‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 266 sur 851 · C. Matth., et Marc, idem · texte numérisé non relu

C. Matth., et Marc, idem

B. — T. II

longtemps, il ne laisse pas de réserver toujours quelque chose qui surprenne , et qui inspire une nouvelle terreur lorsque le mal arrive.

Voilà pourquoi la prédiction de la ruine de Jérusalem , est en quelque sorte confondue avec celle du monde. Apprenez, ô hommes! par l'obscurité que Jésus-Christ même veut laisser dans sa prophétie, apprenez à modérer votre curiosité, à ne vouloir pas plus savoir qu'on ne vous dit, à ne vous avancer pas au delà des bornes, et à entrer avec tremblement dans les secrets divins.

Quoique Jésus-Christ confonde ces deux événements, il ne laisse pas dans la suite, comme nous verrons, de donner des caractères pour les distinguer.

Voilà de grandes choses, mais encore en confusion. Considérons-les en particulier : et tâchons de tirer de chacune toute l'instruction que Jésus-Christ a voulu nous y donner.

LXIXe JOUR

Les marques particulières de la ruine de Jérusalem, et de la fin du monde. (Ibid.)

Selon ce que nous venons de dire, il faut qu'il y ait dans ces deux événements, dans le dernier jour de Jérusalem, et dans le dernier jour du monde, quelque chose qui soit propre à chacun, et quelque chose qui soit commun à l'un et à l'autre.

Ce qui est propre à la désolation de Jérusalem, c'est qu'elle sera investie d'une armée : c'est que l'abomination de la désolation sera dans le lieu saint. C'est qu'alors on pourra encore prendre la fuite, et se sauver des maux qui menaceront Jérusalem : c'est que cette ville sera réduite à une famine prodigieuse , qui fait dire à notre Sauveur : Malheur aux mères : malheur à celles qui sont grosses : malheur à celles qui nourrissent des enfants*. C'est que la colère de Dieu sera terrible sur ce peuple particulier, c'est-à-dire, sur le peuple Juif; en sorte qu'il n'y aura jamais eu de désastre pareil au sien. C'est que ce peuple périra par l'épée, sera traîné en captivité par toutes les nations, et Jérusalem foulée aux pieds par les gentils. C'est que la ville et le temple seront détruits, et qu'il n'y restera pas pierre sur pierre, comme nous avons déjà vu. C'est que celle génération, celle où l'on était, ne passera point, que ces choses-ci ne soient accomplies, et que ceux qui vivent les verront^.

Ce qui sera particulier au dernier jour de l'univers , c'est que le soleil sera obscurci , la lune sans lumière, les étoiles sans consistance, tout l'univers dérangé : que le signe du Fils de l'homme paraîtra; qu'il viendra en sa majesté; que ses anges rassembleront ses élus des quatre coins de la terre, et le reste qui est exprime dans l'Evangile' : que le jour et l'heure en sont inconnus; et que tout le monde y sera surprise

De là rc.suUe la grande différence entre ces deux événements, que Jésus-Christ veut qu'on observe. Pour ce qui regarde Jérusalem, il donne une marque certaine. Quand vous verrez Jérusalem investie^ : et ce qui-^^t, comme njiJis verrons, la même chose : I Quand vous verrez l'abojnination de la désolation

1. Luc, wi, Matth. .wrv ; Marc, ïui. —2. Idem. — ,3. Ibid. I — 1. Matth., XXIV. 27, 36, 37.-5. Luc.,\xt. 20.

:no

Mia)ITAÏIONS SUR L'ÉVANGILE.

dans le lieu saint , où elle ne doit pas être : sachez que sa perte est prochaine*, cl siuivez-voiis. On pouvait donc se sauver de ce triste événement. Mais pour l'autre, qui regarde la lin du inonde; comme ce sera , non pas ainsi que dans la chute de Jérusalem, un mal particulier, mais un renversement universel et inévitable; il ne dit pas (|u'on s'en sauve, mais qu'on s'y prépare. Ce qui sera commun à l'un et à l'autre jour, sera l'esprit do séduction, et les faux prophètes, la persécution du peuple de Dieu ; les guerres par tout l'univers, et une commotion universelle dans les empires, avec une attente terrible de ce qui devra arriver-.

Considérons toutes ces choses dans un esprit d'humiliation et d'étonnemcnt. 0 Dieu , que votre main est redoutable! Par combien de terribles effets dôployezvous votre justice contre les hommes! Quelles misères précèdent la dernière et inexplicable misère de la damnation éternelle! « Qui ne vous craindrait, 0 Seigneur! qui ne gloriliera voire nom! 0 Seigneur Tout-Puissant, vos œuvres sont grandes et merveilleuses! vos voies sont justes et véritables, ô Roi des siècles! vous seul êtes saint, et toutes les nations vous adoreront^*! » Tout genou se courbera devant vous*; les uns en éprouvant vos miséricordes, les autres se sentant soumis à votre implacable et inévitable justice.

LXXe JOUR.

Les marques de distinction de ces deux événements expliqués encore plus en détail en saint Matthieu, en saint Marc et en saint Luc. (Ibid.)

E.s continuant la même lecture , nous avons à considérer les marques de distinction des deux événements, qui nous sont donnés dans l'Evangile. La distinction parait assez clairement dans saint Luc. Ce qui regarde en particulier Jérusalem, commence au chapitre xxi, *. 20, et se continue jusqu'au t. 25; et ce qui regarde le dernier jour de l'univers commence au t. 25, et se termine au :!r. 31. La même chose parait à peu près en saint Matthieu, chap. XXIV, t. 15, à ces paroles : Lorsque vous verrez l'abomination de la désolatioii, d'où se continue le récit des maux de Jérusalem juscju'au t!^. 27, où l'on commence à parler de l'avènement du Fils de l'homme : ce qui se continue principalement depuis le t. 29 , jusqu'au 34. On voit encore la môme chose en saint Marc, chap. xni, depuis le*. 14, où l'abomination nous est montrée où elle ne doit point Hre : d'où se continue la ruine de Jérusalem jusqu'au t. 2'i : et là commence la prédiction de la dernière catastrophe de l'univers jusqu'au t. 30. Il nous sera maintenant assez aisé d'arranger la suite des événements, premièrement, dans la ruine de Jérusalem, cl ensuite dans celle du monde. Uahominntion de la désolation dans le lieu saiyit, selon saint Matthieu, et où elle ne doit pas être, dans saint Marc , est visiblement la même chose, que Jérunalem enrAronnée d'une armée, dans saint Luc, comme la seule suite le fera paraître à un lecteur attentif. Mais ce qui ne laisse aucun doute, c'est le rapport de ces mots : Quand tous verrez l'abomination de la désolation dans le lieu saint; avec ceux-

I. Mallh.. XXIV. \T,; .V'/rc, xiii. U ; Luc, idnm. — 2. Idem , XXir. 4; M'trc.xiu. '»; l,w . , xxi. S , '•< »«'/. -- .3. Apor., xv. 3, 4. - *. /«.. xi.\ 21,

ci : Quand Jérusalem sera investie d'une armée. L'abomination , selon le langage de l'Ecriture, signitie des idoles. L'abomination de la désolation, ce sont donc des idoles désolantes , tant à cause de ralïliction qu'elles causent par leur seul aspect au peuple de Dieu, qu'à cause de la dernière désolalion dont elles leur étaient un présage. Or on sait que les armées romaines portaient dans leurs étendards les idoles de leurs dieux , celles de leurs empereurs, qui étaient du nombre de leurs dieux, et des plus grands; l'aigle romaine qui était consacrée avec des cérémonies qui la faisaient adorer ellemême. Ainsi invesLir Jérusalem d'une armée romaine , et en porter les étendards» aux environs de celle ville, c'était mettre des idoles dans le lieu saint; aux environs de Jérusalem, qui était appelée la cité sainte; auprès du temple qui était appelé par excellence le lieu saint; dans la Judée , dont la terre était consacrée à Dieu , sanctifiée par tant de miracles, et pour cela appelée la Terre sainte. Selon les ordres de Dieu, les idoles n'y devaient jamais paraître. Et c'est pourquoi ce que saint Matthieu exprime par ces mots : L'abommafion, c'est-à-dire, l'idole, dans le lieu saint : saint Marc l'explique par ceux-ci : L'abomination et l'idole où elle ne doit pas être : c'est-à-dire, dans un lieu et dans une terre dont la sainteté la devait éternellement bannir de son enceinte : ce que saint Luc a expliqué plus particulièrement , lorsqu'il a marqué : Une armée autour de Jérusalem ; une armée de gentils, puisque c'était par les gentils que Jérusalem devait être foulée aux pieds* ; par conséquent une armée remplie d'idoles, puisque même elle les portait dans ses étendards, et en un mot une armée romaine.

Ainsi le premier présage de la ruine de Jérusalem , c'est d'être environnée d'idoles. Car auparavant on voit dans Josèphe , que lorsqu'une armée romaine traversait la Judée, on obtenait des princes qu'on n'y passât point avec les étendards, de peur de souiller d'idoles une terre qui n'en devait jamais voir aucune. Mais à celle fois l'armée étalait ses idoles : on n'avait plus de ménagement pour la Terre sainte : c'était là le commencement de la dernière hostilité contre Jérusalem, et le prochain présage de sa chute.

Chrétien, ton corps et ton âme sont la terre vraiment sainte, où jamais les idoles ne doivent paraître. Toute créature mise à la place du Créateur, c'est une idole abominable, une idole désolante : tout ce que tu aimes plus que Dieu, ou avec Dieu, ou au préjudicb de Dieu, renverse son trône, ou le partage : c'est là le premier présage de ta perte. Toute désobéissance, tout ce qui lève l'étendard contre Dieu, c'est le commencement de ton malheur. De quelle alTreuse désolation sera suivi ce désordre? de quels maux ne sera-t-il pas le présage?

LXXJe JOUR.

Deux sièges de Jérusalem prédits par Notre Seiqneur. Le premier en saint Matthieu., xxiv. l.'i, lU ; Marc, xiii. 14 ; Lnc, XXI, 20. Le second en saint Luc, xix. 43, 44.

Ces paroles de saint Matthieu et de saint Marc : L'idole dans le lieu où elle ne doit pas être, et celles de saint Luc : Jérusalem environnée d'une armée, ne mar(|uent pas encore le dernier siège do Jé-

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