I.Cor.. xn. 4.
(jue ni les anges, ni le Fils, ne savent ce jour, ni aucun autre que le Père ».
LXXVIIIo JOUR.
Ce dernier jour est connu au Fils de Dieu ; mais non pas pour nous l'apprendre. (Marc, xiii. 32.)
Je continuerai, ô mon Sauveur! à considérer en Ircmblant, celle parole que vous avez prononcée : .V^ le Fils. Où est donc celle autre parole où vous disiez : Tout ce qu'a mon Père est à moi^? Et celleci : Toutes choses ont été mises entre mes mains par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père : et personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui il a plu au Fils de le révéler^. Tout est commun entre voire Père et vous : el la connaissance du dernier jour ne vous sera pas commune? Vous qui seul connaissez le Père, et qui seul le faites connaître à qui il vous plaît, ne l'aurez |)as connu tout entier, ni pénétré tout son secret I S'il faut excepter quelque chose dans la connaissance que vous avez de lui , il faudra donc excepter (|uelque chose dans celle qu'il a de vous; puisqu'on parlant de celle connaissance incommunicable à loul autre qu'à vous deux, que vous avez l'un de l'autre , vous dites également : Nul ne connaît le Père , si ce n'est le Fils : et nul ne connaît le Fils , si ce n'est le Père? Tout vous est donné par le Père : le Père aime le Fils , et lui a tout remis entre les mains'' : et vous ne saurez pas tout ce qu'il vous a mis entre les mains! Mais comment cela se pourrait-il; puisque vous dites encore : Le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait^? Ainsi avec le môme amour qu'il lui donne tout , il lui montre loul aussi. Est-ce ici le seul endroit où il ait donné des bornes à son amour? la seule connaissance qu'il lui ait déniée? le seul don qu'il ait reçu avec mesure , lui qui a reçu sans mesure tout le reste*^! alin que nous reçussions tous , et chacun de nous ce qu'il a du fond de sa plénitude'^.
Mais parmi toutes choses, que votre Père a mises entre vos mains, ce qu'il y a le plus mis, c'est le jugement; puisqu'il s'en est en quelque sorte dépouillé lui-même pour vous le donner. D'où vient aussi que vous avez dit : Le Père ne juge personne ; mais il a remis au Fils tout le jugement^. Mais en même temps vous avez dit, que le Fils ne fait que ce qu'il voit faire à son Père. Ce qui fait aussi que le Père l'aime , et lui montre tout ce qu'il a fait'\ comme on vient de le voir.
Mais si vous devez connaître tout ce que le Père a ordonné sur le jugement dernier, parce que c'est à vous qu'il est remis, et que vous êtes vous-même ce souverain juge, qui paraîtrez en ce jour avec une majesté el une puissance divine; il s'ensuit, que vous connaissez tout cela, môme comme homme; parce que c'est comme homme que vous devez juger : ce qu'il vous a plu de nous expliquer en disant que le Père a donné au Fils la puissance de juger, parce qu'il est le Fils de l'homme '". Vous savez donc tout, même comme homme : vous savez tout ce qui regarde le jugement : vous en savez sans dilTicullé le jour el l'heure, puisque vous en savez toute la sagesse, el que la sagesse consiste
1. Marc, XIII. .32. - 2. Joan., xvi. 15. -- 3. Matth., xi.. 27. — \.Joun., m. .3."). — 5. Idem.v. 20.— Û.Ihid., m. 34. -- T.Ihid., I. 16. —8. Ihid., V, 22. — 0. Und., l'J. 29. — 10. Ibid., v. 27.
LA DEHNIÈKE SEMAINE DU SAUVEUR
principalement à prendre les moments , conformément à cette parole : Chaque chose a son temps ^ ; et dans le monde tout est compassé; tout est rangé dans son lieu; tout se passe au temps qui lui est marqué par la sagesse qui règle tout.
Vous êtes notre chef, et nous sommes vos membres : vous savez toute l'économie de votre corps. Vous connaissez toutes vos brebis : vous savez celles qui sont venues, et celles qui sont encore à amener : vous les connaissez et les nommez distinctement. Vous nommez tous ceux que votre Père vous a donnés; et tout vous est connu depuis le premier jusqu'au dernier de vos élus : et vous marquez tous les temps, oîi vous les devez appeler, et les incorporer à votre corps ^. Car c'est vous qui les devez recueillir; et en les recueillant vous ne faites qu'exécuter ce que vous aviez destiné avec votre Père, dès que vous posâtes les fondements de votre Eglise. Vous en avez révélé les persécutions à votre apôtre saint Jean : il en a vu tout le cours : il a vu la dernière comme les autres : et celle qui ne finirait qu'avec la fin du monde , et avec le feu de votre dernier jugement^. Les temps vous sont connus comme tout le reste : vous savez ce que veulent dire ces mille ans où vous avez déterminé le règne de vos saints sur la terre; et ce que vous avez révélé en énigme à votre bien-aimé disciple , n'est pas énigme pour vous. Tout vous est connu : Vous êtes le scrutateur des reins et des cœurs. Vous avez en votre puissance le livre où sont écrits les secrets de Dieu, et ses décrets éternels; et les sept sceaux qui le ferment n'y sont pas pour vous, puisque vous les ouvrez quand il vous plaît, à qui il vous plait, et pour les raisons qu'il vous plaît "*, Et sous le septième sceau étaient enfermés tous les événements futurs; puisque c'est de là que se développent, et les trompettes et les Vœ^, et tout le reste, qui était l'histoire de l'Eglise. C'est pourquoi lorsque vos apôtres vous interrogeaient sur le temps où vous rétabliriez le royaume d'Israël , vous leur répondîtes : Ce n'est pas à vous à le savoir^.
0 Seigneur, s'il m'est permis de vous interroger encore , que ne parliez-vous en la même sorte à vos apôlres; et que ne leur disiez-vous, ce n'est pas à vous à le savoir, au lieu de dire , que le Fils ne le savait pas?
Peut-être se faudrait-il taire encore ici; et qu'au lieu de se fatiguer à examiner ce passage, il faudrait se dire à soi-même : Ce n'est pas à moi à l'entendre; ce n'est pas à moi à savoir pourquoi vous avez parlé en cette sorte. J'acquiesce, ô mon Sauveur! et je ne recherche ce mystère, que pour y trouver quelque instruction , s'il vous plait de me la donner. Mais peut-être qu'elle est déjà toute trouvée : peut-être que cette parole : « Ce n'est pas à vous à entendre les temps et les moments que le Père a mis en sa puissance^ : » est le dénouement de celle où vous avez dit : « Pourquoi ce jour et cette heure-là, nul ne la sait que le Père, et le Fils même ne la sait pas*. » Ce que le Fils ne sait pas en cet endroit, c'est ce qu'il ne nous appartient pas de savoir. Le Fils comme notre docteur, le Fils comme l'interprète de la volonté de son Père envers
1. Eccle., \n. 1. -- 2. Joan., x. -• 3. Apoc, xx. 7, 8 , 9, 10. — 4. Idem, II. 23; v. 1, 2, et seq. — 5. Jhid., \ni. 1, et scf/. — 6. Act., I. 7. — 7. Idem. — 8. Marc. ,xm.32.
les hommes, ne le sait pas, parce que cela n'est pas compris dans ses instructions, ni dans tout ce qu'il a vu pour nous, ainsi que nous l'avons dit. Et le Fils de Dieu parle ainsi pour transporter en luimême le mystère de notre ignorance, sans préjudice de la science qu'il avait d'ailleurs , et nous apprendre , non-seulement à ignorer, mais encore à confesser sans peine que nous ignorons; puisque luimême qui n'ignorait rien, et surtout qui n'ignorait pas celte heure dont il était le dispensateur, ayant trouvé un côté par où il pouvait dire qu'il l'ignorait, parce qu'il l'ignorait dans son corps et qu'il était de son dessein que son Eglise l'ignorât, il dit tout court qu'il l'ignore, et nous enseigne à ne rougir pas de notre ignorance.
J'ignore donc de tout mon cœur, et ce mystère, et tous les autres que vous voulez me cacher, et que vous ne savez pas en moi ni pour moi. J'ignore le jour où vous viendrez, parce que vous m'avez dit que vous viendriez comme un voleur. Mais si on ne sait pas quand le voleur viendra, le voleur n'en sait pas moins quand il veut venir. Vous savez donc, voleur mystique! vous savez quand vous viendrez : et les enfants de ce siècle ne seront pas plus prudents, plus avisés dans leurs desseins , plus éclairés dans l'ordre qu'ils mettront à leur exécution, que vous qui êtes la lumière même, la sagesse même. Vous savez donc , encore un coup, quand vous viendrez à la dérobée , demander à chacun de nous , et demander à tout le genre humain, le compte que nous vous devons de notre conduite. Vous le savez , et c'est pourquoi vous avez dit, que le père de famille ne sait pas l'heure du voleur, mais non pas que le voleur l'ignorât lui-même. Et vous avez dit : « Veillez donc , parce que vous ne savez pas à quelle heure le Seigneur viendra : » et non pas que le Seineur qui doit venir, l'ignore lui-même. El vous avez dit, en continuant la parabole : « Soyez prêts, parce que vous ne savez pas à quelle heure viendra le Fils de l'homme*. »
Vous vous êtes aussi comparé à un père de famille, qui revenant de son voyage surprend son économe, « en venant au jour que ce méchant serviteur ignore, et à l'heure qu'il n'attend pas 2. » Mais vous, vous êtes le Seigneur, vous êtes le père de famille, qui sait bien quand il doit venir; et si le serviteur est imprudent, le père de famille n'est pas pour cela ignorant de ses propres desseins. Vous savez donc, pour la dernière fois, quand vous voulez venir, et vous ne voulez pas que nous le sachions. Voilà que mon âme est prêle, quand vous me la redemanderez; mon compte est en état; recevez-le, et me jugez en vos miséricordes : voilà du moins ce qu'il faudrait pouvoir dire. 0 mon Sauveur! quand serai-je en cet élal? quand pourrai-jc dire de bonne foi : « Mon cœur est prêt, ô Dieu! mon cœur est prêl^. »
LXXIXe JOUR.
Raisons profondes de noire Sauveur d'user de ces réserves mijs- U'rieuses pour l'inslruclion de son E<jUse : mais non pour autoriser les hommes à user d'équivoques cl de restriclions mentales. (Ibid.)
Gardons-nous bien de conclure de ces réserves mystérieuses du langage de noire Sauveur, qu'il
1. Multh., XXIV. 12, 13, 11. — 2. /(iem, .50. — 3. Ps., lvi. 8.
MEDITATIONS SUR L'EVANGILE
nous soit permis d'user dans nos discours, de dissimulation, d'équivoque et de restriction de pensée; car il ne nous appartient pas de nous donner ii nousraômes divers personnages, selon lesquels nous puissions nier en un sens ce que nous avouerons en l'autre. Il ne nous appartient pas non plus de faire de nos réserves une instruction, un exemple d'humilité, une espèce de parabole dont il faille chercher le sens, un mystère dont il faille approfondir le secret. Jésus-Christ a sa science comme Verbe , et tout y est compris, le présent, le passé, le futur, le possible, l'existant, tout en un mot, tout ce qui est dans la science du Père; car il est lui-même celte science, puisqu'il est son Verbe, sa raison, sa parole extérieure. Il a sa science comme homme, par rapport à sa perfection, et comme le dépositaire et l'exécuteur de tous les secrets de son Père. Tout ce qui regarde le genre humain est compris dans cette science, puisque toute puissance lui est donnée dans le ciel et dans la terre ' . C'est lui qui doit tout faire; c'est lui qui doit venir pour juger. Son Père ne l'avertit pas à chaque moment, de ce qu'il aura à faire par son ordre; mais il lui donne tout d'un coup une pleine compréhension de tout le dessein dont il a l'exécution en son pouvoir : autrement il agirait comme nous, en foi, en obscurité, par morceaux, par pièces, au hasard en un certain sens, et à l'aveugle, sans entendre le rapport de chaque partie avec la lin de l'ouvrage et avec le tout. Il a outre cela, sa science comme docteur de son Eglise, comme interprèle envers elle des volontés de son Père, comme faisant avec elle un même corps. Dans celle science est compris tout ce qu'il faut que l'Eglise sache. Il fallait que l'Eglise sût ses persécutions pour s'y préparer; la chute prochaine des Juifs, afin qu'ils en fussent avertis et qu'ils fissent pénitence; et pour fjter aux fidèles la tentation de croire que le déicide et les autres déloyautés de ce peuple, avec les cruautés qu'il a exercées sur la personne du Sauveur et de ses apôtres, demeurassent longtemps impunies; Jésus-Christ a su tout cela pour "Son Eglise, et il l'a expliqué. Il fallait que l'Eglise sût les signes du jugement à venir, afin d'être attentive à son approche. Jésus-Christ a su encore cela pour elle, cl l'a prédit. Il ne fallait pas qu'elle sût le temps ni l'heure : Jésus-Christ à cet égard ne le sait pas, et n'en dit rien à ses fidèles. Cotte science, qui était en Jésus-Christ, par rapport ^ux instructions qu'il devait donner à son Eglise, avait sa perfection et sa totalité, qui lui faisait dire : « Je vous ai découvert comme à mes amis tout ce que j'ai ouï de mon Père*. » Et encore : « Je vous ai tout prédit'; » tout ce qu'il fallait f[ue vous sussiez, tout ce que j'avais appris pour vous. Si je dis, pour vous renfermer dans ces bornes, que je ne sais pas le reste, j'ai mes raisons de parler ainsi selon la charge qui m'est imposée, selon le personnage que je fais : ne soyez pas assez téméraires pour vouloir ou critiquer ou imiter ce langage mystérieux qui ne vous convif' •- • : c'est à vous à dire avec sagesse et avec ,ié tout ensemble : « Cela est : cela n'est
point* : ne mentez pas; ne vous trompez pas les ur: ' rujiros : j^ircc que vous êtes membres les ij; tulrcs^. »
1, ÂfaUh, xxnn. 18. — 2. Joan., xv. l.j. — 3. Marc, xill- «3. — 4- ifatth., y. <{7. —5. Colou., m. 0; Ephe»., iv. 25.
T;\clions ici de nous revêtir de l'esprit de sincérité, à l'exemple de Jésus-Christ, qui à la réserve de ces mystères, où il élail obligé à nous ménager la lumière, nous a tout dit comme à ses amis, selon qu'il était convenable, et que nous le pouvions porter.
LXXXe JOUR.
Ce qui doit être commun à ces deux grands événements : séduction générale. (Ibid.)
Relisons les commencements de ce discours prophétique de Notre Seigneur. Nous y trouvons les choses qui doivent être communes aux deux événements qu'il prédisait, à la ruine des Juifs, et au jour du jugement dernier : c'est que l'un et l'autre devait être précédé de grands mouvements, d'une grande persécution de l'Eglise, d'une grande séduction.
Ses disciples lui dirent en secret : « Dites-nous quand ces choses arriveront , et quel sera le signe de votre avènement, et de la consommation des siècles? et Jésus leur répondit : Prenez garde à n'être pas séduits'. »
Souvenez-vous toujours qu'ils joignaient deux choses, la chute de Jérusalem, et le dernier jour, comme devant arriver dans le temps. Et sans les désabuser d'abord, parce que cela n'était pas nécessaire, Jésus-Christ leur va expliquer ce qui devait être commun à ces deux événements.
Prenez garde que ])ersonne ne vous séduise. Ils lui faisaient une demande curieuse : Quand ces choses arriveront-elles? Il leur donne un avis utile : Prenez garde qu'on ne vous séduise ; comme s'il disait : Il vous importe peu de savoir quand arriveront ces choses; mais ce qu'il faut que vous sachiez, c'est qu'elles seront précédées d'une périlleuse et horrible tentation, pour vous séduire. « Car il viendra plusieurs christs ; et plusieurs seront trompés. » C'est ce qui arriva devant la ruine de Jérusalem , et aux environs de ces temps-là. C'est ce qui arrivera encore à la fin des siècles. « Je suis venu au nom de mon Père , et vous ne me recevez pas : si un autre vient en son nom, vous le recevrez'^. » C'est ce qui est déjà souvent arrivé aux Juifs : et quelque chose de semblable leur arrivera encore une fois vers la fin des siècles; « lorsque ce méchant, cet impie, qui s'assoira dans le temple de Dieu, pour s'y montrer comme un Dieu , paraîtra avec des prodiges trompeurs, et avec toute sorte de séduction; en sorte qu'ils soient livrés à l'esprit de mensonge, pour ne s'être pas voulu laisser gagner à l'amour de la vérité^. » Ce qui convient parfaitement avec la parole qu'on vient d'entendre de la bouche de Jésus-Christ, et semble fait pour marquer d'une façon particulière, l'aveuglement volontaire avec l'endurcissement du peuple Juif. Quoi qu'il en soit, le démon développera toute sa malignité aux approches du dernier jour : et la môme chose arrivera aux approches de la ruine de Jérusalem, n'y ayant jamais eu tant de faux christs, ni lanl de faux prophètes. Remarquez dans saint Matthieu les versets 5, 11, 23, 24, 2.5, 26 : et à peu près la môme chose dans saint Marc, et dans saint Luc.
Voilà que je vous l'ai prédit : Prenez-y garde''.
I . Mall/i , XXIV. 3; Marc, xiii. 4, 5; Luc, xxi. 7, 8.— 2 Joan., V. 43. — 3. //. Thvss., n. .% 4, 9, 10, 11. — 4. Mallh., xxiv. 25; Marc, XIII. 23.
LA DERNIÈRE SEMAINE DU SAUVEUR
La scduclion sera si puissante, que Jésus-Christ ne craint point de dire, qu'elle ira, s'il se peut, jusqu'à induire en erreur même les élus* . S'il se peut; fait voir deux choses : l'une, l'extrême péril, l'autre, le secours pressant de la main toute-puissante de Dieu.
Pesons ces paroles : considérons à quelles épreuves Dieu met notre foi; jusqu'où il veut 'que nous lui soyons soumis; ce qu'ont à craindre les esprits superbes; les pièges que Dieu permet qui leur soient tendus; combien ils sont délicats, combien subtils; combien il est dangereux que les saints mêmes ne s'y prennent : avec quelle frayeur, et quel tremblement ils doivent donc opérer leur salut^.
Cet esprit de séduction qui se développera tout entier à la lîn des siècles , se fait souvent sentir avant ce temps dans les subtilités des hérétiques : une apparence de réforme; un air de piété et de modestie; des paroles douces, tirées le plus souvent de TEcriture; une véhémente répréhension des abus criants, qui semble marquer un vrai zèle, une vraie horreur des vices, un vrai amour de la vertu. La chrétienté s'émeut : les nations se cantonnent : les élus, s'il se pouvait, devaient être pris dans ce piège. Mais ceux qai y ont été pris doivent songer que nous aurons bien à soutenir d'autres illusions à la fin des siècles; une hypocrisie bien plus délicate, bien plus raffinée : lorsque les prodiges trompeurs se joindront à une doctrine séduisante. 0 Dieu, je tremble pour ceux qui seront mis à cette épreuve ! Tremblez dès à présent à la tromperie de vos passions, aux belles couleurs dont elles parent vos vices secrets, à ces instincts trompeurs de l'ennemi, à ces illusions secrètes que vous prenez pour inspirations. Qui a des oreilles pour ouir, qu'il écoute^. Ah! c'est de quoi séduire, s'il se peut, jusqu'aux élus. Concluez avec saint Paul : Opérez votre salut avec crainte et tre7nblem,e7it. Mais ne croyez pas l'opérer de vous-même. Croyez que c'est Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire^ : opérez , et croyez que Dieu opère : ne soyez ni lâche ni présomptueux : abandonnez-vous à cette grâce qui agit en vous, mais avec une courageuse et fidèle coopération : c'est ce qui soutient les élus; c'est ce qui les empêche de périr.
Les élus, s'il se peut, seront induits à erreur^. S'il se peut. Cela donc ne se peut pas : une main toute-puissante, contre laquelle rien ne prévaut, détourne ce coup. 0 conduite miséricordieuse et toute-puissante, qui empêchez vos élus de pouvoir périr, je vous reconnais, je vous adore, je m'abandonne à vous : mais dans cet esprit, qui en nous disant : Dieu opère, nous dit en même temps : Opérez, travaillez, agissez avec une infatigable ferveur.
LXXXIe JOUR.
Le même sujet. Guerres, famines, pestes, tremblements de terre, maux extrêmes. (Ibid.)
Un grand mouvement dans le monde : des guerres , des bruits de guerre , des pestes , des famines , des tremblements de terre^, seront les tristes avantcoureurs de ces deux événements. Voyez-les en saint Malth., XXIV, G, 7, et la même chose en saint Marc
1. MaUh.,x:n\'. 24. — 2. Pltilipp., il. 12. —3. Matt?i.,xi. 15. — 4. Philipp., II. 12, 13. -- 5. Marc, xxiii. 22. — 6. Idem , XIII. 7,8; Luc, XXI. 9, 10, 11.
et en saint Luc. C'est ce qui arriva un peu devant la guerre de Judée, et dans la dernière année de Néron ; et c'est ce qui arrivera encore d'une manière plus formidable aux approches du dernier jour.
Des guerres, des bruits de guerre : de grandes guerres en effet; de plus grandes appréhensions de mouvements nouveaux : il semblera que l'esprit de guerre, les haines, les jalousies, la nature même voudra enfanter quelque chose de funeste aux grands Etats : on remarquera dans le monde un esprit d'ébranlement universel. Au milieu de tout ce tumulte : « prenez garde de n'être pas troublés; car il faut que cela arrive , et ce n'est pas encore la fin'. »
De quoi donc sera-t-on troublé , si on ne l'est de telles choses? de rien du tout. Car le chrétien n'est troublé de rien que de son péché, et de la colère de Dieu qui le doit punir. Prenez donc garde de n'être point troublés. Vous vous enquérez de ce qui se passe, non-seulement avec curiosité, mais encore avec frayeur : que deviendront ces grandes armées qui sont en présence? Quel ravage, quel embrasement, quel carnage, quel déluge de maux, si une fois la digue est rompue! ah! je m'en meurs. Vous n'êtes pas chrétien. Le sort des empires est entre les mains de Dieu : ils meurent en leur temps, comme le reste des choses humaines. Priez pour votre patrie; humiliez-vous; faites pénitence : mais ne craignez point; ne vous troublez pas : il faut que cela arrive. Il le faut, non par une aveugle et fatale nécessité, qui nous mettrait au désespoir : mais il le faut par une raison, par une sagesse, par une bonté qui prépare de grands biens par tous ces maux. « Ne craignez point , petit troupeau , puisque le royaume qu'il a plu à votre Père céleste de vous préparer,'*, » est hors d'atteinte. Toutes les puissances ennemies, visibles et invisibles, n'ont point de prise dessus, et il ne vous peut être ravi.
C'est ici le commencement des douleurs^; des douleurs de l'enfantement; de celles qui font jeter de plus grands cris; qui s'augmentent de plus en plus : on croit être à la fin, ce n'est encore qu'un commencement.
Quoi ! ce mouvement effroyable des royaumes qui s'entrechoquent, ces famines, ces pestes, ces tremblements de terre, ne sont que le commencement des douleurs! 0 Dieu! que vos derniers coups sont redoutables, si ceux-là qui sont si terribles, dont on ne peut seulement entendre les noms sans être saisi de frayeur, ne sont qu'un prélude ! Il est ainsi. Seigneur, il est ainsi. Par tous ces grands coups , les corps seuls sont menacés : mais voici ce qui est terrible , au delà de toutes les terreurs : « Craignez, craignez celui qui, après avoir fait mourir le corps, enverra l'àme dans la gêne : Oui , je vous le dis, craignez celui-là*. » 0 Seigneur! si je sais bien craindre cela, je ne craindrai autre chose , et je verrai tous les éléments se mêler et la nature se confondre, sans effroi. Ah! je ne puis craindre que ce qui tue l'àme : mais je puis ne le craindre pas, si je commence sérieusement à me convertir. Je n'ai rien à penser que la pénitence ni rien à craindre que de mourir dans mon péché
1. Matth., XXIV. 6. — 2. Luc, xii. 32. — 3. Matth., xxiv. S. — -1. Luc, xu. 5.
MÉDITATIONS SUR L'KVANGILK.
Mourir, co n'est rien, de quelque douleur que la mort soit acoompagni.''o; quoique élrange, quelque imprévue , quelque cruelle et insupportable que la mort paraisse. Mourir dans le pécliô, c'est tout le mal, et le seul qui soit à craindre. ^Malheureux, ingrats, pécheurs endurcis : Vite, vite; convertisse z- tous , et rire-'.
LXXXIJe JOUR.
Persécutions terribles de l' Eglise, trahisons, chariti' refroidie.
(Ibid.)
Un autre avant-coureur : la persécution. Elle a ces terribles circonstances : une haine implacable de tout le genre humain contre l'Eglise; la fureur au dehors; la trahison au dedans : on se livrera les uns les autres; les frères livreront leurs frères, et le père même son enfant; les enfants se soulèveront contre leurs pères; et les familles mêmes seront divisées : les scandales seront horribles , à cause des chutes fréquentes de ceux qu'on croyait les plus fermes. Au milieu de tout cela la séduction redoublera, et de faux docteurs gagneront ceux que la violence n'aurait pu abattre : la cruauté et la séduction iront ensemble au dernier degré. C'est ce qui est arrivé à l'Eglise naissante , à commencer vers les dernières années de Néron, un peu avant la guerre de Judée. C'est ce qui arrivera d'une manière bien plus terrible à la fin des siècles2.
Ce n'était pas une chose aisée à prédire , comme on le pourrait penser d'abord, qu'une telle haine, et une telle persécution contre l'Eglise : et on n'aurait pas pu prévoir que le monde qui laissait en paix toutes les religions, et jusqu'aux sectes les plus impies , comme celle des épicuriens , ne pourrait souflrir le christianisme. Mais Jésus-Christ l'a voulu prédire, et avertir ses fidèles d'une chose aussi singulière, et jusqu'alors autant inouïe que celle-là.
Il joint, selon sa coutume, la consolation aux maux. * Tout le monde vous haïra : mais vous ne perdrez pas un seul cheveu : vous posséderez votre âme par votre patience'; » non en combattant, mais en souffrant. « Vous serez traînés à tous les tribunaux, «comme des criminels; « mais cela leur sera en témoignage'' : vous y paraîtrez comme des témoins de la vérité, comme les maîtres du genre humain : Je tous donnerai une bouche que nulle Impudence, nulle violence ne pourra fermer, « une sagesse, » une force « contre laquelle il n'y aura point de résistance^ : vous n'aurez rien à préméditer : le Saint-Esprit parlera par votre bouche'' : » el le reste qu'on peut voir dans l'Evangile.
Ce qui sera de plus déplorable, c'est que « la malice s'augmontanl sans fin , la charité se refroidira dans la multitude^ : » c'est ce qui arriva à saint Paul , lorsqu'il disait : « Tous m'ont quitté : personne ne m'a assisté dans ma première défense : Démas même m'a abandonné, attiré par l'amour de C€ siècle : il n'y a que Luc avec moi : qu'il ne leur
^''' ' '" ■ i'é*. » Mais ce refroidissement de la
' ' frères, ne changeait point envers eux
lcf;<i;urde Faul. Ce refroidissement de la charité paraîtra beaucoup davantage dans la fin des siècles :
I. Kîtch., xTfii. M. — 2. Matin., XXIV. i), vt teq.; Marc, xiii. ItiLuc, XXI. - :i. Lue., xxt. 17, 1«, \'j. — 4. Id'-„i, 12, V.i, î* '2.'"'<'-i ^\»- '*• «««"y- — 5. Lut., XXI. U, 15. —6. Matth., x. 19,». " I. Id^m,xxt\. lî. —8. II. Tim., iv. 9, 11, 10.
« car, lorsque le Fils de l'honinie viendra, pensezvous qu'il trouve de la foi sur la terre*? »
Mais ù ce comble de maux , il n'y a qu'un seul remède : « Qui persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé '^. » Remarquez ce mol -.jusqu'à la fin. Dix ans, vingt ans, trcnlc ans, cinquante ans, ce n'est rien : il faut aller jusqu'à la fin. Ne vous lassez point de travailler; car la moisson que vous recueillerez, sera élcrnelle.
« Il faut que cet Evangile soit prêché par toute la terre ^ : » de peur qu'on ne pense que la persécution qu'on vient de voir si déchaînée, en arrête le cours. « Paul était lié : mais la parole de Dieu ne l'était pas'' : elle courait'', » dit cet apôtre : le bruit en retentissait par toute la terre : « la foi des Romains y était annoncée ^ : l'Evangile, qui était venu jusqu'à Colosse, était, el fructifiait, et croissait en même temps par tout le monde''. » Ainsi la prédiction du Sauveur s'accomplissait déjà en quelque façon, avant la dissipation des Juifs : mais le grand accomplissement en est réservé à la fin des siècles, et la prédication aura percé par tout le monde avant qu'il finisse.
0 Dieu ! donnez vigueur à votre parole : bénissez les prédicateurs apostoliques : envoyez vos ouvriers dans cette grande moisson, que votre ennemi ravage. 0 Seigneur, je me joins en esprit à ces hérauts de votre Evangile , et à ceux qui croiront en vous par leur parole. Sanctifiez-les en vérité, et que leur sainteté naissante répare les ravages que fait le péché dans votre héritage. Sauvons-nous , sauvonsnous de la corruption de cette race mauvaise. Mon àme, sauve-toi toi-même : ô Dieu, sauvez-moi; je péris.
LXXXIIJe JOUR.
Réflexions sur plusieurs circonstances de ces deux événements.
(Ibid.)
Priez que votre fuite n'arrive point durant l'hiver ou dans le jour du sabbat : vous aurez besoin des plus grands jours, de la saison la moins embarrassante, de la liberté d'agir la plus entière, pour précipiter votre fuite dans les déserts el dans les montagnes, et pourvoir à tant de pressants besoins. (' Jamais il n'y eut , jamais il n'y aura d'afiliclion semblable : » jamais peuple n'aura été, ni ne sera plus impitoyablement livré à la vengeance : « el si Dieu n'avait ajjrégé le temps , nul homme ne se sauverait : mais Dieu a abrégé le temps pour l'amour de ses élus^. » Ce fiéau de Dieu sera si terrible, et la force en sera si insupportable, qu'il y aurait de quoi accabler tout le genre humain. Mais il fallait qu'il restât des hommes sur la terre pour enfanter les élus el les saints, qu'il y avait encore à recueillir. Voilà un sens. Dieu fléchi par les prières de ses élus, a tempéré sa colère : ils sont le sel de la terre, pour en empêcher la totale corruption : il faut qu'ils y soient répandus deçà el delà , et de tous cotés : autrement, le genre humain qui n'est conservé que pour eux, périrait en entier : c'est un autre sens. Le dernier : Dieu a abrégé le temps des souffrances, de peur que ses élus n'en fussent enfin accablés : el il n'a pas voulu qu'ils fussent lenlôs par-dessus leurs forces.
1. Luc, XVIII. 8. — 2. Mallli.., xxiv. 13 — 3. Idem, 14. — 4. //. Tim., II. 9. — 5. //. Tliess., m. 1. — 6. Iiom.,i. 6. — 7. Coloss.,i. <>. — 8. Mallh , XXIV. 20, 21, 22.
Pour L'amour des élus qu'il a choisis, dit saint Marc'. Ils ne sont pas élus par un autre : c'est par lui-même : l'amour qui les lui a fait élire, l'oblige à tout faire pour eux; et il n'épargne la terre qu'à leur considération.
Respectons les saints qui sont parmi nous : nous leur devons tout : et Dieu s'apaise en les voyant, comme un père qui voit ses enfants parmi ses ennemis, retient sa main. Après la séparation, que n'auront pas à souffrir les pécheurs?
Ce qui est vrai en un certain sens, à l'égard des Juifs , est encore plus véritable à l'égard de tout l'univers, dans les approches du dernier jour : après que la patience de ses saints aura été épurée jusqu'au degré qu'il voulait, il mettra fin au temps des épreuves , pour donner lieu aux récompenses.
« S'il y a cinquante justes dans Sodome, s'il y en a quarante, s'il y en a dix, je pardonnerai pour l'amour d'eux à toute la ville^. Dieu aime tant les siens, que non-seulement il les épargne, mais il épargne les autres pour l'amour d'eux. Si on n'aimait pas les justes, si on ne les protégeait pas pour eux-mêmes, il les faudrait protéger pour le bien public. Que notre maison soit leur asile : que nos bras leur soient toujours ouverts : que notre secours les suive partout. Les prêtres, les religieux les représentent par leur état.
LXXXIVe JOUR.
Réflexions sur d'autres circonstances. (Ibid.)
« Si l'on vous dit : Le voici dans le désert : le voici dans les lieux retirés de la maison : ne le croyez point^. » Ceci regarde les derniers temps, lorsque les Juifs fatigues de tant attendre , et d'avoir si souvent été trompés sur le sujet du Messie, s'en diront les uns aux autres des nouvelles comme en secret : « Il est venu, mais il se cache; il est dans ce désert; il est dans les lieux secrets de cette maison : ne croyez point tout cela. » Ce n'est plus le temps qu'il doit venir de cette sorte, d'une maison particulière, d'une ville obscure, d'un désert; tantôt caché, tantôt découvert : il paraîtra tout d'un coup avec un éclat surprenant; « et un éclair ne se fait pas voir plus rapidement du levant jusqu'au couchant, et d'un côté du ciel à l'autre; que le Fils de l'homme paraîtra dans toute la terre '*. » Voilà la première chose qu'il marque de ce grand événement : une apparition soudaine, et un éclat, qui en un moment se fera sentir d'une extrémité du monde à l'autre. Mais voici la seconde : « Où sera le corps, là s'assembleront les aigles''. » Si les aigles sentent leur proie de si loin, et s'assemblent rapidement de toutes parts autour d'un corps mort : combien plus s'assembleront les élus, où sera le Fils de l'homme?
Le grec porte, au lieu de corps, un corps mort, un cadavre : et le Fils de Dieu se compare à un corps de cette sorte , à cause que les élus seront rassemblés par le mystère de sa mort; et que c'est par là qu'ils auront part à sa résurrection. Tout cela regarde visiblement l'apparition dernière, et le dernier jour de Jésus-Christ. Et c'est pourquoi il ajoute : Mais aussitôt après l'affliction de ces jours-là, de ces
1. Marc, XIII. 20. — 2. C-n., xviii. 26, 2S, et si^j. — 3. Mall/i. XXIV. 2(3. — 4. Idem, 27 — 5. lAtc, xvii. 21 ; MnUh., xxiv. 28. '
jours, OÙ le Fils de l'homme devra paraître si vite, et rassembler autour de lui tous les élus : aussitôt après cette affliction : car il a dit qu'il y en aurait d'étranges vers ces jours-là : le soleil s'obscurcira : et le reste'.
Il ne faut donc pas entendre cette affliction ni ces jours , de l'affliction ou des jours qui seront fâcheux pour les Juifs ; mais de l'affliction de tout l'univers, vers le jour où le Fils de Dieu devra paraître, qui sont ceux dont il venait de parler. Le môme paraît dans saint Marc : « Mais dans ces jours-là; dans cette affliction-là; le soleil s'obscurcira 2; » et le reste. Gomme s'il disait : Il arrivera de grands maux aux Juifs : mais ce n'est point dans ces maux , ou dans ces temps , qu'arriveront ces prodiges du soleil obscurci, et les autres : mais dans ces jours dont je viens de parler : dans ces jours , où le Fils de l'homme devra paraître ; aux approches de cette dernière apparition , et peu après les afflictions dont elle sera précédée; le soleil s'obscurcira : et le reste.
Mettons-nous en esprit dans ce dernier jour, si heureux pour les uns, si funeste aux autres. Représentons-nous l'étonnement où l'on sera, de cette nouvelle lumière que jettera le Sauveur, de ce prodigieux éclat qui se fera sentir d'une extrémité du monde à l'autre, avec la rapidité d'un éclair. Contemplons ces aigles mystiques , les esprits sublimes à qui le monde n'aura rien été , et qui n'auront pas été troublés de tant de persécutions; ni de cet ébranlement universel de la nature éperdue; prendre tout à coup leur vol; et, comme dit saint Paul , « être enlevés dans les nuées au milieu des airs, à la rencontre de Jésus-Christ pour être ensuite toujours avec lui^. » Heureux jour ! heureux spectacle ! heureux changement ! heureux ceux qui verront ce beau feu , cet éclair nouveau , cette vive et admirable lumière : qui verront ce corps que la mort a consacré à notre salut; ces aigles qui voleront après, et qui seront enlevés avec lui. Soyons de ces aigles, par la contemplation en foi et en vérité , et par une noble élévation au-dessus des choses mortelles. Faisons notre proie de ce corps, que la mort a fait nôtre. Nous l'avons dans l'eucharistie, ce corps mort autrefois, à présent vivant, mais couvert d'un signe de mort : dévorons-le : prenons-en toute la substance , tout le suc. Vivons de Jésus et de sa vérité, et de ses souffrances, et de sa mort, qui est notre vie : imitons-la : portons-la sur nous : « Portons sur nos corps la mortification de Jésus, afin que la vie de Jésus paraisse en nous^. » Si parmi les ténèbres du monde, et celles qui nous environnent, il lui plaît de faire tout à coup reluire sur nous comme une espèce d'éclair, une lumière rapide qui se répande en un moment dans toute noire àme, et qui se fasse sentir de la partie hau te jusqu'à la plus basse ;ô lumière, je vous adore I ô lumière, je vous veux suivre! Si vous vous relirez comme un éclair, et que vous laissiez mes yeux éblouis d'un éclat si vif, je me souviendrai de vous avoir vue : je me réjouirai de l'espérance de vous revoir à d'aulres moments : je tâcherai de mettre à profit tout ce que vous me montrerez dans ces moments ra[)idcs : et j'aspirerai nuit et jour à ce jour
1. Mritth., XXIV. 2y. —2. Marc, xiii. 24. —3. /. T/iess., iv. 1.5, 17. - i. II. Cor., IV. 10.
MKDITATKms SUR [/ÉVANGILE.
uni»iuo de rélcrnilo, où vous luirez sans vous retirer; sans Mre obscurcie; où voire levant sera sans couchant; où nous jouirons à jamais de vous, ô Père ! ô Fils! ô Saint-Esprit ! qui êtes la véritable et seule luraière.