Pi., xxMit. y. —2. Jo'Vi., XVI. 21 Tim-, VI. l
— ■.^. Idem, -.',' — t. /.
MÉDITATIONS Sl'U L'ÉVANGILE.
Dieu : cl en l'otanl , s'olcr soi-mOmo, cl loiil Cire, el ne laisser que le iu''ant. Tout ce qu'on nous peut oler, c'est la joie que nous avons de rèlre de Dieu. Mais qui nous la peut ôlcr, si ce n'est nous-mônios par le péclu''? Viendra le temps où le péché étant entièrement détruit en nous, nous ne cesserons non plus de mettre toute notre joie dans l'éternelle félicité el perfection de Dieu , que Dieu cessera d'être heureux et parfait. Alors donc nous serons jiarfailement heureux, el notre joie ne pourra plus nous être ravie.
Réjouissons-nous en même temps, de ce que Josus-Chrisl est entré dans la gloire de son Père : « Si vous m'aimiez, » dil-il, « vous vous réjouiriez de ce que je retourne à mon Père, parce cjuc mon Père étant plus grand que moi', » selon la nature que j'ai prise, retourner à mon Père, c'est retourner au centre de la grandeur el de la félicite.
Dieu est une nature heureuse cl parfaite; cl en même temps une nature hienfaisante el béalillanle: l'aimer, c'est vivre , c'est être jusle, c'esl être véritable; c'est être heureux; c'esl être parfait, autant que le peut être ce qui n'est pas Dieu. Mais Dieu nous apprend qu'il nous fait dieux; un môme esprit avec lui; participants, associés à la nature divine, à la sagesse, à la vie, à l'éternité, à la félicité de Dieu. Lui qui esl son bonheur, devient le nôtre : noire bonheur est par conséquent le bonheur de Dieu. Dieu se donne à nous tout entier : nous le verrons: nous l'aimerons, assurés de ne cesser jamais de le voir et de l'aimer. .( En ce jour-là, » dit le Sauveur, 0 vous ne m'interrogerez i)lus de rien; car vous verrez à découvert la vérité môme. » Vivez donc, cl réjouissez- vous dans celle espérance. Mais en allendant, que ferons-nous au milieu de tanl de besoins, de tant d'indigence? \'ous n'avez (lu'à demander : loul ce qui vous sera nécessaire, vous sera donné en mon nom 2. » Vous n'êtes donc jjIus indigents, puisque vous avez le nom par lequel vous pouvez loul obtenir.
XXXe JOUR.
Qu'est-ce qu'on doit demander au nom de Jésus-Christ. (Joan., XVI. 24.)
Jt.soL-'ici VOUS n'avez rien demandé en mon nom^. Eh (|uoi ! lor.-qu'il» lui disaient : Seif/neur, apin'eneznous à prier : cl encore : Aufjmcnlez-nous la foi'' : n'élail-ce pas de lui, cl par lui qu'ils espéraient celle grAce :'
Leur.s demandes n'étaient pas encore assez épurées. A l'occasion du royaume do Jésus-Chrisl, ils s'élaienl mis dans l'espril des idées de grandeur el d'ambilion , qui tenaienl beaucoup de l'espril judaïque. L'allache sensible qu'ils avaient à sa personne, était un obstacle à l'amour spirituel qu'il leur demandail. Lorsque leur foi fui épurée par sa ';r<>ix, par son ab-sencc, cl par l'opération du Sainl- Espril, ils apprirent ce qu'il fallait demander au nom de Jésus-Christ, qui était de lui être conforme, el de marcher après lui dans la roule des croix el de la mort. Que pouvcz-vous demander au nom de ■' , sinon les choses que vous voyez en lui?
^■- ■■ • " garde, âme chrétienne, ce que c'esl
l. Jom., XI». 21. 2. i,i«n, xvi. ZS. - 3. Ibid.'zi. - 4. Lue., XI. 1; xtii. 5.
que Jésus-Chrisl; el par là lu apprendras ce que lu dois demander en son nom.
C'esl ce que les apôlres n'enlendaient pas encore; cl loin de vouloir porter leur croix avec Jésus-Chrisl, ils ne voulaicnl pas même entendre ce qu'il leur disait de la sienne : « Ce discours était caché à leurs yeux : et ils craignaienl de l'interroger sur ce discours' : parce qu'ils craignaient d'apprendre trop leurs obligations, en découvrant les dispositions de leur Maître. Ainsi comme ils répugnaient beaucoup à la croix, ils ne savaient guère ce qu'il fallait demander au nom de Jésus-Christ crucifié : el c'esl pourquoi il leur dit : « Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom : Demandez, et vous recevrez, afin que votre joie s'accomplisse^. »
La joie qu'il leur promet ici n'est pas une joie sensible : c'est une joie dans la foi, c'est une joie dans la croix, comme celle de Jésus-Christ, qui est monté sur la croix en se proposant une grande joie''^. Quelle joie , si ce n'était celle de glorifier son Père, et de conlenter son amour, en sauvant les hommes? Ainsi nous devons apprendre à metlre toute noire joie à le glorifier, ce qui nous fera réjouir dans nos soulTrances; ce qui inspira aux apôtres celte joie qu'ils ressentirent d'avoir été flagellés pour le nom de Jésus-Chrisl\ Alors donc ils avaient appris ce qu'on reçoit et ce qu'on doit demander en son nom, qui est d'apprendre à se glorifier, à se réjouiT dans ce qu'on soufiVe pour lui.
La patience est le seul moyen de surmonter les vices, el d'épurer les vertus. La patience chrétienne apprend non-seulement à porter sans murmure, mais encore à se réjouir dans les souffrances que Dieu envoie. Se fonder sur la patience, et s'unir à la croix de Jésus-Christ, c'esl le moyen de prier en son nom, el c'est par là qu'on obtient tout.
XXXIo JOUR.
Tout nous vient par Jésus-Christ. (Joan., xvi. 25-28.)
Je cous ai dit ceci en paraboles : je ne me suis pas encore entièrement explique sur mon départ : je vous en vais maintenant parler à découvert : vous allez tout voir en trois mois : « Je suis sorti de Dieu, el je suis venu au monde : maintenant je quitte le monde, et je m'en retourne à mon Père ^. » Il finit là son discours, comme n'ayant plus rien à leur expliquer, après leur avoir dit si nettement, d'oii il venait, et l'obligation qu'il avait d'y retourner.
Les apôlres vont entendre plus que jamais celle vérité (|ui leur ôtera toutes leurs erreurs sur le règne de Jésus-Christ. Ils s'étaient grossièreihenl attendus à le voir établir sur la terre avec un éclat mondain; mais celle pensée n'a plus de lieu (le[Miis que Jésus-Chrisl montait au ciel. Car on voit là, (|ue son royaume n'est pas de ce monde; que son trône est à la droite de Dieu ; el que c'esl de là qu'il doit mettre tous ses ennemis à ses pieds. C'est ce que les apôtres entendirent, connue il parait par la première prédication de saint Pierre, où il allègue un passage du psaume cix. Alors donc, quand ils entendirent où Jésus-Christ devait régner, el d'où il devait vaincre ses ennemis, ils surent que dorénavant il lallail loul demander en son nom ; el en voici
1. /vMC, IX. 41, 45; XVIII. 31. — 2. Joan., xvi 24. — 3. Jle''., XII. 2. - 4. Acl., V. 41, — 5. Joan., xvi. 2«.
LA GENE. — SECONDE PARTIE
tout le secret. Je suis sorti de Dieu pour venir à vous : je vous aimais et je suis venu vous chercher.
{ je vous quitte pour retourner à mon Père, je porte mon amour, cekii que j'ai pour vous, jusque dans son sein; et je serai plus que jamais voire avocat, votre intercesseur, et le parfait médiateur de Dieu et des hommes.
Ainsi demander par Jésus-Christ, c'est croire qu'il est dans le ciel notre avocat : el encore qu'il ajoute : Je ne dis pas que je prierai pour tous ; il ne laisse pas de le faire d'une manière admirahle, en se présentant pour nous à Dieu , comme il est écrit aux Héhreux'. Mais il veut dire que non content de cela, il fait plus, puisqu'il nous concilie tellement le Père, que de lui-même il se porte à nous aimer, quoique toujours au nom de son Fils; puisqu'il dit : « Mon Père vous aime, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti de Dieu^. »
Ainsi, demander par Jésus-Christ, c'est en croyant qu'il est sorti de Dieu, l'aimer de tout notre cœur, el ne vouloir plus rien que ce qu'il veut; puisqu'il n'y a rien à obtenir que par lui. Telle est la médiation de Jésus-Christ. Nous l'aimons, el par là son Père nous aime. Nous aimons Jésus-Christ, par qui nous lui demandons toutes choses; et tout nous revient par Jésus-Christ, au nom duquel nous demandons tout.
Entrons dans cette secrète correspondance du Père, qui nous aime, à cause que nous aimons son Fils : et croyons que c'est lui-même qui nous inspire cet amour; puisqu'il est vrai que ce n'est pas nous, mais lui qui a aimé le premier; et son amour est la source de celui que nous lui rendons.
Mon Sauveur, mon intercesseur, mon médiateur, mon avocat; je n'ai rien à espérer que par vous : j'entre dans vos voies; j'obéis à vos préceptes. Ainsi se juslifie ce que vous dites : Je suis la voie^. C'est par vous qu'il faut aller, c'est par vous qu'il faut demander, c'est par vous qu'il faut recevoir. Tant de grandes vérités qu'on vient d'entendre , sont renfermées dans la conclusion des prières de l'Eglise : Per Dominum nostrum Jesum Christum. foules les fois qu'elle retentit à nos oreilles, rappelons ces vérités dans notre esprit, et conformonsy notre cœur.
Les vœux montent par Jésus-Christ ; les grâces reviennent par lui; pour l'invoquer, il faut l'imiler. C'est l'abrégé du christianisme.
XXXIIc JOUR.
Délaissement de Jésus-Christ. (Joan., xvi. 29, 30, 31, 32.) Les disciples ravis d'avoir entendu ce grand secret de leur Maître, lui en témoignent leur joie, en lui disant : C'est à cette heure que vous parlez à découvert : vous avez répondu à nos plus secrètes pensées : vous avez satisfait à nos désirs les plus profonds : « Vous savez tout, et vous n'avez pas besoin qu'on vous interroge : c'est pour cela que nous croyons que vous êtes sorti de Dieu''. » Nul autre qu'un Dieu sorti de Dieu, ne peut découvrir le secret du cœur humain : nous- croyons en vous. Qui ne croirait à les entendre parler de celle sorte, que leur foi aurait auUuit de persévérance qu'il y pa-
1. Heb., IX. 4. — 2. Joui., XVI. 27. — .3. Idem, xiv. G. — 4. ma., XVI. 29,30.
raissait de sincérité? Mais Jésus les connaissait mieux qu'ils ne se connaissaient eux-mêmes, et il leur dit : « Vous croyez maintenant. Le temps va venir, et il est venu, que vous serez dispersés chacun de son cOlé, et que vous me laisserez seul; mais je ne suis pas seul, parce que mon Père est avec moi'. »
Qui nous donnera ici d'entendre l'élal d'une àme qui n'a que Dieu; d'une àme destituée de tout appui, de toute consolation humaine? Quelle détresse d'un côté! Quelle joie de l'autre, lorsqu'on a d'autant plus Dieu, qu'on n'a que lui! C'est l'état où va entrer Jésus-Christ : et il y faut ajouter ce dernier trait, qui met le comble à un élat si désolant : qu'on a Dieu sans sentir qu'on l'a, puisqu'il semble s'être retiré, jusqu'à réduire Jésus-Christ à dire : Mon Dieu , mon Dieu! pourquoi m'avez-vous délaissé'-?
0 âmes, qui participez à cette désolation de Jésus- Christ, qui vous enfoncez d'abîme en abîme, si loin de Dieu, ce vous semble, et tellement séparées de lui par ce grand chaos, que votre voix ne peut parvenir à ses oreilles, comme si vous étiez dans l'enfer! je vous remets entre les mains de Jésus-Christ, qui vous donne son fiel à manger, son vinaigre à boire, sa désolation à porter. Il est avec vous; et s'il ne veut pas se faire sentir, c'est là votre épreuve. Dites avec lui dans ce creux, dans cet abîme profond : En espérance contre l'espérance'^ : je me meurs, je vais expirer : Mon Père, je recommande, je remets mon esprit entre vos mains'' : je vous remets ma vie, mon salut, mon libre arbitre avec tout son exercice. Après cela taisez-vous, et attendez en silence voire délivrance. xVmen, amen.
XXXIIIe JOUR.
Acquiescement à la volonté divine. (Joan., xvi. 33.)
Je vous ai dit ceci; je vous ai expliqué la désolation où je serai jeté par votre fuite, qui ne laissera ([ue Dieu avec moi : afin que tous troutiez la paix en moi seui^ : non pas en vous-mêmes, ni dans votre foi, que vous voyez si chancelante. Il n'y a donc point de paix pour vous, que celle que je vous donne en vous protégeant. Vous m'allez quitter, mes enfants , vous m'allez laisser seul selon le monde. Si dans cet abandon je ne suis pas seul; si mon Père ne me quitte pas un seul moment, fjuoiqu'il semble me délaisser, apprenez de là qu'il n'y a de paix ni de force qu'en lui seul , et dans l'acquiescement à sa volonté. Vous aurez de l'affliction dans le monde; mais prenez courage, j'ai vaincu le monde^. Destitué de toute apparence de secours, el n'ayant pour toute ressource ([u'un Dieu délaissant et irrité, j'ai vaincu le monde; je l'ai vaincu pour moi et pour vous. Prenez courage, ayez confiance. Qaekiue délaissés que vous croyiez ôlre, cl encore que vous vous voyiez sur le bord du précipice, cl déjà Comme engloutis parla mort; le monde que j'ai vaincu ne peut rien sur vous : et pourvu que vous sachiez vous commettre à ma foi, votre paix est inaltérable.
Repassez ici toutes les persécutions de l'Eglise, tous les dégàls qu'y ont faits les schismes et les hérésies, toules les peines intérieures el extérieures,
1. Joan., 31, 32. — 2. M".Uh.. xxvit. 4G. — 3. Rom., iv. 18. — 4. Luc, xxii. 4(i. — 5. Joan., xvi. 33. — G. /U«in,xvi, 33.
MEDITATIONS SUR L'ÉVANCILE.
et tous les délaissements de ses serviteurs. Voyez do quelle sorte ils en sont sortis, et te bien qui est arrivé par toutes ces teuipéles; et reposez-vous comme un Jonas au milieu des vents et des Ilots. Dieu est avec vous; et quand il vous faudrait être jeté dans la mer, et englouti par une baleine, le sein allreux de ce goutlre vivant sera un temple j>our vous, et c'est là que commencera votre délivrance.
XXXIVt> JOUR.
Quatre paroles , ou prières de Solre Seigneur adressées ù son Père.
L\ Unit le dernier discours et comme le dernier adieu de Notre Seigneur à ses apôtres : après leur avoir parlé, il va maintenant parler pour eux et pour nous tous à son Père. Car ce n'est pas assez d'instruire les hommes par la prédication de la vérité, si on ne leur obtient par la prière, la grâce de la connaître et de la pratiquer. C'est ce que Jésus- Christ va faire dans la prière suivante.
Je trouve que jusqu'ici le Fils de Dieu s'est adressé quatre fois à son Père, et lui a parlé expressément. La première, lorsqu'il dit : « Je vous loue, mon Père , Seigneur du ciel et de la terre , parce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents; et que vous les avez révélées aux petits. Oui, mon Père; ainsi soit-il , puisque vous l'avez voulu ainsi'. • C'est une parole de complaisance et d'action de grâces, qui fait entrer l'ànie chrétienne, à l'exemple de Jésus-Christ, dans les secrets desseins de Dieu , pour s'y soumettre et s'y complaire.
Les autres paroles de Notre Seigneur adressées au Père céleste, sont en second lieu celle-ci, à la résurrection du Lazare : « Mon Père, je vous rends grâces de ce (jue vous m'avez écouté; pour moi je savais que vous m'écoutez toujours; mais je parle ainsi à cause de ce peuple, alin qu'ils croient que vous m'avez envoyé 2. » C'est encore ici une action de grâces, mais qui présuppose une invocation, puisqu'il dit (|ue son Père l'a écoulé, cl ([u'il a exaucé ses prières.
La troisième parole adressée au Père par Jésus- Christ, est dans saint Jean, encore devant tout le peuple : « Et que dirai-je? dirai-je : Mon Père je vous prie de me sauver de cette heure ? » qui était celle de sa passion : « Mais je suis venu pour cette heure. Mon Père, gloriliez votre nom'». » C'est une parole de demande , et l'abrégé de tous les vœux et lie toutes les demandes, comme de toutes les paroles, de tous les mystères, de toutes les actions de notre Sauveur. Aussi le Père y répondit-il par une l»arole venue du ciel à la manière d'un coup de tonnerre*.
La quatrième et la dernière parole de Jésus-Chrisl à son Père, est la (irièreque nous allons voir, beauc/)up plus longue que toutes les autres, et qifi est la prière même de son sacrilice.
L'âme du sacrilice, c'est la prière, qui déclare pourquoi on l'olTrc, et qui est l'oblation même ou l'action d'oiïrir. C'est ainsi <|ue dans la prière du canon , où commence l'action du sacrihce , l'Eglise déclare k qui, pour qui, et pour quelle cause elle l'olTre. C'est ce que va faire Jésus-Christ prêt à consommer son gacrilice , et à se consacrer soi-même :
1. MiUlh.. XI. 25, 2/J; Ahc. x. 21. — 2. Jonn xt. 41, 42. — .3. J'Um, XM. 37, 28 — 4. JbUt.. Vj.
et celte prière, si je l'ose dire, est comme le canon, ou pour parler plus dignement de Jésus-Christ, est la prière expresse et solennelle qui devait accompagner son sacrilice. La disposition de son cœur, et les demandes qu'il fait à son Père, le suivent partout dans le cours de sa passion, et jusqu'à la mort; el c'est l'âme de son sacrilice.
Soyons donc allenlil's à celle prière, qui comprend el renferme en soi toute la verlu du sacrilice de la croix, et qui renferme surtout la consécration que Jésus-Christ fait de lui-même par la croix.
Combien doit-on imposer silence à tout le créé, pour entendre au fond de son cœur les paroles que Jésus-Chrisl adresse pour nous à son Père , dans celle inlime et parfaite communication I Taisonsnous, Jésus-Chrisl va parler.
XXXVe JOUR.
Jésus lève les yeux au ciel, en commençant sa prière. (Joan., xvu. 1.)
Jésus dit ces choses; et, levant les yeux au ciel, il dit : Mon Père, l'heure est venue* . Celait une action ordinaire à Jésus-Chrisl de lever les yeux au ciel avant la prière. Lorsqu'il multiplia les pains, il regarda le cieP, el c'était une manière de s'y adresser pour l'ouvrage qu'il voulait faire. Saint Luc remarque la même chose. En saint Jean, lorsqu'il ressuscite Lazare , élevant les yeux en haut, il dit : Mon Père^ ; et le reste. El l'Eglise a lellemenl entendu que cette action était naturelle à Jésus-Chrisl, qu'elle l'a suppléée dans la bénédiction de la cène, en disant dans le canon, que Jésus leva les yeux à Dieu son Père tout-puissant ; quoique cela ne soil point marqué dans les écrivains sacrés, qui ont récité celle sainte action.
Levons donc aussi les yeux au ciel avec Jésus- Christ en qui seul nous les y pouvons lever. Car le publicain, qui était pécheur, n'osait seulement lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant : 0 Dieu , ayez pitié de moi, qui suis un pécheur''. El le prodigue disait : Mon Père, j'ai péché contre le ciel, et à vos yeux^. Comment donc regarder le ciel , contre qui on a péché? On ne l'ose qu'en s'unissanl à Jésus-Christ, (|ui lève pour nous les yeux au ciel , el l'apaise en les y levant.
Mais pouniuoi lever les yeux au ciel, si ce n'est pour adorer Dieu et sa magnilique présence dans sa gloire, et pour nous y transporter en esprit? Allez donc, mes yeux; allez au ciel, et y enlevez mon cœur. Allez par désir et par espérance où vous êtes appelés, où vous serez un jour en effet. Allez au séjour qui vous est montré; et aimez cette céleste patrie, où Dieu sera tout en tous.
XXXVU' JOUR.
Gloire du Père et du Fils dans l'établissement de l'Eglise. (Joan., xvM. d, 2.)
Mon Père, l'heure est venue; glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie'^. Le sacrifice commence par le nom de Père, nom d'autorité, mais d'une autorité douce, rjui marque l'aulcurde la vie, de qui on tient tout, à qui on rapporte tout; nom de bonté et d'indulgence, autant (pio d'empire el de souveraineté. C'est encore par cet endroit ([ue nous
1. Joan., XVII. 1. — 2. Matth., xiv. \i). —.'5. Joan., xi. 11. — 4. Luc, xviii. l'.i. —5. Idem, xv. 18. — 0. Joan.,\vii. 1.
LA CÈNE. — SECONDE PARTIE
commençons notre sacrifice : Te igitur , clementissiME Pater. C'est vous , Père très-miséricordieux , que nous invoquons par Jésus-Glirist votre Fils. Mon Père, glorifiez votre Fils; afin que votre Fils cous glorifie. Il est le médiateur entre vous et nous, et il faut lui donner la gloire qui retournera à vous. C'est ce qui arrive , quand nous invoquons par Jésus-Christ : la gloire lui est donnée d'abord, mais pour être portée à Dieu, à qui elle appartient toute. Mon Père , glorifiez votre Fils; afin que votre Fils vous glorifie. La gloire que vous lui donnerez ne fait que passer en lui, pour aller à vous : recevezen le sacrifice, puisque vous en aimez le médiateur.
Mon Père, l'heure est venue. Le sacrifice a son heure : c'est le matin, c'est le soir : il a son heure marquée. L'heure marquée pour le sacrifice de Jésus-Christ est venue : mon Père, la victime est prête, et il n'y a plus qu'à lâcher le coup.
Je me sens ici élevé à je ne sais quoi d'intime, que je ne puis pas bien expliquer à moi-même. Ce je ne sais quoi me fait sentir dans le fond de l'âme, qu'il se faut unir à l'intention secrète de Jésus- Christ dans cette prière, et que c'est là le véritable moyen de prier en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. Et il me semble que cette intention secrète de Jésus- Christ est celle de former toute son Eglise, et de s'offrir lui-même intérieurement et extérieurement en sacrifice pour cela.
i][on Père, l'heure est venue, que se doivent accomplir les prophéties de l'elTusion de votre Esprit sur tous les peuples, et de cette grande glorification qui doit vous être donnée, en ramassant votre peuple de toutes les nations. Glorifiez votre Fils, en le ressuscitant de la mort, et en répandant sa parole dans toute la terre, en y formant la société où doivent être renfermés tous vos amis, tous vos élus. Glorifiez donc votre Fils de cette sorte, en lui donnant une Eglise qui porte son nom , qui soit l'Eglise chrétienne, et le recueillement intérieur et extérieur de tous ceux qui se glorifient d'être ses disciples. C'est la gloire que vous donnerez à votre Fils, et qui en même temps retourne à vous, ô Père, premier principe des émanations, tant extérieures que divines et intérieures, puisque votre Fils vous rapporte tout.
Glorifiez donc votre Fils de cette sorte : comme vous lui avez donné puissance sur tous les hommes, avec la même efficace et dans le même dessein que vous lui avez donné cette puissance, glorifiez-le. Toute puissance m'est donnée dans le ciel et dans la terre*. Ce qui ne s'entend pas seulement de la toute-puissance qu'il lui a donnée, en lui communiquant sa divine essence; mais d'une sorte de toute-puissance que le Père donne au Fils en le ressuscitant et en le plaçant à sa droite , où il lui donne, comme au Christ et comme au Dieu-Homme, et même selon son humanité, l'entière dispensation de toutes ses grâces. El l'etTet de celte puissance ne peut pas être plus doux et plus agréable aux hommes : puisque « cette puissance lui est donnée sur tous les hommes, afin qu'il donne la vie éternelle à tous ceux que son Père lui a donnés^. » Qui ne se soumettrait à celte puissance , dont l'effet est de nous rendre heureux, et de nous faire vivre éternellement d'une vie, qui n'est autre chose que l'é-